Jim Garrison, né Earling Carothers Garrison le à Denison dans l’État de l'Iowa, et mort le à La Nouvelle-Orléans en Louisiane, est un procureur de district (district attorney) américain, connu pour avoir lancé une enquête sur l'assassinat du président John F. Kennedy.
Il est à ce jour le seul magistrat américain à avoir engagé des poursuites sur le meurtre du président des États-Unis. Il est mondialement connu pour avoir lancé une enquête sur l'assassinat de John F. Kennedy aboutissant à des conclusions diamétralement opposées à celles du rapport Warren et mettant en lumière différents éléments ignorés par les autorités fédérales.
Biographie Il intègre l'US Army en 1940 et après l'attaque de Pearl Harbor en est envoyé sur le théâtre européen à partir de l'année 1942. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, il intègre la Tulane Law School de La Nouvelle-Orléans.
Diplômé, il intègre ensuite le FBI, au sein duquel il travaille pendant deux ans comme agent spécial sur les villes de Seattle et de Tacoma. En 1954, il retrouve La Nouvelle-Orléans où il devient assistant du District Attorney (procureur)..
Le , à l'âge de , il est élu procureur de La Nouvelle-Orléans pour son premier mandat.
Durant la même année, il critique les juges de la cour criminelle qui ont refusé d'adjoindre des fonds pour la lutte contre le crime organisé. Condamné à une amende de 1 000 dollars pour diffamation, il porte son cas devant la Cour Suprême des Etats-Unis qui fait jurisprudence dans le droit de critiquer des décisions officielles.
Il est réélu trois fois à son poste au cours des douze années consécutives suivantes, il poursuivit sa fonction de District Attorney jusqu'en 1974.
Parallèlement, en , il est arrêté par les autorités et fut poursuivi à deux reprises par le gouvernement fédéral pour des accusations de fraudes fiscales car il aurait, d'après l'accusation, reçu des revenus de la part d'exploitants de flippers clandestins. Assurant sa défense lui-même, il fut acquitté à deux reprises en 1973 et en 1974.
En 1973, non réélu (à deux mille voix d'écart), Jim Garrison est remplacé au poste de district Attorney de La Nouvelle-Orléans par Joseph Harry Fowler Connick Sr en charge de 1973 à 2003.
Par la suite, il exerce le droit à titre privé pendant quatre ans puis il est élu en 1978 comme juge de la quatrième cour d'appel de Louisiane, poste qu'il exerça jusqu'à la fin de sa carrière.
Il participe à l'élaboration du film JFK d'Oliver Stone à la suite de l'ouvrage qu'il a écrit à ce sujet en 1988.
Jim Garrison meurt le des suites d'un cancer, à l'âge de .
Assassinat de John F. Kennedy Le , il est informé de l'assassinat du président John F. Kennedy au cours de la matinée.
Il est alerté le même jour par une altercation survenue entre le détective privé Guy Banister, directeur de l'agence de détective privé Banister Inc, et de son premier enquêteur, Jack Martin. Ce dernier violemment molesté par Guy Banister au moyen de la crosse de son revolver au sujet de dossier volés, lui crie alors gravement blessé : . Emmené par la police au Charity Hospital, Jack Martin déclare alors que Guy Banister a été vu à de nombreuses reprises avec le pilote David Ferrie qu'il accuse d'être allé au Texas pour organiser la fuite des assassins de John F. Kennedy.
Dans un second temps, l'attorney Jim Garrison est informé que Lee Harvey Oswald a séjourné à la Nouvelle Orléans à l'été 1963 en compagnie de David Ferrie. Une carte de bibliothèque au nom de David Ferrie est également retrouvée sur Lee Harvey Oswald lors de son arrestation.
Avec son équipe, il tente alors de localiser ce dernier après avoir perquisitionné son appartement. David Ferrie est interpellé par les enquêteurs le lundi . Interrogé sur les évènements, il déclare être parti le , le jour de l'assassinat à Houston au Texas pour faire du patin à glace. Après enquête, il s'avéra qu'il avait passé son temps dans une cabine téléphonique. Il déclare également ne pas connaître Lee Harvey Oswald.
Au vu des réponses insatisfaisantes, apportées aux différentes questions, David Ferrie est provisoirement incarcéré pour interrogatoire auprès du FBI.
Informé par l'attorney, le FBI demande le transfert de David Ferrie qui est relâché quelque temps plus tard, aucune preuve n'ayant été découverte dans son implication dans l'assassinat. À noter que les rapports d'enquête du FBI le concernant sont classés secrets sur ordre du directeur J. Edgar Hoover. Jamais rendus publics, ils ont été révélés comme portés manquants par les Archives Nationales depuis 1976. De même le FBI nia que la carte de bibliothèque au nom de David Ferrie et retrouvée sur Lee Harvey Oswald le jour de son arrestation, ait jamais existé alors qu'un télex adressé au directeur du FBI signalait son existence.
« The Smith Case »
Le démarrage d'une nouvelle enquête C'est au cours de l'été 1966, à la suite d'une conversation qu'il a eue avec le sénateur , fils de Huey Long, déclarant que les enquêteurs de la Commission Warren se sont littéralement trompés, que Jim Garrison reprend l'étude de l'affaire sur l'assassinat. Il reprend en premier lieu l'étude détaillée par une lecture approfondie du rapport d'enquête de la Commission Warren publié en 1964.
Il est insatisfait en sa qualité d'homme de droit à la fois sur les éléments proposés, la synthèse et la qualité du travail fourni, déclarant :
Il entreprend, en secret, une enquête sur l'assassinat du président Kennedy avec son équipe d'investigation, sous le nom de code « The Smith Case ». Il étudie en particulier les relations de Lee Harvey Oswald à La Nouvelle-Orléans au cours de l'été de l'année 1963 ayant précédé l'assassinat du président John F. Kennedy, comme l'ancien pilote David Ferrie déjà interrogé en 1963 et le détective d'extrême droite fondateur de l'agence de détective, Banister Associated Inc, Guy Banister (décédé en d'une attaque cardiaque). Il découvre notamment les liens de l'agence de Guy Banister avec la communauté cubaine anti-castriste et les services de renseignement américains notamment la CIA, dans la lutte contre le régime de Fidel Castro avec les opérations de transport de munitions sur l'axe Dallas—Nouvelle-Orléans—Miami.
Fondée en 1947 par le président Harry S. Truman, la CIA avait en effet l'interdiction formelle d'intervenir sur le territoire des États-Unis, rôle dévolu au FBI du tout puissant J. Edgar Hoover.
Il se met alors à remonter la filière des agences anti-castristes et commence à construire l'hypothèse d'une implication de la CIA, ou plus exactement d'une partie de ses membres dans l'assassinat du président en connexion avec le crime organisé.
Révélation publique par la presse Malgré toutes les précautions prises pour en assurer la confidentialité, l'enquête menée par Jim Garrison et son équipe est révélée au grand public le , quand la journaliste Rosemary James publia dans le New Orleans States-Item une information selon laquelle le bureau du district attorney avait dépensé plus de de fonds publics dans le cadre d'une enquête sur l'assassinat de John F. Kennedy, les notes de frais étant en accès librement consultables.
Elle entraine immédiatement un regain d'intérêt pour l'affaire à travers tout le pays où les conclusions du rapport Warren sont loin de faire l'unanimité au sein de l'opinion publique et, plusieurs mois après la disparition de l'assassin de Lee Harvey Oswald, pour le mafieu Jack Ruby dont le procès n'a rien apporté.
Cette révélation publique trouble grandement l'enquête menée avec discrétion par l'attorney. En parallèle, la CIA et le FBI parviennent à infiltrer son équipe. Néanmoins, son entreprise reçoit le soutien de spécialistes de l'affaire comme l'avocat Mark Lane, un des tout premiers opposants à la version officielle et le chercheur et informaticien Richard E. Sprague qui se mettent au service de son équipe.
Malgré le décès, le , de son principal suspect de l'enquête, David Ferrie, retrouvé mort à son domicileLa cause de la mort constatée par le médecin légiste était une rupture d'anévrisme, ce qui entrait en contradiction avec les deux lettres de suicide retrouvées chez lui. À noter également que son ami cubain, Elidio Del Vallee, également impliqué dans les opérations anti-castristes, fut retrouvé mort moins de douze heures après le décès de David Ferrie. Torturé, il avait été abattu par arme à feu et le crâne ouvert à l'arme blanche et qui affaiblit son dossier d'accusation, Garrison ne lâche pas prise, notamment à la suite des révélations d'un autre témoin Perry Russo (1941-1995) qui indique avoir rencontré David Ferrie, Lee Harvey Oswald en compagnie de Clay Shaw.
Le , Garrison fait arrêter Clay Shaw, qui utilise le nom d'emprunt de Clay Bertrand. Né le , Clay Shaw, a travaillé pour la Wester Union Telegraph Company dans les années 1930 puis durant la Seconde Guerre Mondiale, pour l'Office of Strategic Services (OSS) agence de renseignement américaine et ancêtre de ce qui allait devenir la CIA en 1947. Il bénéficie de nombreuses relations avec l'aristocratie européenne. Homme d’affaires connu, originaire de La Nouvelle-Orléans, il est le directeur de l'International Trade Mart, spécialisé dans les expositions industrielles dans la région des Caraïbes et dont les relations avec Guy Banister et David Ferrie ont été établies par plusieurs témoignages distincts. Il était également membre du comité directeur du Centro Mondiale Commerciale entreprise installée à Rome en 1961 et qui fut expulsée par les autorités italiennes et suisse avec sa filiale Permindex en 1962 pour activités subversives.
Il l'accuse de complicité dans l'assassinat du président John Fitzgerald Kennedy et d'être membre de la CIA.
Le gouvernement des Etats-Unis réagit alors publiquement indiquant qu'aucune charge n'a jusque là été retenue contre Clay Shaw, information qui était ignorée de tous, son nom n'ayant fait l'objet d'aucune mention dans le rapport Warren, ni de convocation ou témoignage de sa part.
Procès de Clay Shaw Le procès de Clay Shaw est décidé par les juges le au vu des éléments d'accusation apportés. Après des mois de batailles juridiques entre Shaw et le bureau de Garrison, la Cour suprême statue le que Shaw doit subir son procès qui s'ouvre le .
Shaw est acquitté par un jury le . C'est un désaveu partiel pour le procureur Garrison. En effet, s'il échoue à convaincre le jury de la participation de Clay Shaw à l'attentat contre le président Kennedy, il parvient en revanche à convaincre le jury de l'existence d'une conspiration et ce au travers de plusieurs éléments factuels différents.
En effet, d'une part, Jim Garrison a exigé et obtenu par décision de justice du magazine Life le film Zapruder pour le projeter devant le jury, quatre fois le premier jour (dont deux au ralenti), et trois fois le lendemain, permettant au public du tribunal de prendre connaissance pour la première fois du film dans son intégralité. En effet, le film était resté depuis le dans le coffre de la parution qui en avait acheté les droits au cinéaste amateur Abraham Zapruder et qui n'avait jamais été diffusé ni dans la presse écrite et ni sur les chaînes de télévision américaines dans son intégralité.
Elle permet notamment au public de prendre connaissance du mouvement de recul du président Kennedy lors du tir à la tête alors que, d'après la Commission Warren, Lee Harvey Oswald était situé derrière à plus de 80 mètres de distance et plusieurs dizaines de mètres de hauteur.
D'autre part, il fait également témoigner sous serment certains des praticiens en charge de l'autopsie du du corps du président au Bethesda Military Hospital. Le Lieutenant-Colonel Pierre Finck révéla à cette occasion que les autorités militaires ne leur avaient laissé ni l'accès aux vêtements du président, ni sonder en profondeur les plaies par balle, notamment la blessure à la gorge.