La basilique nationale du Sacré-Cœur (en néerlandais : Nationale Basiliek van het Heilig Hart), familièrement appelée basilique de Koekelberg (en néerlandais : Basiliek van Koekelberg) car sise sur le plateau de Koekelberg, est un édifice religieux catholique situé à cheval sur les communes de Koekelberg et de Ganshoren, dans la Région de Bruxelles-Capitale, en Belgique. Conçue au début du comme monument national, et après la Première Guerre mondiale, comme centre de pèlerinage au Sacré-Cœur, la basilique de style « Art déco » ne fut formellement consacrée que les et .. Elle a le statut de sanctuaire national., et est toujours le lieu de grands rassemblements catholiques nationaux.

Histoire

Conception

Projet de Panthéon national

Le plateau de Koekelberg dominant Bruxelles attire déjà l'attention de qui envisageait d'y construire la résidence royale. C'est cependant qui conçoit d'y tracer une allée solennelle qui doit mener à un panthéon des Belges, ce dont attestent encore l'avenue des Gloires nationales et celle du Panthéon qui jouxtent le site. Ce projet trop laïque déplaît à la bourgeoisie catholique au pouvoir et c'est en 1902, au retour d'une visite du chantier finissant du Sacré-Cœur à Paris que le souverain imagine de doter Bruxelles d'une basilique nationale encore plus grande.

Alors qu’il entrevoit l’opportunité de réaliser son panthéon national à la porte de Namur, accepte que le terrain de Koekelberg soit cédé par la Compagnie immobilière de Belgique à l’Église catholique en vue d’y construire une basilique nationale dédiée au Sacré-Cœur de Jésus. L’acte de donation du terrain de est signé devant notaire le et confirmé le 31 du même mois par un arrêté royal.

Lieu de pèlerinage Les concepteurs veulent faire de la basilique du Sacré-Cœur un lieu de pèlerinage. En cela, ils s’inscrivent dans une tradition chrétienne ranimée par le pape qui voyait dans le Sacré-Cœur de Jésus un symbole et une image claire de l’amour infini qu’Il nous porte et qui nous pousse à nous aimer les uns les autres… Cette tradition a été perpétuée par ses successeurs jusqu’au concile . Cette fonction spécifique devait aussi assurer le financement de sa construction. Ce problème récurrent se pose avec acuité tout au long du chantier, ce qui explique en partie le caractère inachevé du chantier et sa longueur inusitée pour un monument du (au Moyen Âge, l'érection des cathédrales durait plusieurs siècles, également pour des raisons techniques et financières). À première vue, l'inachèvement de ce monument bruxellois n'apparaît pas, s'agissant, notamment, de diverses portes latérales qui devraient être en bronze, mais sont encore en bois (peintes en couleur bronze) soixante ans après l'inauguration. Déjà, avant même le début des travaux, les représentants de la nation avaient refusé d’allouer le moindre centime au monument, ce qui avait incité à constituer un comité de soutien composé de riches mécènes. De son côté, l'épiscopat avait invité les Oblats de Marie perchés sur la butte de Montmartre à fonder une petite communauté à Koekelberg pour assurer la promotion du saint culte, ce qu’ils firent avec un zèle exemplaire pendant quelques années, notamment par la publication de revues et l’organisation récurrente de collectes de fonds. Un bâtiment fut même construit pour loger la communauté à l’angle de l’avenue Charles-Quint et inauguré quelques mois avant la pose de la première pierre de la basilique, le . Cet élégant édifice de style éclectique fait aujourd’hui partie intégrante du Collège du Sacré-Cœur de Ganshoren.

Construction

Un projet de basilique néogothique (1905-1914) vignette|Le projet de Pierre Langerock. Au départ, la future basilique imaginée par l’architecte louvaniste Pierre Langerock (1859-1923) est un édifice néogothique inspiré directement de la « cathédrale idéale » d'Eugène Viollet-le-Duc. Sept tours, dont la plus haute culmine à au-dessus de la croisée, composent cet hymne suranné au gothique flamboyant, considéré à l’époque comme le style le plus abouti par les pontes de la Commission royale des monuments.

Le temps de peaufiner les plans, le chantier commence par les impressionnantes fondations qui s’inscrivent sur une vaste esplanade à deux niveaux, creusée dans le plateau. De belles rampes d’accès garnies de balustrades et de réverbères devaient contourner l’étage en sous-sol pour rejoindre le parvis devant l’église. À la mort du souverain, le projet connaît le même sort que la plupart des chantiers qu’il avait inspirés et s’essouffle lentement. Pourtant, le cardinal Désiré-Joseph Mercier (1851-1926), d’abord réticent à soutenir le projet, ne désespère pas. Alors que le pays ploie sous l’occupation allemande, il s’en sert pour réveiller la foi et le patriotisme de ses ouailles : « Le jour de la libération de notre territoire, nous pourrons donner au Sacré-Cœur et à notre Vierge-Marie une preuve publique de notre reconnaissance. »

Une basilique Art déco (1925-1970) Au lendemain de la Première guerre mondiale, la poursuite du chantier ne va pas de soi, et pour cause. L’idée de l’offrande et du mémorial aux héros de la guerre n’a certes rien perdu de sa pertinence, mais la basilique néogothique, jugée trop coûteuse et dépassée, paraît bien somptuaire eu égard aux priorités de la reconstruction. Un appel à projets organisé sous la forme d’un concours en 1920 n’apporte pas de solution. Les contraintes imposées aux candidats étaient pourtant réduites au minimum : capacité de 4 à avec vue sur le maître-autel, dix chapelles en écho aux neuf provinces belges et au Congo, réutilisation des fondations existantes et budget total limité à de francs belges. vignette|La basilique vue de côté. Pour sortir de l'échec, l’épiscopat choisit de faire confiance, hors concours, à un architecte gantois, Albert Van Huffel. Il travaille avec un ingénieur qui a fait ses études sur les mêmes bancs que dom Sébastien Braun, un bénédictin de l’abbaye de Maredsous avec lequel le cardinal Mercier entretient des liens d’amitié profonds. Van Huffel présente une première esquisse qui a l’heur de faire l’unanimité autour d’elle. Adepte des techniques modernes, il fait le choix résolu de la structure en béton armé qui est, à l'époque, la solution la moins chère tout en autorisant de grandes portées sans supports intermédiaires, ce qui permet d'avoir une vue dégagée de l'ensemble de la nef facilitant ainsi la participation des fidèles à la célébration, en conformité avec l'orientation prise par la liturgie. Fort du satisfecit de l'Église catholique, il se lance, « avec la conscience et le scrupule d’un artisan des âges gothiques » (dixit Louis Vander Swaelmen), dans la définition minutieuse et détaillée de l’édifice. Mais la Commission des monuments est réticente, et même méfiante. Elle multiplie les remarques et exige la production d’une maquette. La présentation de celle-ci à l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes qui se tient à Paris en 1925 vaut un grand prix à l'architecte, ce qui fait taire les critiques.

Architecture soumise au plan intérieur vignette|Vue aérienne de la basilique. En bon apôtre de l’architecture moderniste, Van Huffel entend soumettre l’architecture de l’édifice à son organisation interne. La seule contrainte, héritée de la tradition chrétienne, est sa forme générale en croix latine et ses coupoles héritées du style byzantin. Une double fonction inspire l'organisation interne, d'une part l'exigence de pouvoir accueillir de grandes cérémonies et des processions et, d'autre part, la nécessité de remplir la fonction d'église paroissiale. Pour remplir ce programme, l’architecte conçoit une « église-accordéon » de plan centré, composée d’une multitude d’espaces modulables, en rupture totale avec l’organisation classique d’une église. Pour les grandes cérémonies, les quatre bras convergent vers le chœur, matérialisé par le maître-autel à baldaquin placé sous la coupole, et peuvent accueillir jusqu’à , bien au-delà des prévues au départ. Derrière le chœur, l’abside dispose de son propre autel servant à la vie quotidienne de la paroisse. Chaque transept comprend, lui aussi, une chapelle latérale disposant de son entrée propre et de son autel. Enfin, les chapelles rayonnantes sont logées à l’extrémité des transepts plutôt que dans l’abside. Un déambulatoire court tout le long des côtés nord et sud du vaisseau principal en passant par les transepts avec leurs portes, les parcours nord et sud du déambulatoire se rejoignant dans le bas-côté de l'abside, permettant ainsi les processions autour du chœur ainsi que la circulation des assistants en général. Pour subvenir aux besoins de la vie paroissiale, de multiples locaux fonctionnels entourent la crypte dans les caves dont le périmètre coïncide avec celui de l’église.

Un chantier financé par subsides et collectes

L’ASBL Les amis de la Basilique nationale du Sacré-Cœur à Koekelberg, constituée le par la comparution de 36 citoyens belges, dont une fraction s'est faite représenté par d'autres comparants et particulièrement par Alexandre BraunL'acte de constitution en a été enregistré à Bruxelles le 6 janvier 1923 par le notaire Victor Scheyen. Publié dans les annexes du Moniteur Belge du 14 janvier 1923, pp.120-123., s'est consacrée depuis à réunir les fonds nécessaires à la construction. Tout ce que le pays compte d’organisations catholiques ont été sollicitées. Vendue avec persévérance, la petite fleur de la basilique ne suffit pas, cependant, à remplir les caisses et seules les fondations, qui nécessitèrent la pose de 1.438 pieux Franki et le coulage de près de de béton armé, purent être achevées. Pour passer à la vitesse supérieure, les amis de la Basilique empruntent 15 millions de francs belges en 1930. Dans la foulée, ils obtiennent une promesse de subsides de l’État de 6 millions, réduite au tiers en raison de la crise économique qui sévit. Qu’à cela ne tienne. La somme suffira à boucler la première phase, la construction du chœur, inauguré en grande pompe deux mois après le décès de son concepteur, en 1935.

À la manœuvre, Albert Van Huffel a laissé son plus proche collaborateur, l’ingénieur-architecte Paul Rome qui, exception faite de quelques améliorations techniques, restera fidèle jusqu’au bout aux conceptions du maître. Les courbes de la coupole sont adoucies tandis que l’éclairage zénithal par plaques de verre est abandonné au profit du cuivre katangais. P. Rome s’applique aussi à dessiner les nombreux autels de marbre qui équipent l’édifice.

Grâce au comité de soutien, la basilique fut inscrite sur la liste des bâtiments d’utilité publique et bénéficia, à ce titre, des subventions en faveur de la résorption du chômage. Mieux, dès 1946, le chantier put reprendre grâce à l’intervention du fonds de construction des bâtiments religieux. Alors qu’elle est normalement limitée à 30 %, cette participation financière fut portée à 46 % de la masse salariale ouvrières en 1949 au point de susciter l’ire des édiles socialistes, d’autant plus remontés que l’entreprise absorbait quantité de matériaux d’origine étrangère.

Terracotta et béton armé, une association malheureuse

Pourtant, le matériau principalement choisi par l'architecte, la terracotta, est un produit typique de l'architecture belge, une brique d'argile moulée et émaillée portée à très haute température. Associée à la brique belvédère, elle sert de parement tout en servant aussi de coffrage perdu au béton armé afin de dissimuler celui-ci qui était jugé inesthétique par les contemporains. Victor Horta, lui-même, avait été contraint de renoncer au béton apparent dans les couloirs du Palais des Beaux-Arts. Seul le français Auguste Perret avait pu l'utiliser parce qu’il assurait, avec ses frères, sa mise en œuvre.

L'utilisation des blocs de terracotta avec leur couleur ocre jaune et leur assemblage avec les briques belvédère confère, à l'intérieur de la basilique, une unité de ton que le jeu des volumes met bien en valeur.