Daniel de Morley, Merlai, Merlac ou Marlach (v.1140 - v.1210), est un philosophe anglais connu pour avoir écrit un traité d’astronomie et de philosophie naturelle en deux livres qu’on retrouve sous les titres de Philosophia Magistri Danielis de Merlac ou de Liber de naturis inferiorum et superiorum.

Après ses études en Angleterre, il séjourne brièvement à Paris puis se rend à Tolède où il devient l’élève du traducteur Gérard de Crémone. Il revient ensuite en Angleterre en rapportant plusieurs livres. En chemin, il rencontre John d’Oxford, évêque de Norwich, son père spirituel. Ce dernier le questionne avec intérêt sur ce qu’il a appris à Tolède et en particulier sur l’astrologie. Ne pouvant répondre immédiatement à toutes ses questions, il décide d’écrire un ouvrage à son intention. À la fin du , Daniel de Morley est prêtre d’une petite église de campagne à Flitcham et fait partie de la regis curia, le Conseil du roi en matière législative.

La vie et l’œuvre de Daniel de Morley s’inscrivent dans le phénomène culturel que plusieurs appellent la Renaissance du . Cette époque se caractérise par la multiplication des écoles urbaines qui conduiront à la création des universités, par un intérêt renouvelé pour les textes classiques et par une nouvelle attitude intellectuelle qui donne préséance au raisonnement plutôt qu’à l’autorité des auteurs. Certains érudits comme Daniel de Morley s’intéressent de plus en plus aux disciplines scientifiques comme l’astronomie qui ont été négligées en Europe occidentale. Ce phénomène de renaissance est accompagné et renforcé par la découverte de la culture islamique qui en plus de ses richesses donne accès aux œuvres oubliées des anciens philosophes grecs. La Sicile ainsi que les villes de Venise et de Tolède sont les principaux centres intellectuels où les textes arabes et grecs sont étudiés et traduits en latin.

L’ouvrage de Daniel a survécu dans quelques manuscrits dont le plus étudié est London, British Library, Arundel 377. Des éditions complètes du texte original en latin ont été publiées, mais n’ont pas été traduites. L’étude philologique de ces éditions a notamment permis aux historiens d’identifier les principales sources du savoir de Daniel de Morley et d’émettre des hypothèses quant à l’identification des livres qu'il a ramenés en Angleterre.

Daniel de Morley fut l’un des principaux instigateurs de l'introduction du savoir gréco-arabe en Angleterre . Avec quelques-uns de ses contemporains comme Gérard de Crémone, Roger de Hereford, Robert de Chester ou Alfred de Sareshel, il poursuivit les efforts d’Adélard de Bath pour le développement des sciences en Europe. Il a peut-être aussi contribué directement à la diffusion du savoir islamique et grec par les livres qu’il a rapportés de Tolède puisque plusieurs de ses présumées sources se retrouvent aussi à Oxford quelques années après son retour, lors des premiers moments de l’université d'Oxford.

Sa vie Daniel de Morley est issu d'une famille de la gentry du Norfolk. Presque tout ce qu’on connait sur sa vie est tiré directement de la préface et de l’analyse philologique d’un traité d’astronomie et de philosophie naturelle qu’il a écrit vers la fin du . Ce traité intitulé Philosophia Magistri Danielis de Merlac ou de Liber de naturis inferiorum et superiorum nous est parvenu à l’intérieur de quelques manuscrits produits de son vivant ou peu après son décès.

Daniel serait né vers 1140 et aurait reçu son éducation à Hereford et Oxford. Dans la préface de son traitéUne traduction française de la préface a été publiée dans . Une traduction anglaise a également été publiée dans , il retrace son itinéraire intellectuel qui commence par un séjour d’étude à Paris vers les années 1160 ou 1170; . Il est vite dégouté par l’ignorance et par l’attitude pédante des clercs. Il est également déçu par la prépondérance de l’étude du droit dans leurs écoles; ; .. Il entend alors que la doctrine des Arabes, presque entièrement consacrée aux sciences du quadrivium, est très étudiée et enseignée à Tolède. Il décide donc de s’y rendre au plus vite afin de pouvoir « entendre les philosophes les plus sages du monde »..

Daniel s’installe ainsi à Tolède et devient un élève immédiat de Gérard de Crémone.. Leurs échanges intellectuels sont directement attestés dans l’ouvrage de Daniel par la référence à un débat animé à propos de l’influence des étoiles sur les affaires humaines.. On ne connait pas la durée de son séjour à Tolède, mais il est reparti avant 1184 selon la trace d’une dette qu’il aurait contractée en Angleterre avant cette date..

Il écrit être revenu en Angleterre à la demande de ses amis en rapportant une « multitude de livres précieux ». Sa première réaction en est une de déception en constatant que les arts libéraux se limitent chez lui comme à Paris aux sciences du droit, et qu’Aristote et Platon sont tombés dans l’oubli. Mais il apprend que ce n’est pas le cas à Northampton et décide de s’y rendre, craignant sinon de devenir l’unique Grec parmi les Romains.

En route vers Northampton, il rencontre John d’Oxford, évêque de Norwich, qu’il nous présente comme son seigneur et son père spirituel. Ce dernier l’accueille chaleureusement et se montre très intéressé par les connaissances acquises à Tolède. La dernière question de John sur le mouvement des astres les amène à parler de l’astrologie. John mentionne alors que « certaines choses sur cette terre semblent être subordonnées à leurs supérieurs, comme sous un lien de réalité ». N’ayant pas le temps de répondre à toutes les questions de John, Daniel décide d’écrire à son intention un ouvrage en deux livres; le premier portera sur la partie inférieure de l’univers, soit le monde terrestre, et le second sur la partie supérieure, c’est-à-dire le monde des astres.

Rien n’indique dans la préface ou ailleurs que Daniel se soit rendu à Northampton. Mais il est fort possible qu’il soit passé par Oxford qui se trouve sur le chemin. Deux faits militent d’ailleurs en faveur de cette hypothèse. D’une part, on sait que John a résidé à Oxford au moins deux fois pendant qu’il était évêque de Norwich. D’autre part, on sait que certains des manuscrits qui font partie des sources les plus importantes de Daniel, et qui par conséquent font peut-être partie des livres qu’il a ramenés de Tolède, étaient connus à Oxford à cette époque qui correspond à celle des débuts de l’université..

Quelques informations supplémentaires sur la vie de Daniel de Morley proviennent d’autres sources historiques. En 1198, il apparait dans une liste de membres de la curia regis c’est-à-dire du conseil du roi en matière législative. L’année suivante, il y est inscrit avec la mention indiquant qu’il est prêtre à Flitcham, dans le Norfolk. On trouve aussi sa trace en 1205 alors qu’il occupe la même fonction ecclésiastique au même endroit. Il a peut être été au service du roi à la fin de sa vie. On ne connait pas la date de son décès.

Contexte historique La vie et l’œuvre de Daniel de Morley s’inscrivent dans le phénomène culturel et intellectuel que certains historiens appellent la Renaissance du . Cette idée de renaissance est née au et a été popularisée par un ouvrage de Charles Homer Haskins publié en 1927.. Du point de vue culturel, le se caractérise par la multiplication des écoles urbaines., par une redécouverte ou un intérêt renouvelé pour les textes latins classiques, et surtout par la découverte des œuvres classiques des anciens philosophes grecs et de la culture islamique. À la fin du siècle, naîtront aussi les premières universités à Bologne, Paris et Oxford.

La multiplication des écoles s’accompagne de nouvelles méthodes d’étude basées sur une utilisation accrue de la dialectique, l’un des 7 arts libéraux qui avec la grammaire et la rhétorique constituent le trivium. Les intellectuels sont amenés à développer une nouvelle attitude dans l’étude des textes qui donne la préséance à la raison plutôt qu’à l’autorité de l’auteur. Ce sera un premier pas vers le développement d’une pensée véritablement originale. Cette attitude est sûrement renforcée par le contact avec la culture islamique. Dans Quaestiones Natural, par exemple, Adélard de Bath associe l’autorité à un licou qui permet aux auteurs de nous diriger comme des bêtes, et écrit avoir appris des Arabes qu’il vaut mieux se laisser diriger par la raison..

En même temps, l’intérêt s’accroit pour les quatre disciplines des arts libéraux qui forment le quadrivium, soit l’arithmétique, la géométrie, l’astronomie et la musique. Ces disciplines qui forment la base de ce qu’on appelle aujourd’hui les sciences continuent cependant d’être passablement négligées par la plupart des intellectuels européens. L’historien André Vauchez écrit par exemple que « seuls quelques esprits curieux comme les Anglais Adélard de Bath ou Daniel de Morley manifestèrent un intérêt particulier pour les sciences ».. Daniel n’est pas le seul à suivre les traces d’Adélard de Bath. On peut ajouter Gérard de Crémone, Roger de Hereford, Robert de Chester ou Alfred de Sareshel, par exemple, mais il est un des premiers.. Encore ici, le contact avec la culture islamique y est pour beaucoup puisque les Arabes cultivaient ce genre de savoir, comme Daniel le reconnait dans sa préface, et que c’est précisément par l’étude de leurs ouvrages que toutes ces personnes se sont initiées aux sciences.

Au , la Sicile ainsi que les villes de Venise et de Tolède sont les principaux lieux d’origine de la diffusion de la culture islamique et de celle des anciens Grecs. Dans la seconde moitié du , Tolède est déjà célèbre, comme en témoigne la préface de Daniel, comme un centre intellectuel de tout premier ordre et le principal centre de traduction d’ouvrages arabes en latin.. Les chrétiens ont repris la ville aux musulmans en 1085, soit presque 100 ans auparavant, mais l’arabe continue d’être compris et parlé par plusieurs chrétiens, notamment par ceux qu’on appelle Mozarabes. L’un des traducteurs les plus prolifiques à Tolède est Gérard de Crémone. Il a en effet traduit plus de 70 œuvres dans diverses disciplines comme les mathématiques, la médecine, la philosophie.. Il a notamment traduit de l’arabe l’Almageste de Ptolémée et plusieurs œuvres d’Aristote. Ces textes d’Aristote sur les sciences naturelles et la médecine sont alors nouveaux dans le monde latin.. Les intellectuels sont attirés à Tolède pour l’accès non seulement aux œuvres des Arabes, mais aussi à ceux des auteurs grecs qui ont été traduits en arabe. Les Anglais comme Daniel de Morley y sont d’ailleurs particulièrement bien accueillis depuis le mariage en 1170 d’Aliénor d'Angleterre, la fille d’Henri II et d’Aliénor d'Aquitaine, avec Alphonse VIII, le roi de Castille et de Tolède.

Son œuvre

Manuscrits droite|vignette|Première page du traité de Daniel de Morley, manuscrit London, British Library, Arundel 377, f. 88r. L’ouvrage de Daniel de Morley a survécu et nous est parvenu dans son entier à l’intérieur de quatre manuscrits et en partie dans un cinquième. Le manuscrit London, British Library, Arundel 377 est celui qui a été le plus utilisé pour l’étude du traitéLes manuscrits Arundel sont au nombre de 550 et ont été produits entre environ 1100 et 1640. Ils font partie d’une collection rassemblée au par Thomas Howard, deuxième comte d’Arundel. Ils ont depuis été acquis par le British Museum et appartiennent maintenant à la British Library.. Il a été produit entre le dernier quart du et le premier quart du et provient d’Ely, une petite ville épiscopale située tout près de Cambridge. Le traité de Daniel de Morley est long de 32 pages, entre les feuillets 88 recto et 103 verso, et est intitulé Philosophia magistri Danielis de Merlai ad Johannem Norwicensem episcopum. Les manuscrits du Moyen Âge contiennent souvent plus qu’une œuvre. Dans celui-ci, on trouve des textes astrologiques, un calendrier des saints, ainsi que les traités suivants: