thumb|Illustration de Henri-Joseph Dubouchet, dans une édition parue en 1884 chez L. Conquet. Le Rouge et le Noir (sous-titré Chronique du , puis Chronique de 1830) est un roman psychologique de Stendhal. Il est centré sur l'ascension sociale de Julien Sorel, un jeune homme d'origine provinciale, remarqué dès son plus jeune âge pour son intelligence et son goût pour la littérature.
Il est publié pour la première fois à Paris chez Levavasseur le , bien que l'édition originaleLe Rouge et le noir : chronique du , Tome 1 Le Rouge et le noir : chronique du , Tome 2 sur gallica.bnf.fr mentionne la date de 1831. C'est le deuxième roman de Stendhal, après Armance.
Il est cité par William Somerset Maugham en 1954, dans son essai Ten Novels and Their Authors, parmi les dix plus grands romans jamais écrits.
Résumé Le roman est divisé en deux parties : la première partie retrace le parcours de Julien Sorel en province, dans une petite ville nommée Verrières, en Franche-Comté, puis à Besançon, et plus précisément son entrée chez les Rênal, et sa passion pour de Rênal, de même que son séjour dans un séminaire ; la seconde partie porte sur la vie du héros à Paris comme secrétaire du marquis de La Mole, et la passion qu'il a avec sa fille, Mathilde.
Première partie thumb|Stendhal, Le Rouge et le Noir, édition 1854.
En épigraphe, Le Rouge et le Noir, Chronique du porte Le Rouge et le Noir. Reproduction de l'édition de 1830 retouchée par Stendhal et léguée à son ami Donato Bucci à Civitavecchia. Hachette livre. Grandes Œuvres .1981.
D'emblée, Stendhal plante avec précision le décor de la petite ville franc-comtoise de Verrières, sur le Doubs, et la situation sociale et politique, définissant l'atmosphère dans laquelle se forme l'état d'esprit du héros.
Julien Sorel est le troisième fils du vieux Sorel, scieur, qui n'a que mépris pour les choses intellectuelles et donc pour Julien, qui se révèle très tôt doué pour les études. Au contraire de ses frères, le garçon n'est pas taillé pour les travaux de force, et sa curiosité le pousse à s'instruire par tous les moyens possibles. Si le jeune garçon peut réciter par cœur le Nouveau Testament en latin, s'il bénéficie de la protection du curé de son village, le curé Chélan, il connaît aussi tous les détails du Mémorial de Sainte-Hélène, car paradoxalement voue une admiration sans bornes à Napoléon Bonaparte, qu’il considère comme un dieu et comme un modèle de réussite. Malmené dans sa famille, qui le tourne sans cesse en dérision ou lui fait subir des violences, il est protégé par l'abbé Chélan, qui le recommande au maire de Verrières, Monsieur de Rênal, pout devenir le précepteur de ses enfants.
Malgré sa timidité naturelle, Julien parvient peu à peu à séduire de Rênal, jeune femme assez belle, mais également d'une naïve timidité.
La vie de Sorel chez les Rênal est donc marquée par sa vive passion pour de Rênal et aussi par son ambition démesurée. Il rêve de devenir une sorte de nouveau Napoléon Bonaparte. Sa vie est donc dominée par l’hypocrisie. Au château de monsieur de Rênal, il doit cacher ses sentiments pour la maîtresse de maison, et à l'abbé Chélan son admiration pour Napoléon.
Au château, le jeune homme gagne rapidement le cœur des enfants et il prend l'habitude de passer ses soirées d'été en compagnie de de Rênal, qu'il surprend agréablement lorsqu'elle tente de lui faire un cadeau. La fierté du jeune homme plaît à cette provinciale rêveuse, qui tombe amoureuse de lui sans s'en rendre compte.
Mais le tempérament fier et ombrageux de Julien va bientôt tout gâcher : il refuse une augmentation de salaire proposée par M. de Rênal et repousse les avances d'Élisa, femme de chambre de de Rênal.
Élisa s'étant empressée de faire courir une rumeur - fondée - sur les sentiments qui animent sa maîtresse et Julien, les jaloux commencent à jaser à Verrières (Julien était devenu un homme à la mode), et M. de Rênal reçoit bientôt une lettre anonyme lui apprenant son infortune. Bien que n'accordant aucun crédit à ces racontars, il ne peut que se séparer de son précepteur.
Julien, sur les conseils de l'abbé Chélan, quitte alors le domaine des Rênal et entre, sur recommandation de l'abbé, au grand séminaire de Besançon. Avant de partir, il a une dernière entrevue avec de Rênal, qui lui paraît très froide, alors qu'elle lui porte toujours un amour profond, malentendu qui aboutira à la tragédie : Julien l'impatient confond réserve et indifférence.
Au séminaire, Julien est haï par ses coreligionnaires, fils de paysans frustres et affamés dont l'aspiration suprême est « la choucroute du dîner ». Il y fait la rencontre de l’abbé Pirard, qui perçoit bien son ambition, mais le protège. Il passe par bien des moments pénibles, jusqu'au jour où l'abbé Pirard lui propose de devenir le secrétaire du marquis de La Mole.
Julien part alors pour Paris afin de prendre ses fonctions auprès de l'illustre aristocrate, non sans avoir rendu une dernière visite clandestine à de Rênal, au cours de laquelle il manque de perdre la vie.
Seconde partie Le marquis de La Mole, personnalité influente du faubourg Saint-Germain, remarque très vite l'intelligence de Julien, qui fait également la connaissance de Mathilde, la fille altière et passionnée du marquis, une personnalité remarquable, et remarquée de la jeunesse aristocratique parisienne.
En dépit de ses nombreux prétendants de haut rang et des origines modestes et paysannes de Julien, elle ne tarde pas à s'éprendre de lui, en qui elle voit une âme noble et fière ainsi qu'une vivacité d'esprit qui tranche face à l'apathie des aristocrates de son salon.
Une passion (ambition pour Julien ? Fuite de l'ennui pour Mathilde ?) tumultueuse commence alors entre les deux jeunes gens. Elle lui apprend bientôt qu'elle est enceinte et informe son père de sa volonté d'épouser le jeune secrétaire.
Mathilde ne réussit pas d'emblée à convaincre son père. Puis, face à l'obstination de sa fille, il s'y résout et, pour éviter ce qui pourrait apparaître comme une mésalliance trop manifeste, il fait anoblir Julien et lui procure un poste de lieutenant de hussards à Strasbourg. L'obscur fils d'un charpentier devient ainsi « Monsieur le chevalier Julien Sorel de La Vernaye ».
Mais, alors que Mathilde de La Mole appelle son amant à la rejoindre à Paris, le marquis de La Mole refuse catégoriquement toute idée de mariage car il a reçu une lettre de de Rênal dénonçant (sur le conseil impérieux de son confesseur) l'immoralité de son ancien amant qu'elle présente comme rongé par une ambition sans scrupules.
Julien, impavide, se rend alors de Paris à Verrières, entre dans l'église et tire à deux reprises, en pleine messe, sur son ancienne maîtresse.
Il croit l'avoir tuée mais elle en réchappe.
Julien attend ensuite en prison la date de son jugement, prison où Mathilde passe le voir une fois par jour, mais ses poussées d'héroïsme finissent par lasser son amant.
Mathilde de La Mole, sous un pseudonyme d'abord, puis sous son vrai nom ensuite, multiplie les tentatives pour le faire acquitter, notamment en faisant miroiter à l'ecclésiastique le plus influent de Besançon un poste d'évêque.
Simultanément, de Rênal tente de faire pencher le procès en faveur de Julien en écrivant aux jurés que ce serait une faute de le condamner, et qu'elle lui pardonne volontiers son geste « maladroit ».
Malgré une opinion publique acquise à la cause du jeune Sorel, M. Valenod (qui fait partie du jury) parvient à faire condamner Julien à la guillotine, notamment à cause d'un discours provocant dénonçant les castes et l'ordre établi et de la loi sur le sacrilège.
À l'issue de la sentence, Mathilde et de Rênal espèrent encore un recours en appel, mais Julien ne voit pas d'autre issue que le couperet.
de Rênal, qui s'est installée à Besançon malgré les réticences de son mari, est parvenue à obtenir l'autorisation d'aller voir Julien, qui retrouve pour elle une passion sans bornes. Malgré tous les sacrifices qu'elle est prête à consentir, Julien se résigne à la mort.
Juste après l'exécution de Julien, Fouqué (son ami de toujours) rachète son corps au bourreau. Mathilde de La Mole demande à voir la dépouille mortelle du père de son futur enfant, puis empoigne la tête de Julien, la pose sur une petite table en marbre et l'embrasse au front. Elle enterrera elle-même la tête à côté de sa tombe — reproduisant ainsi le geste que Marguerite de Navarre avait fait avec la tête décapitée de son amant Boniface de La Môle, son ancêtre qu'elle admire tant pour sa bravoure —, dans une grotte située non loin de Verrières où Julien avait l'habitude de s'installer.
Leur enfant aurait dû être pris en charge par de Rênal, mais celle-ci meurt trois jours après Julien en embrassant ses enfants.
Signification du titre Le titre original était tout simplement Julien, mais Stendhal l'a ensuite remplacé par un autre : Le Rouge et le Noir, qui paraît toujours un titre énigmatique, sur lequel Stendhal n'a jamais donné d'explication. Stendhal avait tendance à donner à ses romans des titres comportant des noms de couleurs, tels que Le Rouge et le Noir, Le Rose et le Vert, Lucien Leuwen (Le Rouge et le Blanc).
Il existe donc diverses interprétations.
L'interprétation la plus courante est que le rouge symbolise l'armée et le noir le clergé : le rouge pour la carrière militaire et le noir pour la carrière ecclésiastique. Ainsi durant tout le roman, le protagoniste hésite entre l'armée et sa passion pour Napoléon, et le clergé, qui lui a permis d'effectuer ses études et a donc favorisé son ascension sociale. Selon le journaliste Émile Forgues, Stendhal a fourni cette explication à ses amis, justifiant que « le rouge signifie que, venu plus tôt, Julien, le héros du livre, eût été soldat ; mais à l'époque où il vécut, il fut forcé de prendre la soutane ». . En outre, le roman lui-même semble donner des indices du contraire : c'est à la couleur blanche que Julien associe l'armée, il se souvient avoir vu dans son enfance « certain dragon du , au long manteau blanc ».
La symbolique de l'Empire français s'inspirait de celle de l'Empire romain. On y trouve la couronne de laurier, l'aigle ou encore la couleur rouge. Ainsi, c'est peut-être directement Napoléon ou l'Empire que désigne le rouge.
Dans le roman, le noir est en effet principalement utilisé pour parler du de séminariste qu'est forcé de porter Julien et qui le sépare des nobles (qui le traitent très différemment lorsqu'il est en ). En revanche, le rouge fait référence au maquillage des femmes : — POLIDORI (en-tête du chapitre XIV), (chapitre XV), — SAINTE-BEUVE (en-tête de la seconde partie).
À l'époque, un des jeux de cartes les plus populaires s'appelait « rouge et noir » et présentait des similitudes narratologiques avec la lecture du roman.
D'autres font allusion à la roulette, la destinée comparée à un jeu de hasard : on peut tomber sur le rouge ou le noir ; certains pensent aussi aux couleurs de la guillotine, au rouge de la passion et au noir de la mort, à une tension entre Mars et Saturne..
Dans le roman, à propos d'une soirée passée à Vergy où Julien baise à plusieurs reprises la main de de Rênal en présence du mari, l'auteur écrit que le héros « ne pensait plus à sa noire ambition [...]. Pour la première fois de sa vie, il était entraîné par le pouvoir de la beauté. » (chapitre XI, « Une soirée »). Le titre du chapitre précédent rappelle aussi le contraste entre le rouge et le noir : « Un grand cœur et une petite fortune » (chapitre X). Ainsi peut-on penser que le noir désigne les ambitions d'ascension sociale de Julien, au contraire du rouge qui, par déduction, symboliserait ses amours.
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