vignette|Page de titre de l'édition des Œuvres de Roger de Collerye (Paris, veuve de Pierre Roffet, 1536, source : Gallica) Roger de Collerye, dit Roger Bontemps fut un prêtre et secrétaire de l'évêque d'Auxerre, ainsi qu'un poète français. Probablement né en 1468 et mort après 1536., il est connu notamment pour ses épîtres, satires, rondeaux, ballades et dialogues dépeignant un personnage particulièrement bohème, contribuant à sa légende. L'expression Roger Bontemps présente dans la langue française lui serait attribuée, bien que cela ne semble en réalité pas avéré.

Biographie Probablement « natif de Paris » (comme l'indique le titre de l'édition de ses Œuvres en 1536), il y fait des études de droit et obtient le grade de bachelier en décret ; il y fréquente également les Enfants sans souci, la Basoche et les Clercs du Châtelet. Il passe ensuite la majorité de sa vie à Auxerre. On dispose de peu de dates et de détails précis sur sa vie. Tout comme son « nom de guerre » Roger Bontemps l'illustre, cette présentation repose sur une vision sans doute assez romancée. Les historiographes donnent de lui l’image d’un homme à l’humeur joviale, ayant vécu une vie de bohème assez pauvre. Toutefois, cette vision est sans doute romancée et doit être nuancée.

En 1494, Collerye est nommé secrétaire de l'évêque d'Auxerre, Jean III Baillet d'abord, puis à sa mort en 1513 de François I de Dinteville qui lui succède en . Malgré une certaine renommée auprès de la haute société d'Auxerre, pour laquelle il compose des Épitaphes et "Epithetons", il ne parvient pourtant pas à obtenir de bénéfices ecclésiastiques, qu'il sollicite en vain entre 1520 et 1528. Il aurait été chassé de son poste de secrétaire en 1530 ou 1531 par François II de Dinteville, qui a sans doute jugé Roger de Collerye « trop vieux d'âge et de littérature.» et trop scandaleux pour pouvoir lui conserver son poste. Il est à noter cependant que François II de Dinteville pourrait être l'un des protecteurs de Roger de Collerye, notamment durant son séjour à Paris, où celui-ci écrit à son Mecenas désigné par les initiales « M.R.P. » mais qui s’avérerait être François II de Dinteville.

L'abandon de sa condition de secrétaire à Auxerre aurait poussé Roger de Collerye à tenter sa chance à Paris, qu'il aurait rejoint en 1530. Il établit alors une correspondance avec Marot, vers 1532.. Marot est alors un poète reconnu et bien en cour. Collerye serait à l'initiative de cette correspondance, félicitant Marot pour son Epistre au Roy pour avoir esté dérobé (aussi appelée Épître du valet de Gascogne.). On sait aussi que Marot lui renvoie par la suite un exemplaire de L'Adolescence clémentine dans son édition de 1532. D'après Charles d'Héricault, cette correspondance lui aurait valu une grande renommée dans les milieux lettrés d'Auxerre.. Deux épîtres (XV et XVIII dans l'édition de Sylvie Lécuyer) et un rondeau comportant le nom de Marot en acrostiche lui ont été adressés par Collerye, et les premiers vers du Monologue du résolu ont très certainement été inspirés par un poème de Marot.

Ses œuvres ont probablement été publiées de son vivant, en 1536 à Paris chez la veuve du relieur et libraire Pierre Roffet sous le titre Les Œuvres de maistre Roger de Collerye homme tres savant natif de Paris., mais il apparaît peu probable que Roger de Collerye ait lui-même supervisé l'édition, au regard de sa piètre qualité, comparé à d'autres éditions de recueils poétiques de la même époque.

Elles ont été rééditées en 1855 par Pierre Jannet sous la direction de Charles d'Héricault qui établit alors une biographie romancée de la vie de Roger de Collerye. En 1942, Fréderic Lachèvre fait publier chez le libraire éditeur Raymond Clavreuil une plaquette tirée à 200 exemplaires comprenant 26 pièces et 13 épîtres inédites de Roger de Collerye, retrouvées parmi 40 autres présentes dans l'édition de 1536 dans un volume destiné à son ami et confrère d'église Pierre Grosnet.. En 1997, Sylvie Lécuyer lui consacre un volume intitulé Roger de Collerye - Un héritier de Villon . Le Sermon pour une Nopce se lit aussi dans le recueil de sermons joyeux de Jelle Koopmans. publié en 1988.

Œuvre littéraire

Œuvre poétique gauche|vignette|Sommaire de l'édition des Œuvres de 1536 (source : Gallica) Collerye est l'auteur d'un certain nombre de pièces dramatiques (une « satyre », trois dialogues et trois monologues - dont le bien obscène Sermon pour une nopce, pour un prédicateur déguisé en femme), d'épîtres, de complaintes, de rondeaux, de ballades, d'epithetons ou dictons et d'épitaphes. Pierre Grognet le cite parmi les « bons facteurs ».

Dans ses œuvres poétiques, Roger de Collerye recourt à des formes anciennes encore très courantes dans le premier tiers du . Ce choix le rattache à la poésie des Grands rhétoriqueurs et à des figures comme François Villon. Cet héritage formel est aussi thématique, puisque Roger de Collerye reprend à Villon certains topoi comme celui du « poete despourveu » ou du « posvre escolier ». Adressés à un protecteur ou à une maîtresse, ses poèmes relèvent bien souvent de la poésie de circonstance. Ils sont organisés en plusieurs cycles autobiographiques (qui traitent surtout des mésaventures parisiennes des années 1530), amoureux (pour trois figures de femmes différentes), et enfin d’inspiration satirique, politique, morale et religieuse. Les poèmes jouent souvent sur un brouillage entre le réel et sa subversion au moyen de l’écriture poétique. Cette analyse est particulièrement pertinente pour aborder les poèmes d’inspiration autobiographique, où le poète se plaît à mettre son malheur en vers pour échapper poétiquement aux expériences les plus douloureuses.

Les poèmes d’inspiration amoureuse sont dédiés à deux femmes, Marguerite et Gilleberte de Beaurepaire, et jouent sur le double registre de la dévotion et de la grivoiserie. La première femme, Marguerite, est désignée métaphoriquement par le nom d’une fleur, le poète taisant le nom de la dame, de peur d’être éconduit. La passion est soudaine, intense, non partagée, et la dame semble être une protectrice que le poète tente de s’attacher. La seconde femme, Gilleberte de Beaurepaire, est cette fois explicitement nommée en acrostiche dans l’épître XII. L’expérience de la déconvenue amoureuse se déroule à peu près de la même façon qu’avec Marguerite ; on peut supposer qu’il s’agit de la même aventure amoureuse et de la même femme que le poète utilise de diverses manières afin de nourrir son écriture poétique. D’autres figures féminines mondaines apparaissent également dans certains poèmes : parmi elles, on trouve Marie Bourgeois, davantage protectrice que maîtresse, Dame Clémence et Madame Blaise. Toutes trois sont évoquées dans des pièces isolées. Un ensemble de poèmes semble aussi dédié et adressé à Claude de Prye, poétesse avec laquelle Roger de Collerye semble entretenir une amitié littéraire. Enfin, certaines épîtres et certains rondeaux font l’éloge des plaisirs de l’amour donnés par des prostituées.

Tout comme le cycle amoureux, la majeure partie du cycle autobiographique semble s’inscrire dans le contexte du séjour parisien que Roger de Collerye effectue à la fin de sa vie, en quête de reconnaissance littéraire. Au cours de ce séjour, le poète fait l’expérience d’une profonde désillusion : le succès littéraire ne vient pas, le poète croule sous les dettes et souffre de la misère, du froid et de la faim. Au terme de cet échec, et souffrant du manque de reconnaissance poétique et sociale, Roger de Collerye finit par se résigner. Toutes les pièces sont adressées à un correspondant nommé énigmatiquement « M.R.P. ». Son identité n’est pas établie de manière certaine, mais Sylvie Lécuyer pense qu’il pourrait s’agir de François II de Dinteville. Le poète tente d’attirer son attention pour être tiré de la mauvaise situation dans laquelle il se trouve. Transformer l’expérience de la misère en écriture poétique permet à Roger de Collerye de mettre à distance son malheur et de se mettre en scène pour dépasser la réalité. Toutes les recherches verbales et ressources poétiques sont ainsi mises au service de cette entreprise : multiplication des rimes équivoquées, créations verbales, mystification, utilisation et mise en scène du topos du poète « despourveu » dans la lignée de Villon et subversion de cette figure..

L’œuvre de Roger de Collerye comporte également un ensemble de poèmes satiriques, qui reste toutefois limité au regard des poèmes amoureux et autobiographiques. Les satires sont dirigées envers les femmes pour leur perversité supposée (selon la tradition misogyne), mais aussi contre les courtisans. Roger de Collerye y exprime notamment la rancœur d’avoir été délaissé par ses protecteurs. L’écriture satirique se fait à nouveau à la faveur d’une grande inventivité verbale, le poète se plaisant à jouer avec l’étymologie des mots et à mélanger les registres. Roger de Collerye traite aussi dans certains poèmes de sujets politique, moral et religieux.

La position de Roger de Collerye à l’égard de la religion est ambiguë : sa condamnation radicale de l’hérésie luthérienne pourrait tenter de cacher un attachement antérieur à la Réforme. Roger de Collerye semble aussi prendre conscience des violences qu’a engendrées cette dernière, signalant la vision parfois plus humaniste que foncièrement catholique du poète. Son écriture à caractère religieux témoigne également d’une forte imprégnation de la pensée stoïcienne. Notons, pour finir, que tous ces thèmes seront davantage développés et explorés dans la production dramaturgique de l’auteur.

Œuvres dramaturgiques L’œuvre dramaturgique de Roger de Collerye compte une sottie, quatre dialogues et quatre monologues. Elle témoigne d’une grande recherche sur le plan métrique (on trouve surtout des quintils enchaînés en octosyllabes), mais aussi dans les effets dramaturgiques qu’elle met en œuvre.

La sottie La sottie Satyre pour les habitants d’Auxerre est une pièce donnée à rédiger à Roger de Collerye en 1529, à Auxerre, au moment du traité de Cambrai (la « Paix des Dames ») et à l’occasion du trajet en France de la reine Éléonore de Habsbourg. En ce qui concerne le genre on voit que Roger de Collerye a pu hésiter entre l’Entrée et la Sottie, penchant finalement pour le second genre, qui est davantage doté d’une fonction satirique. Mais le terme « satyre » est aussi un rappel de la satura latine qui mélange les thèmes et les tons et permet une certaine liberté formelle. Le but de la pièce est de célébrer la paix et le bon temps revenus pour le peuple français. Mais la portée satirique prend peu à peu le pas sur l’image satisfaisante du pouvoir ; le dysfonctionnement des institutions et de la société est tourné en dérision, et le réel même finit par être remis en question. Tout en se trouvant à la confluence des genres, Roger de Collerye parvient également, dans cette pièce, à mélanger registre savant et populaire, en ayant recours à la fatrasie et en proposant des jeux de duplication et d’opposition entre les personnages.

Les dialogues