Robert Peel, né le à Ramsbottom dans le Lancashire et mort le à Londres, est un homme d'État britannique du . Premier ministre du Royaume-Uni de 1834 à 1835 puis de 1841 à 1846, il favorise le passage de l'économie de son pays au système du libre-échange. Il exerce également les fonctions de chancelier de l'Échiquier au cours de son premier mandat et de secrétaire d'État à l'Intérieur de 1822 à 1827 et de 1828 à 1830.
Issu d'un milieu aisé, il effectue une scolarité brillante à Oxford et est élu pour la première fois député en 1809. Il s'affirme rapidement comme l'une des étoiles montantes du Parti tory et, après avoir occupé divers postes gouvernementaux, intègre le cabinet en 1822 en tant que ministre de l'Intérieur. Fidèle soutien du duc de Wellington, il mène plusieurs réformes judiciaires et se prononce, à la fin des années 1820, en faveur de l'acte d'émancipation des catholiques.
Dans l'opposition de 1830 à 1834, Peel est nommé Premier ministre en novembre de la même année, mais pour une durée de seulement quatre mois, au cours desquels il édicte le « manifeste de Tamworth », considéré comme l'acte fondateur du Parti conservateur actuel. Il cède le pouvoir aux libéraux et retourne dans l'opposition jusqu'en 1841. Il reprend alors la tête du gouvernement et se maintient au pouvoir pendant cinq ans. Son second mandat est marqué par la création de l'impôt sur le revenu, la réforme du système bancaire et la promotion du libre-échange, en particulier la suppression des Corn Laws en réponse à la grande famine irlandaise. L'adoption de cette dernière mesure, contraire à la position majoritaire des tories, précipite la chute du gouvernement Peel.
Jusqu'à sa mort, Peel conserve une grande influence au sein de son parti en tant que chef de la faction peelite. L'historien britannique A. J. P. Taylor écrit que « Peel figura au premier rang des hommes d'État du . Il arracha l'émancipation des catholiques ; abrogea les Corn Laws ; et créa le Parti conservateur moderne sur les ruines de l'ancien toryisme ».
Biographie
Jeunesse
vignette|redresse|gauche|Écu de la famille Peel.
Robert Peel naît à Chamber Hall près de Bury, dans le Lancashire. Il est le fils de Sir Robert Peel, l'un des plus riches fabricants de textile du début de la Révolution industrielle, et de son épouse Ellen Yates. Son père, qui est membre de la Chambre des communes de 1790 à 1820, est à la tête d'une entreprise qui emploie environ personnes en 1802. La famille déménage en 1798 dans le Staffordshire et s'installe dans le manoir de Drayton, non loin de Tamworth ; ..
Son éducation se déroule sous la houlette d'un ecclésiastique de Bury puis dans une école religieuse de Tamworth.. Il a peut-être fréquenté l'école secondaire de Bury ou bien celle d'Hipperholme dans le Yorkshire de l'Ouest, même si les preuves qui en attestent sont plus anecdotiques que formelles.. Il intègre la prestigieuse Harrow School en . Quoique peu assidu — il aime à se promener et à s'exercer au tir dans la campagne environnante —, il excelle en latin et en grec.. C'est également à cette époque qu'il fait la connaissance de Lord Byron, lequel déclare par la suite que lui et Peel « étions en bons termes » et que « j'étais toujours couvert d'égratignures, lui jamais ».. Le jour de la cérémonie de remise des prix en 1804, Peel et Byron participent à une représentation de l'Énéide de Virgile, le premier dans le rôle de Turnus et le second dans celui de Latinus..
Son diplôme d'Harrow en poche, Peel réside un temps chez son père à Londres et assiste en spectateur aux débats à la Chambre des communes. En , il est admis au Christ Church à Oxford. Pratiquant le cricket et l'aviron, il travaille avec acharnement et — fait inédit dans l'histoire de l'institution — est reçu premier en littérature et en mathématiques à sa sortie de l'école en . Il étudie ensuite le droit à Lincoln's Inn en 1809. et assume en parallèle des responsabilités militaires : capitaine de la milice de Manchester en 1808, il est lieutenant de la cavalerie yeomanry du Staffordshire en 1820..
Entrée en politique
Le jeune Peel fait son entrée en politique à 21 ans, en tant que candidat conservateur, à la Chambre des communes pour le « bourg pourri » (petite circonscription dont on peut contrôler l'électorat) irlandais de Cashel, dans le comté de Tipperary ; .. Avec seulement 24 électeurs inscrits dans cette circonscription, il est élu sans opposition. Son soutien à l'élection, outre son père, est le général Arthur Wellesley, futur duc de Wellington. Son premier discours aux Communes fait sensation, et est décrit par le speaker de la Chambre des communes comme « le meilleur premier discours depuis celui de William Pitt le Jeune ».
Dans les années suivantes, Peel change de circonscription à deux reprises, d'abord en 1812 où il est représentant de Chippenham puis en 1817 en étant élu député d'Oxford University. Il entre au gouvernement en 1810 en qualité de sous-secrétaire d'État à la Guerre et aux Colonies, chargé de la correspondance avec ces dernières. Secrétaire d'État pour l'Irlande de 1812 à 1818 ― la plus longue durée à ce poste pour un individu au ―, il réprime l'agitation provoquée par les catholiques irlandais et provoque en duel Daniel O'Connell, l'une des principales figures de ce mouvement, après que celui-ci l'a accusé de couardise (la rencontre n'a finalement pas lieu).
Selon son biographe John Prest, « rien dans l'éducation de Peel ne lui avait donné l'imagination historique nécessaire pour questionner la légitimité de la domination britannique en Irlande, et il se rallia avec entrain à un régime enfermé dans le bien-fondé de ses lois pénales et de l'ascendance protestante ». Sur place, il favorise l'élection de parlementaires protestants, lutte contre les organisations représentatives catholiques et lie la prégnance de cette religion parmi les habitants à l'arriération économique du pays.
En 1819, il est choisi pour présider le comité chargé de stabiliser les finances britanniques après les guerres napoléoniennes ; ..
Secrétaire d'État à l'Intérieur
Il est peu à peu considéré comme l'une des étoiles montantes du Parti tory, et est nommé en 1822 secrétaire d'État à l'Intérieur ; ; .. Il met en œuvre une série de réformes importantes du droit pénal britannique. Il réduit ainsi le nombre de crimes punissables de la peine de mort (même si cela ne diminue pas le nombre des exécutions) et abroge une grande partie des lois pénales tout en consolidant les dispositions des autres (Peel's Acts) ; .. Ce processus de simplification a pour objectif d'aboutir à un compromis entre, selon la formule de Peel, « la redondance de notre législation et la concision du code français ». En 1823, il initie en outre une réforme du système des prisons, qui instaure une rémunération pour les geôliers et un encadrement éducatif pour les détenus.
Il démissionne du gouvernement lorsque Lord Liverpool, frappé d'incapacité en 1827, cède sa place à George Canning ; .. Ce dernier, favorable à l'émancipation catholique qui accorde aux catholiques romains l'égalité politique, trouve en Peel un farouche adversaire. Canning meurt moins de quatre mois plus tard, et après un bref cabinet Goderich, Peel retourne au ministère de l'Intérieur dans le gouvernement de son allié de toujours, le duc de Wellington ; ; .. Il devient, à ce moment-là, le numéro deux du Parti tory, derrière Wellington lui-même. Son travail de « consolidation » de l'appareil judiciaire se poursuit : les 92 dispositions légales sur le vol, dont certaines remontent au , sont ainsi fusionnées en quatre lois seulement en 1827, de même que celles relatives aux crimes contre les personnes qui passent de 57 à une en 1828.
Les pressions exercées sur le nouveau gouvernement par les avocats de l'émancipation catholique sont grandes et Peel prend progressivement conscience du caractère explosif de la situation irlandaise. Il fait voter en 1829 l'acte d'émancipation, idée à laquelle il s'est pourtant opposé de longue date, ce qui lui a d'ailleurs permis, en 1817, d'obtenir facilement un siège aux Communes dans le « rotten borough » de l'université d'Oxford. Seulement, son revirement l'oblige en 1830 à changer de fief, un autre rotten borough, Westbury. En outre, son soutien à l'acte d'émancipation le déconsidère aux yeux de nombreux tories ; selon l'historien Norman Gash, Peel avait été « le champion idolâtré du Parti protestant ; ce dernier le regardait à présent comme un paria ».
Sous son ministère, en , il procède à la réorganisation des forces de police métropolitaines de Londres, qui sont rassemblées en un corps unique d'environ hommes chargé de sécuriser les rues et de maintenir l'ordre. Conformément aux principes de Peel, qui inspirent encore le code éthique de la police britanniqueCollege of policing, Code of Ethics, 2014., les armes à feu sont interdites au profit de l'utilisation de la matraque, ce qui est un changement majeur à une époque où les émeutes sont souvent réprimées dans le sang et contribue à instaurer des relations plus harmonieuses entre les agents et la population. Norman Gash considère néanmoins que la décision de Peel n'est pas tant une innovation audacieuse qu'une systématisation, avec un financement accru, de pratiques informelles existantes. Les policiers britanniques sont par la suite appelés Bobbies (diminutif de Robert) ou Peelers en hommage à leur fondateur.
Dans l'opposition aux whigs (1830-1834)
Cependant, Wellington, opposé à toute réforme parlementaire, mène une politique réactionnaire qui le fait surnommer « duc de fer ». Son refus de toute réforme ayant déclenché des troubles sociaux, il est contraint de démissionner en 1830 en faveur des libéraux de Lord Grey. La même année, Peel hérite du titre de baronnet de son père.
Peel se montre d'emblée très hostile à l'ambitieux projet de réforme parlementaire porté par les whigs, affirmant à la Chambre des communes que cela ne saurait être une réponse aux troubles économiques. Le soutien à la réforme est cependant bien présent au sein de la population et les whigs triomphent lors des élections générales convoquées par le roi en . Lorsque la Chambre des lords fait connaître son opposition au projet de loi, de violentes émeutes éclatent dans le pays, dont certaines à proximité de la résidence de Peel à Drayton, que son épouse Julia s'empresse de mettre en état de défense. Excédé par les tentatives des lords de vider le contenu de la loi de sa substance, le gouvernement whig offre sa démission à Guillaume IV, qui se tourne vers Wellington pour former un cabinet tory sur la promesse de faire adopter à son tour une loi de réforme. Cette solution de compromis déplaît fortement à Peel qui refuse de s'y associer et les whigs se maintiennent au pouvoir. Le Reform Act est finalement voté le .
Premier ministre (1834-1835)
vignette|Robert Peel (à droite) en compagnie du duc de Wellington, son mentor en politique. Tableau de Franz Xaver Winterhalter, 1844, Royal Collection.
Les années suivantes sont extrêmement agitées ; la proximité des élections et le sentiment que suffisamment de réformes ont abouti conduit le roi Guillaume IV à inviter le Parti tory à former un nouveau gouvernement, en 1834. Wellington décline l'offre du roi et Peel est choisi naturellement comme Premier ministre ; ; .. Alors que celui-ci est en Italie, Wellington assure l'intérim pendant trois semaines ; ..