La Société générale de Belgique (en néerlandais : Generale Maatschappij van België) fut fondée le par le roi Guillaume I avec pour nom Algemeene Nederlandsche maatschappij ter begunstiging der volksvlijt, en français : Société générale des Pays-Bas pour favoriser l'industrie nationale. Comme son nom l'indique, elle avait pour but de soutenir l'industrie du Royaume uni des Pays-Bas d'un point de vue économique en favorisant l'accès au crédit dans le contexte de la révolution industrielle.
Après l'indépendance de la Belgique du , la Société générale devint belge et exista jusqu'en 2003, quand son actionnaire unique d'alors, Suez Lyonnaise des Eaux, la fusionna avec Tractebel pour former le groupe Suez-Tractebel.
Groupe protéiforme, la Société Générale a été (successivement ou conjointement) banque d'émission, banque d'affaires et banque mixte, pour devenir une holding après 1934. Elle a détenu des participations dans tous les secteurs d'activité économique, depuis le charbon jusqu'au leasing en passant par la métallurgie, les transports (canaux, chemins de fer, tramways, compagnies maritimes), la construction métallique et électrique, l'immobilier, les matériaux de construction (bois, ciment...), les métaux non ferreux, l'énergie (électricité, gaz, pétrole), les services financiers, etc.
A travers un nombre incalculable de filiales et de sous-filiales, elle a été active essentiellement en Belgique et au Congo belge mais aussi dans tous les pays d'Europe, d'Amérique du Sud, d'Amérique du Nord et dans plusieurs pays d'Asie (Chine, Thaïlande) et d'Afrique.
Histoire La création
Fondée le sur l’initiative du roi Guillaume I d'Orange-Nassau et sous le nom dAlgemeene Nederlandsche Maatschappij ter Begunstiging van de Volksvlijt, en français Société des Pays-Bas pour favoriser le développement de l’industrie nationale, la Société générale est née dans le Royaume uni des Pays-Bas mais avait son siège à Bruxelles, dans la province de Brabant. Elle disposait d'un capital de de florins néerlandais répartis en 600 actions de et en domaines assignés par le roi représentant une valeur de de florins. Quelques jours plus tard, le , le roi fonde le syndicat d’amortissement de la dette néerlandaise, chargé des tâches que l’État ne pouvait assumer par les budgets réguliers, ordinaire et extraordinaire.
Il n’y a pas d’autre d’exemple d’un pays dont le développement économique ait été aussi intimement lié à celui d’une entreprise privée, pendant un aussi long laps de temps. Elle était, dans l'esprit de ses fondateurs, une banque d'escompte et de crédit immobilier. Sous le couvert d'une association privée de capitaux, le roi Guillaume cherchait principalement à valoriser les domaines patrimoniaux dont il jouissait en vertu de la constitution (comme la forêt de Soignes), et à trouver grâce à la vente de ces domaines de nouvelles ressources pour financer la dette publique. Pour donner plus d'ampleur à l'activité de la banque - pour que son activité ne reste pas confinée aux milieux bruxellois - le roi accorda un privilège d'émission à la Société générale et lui confia les fonctions de caissier de l'État. Ce n'était pas là une activité très lucrative, sans doute, mais elle permettait à la Générale de disposer sans trop de frais d'un réseau de succursales à travers tout le pays.
Comme prévu, la nouvelle Banque joua dès sa création un rôle actif dans le placement de la dette publique. Elle participa au programme de grands travaux publics du roi Guillaume et s'intéressa à l'escompte de certaines opérations commerciales. Parfois, le papier escompté était renouvelé à terme - il s'agissait en fait d'une intervention indirecte de financement de certaines entreprises industrielles. Dans le Hainaut, en particulier, la Générale multiplia ce type de prêts déguisés aux charbonnages en voie de mécanisation. Elle participa donc indirectement dès les années 1820 à la révolution industrielle en Belgique. Les souscriptions sont relativement faibles au début, le on ne relevait que 31226 actions souscrites dont 1500 à 2000 par des particuliers et 25800 par le roi. De 1823 à 1827 les dividendes passent de 14,81 florins à 39,15 florins par action.
Le , le roi fonde la société sœur de la Société Générale : la Société de commerce néerlandaise (Nederlandsche Handel-Maatschappij ) dans le but de favoriser les exportations, principalement vers l'empire colonial néerlandais.
La révolution de 1830 et ses suites
Lors de la révolution belge de 1830, le gouverneur de la Société générale, le Hollandais Repelaer van Driel, regagna précipitamment La Haye. Un directeur, le secrétaire et plusieurs commissaires se démirent de leurs fonctions. Mais l'institution subsista. La plupart des directeurs se rallièrent sans hésiter à l'ordre nouveau après la déclaration d'indépendance de la Belgique le (bien que la banque fut souvent suspectée d'orangisme). Sous la houlette du nouveau gouverneur, Ferdinand de Meeûs, la Générale rendit plusieurs services à la jeune Belgique. Dès , elle accepta les fonctions de caissier du jeune État. Elle participa à la négociation d'emprunts destinés à consolider sa situation. Et en 1831, la Banque ouvrit une caisse d'épargne au taux d'intérêt de 4 %, « service éminent aux classes industrielles et à toutes les personnes peu moyennées ». La Banque adopta le nom de Société générale pour favoriser l'industrie nationale (le nom de Société générale de Belgique fut seulement adopté au début du ).
Depuis l'indépendance, l'économie manquait cruellement de débouchés. Pour assurer le désenclavement des charbonnages de la région de Charleroi, la banque finança la canalisation de la Sambre, puis pénétra en territoire français, et réalisa avec les Rothschild le canal de la Sambre à l'Oise.
En 1835, à la requête du roi Léopold de Belgique, la Générale créa aussi la Société de Commerce, spécialisée dans les avances sur marchandises. Il s'agissait de faire d'Anvers une plaque tournante du commerce international et de faciliter par tous les moyens le placement des produits belges à l'étranger.
Visionnaire, le gouverneur de Meeûs voulut que la Générale réalise la ligne ferroviaire entre Paris et Bruxelles... une ligne internationale qui permettrait d'ailleurs aux Français d'intervenir, au cas où le Roi Guillaume des Pays-Bas tenterait un coup de force contre le jeune Royaume de Belgique. Pour que la Générale puisse profiter du formidable coup de fouet que ce projet donnerait à l'industrie nationale, elle reprit ou créa trois complexes sidérurgiques et une douzaine de charbonnages. La Banque attaqua d'autres branches de l'industrie: construction mécanique, agro-alimentaire, textile, immobilier et même deux entreprises de navigation. En tout, la Banque patronna directement ou indirectement la création d'une quarantaine de sociétés entre 1835 et 1838, dont 15 aciéries et 7 grandes mines de charbon, introduites en Bourse de Bruxelles.
De 1831 à 1836, la Générale vendit la plupart de ses domaines fonciers afin de dégager des moyens financiers à investir dans l'industrialisation de l'État. Environ hectares, dont près de la moitié constitués de forêts, furent mis en vente publique.
Les crises de 1838 et 1848 En 1838, une crise sérieuse ébranla l'économie nationale et mit à genoux la Banque de Belgique, établissement concurrent de la Générale, créé en février 1835 par l'ancien ministre Charles de Brouckère pour faire contrepoids à l'hégémonie de la Générale. Les analyses de la crise diffèrent suivant les points de vue. Pour certains, il s'agissait de toute évidence d'une crise de confiance liée à la signature du traité des XXIV articles par le roi Guillaume, et du retour forcé du Limbourg à la Hollande qui s'ensuivit. Pour le gouverneur, de Meeûs, la crise était due à l'existence de deux maisons de crédit distinctes sur la place de Bruxelles : la disparition de la Banque de Belgique, qui restaurerait l'unité du crédit, permettrait d'éviter dans l'avenir ce genre de déboires. Mais de nombreux analystes estimaient que la crise résultait d'une surchauffe de l'économie, liée à la transformation de trop d'entreprises en sociétés anonymes: il fallait ralentir le processus d'industrialisation, interdire la spéculation à laquelle donnaient lieu les opérations de bourse, protéger la petite entreprise en n'autorisant la création de sociétés anonymes que si ces dernières ne pouvaient porter préjudice aux industries existantes. Ce statut était donc réservé aux entreprises « qui, par l'importance des capitaux qu'elles exigent, ou par leur caractère [hasardeux], comme aussi en même temps par leur longue durée, dépassent la portée de l'industrie particulière »... C'était bien à un débat de société que l'engagement déterminé de la Générale dans l'industrie donnait lieu. Il sera désormais entendu que son activité ne serait autorisée par le gouvernement que dans la mesure où elle restait circonscrite à l'industrie lourde.
À dix ans d'intervalle, une nouvelle crise s'abattit sur le pays en 1848. Comme en 1838, elle était d'abord politique : la population belge s'était émue des troubles occasionnés en France par la chute de la monarchie de Juillet. Les épargnants se précipitèrent aux guichets de la Générale et vidèrent la caisse d'épargne, les porteurs des billets en réclamaient le remboursement immédiat en argent sonnant et trébuchant... Simultanément, à la requête du gouvernement belge, qui craignait que l'agitation sociale et politique n'embrase le Hainaut, la Banque fut tenue de continuer ses crédits à l'industrie. Assiégée de toutes parts, la Générale demanda le cours forcé de ses billets. Le Gouvernement n'y consentit qu'à la condition d'une suspension du dividende, qui durerait aussi longtemps que le cours forcé. D'ailleurs, pour le ministre libéral Walthère Frère-Orban, l'heure était venue de doter le pays d'une Banque nationale de Belgique agissant comme institut d'émission unique ou quasi-unique. C'est qu'il redoutait la puissance de la Société générale, véritable État dans l'État, et considérait aussi que ses engagements imprudents dans l'industrie ne devaient pas porter ombrage à l'économie tout entière. En 1849, il n'accepta de proroger l'existence de la Générale que moyennant d'importantes modifications à ses statuts. Le gouverneur Meeûs n'était pas en position de négocier et consentit à cette réorientation des activités de la Générale. Tous les autres membres du Conseil avaient été amenés à démissionner.
La Banque nationale de Belgique fut effectivement créée comme institut d'émission en 1850. Désormais, la vocation de la Générale était quasi exclusivement industrielle. Elle s'est engagée vis-à-vis du gouvernement à participer activement au développement des infrastructures du pays.
Rail, charbon et acier avant 1914 Dans les années 1850 et 1860, la Société générale devint un groupe industriel spécialisé dans trois domaines d'activité : le charbon, la métallurgie et la construction et l'exploitation de chemins de fer. Dans ces trois domaines, elle agit comme une force centripète, procédant à la concentration progressive des exploitations existantes.
Dans le secteur ferroviaire, elle construisit pour le compte de tiers plusieurs lignes en Belgique dans les années 1850. Elle en exploita aussi plusieurs pour son compte propre. En s'associant avec des entreprises concessionnaires de lignes complémentaires aux siennes, une de ses filiales, la Société de chemins de fer de l'Est belge, participa à la constitution d'un réseau transnational, connu sous le nom de Grand Central, et qui exploitait des lignes reliant Anvers et le bassin de Charleroi à la France et à l'Allemagne. Toutefois, la concurrence entre le réseau de l'État et celui du Grand Central empêcha ce dernier de prospérer. Cette concurrence aboutira à la fin du siècle à la reprise du Grand Central par l'État.