vignette|alt=Photo d'une route à travers la campagne, un bois en arrière-plan|redresse=1.2|Le lieu du massacre (en 2007). Le massacre de Malmedy, ou massacre de Baugnez, est un crime de guerre commis le par une unité allemande, le Kampfgruppe Peiper. Au cours de la bataille des Ardennes, ce Kampfgruppe a assassiné des prisonniers de guerre américains au carrefour de Baugnez, situé à quelques kilomètres au sud de la ville de Malmedy en Belgique.
D'un point de vue historiographique, cet événement est généralement connu sous le nom de « massacre de Malmedy », bien que la ville elle-même n'ait jamais été atteinte par les troupes allemandes au cours de l'offensive. Ce crime de guerre, qui s'inscrit dans une suite de crimes perpétrés par la même unité au cours de la même journée et les jours suivants, a fait l’objet d’un jugement rendu par le tribunal militaire de Dachau lors d'un procès tenu en 1946.
Contexte Dans le cadre des plans prévus par Adolf Hitler pour ce qui allait devenir la bataille des Ardennes, l’effort principal de rupture des lignes alliées avait été confié à la SS Pz Armee sous le commandement du général Sepp Dietrich qui devait briser le front allié entre Montjoie et Losheimergraben pour franchir la Meuse avant de prendre Anvers. Sur l’aile gauche de ce dispositif se trouvait le (groupe de combat) Peiper composé d’unités blindées et motorisées. Une fois que l’infanterie aurait percé les lignes américaines, Peiper avait pour mission de prendre les ponts de la Meuse aux environs de Huy en passant par Ligneuville, Stavelot, Trois-Ponts et Werbomont .. ...
Les routes les plus praticables étaient toutefois réservées au gros de la Division SS Leibstandarte Adolf Hitler, Peiper devant se contenter de chemins de traverse en mauvais état et peu aptes à supporter le passage de chars d’assaut et d’autres véhicules blindés lourds.
Par ailleurs, le succès de l’opération était subordonné à la prise rapide des ponts sur la Meuse, ce qui impliquait une avance rapide au travers du dispositif allié, éventuellement en contournant les points de résistance. Un autre élément que devait prendre en compte Peiper était le manque d’essence, les ressources du Reich en matière de carburant ayant été drastiquement réduites depuis la perte de la Roumanie.
Enfin, dans le contexte de cette affaire, il convient de ne pas perdre de vue que des ordres spécifiques auraient été donnés par Hitler pour que la bataille soit menée avec brutalité en vue de terroriser l’adversaire. Sepp Dietrich a confirmé le fait durant le procès relatif à cette affaire. Selon certaines sources, lors des briefings précédant l’opération, Peiper aurait clairement déclaré qu’il ne fallait pas faire de quartier, ne pas faire de prisonniers et ne manifester aucune pitié envers les civils belges...
Percée et premiers massacres vignette|alt=Carte|redresse=1.2|Le trajet parcouru par le Kampfgruppe Peiper : le carrefour de Baugnez est au centre de la carte, entouré d'un cercle noir, à égale distance de Malmedy, Ligneuville et Waimes. Dès le départ, les opérations sur le front nord s’engagent mal et, en raison d’une résistance opiniâtre des troupes américaines, prennent beaucoup de retard. Alors que Peiper espère pouvoir exploiter une percée dès le matin du , premier jour de l’offensive, il doit en fait ronger son frein dans les embouteillages à l’arrière du front tandis que l’infanterie allemande piétine. Ce n’est que peu avant l’aube du qu’il parvient à opérer une première percée en direction de Honsfeld où des éléments de son groupe tuent de sang-froid plusieurs dizaines de prisonniers américains.Review and Recommandation of the Deputy Judge Advocate for War Crimes, 20 octobre 1947, ...
Après avoir pris Honsfeld, Peiper dévie pendant quelques kilomètres de l’itinéraire qui lui était imparti pour s’emparer d’un petit dépôt d’essence à Bullange (Bullingen) où un autre massacre de prisonniers de guerre américains est rapporté, ce que réfute toutefois MacDonald..
Alors qu’il est sur les arrières de l’ennemi et qu’en remontant de Bullange vers Elsenborn au nord, il pourrait prendre au piège deux divisions américaines (la et la ), Peiper décide de revenir à l’itinéraire qui lui est imparti et de gagner Ligneuville à l'ouest en passant par Möderscheid, Schoppen, Ondenval et Thirimont. : Déclaration du général Lauer : ..
Le trajet est difficile en raison de la nature du terrain et de la qualité des routes disponibles, au point qu’à la sortie du petit village de Thirimont, la pointe de son avant-garde ne peut prendre la route directe vers Ligneuville, laquelle s’avère impraticable. Un détour en dehors du trajet prévu s’impose. Plutôt que de se diriger au sud-ouest à la sortie de Thirimont, l’avant-garde s'oriente au nord-ouest en direction du carrefour de Baugnez qui se trouve à égale distance de Malmedy, Ligneuville et Waimes..
Massacre au carrefour
vignette| alt=Photo de corps dans la neige|redresse=1.0|Les corps des victimes, enfouis sous la neige, sont retrouvés le .
Engagement et reddition
Au moment où, entre midi et treize heures, l’avant-garde allemande approche du carrefour, un convoi américain d’une trentaine de véhicules, composé essentiellement d’éléments du d'observation d'artillerie de campagne, vient de franchir le carrefour et s’engage sur la route en direction de Ligneuville en vue de gagner Saint-Vith où il doit rejoindre la blindée, à laquelle il est attaché et qui a été dépêchée à cet endroit en vue de renforcer les défenses de la ville..
Ayant aperçu les véhicules, l’avant-garde de Peiper ouvre le feu en direction du convoi américain, immobilisant les véhicules de tête et de queue et forçant ainsi le convoi à s'arrêter. Dépourvus d’armes lourdes, les Américains n'ont que des fusils ou des pistolets à opposer aux Allemands. Ils cessent rapidement le combat et se rendent..
Massacre des prisonniers américains
Pendant que la colonne allemande poursuit sa route vers Ligneuville, les prisonniers, auxquels les Allemands ont joint d’autres hommes capturés par les SS plus tôt dans la journée, sont amenés dans une prairie le long de la route. La plupart des témoignages recueillis par la suite auprès des survivants précisent qu’environ 120 hommes ont été ainsi regroupés dans la prairie. Pour une raison qui aujourd’hui encore reste obscure, les Allemands vont soudain ouvrir le feu sur leurs prisonniers. Du côté allemand, certains ont par la suite prétendu que des prisonniers auraient tenté de s’évader ; d’autres que, laissés à eux-mêmes dans la prairie, les prisonniers auraient repris les armes qu'ils avaient abandonnées et ouvert le feu sur les troupes allemandes qui continuaient leur progression en direction de Ligneuville. Selon certaines sources, il s'agirait essentiellement d'un incident malheureux dû à un enchaînement de circonstances ayant conduit les Allemands à ouvrir le feu sans qu'ils aient réellement eu l'intention délibérée d'abattre leurs prisonniers...
Lorsque les Allemands ouvrent le feu, la panique se déclenche parmi les prisonniers. Certains essaient de s’enfuir. La plupart sont abattus. D’autres essaient de se réfugier dans un café situé au carrefour. Les Allemands mettent le feu au bâtiment et tuent tous ceux qui essaient d’en sortir. D’autres enfin, voyant leurs camarades s’effondrer, se laissent tomber et font le mort, ce qui ne les sauve pas nécessairement. Les SS vont circuler entre les corps amoncelés et donner le coup de grâce à quiconque donne un signe de vie..
vignette|alt=Photo de corps dans la neige| redresse=1.0|D'autres corps de GIs retrouvés gisant dans la neige par un soldat américain.
Au bout de quelques heures, certains hommes, quoique blessés ou choqués, se relèvent et, échappant à la surveillance des Allemands, parviennent à rejoindre leurs lignes, alors à Malmedy. Quarante-trois survivants parviennent à rejoindre les lignes alliées, parfois après plusieurs jours d'errance et avec l'aide de la population. Tous les récits de ces survivants, recueillis immédiatement après le massacre, sont semblables et convergents, alors même que les intéressés n’ont pas nécessairement eu l’occasion de se concerter...
Diffusion rapide de l'information De Malmedy, les premiers rapports parviennent au QG de la Armée US du général Courtney Hodges à Spa dès le . De là, la nouvelle est répercutée au plus haut niveau du SHAEF, tandis que la rumeur la propage jusqu’aux avant-postes américains dans un délai étonnamment court. L'annonce de ce massacre provoque l’écœurement des GI et décuple leur ardeur au combat. En représailles, des militaires américains tuent au moins douze prisonniers de guerre allemands le ; cet événement est connu sous le nom de « massacre de Chenogne ».Ken Burns et par Lynn Novick, « R.A.S. », de la série documentaire , 2007..
Autopsies et preuves d'un crime de guerre vignette| alt=Photo sur le transport de corps dans des civières|redresse=1.0|Les corps sont transportés à Malmedy pour être examinés par les médecins légistes. Le carrefour de Baugnez est resté dans un no man’s land jusqu’au moment de la contre-offensive alliée. Ce n’est que le que les Américains peuvent dégager les corps des victimes gelés et recouverts de neige. Cette opération est faite avec beaucoup de méticulosité car les indices relevés par les médecins doivent servir de base à un procès à charge des responsablesMortuary Affairs Operations At Malmedy - Lessons Learned From A Historic Tragedy - MAJ Scott T. Glass..
L'autopsie des corps montre que vingt au moins des soldats tués présentaient, outre des blessures faites par des tirs d'armes automatiques, des blessures fatales à la tête provoquées par des tirs à bout portant. Vingt autres présentaient également des blessures à la tête faites au moyen d'armes de petit calibre, sans qu'il soit toutefois possible de déterminer s'il s'agissait de tirs à bout portant, aucune trace résiduelle de poudre n'ayant été trouvée. Enfin, une dizaine d'autres portaient à la face des ecchymoses apparemment provoquées par des crosses de fusils allemands. Autre élément d’importance, certains des corps ne présentent qu’une seule blessure, à la tempe ou derrière l’oreille..
En définitive, 72 corps sont relevés dans le champ les . Douze autres corps, plus éloignés de la pâture, sont retrouvés entre le .
Il ressort du schéma annexé au document du major Glass que la plupart des corps ont été retrouvés dans un espace très restreint, ce qui pourrait indiquer que les hommes étaient regroupés au moment où ils furent tués.
Peiper poursuit sa route vignette|redresse=1.0|Le correspondant de guerre Jean Marin regarde les corps des civils massacrés à la maison Legaye à Stavelot (Belgique).| alt=photo, la légende est explicite sur le contenu
La percée réalisée par le Kampfgruppe Peiper au travers des lignes américaines est marquée par d’autres massacres de prisonniers de guerre et, par la suite, de civils belges. Ainsi, des membres de sa troupe tuent au moins huit autres prisonniers américains à LigneuvilleThe Brave Innkeeper of The Bulge – Toland, John – Coronet Magazine, décembre 1959 – ..
De nouveaux massacres de prisonniers américains sont encore rapportés à La Gleize et Stoumont les .. Enfin, les 18 et , dans la région comprise entre Stavelot et Trois-Ponts, alors que les Allemands essayent de reprendre le contrôle du pont sur l'Amblève à Stavelot, essentiel pour que les renforts et les approvisionnements puissent atteindre le , les troupes de Peiper se rendent coupables de massacres qui entraînent la mort de plus de cent civils, dont nombre de femmes et enfants.Stavelot, Belgium, 17 to 22 December 44, écrit par Capt John E. Kent, C.R.I.B.A. Sad souvenirs or life of the people of Stavelot during the winter of 1944-1945, écrit par Guy Lebeau, C.R.I.B.A., .