La forêt de Chailluz est un massif boisé situé dans la commune de Besançon, dans le département du Doubs et la région Bourgogne-Franche-Comté.
Présentation Chailluz est le nom de l'un des quatorze quartiers de Besançon ; il est occupé en totalité par une forêt communale de . Deux richesses y ont été exploitées durant des siècles : la pierre et le bois. Si l'on n'extrait plus la pierre calcaire pour la chaux, les laves et les pierres de taille, la ressource en bois indispensable autrefois à la construction, au chauffage et à la production de charbon, est de nos jours destinée à l'industrie, aux scieries et chaufferies.
Les gestionnaires municipaux ont maintenant pour mission de concilier cette exploitation avec deux objectifs : l'accueil du public et la préservation de la biodiversité. L'intérêt des Bisontins pour leur forêt est tel que l'on dénombre jusqu'à personnes sur l'ensemble du site certains jours, en début d'été.
Géologie, hydrologie La forêt de Chailluz est la partie occidentale d'un espace boisé de plus de qui couvre le faisceau jurassien des avant-monts, une zone montagneuse d'orientation nord-est/sud-ouest bordée par le plateau de Besançon-Thise et la vallée de l'Ognon. Au niveau de Besançon, les avant-monts présentent un relief plus accentué dû à la présence d'un anticlinal déversé dont le flanc normal est incliné vers Thise et Besançon, le flanc inverse formant une barre qui domine la vallée de l'Ognon. L'altitude de la forêt varie de 319 m sur le plateau près de Thise à au sommet de la crête où se situe le fort de Chailluz appelé localement « fort de la Dame blanche ».
En incluant cette forêt, Besançon totalise d'espaces verts dont de forêt et est reconnue comme une des premières villes vertes de France avec de verdure par habitant en 2013.
Les éléments qui la caractérisent sont : un sol pauvre ne se prêtant pas à la culture avec une omniprésence de dolines (plus de cinq cents), caractéristiques du relief karstique ; la quasi-absence de ruisseaux (celui de Combe à l'eau est de faible débit et n'a que 600 m). Seules deux sources significatives sont connues et aménagées de longue date : la fontaine Sainte-Agathe et la confidentielle fontaine des Acacias ; un peuplement quasi exclusif en feuillus tels que : chênes, hêtres, érables, charmes, tilleuls, alisiers… les résineux n'ayant été introduits que dans les années 1960 ; un sous-sol accueillant une nappe phréatique qui alimente notamment le ruisseau de la Mouillère dont la source est proche du centre-ville. Cette nappe fait l'objet de captages pour l'alimentation en eau de BesançonQuatre forages de près de 200 m sur la commune de Thise en limite de forêt. La station de potabilisation de Chailluz, située à proximité, alimente le château d'eau du chemin des Relançons qui constitue la limite entre Chailluz et le quartier St Claude de Besançon..
Origine du nom Le nom Chailluz donné à la forêt dérive de celui d'une concrétion partiellement silicifiée, datée du jurassique, que l'on trouve dans son sol et qui s'appelle chaille. Proches du silex, ces pierres de petite taille ont été utilisées durant le Paléolithique pour confectionner des pointes de flèches et des outils bifaces.
À partir du , des gisements de pierre de taille ont été exploités, en particulier dans la forêt. Il s'agit d'une roche en calcaire oolithique de teinte très spécifique, sans rapport avec la précédente et connue comme pierre de Chailluz.
C'est la chaille qui a donné son nom à la forêtIl existe aussi un bois de la Chaille entre Besançon et Pirey., et la forêt qui a donné son nom à la pierre.
Faune et flore Le fond de la végétation est dominé par la hêtraie-chênaie-charmaie avec prédominance du charme. Sur les lapiaz du plateau, le hêtre devient secondaire, avec un fort recouvrement d'espèces saxicoles. On rencontre également des placages de limons à chailles propices à une chênaie-hêtraie acidophile. L'abondance de dolines (dont le fond est couvert de fougères) génère une forte hétérogénéité d'habitat.
La forêt abrite une population de polystics à cils raides. Des groupements plus ponctuels se rencontrent en bas de versant : une chênaie pédonculée à nivéole de fond de vallon, une hêtraie-chênaie-charmaie et une hêtraie-chênaie-charmaie de bas de versant à ail des ours. Cependant les conditions de végétation sont médiocres dès que le substrat affleure. C'est alors le domaine de la chênaie-hêtraie thermophile.
Depuis le début des années 2010, un champignon(la chalarose) provoque le dépérissement de frênes d'Europe qui représentaient 10% du peuplement des forêts de l'Est de la France. A Chailluz ce sont 4000 arbres (nombre en 2019) qui ont déjà été abattus. Les épicéas sont attaqués par les scolytes et la sécheresse provoque le dépérissement des hêtres par stress hydrique. La forêt est menacée par les conséquences du réchauffement climatique.
Outre la jonquille, les plantes les plus rares sont l'iris fétide, la laîche appauvrie (protection régionale), le fragon petit-houx, (protection communautaire) et le polystic à frondes soyeuses. On rencontre également la sanguisorbe et la mauve.
Les animaux de la forêt sont, outre les chamoisSur la côte de Bonnay, des cerfs, blaireaux, renards, chats sauvages…
Parmi les oiseaux forestiers on observe la présence du milan royal, des pics noir, cendré et mar. Le faucon pèlerin nidifie régulièrement dans la falaise de la Dame Blanche.
Exploitation Autrefois
Une douzaine de carrières de laves, employées autrefois à la couverture des habitations, ont été localisées sur différents secteurs dont deux parmi les plus étendues (plus de quatre hectares sur les douze au total), sont situées près des « dessus de Chailluz » dans la partie occidentale de la forêt. Les autres se trouvent sur le plateau karstique à l’est des « Grandes baraques ».
Les fours à chaux (XVe-début XVIIe). Plus de deux cents fours produisant de la chaux vive par calcination du calcaire ont été identifiés sur l'ensemble de la commune dont la majorité dans la forêt. Les chaufourniers les installaient à proximité de petites carrières, ce qui limitait le transport de la pierre. Leurs dimensions sont plus réduites que celles des fours du XIXe siècle (cf. Chalezeule).
Les carrières de pierre de taille ont principalement été exploitées, à partir du XVIe siècle, dans le secteur des « Fonds de Chailluz ». Il s'agit d'un calcaire oolithique du bajocien qui présente deux teintes : beige-ocre avec des taches bleus-grises. Les façades des immeubles du centre-ville de Besançon ont été réalisées avec cette pierre emblématique, dont les gisements sont épuisés.
Installées dans la forêt pour disposer directement de la ressource, les plates-formes de charbonniers (datées du XVIIe au milieu du XIXe) ont produit du charbon de bois, combustible indispensable aux forges jusqu'à son remplacement par le charbon de terre quand celui-ci est devenu facilement livrable par voie ferrée.
Actuellement
La Ville de Besançon propriétaire de la forêt assure sa gestion avec la collaboration réglementaire et technique de l’Office National des Forêts. Plus de cinq mille de bois sont exploités chaque année suivant un plan de coupe qui ne dépasse pas le taux d'accroissement. Outre le bois pour le chauffage, les clients sont les entreprises d'ameublement, de fabrication d'aggloméré et les papeteries.
Voirie, constructions Hormis l'autoroute A36 qui la traverse sur 6 km depuis 1986, et la route de Marchaux () qui la borde, Chailluz n'est parcourue que par des chemins, laies et routes forestières, dont une partie seulement est ouverte à la circulation des véhicules motorisés. Six parkings facilitent le stationnement.
Les vestiges de la chapelle Saint-Gengoul sont situés au sommet de la crête qui domine le village de Tallenay. La chapelle est citée en 1049 dans un pouillé qui rapporte une confirmation faite par le pape Léon IX.
Des fouilles archéologiques y ont eu lieu en et la ville de Besançon a financé ensuite la mise en valeur assistée par l’association ARESACAssociation de Recherche et d’Étude des Sites Archéologiques Comtois. Elles ont permis de découvrir les vestiges d'un village du haut Moyen Âge.
Les seules constructions rencontrées se situent aux Grandes et Petites Baraques. C'est ici que vivaient autrefois les exploitants de la forêt : agents de la maîtrise des eaux et forêts et familles de bûcherons. Au , il y avait même une auberge.
À la fin du , le fort de la Dame blanche a été construit au nord, et deux magasins à poudre ont été creusés le long du chemin de la Charrière et de la route forestière de Genau, l'ex chemin stratégique d'accès au fort. Ces constructions sont des propriétés communales.
Aujourd'hui, deux familles d'agents de l'O.N.F. sont logées aux Grandes Baraques. Ce sont les seuls habitants du « quartier ».
Deux arrêts de la ligne du réseau de transport en commun Ginko desservent l'entrée de la forêt.
Accueil du public
Sentiers pédestres Les Fonds de Chailluz (7,4 km)
Le Cul des Prés (8,5 km) Cet itinéraire passe au pied de la Fontaine Sainte-Agathe
Dame Blanche et Vieux Tilleul (14 km) C’est la grande boucle de Chailluz qui nous fait monter sur “la côte” pour passer de l’ancien Fort de Chailluz, au vieux tilleul en suivant la crête sur toute sa longueur.
La Fontaine des Acacias (5,7 km) Parcours entre les parcelles de résineux. Découverte de la fontaine creusée à flanc de doline.
La Dame Blanche (8,1 km) Une ascension de 270 m pour découvrir devant le fort un magnifique point de vue sur la vallée de l’Ognon. Retour par les Petites Baraques.
Le Vieux Tilleul (12,3 km) Le sentier Saint-Nicolas conduit aux “Fonds de Chailluz”. On découvre le plus vieil arbre de la forêt, un tilleul quadricentenaire.
Sentiers VTT Quatre circuits au départ des Grandes Baraques sont balisés (fin 2017) .: N°121, facile, 7,8 km avec 80 m de dénivelé positif. N°122, moyen, 14,8 km avec 320 m de dénivelé positif. N°123, moyen, 8,1 km avec 150 m de dénivelé positif. N°124, difficile, 23,4 km avec 650 m de dénivelé positif.
Aménagements Un parc animalier d'une vingtaine d'hectares, accueillant des cerfs, daims et sangliers, a été créé au nord des Grandes baraques à la fin des années 1970 ; les chevreuils initialement présents ont été remis en liberté. Un sentier floristique a été aménagé au Creux-Vivier à l'est.
Il existe des aires de pique-nique ; on peut s'adonner à la cueillette des champignons, et la chasse est possible dans le cadre d'une convention entre la ville et l'Association communale de chasse agréée de Besançon.
La forêt est aussi un espace privilégié pour les randonnées non motorisées et le jogging, et un parcours de santé a été aménagé au Cul des Prés près de Palente.
Un centre d'accueil et éducation scolaire sur le thème de l'environnement « La petite école dans la forêt » fonctionne depuis la fin des années 1990 aux Grandes baraques.
Mesures de protection En limite de commune, une réserve biologique intégrale. de 65 ha a été créée en sur la pente nord de la crête de la Dame blanche couverte notamment d'une érablière à scolopendres.
Une ZNIEFF de deuxième génération. de 3124 ha a été délimitée au sein du massif des avants-monts ; une partie de la forêt de Chailluz est intégrée à cette zone. naturelle.
Histoire De petites fermes étaient implantées sur un quart environ de la forêt à l'époque gallo-romaine.
Des tombes des (occupation Burgonde) ont été mises au jour lors de l'aménagement du chemin stratégique du fort.