L'Esch est une rivière française du Grand Est qui coule dans les départements de la Meuse et de Meurthe-et-Moselle. C'est un affluent de la Moselle en rive gauche.
Géographie
vignette|gauche|Le ruisseau d'Esch sur une carte du Civitas Leucorum sive Pagus Tullensis, aujourd'hui le diocèse de Toul, pour servir à l'histoire de ce diocèse. Par Guillaume de l'Isle. À Amsterdam, chez J. Covens et C. Mortier. 1742. De , l'Esch est une rivière de Woëvre. Elle naît dans une région d'étangs au pied des côtes de Meuse, au sein du parc naturel régional de Lorraine. Elle possède deux sources, l'une à Jouy-sous-les-Côtes, l'autre sur le site de l'abbaye de Rangéval, sur le territoire de Corniéville, deux communes du département de la Meuse ayant fusionné en 2002 avec Gironville-sous-les-Côtes sous le nom de Geville. Elle entre tout de suite après dans le département de Meurthe-et-Moselle et traverse une région d'étangs au sein de la forêt de la Reine, la première source passant par l'étang de Gérard Sas (anciennement Girasa), la seconde par l'Etang Neuf, l'étang de la Grande Brunessaux et l'étang de la Mosée. Sa dénomination se rencontre ordinairement à partir de l'étang de la Mosée. Elle se dirige d'emblée vers le nord-est, direction qu'elle maintient globalement jusqu'à son confluent avec la Moselle. Elle se divise en deux bras sur le territoire de Jezainville, au niveau de « la Papeterie », reprend un cours unique à Blénod-lès-Pont-à-Mousson, puis traverse le site des fonderies PAM-Saint Gobain. Elle rejoint finalement la Moselle au niveau de la limite des territoires de Blénod-lès-Pont-à-Mousson et de Pont-à-Mousson, formant, avec l'ancien canal, l'île d'Esch.
Hydronymie
La rivière a pris plusieurs dénominations au cours du temps. La plus singulière est celle de rivière de RudesseCommunes de la Meurthe, journal historique des villes, bourgs, villages ... 1853 - Henri Lepage, mais il semble que ce soit au un nom du langage commun.
La première mentionDictionnaire Topographique du Département de la Meurthe, rédigé sous les auspices de la Société d'Archéologie de Lorraine par M. Henri Lepage - 1862 - Article Ache page 1 apparaît en, 932, dans une charte de l'abbaye de Bouxières sous l'intitulé Fluviolus Escio. Puis le cartulaire de Rangéval mentionne l'Esch en 1152 : Rivulus qui decurrit de fontibus Joey et vulgo vocatur Eyx (ruisseau prenant sa source à Jouy, dont le nom vulgaire est Eyx). On trouve dans ce même cartulaire, en date de 1266, lou rui et lou ru d'Eis. Les mentions ultérieures dans les actes font état des noms d'Ache, Aix, Asche, EsseLes marches de l'Ardenne et des Woëpvres, seconde partie. Marches barro-woëpvriennes. Nancy, imprimerie de veuve Raybois et comp. - Jean François Louis Jeantin ou encore EcheLes Communes de la Meurthe : Journal historique des villes, bourgs, villages, hameaux et censes de ce département, Volume 1. Henri Lepage. Nancy, chez A. Lepage, éditeur. 1856.. Cette dénomination de ruisseau d'Ache ou Esse est concurrente dans les ouvrages spécialisés du Dictionnaire hydrographique de la France. Antoine Louis Théodore Ravinet. Bachelier. Paris. 1824. Article Esse p. 164 ; elle est encore commune dans les premières décennies du , comme on peut le voir sur les cartes postales de l'époque, voisinant aussi Eische et Esche avant de se stabiliser sur l'orthographe Esch (voir cartes postales anciennes ci-dessous).
Un savant linguisteLa langue française dans ses rapports avec le sanscrit et avec les autres langues indoeuropéennes – Louis Delattres – 1853 du nous permet de saisir l'étymologie de ce nom. Un des noms qui désignent l'eau en sanscrit est AP. Il signifie humide, succulent, ou aimant l'humidité. Dans la première acception il a servi à dénommer la poire ; dans la seconde, l'ache, plante se développant dans les lieux humides. Le dérivé latin de AP est AQU-A, ayant donné en particulier le mot aquatique. Le pluriel AQU-AE a servi à dénommer un grand nombre de villes possédant des eaux thermales ; il a fait AIX en français : AIX en Savoie, AIX en Provence, AiX-la-Chapelle, etc. AQU-A a fait encore en vieux français, E-E, d'où EV-E, par l'insertion d'un v euphonique entre les deux e ; de là EV-IER. La dernière forme, celle qui a prévalu sur toutes les autres est, en vieux français, AU, EAUE : EAU. Le « e » initial n'a été ajouté que pour distinguer ce mot de la contraction « au » pour « à le ». L'e final de la seconde forme, toujours en vieux français, devrait être rétabli, nous dit le vénérable linguiste ; il marque le genre du mot ; il est étymologiquement indispensable.
On trouve d'autres rivières portant l'un des noms du ruisseau : l'Ache. Un auteur décrivant les Alpes allemandesBibliothèque universelle et revue suisse - Ch. SCHAUB - 1861 en donne d'autres exemples : La terminaison ach, fréquente pour les noms de rivières, doit venir du latin aqua, eau. Plusieurs torrents portent le nom d'Ache ou Achen, synonyme de Bach, et on les distingue par le nom de la vallée qu'ils arrosent. La ville d'Aix-la-Chapelle s'appelle Aachen.
Si l'on prend en compte ces références et les dénominations d'Ache et de ruisseau d'Aix, l'Esch est tout simplement « l'eau qui arrose la vallée ».
Cependant une autre étymologie peut être recherchée dans le mot latin ESCA, signifiant aliment, nourriture. On trouve dans les premiers grands dictionnaires au le mot EscheDictionnaire universel français et latin, dit Dictionnaire de Trévoux - 1721, dont on dit que les pêcheurs autour de Paris s'en servent pour signifier amorce. Par ailleurs, le mot AchéeSupplément au Dictionnaire de Trévoux - 1752 est donné, comme celui de Laiche, à certains vers qui servent à nourrir les oiseaux ou pour amorcer les hameçons des pêcheurs. Ces définitions sont jointes en une seule au début du par le dictionnaire LarousseLarousse universel en deux volumes - 1922 sous l'article Aiche, èche, esche, indiquant que le terme le plus approprié est achée.
Voila donc une deuxième signification : l'Esch serait peut-être depuis longtemps un ruisseau où l'on pêche à l'amorce. En même temps, on peut facilement envisager que la consonance des deux mots a pu faciliter le passage de l'un à l'autre, empêchant de retrouver le sens exact. Cependant on reste dans tous les cas au plus près du milieu aquatique.
Communes traversées
L'Esch traverse ou longe, d'amont en aval, les territoires des communes suivantes ; dans certains cas, le ruisseau matérialise uniquement la délimitation des bans communaux sur une petite distance : Département de la Meuse : Jouy-sous-les-Côtes, Corniéville, Broussey-Raulecourt ; Département de Meurthe-et-Moselle : Mandres-aux-Quatre-Tours, Hamonville, Ansauville, Royaumeix, Grosrouvres, Minorville, Domèvre-en-Haye, Manonville, Lironville, Martincourt, Rogéville, Gézoncourt, Villers-en-Haye, Griscourt, Dieulouard, Jezainville, Blénod-lès-Pont-à-Mousson et Pont-à-Mousson.
Affluents
vignette|Ruisseau de Grenay. Vallée de l'Ache. Les affluents de l'Esch, d'amont en aval : le ruisseau de Grosrouvres a sa source à Hamonville. Après un cours de , il se jette dans l'Esch au niveau du village de Grosrouvres, en rive gauche ; le ruisseau de l'étang de Rome (ou Rommey sur les anciennes cartes), sort de l'étang de Rome, passe sur le territoire de Royaumeix et conflue avec l'Esch, en rive droite, à Minorville, après un cours de ; la Réhanne, , prend sa source et se jette dans l'Esch en rive gauche à Manonville ; le ruisseau de Naly Fontaine prend sa source et se jette dans l'Esch en rive gauche à Manonville ; le ruisseau de Saint-Jacques ou ruisseau de l'Heymonrupt, prend sa source à la fontaine Saint-Jacques, au pied d'un éperon naturel formé par la convergence de deux vallées. Ce lieu est fréquenté depuis la préhistoire et il a été le siège du prieuré d'Heymonrupt, fameux au Moyen Âge et jusqu'au , puis transformé en ferme et aujourd'hui disparu. Il se situe en amont du hameau de Saint-Jean, écart de Martincourt. Le ruisseau de Saint-Jacques se jette dans l'Esch à Martincourt, en rive gauche, après un cours de ; le ruisseau de Grenay (ou Grené) prend sa source sur le territoire de Rogéville et de jette dans l'Esch en rive droite entre Martincourt et Gézoncourt.
Histoire économique Le flottage Le flottage est utilisé pour le transport du bois.
Au début du , le ruisseau est rendu flottable en aval du pont de Manonville après que le duc de Lorraine ait imposé aux riverains son curage à la suite des dégâts causés dans la forêt de la Reine par les fortes gelées de l'hiver de 1709Congrès Archéologique de France. Session de 1991. Les Trois Évêchés et l'ancien Duché de Bar. Société Française d'Archéologie. Musée des monuments français. Paris. 1995. Article relatif à l'abbaye de Rangéval. Annexe p. 110. À partir de 1714, un traité est passé avec Guillaume Moluaut, par ailleurs entrepreneur, architecte et maître d'œuvre de la reconstruction de l'abbaye de Rangéval, pour rendre le ruisseau flottable sur la partie amont à Manonville. La contrepartie est un droit d'exploitation des bois. D'autres concessionnaires lui succèdent.
Au début du , l'Esse (Esch) est flottable depuis l'étang de la Mosey (Mosée) jusqu'à son embouchure, sur une longueur de 36 kilomètres, mais le volume de bois flotté a diminué (5000 stères par an). Le bois de chauffage est destiné à la ville de Metz. Il provient de la forêt de la Reine, de Minorville, Martincourt, Gézoncourt et Griscourt. La difficulté du flottage provient d'une largeur insuffisante du pertuis des moulins.
Un projet de canal Au début du , les questions du désenclavement des provinces et d'une plus grande facilité des transports conduit à de nombreuses études de projets de canaux. En Lorraine, le duc Léopold souhaite participer à l'aboutissement, pour ce qui concerne la partie située sur ses états, d'un projet de « canal des deux mers » reliant la Belgique et la Mer du Nord à la Méditerranée par la Meuse, la Saône puis le Rhône. Alors que l'ingénieur Bavilliers présente au duc un projet de jonction de la Meuse à la Saône par le cours du VairAnnales de la Société d'émulation du département des Vosges. Tome XIII, Premier cahier. Société d'émulation du département des Vosges. Epinal, Veuve Gley. Paris, Auguste Goin. 1868 p. 348, Guillaume Moluaut travaille en avril et en à une étude de canal de liaison entre la Moselle et la Meuse, empruntant le cours de l'EschLe département de la Meurthe, statistique historique et administrative. Deuxième partie. Henri Lepage. Nancy. 1845. Article Ache p.7. Aucun de ces projets n'aboutira.
L'énergie hydraulique Le ruisseau d'Esch a produit pendant plusieurs siècles l'énergie permettant de mouvoir les mécanismes de moulins ou d'industries.
D'amont en aval, il s'agit des établissements suivants : le moulin de Minorville (céréales) ; aujourd'hui disparu ; seules restent les fondations ; le moulin au bois de Manonville (céréales) ; ruiné ; le moulin de Martincourt-village (céréales) ; reconstruit après la Seconde Guerre mondiale ; arrêté ; le moulin Lajus à Martincourt (céréales ) ; ruiné ; le moulin de Villévaux à Rogéville, accès depuis Gézoncourt (céréales) ; arrêté au début du ; a produit l'électricité pour les besoins de son propriétaire jusqu'au début du ; transmis au conseil général de Meurthe-et-Moselle ; le moulin de Villers-en-Haye (céréales) ; transformé en maison d'habitation ; le moulin de Griscourt (céréales) ; dernier moulin à fonctionner jusque pendant la Seconde Guerre mondiale ; réhabilité en maison d'habitation ; le moulin de Jezainville (céréales) est transformé en scierie équipée d'un haut-fer au début du (bois de menuiserie et bois de calage des tuyaux en fonte pour l'usine de Pont-à-Mousson) ; le haut-fer est démonté en 1977 ; l'activité de la scierie est arrêtée au début du ; il ne reste qu'une infime partie du moulin d'origine, fortement transformé au fil du temps ;