Le bavarois (Bairisch ), également appelé austro-bavarois, est un groupe de dialectes allemands. Il forme avec l'alémanique le groupe de l'allemand supérieur. Il est parlé en Bavière, mais plus de la moitié des locuteurs se trouvent en dehors du land : il est également parlé dans toute l'Autriche à l'exception du Vorarlberg, dans la commune suisse de Samnaun ainsi que dans le Tyrol du Sud et dans quelques îlots en Carnie.
À l'inverse, il existe également en Bavière des dialectes qui ne sont pas bavarois, comme en Franconie ou dans la Souabe bavaroise. La linguistique germanophone utilise le terme de Bairisch plutôt que Bayerisch, un terme politiquement associé au land de Bavière.
Domaine thumb|325px|Le bavarois au sein du groupe de l'allemand supérieur : bavarois du Nord (bleu clair), moyen-bavarois (bleu) et bavarois du Sud (bleu foncé). Comptant plus de 12 millions de locuteurs, le bavarois (ou allemand est-supérieur) forme le groupe de dialectes allemands le plus important. Les régions suivantes appartiennent au domaine du bavarois : Bavière : Haute-Bavière, Basse-Bavière, Haut-Palatinat, ainsi que le district Aichach-Friedberg (Souabe) ; Toutes les régions d'Autriche à l'exception de Vorarlberg ainsi que Außerfern au nord du Tyrol ; Tyrol du Sud (Italie) ; Samnaun dans les Grisons (Suisse) ; La population allemande du sud et de l'ouest de la Bohême (République tchèque). Le bavarois forme avec l'alémanique le groupe de l'allemand supérieur, sous-groupe du haut-allemand.
Avant-propos sur l'orthographe et la prononciation
Il n'existe pas d'orthographe officielle et unifiée pour le bavarois et les différences régionales peuvent être très importantes. Il existe cependant certaines tendances, notamment dans la poésie et la littérature. L'orthographe bavaroise est généralement fortement inspirée de l'orthographe allemande, avec cependant quelques conventions supplémentaires. De plus amples détails sur l'écriture utilisée, notamment dans cet article, et la prononciation associée sont fournis dans la section « Écriture du bavarois ».
Structure interne
Au moyen d'isoglosses historiques, le bavarois peut être géographiquement divisé en bavarois du nord, moyen-bavarois et bavarois du sud.
Bavarois du Nord
Le bavarois du Nord est parlé dans une grande partie du Haut-Palatinat tandis qu’on parle une forme mixte de bavarois du nord et moyen-bavarois dans la capitale Ratisbonne et ses environs, ainsi que dans la partie nord des forêts de Bavière et de Bohême.
Il se distingue en particulier par les diphtongues « tombantes ». Bruder (« frère ») est par exemple broùda, au lieu de bruàda comme au sud du Danube. Par ailleurs, on rencontre le pronom personnel deß au lieu de dia pour la deuxième personne du pluriel (ihr en haut-allemand).
Moyen-bavarois
Le moyen-bavarois est parlé en Basse-Bavière, Haute-Bavière, dans le sud du Haut-Palatinat, en Haute-Autriche, en Styrie supérieure, à Vienne, dans le Burgenland et dans une partie des basses terres tyroliennes et de la région de Salzbourg.
Il a une grande influence sur ses dialectes cousins du nord et du sud, étant donné que presque toutes les villes importantes de la zone linguistique bavaroise se trouvent à proximité du Danube. Le moyen-bavarois bénéficie en conséquence d'un plus grand prestige et est largement connu à l’extérieur de la zone linguistique. Les différences régionales dans les basses plaines du Danube sont en général moins importantes que celles dans les différentes vallées alpines du bavarois du Sud.
Le principal signe de ce dialecte est que les consonnes sourdes (fortis) /p/, /t/, /k/ sont amorties en consonnes sonores /b/, /d/, /g/, par exemple : Bech, Dåg, Gnecht pour Pech, Tag, Knecht (« malchance, jour, valet »). Seul /k/ en tant que son initial avant une voyelle reste sourd (par exemple dans Kua pour Kuh, « vache »). De plus le -n final est amuï et la voyelle qui le précédait est nasalisée, comme dans ko (kann, du singulier du présent de können, « pouvoir ») ou Mo (Mann, « homme »).
Le moyen-bavarois peut également être séparé en deux variantes : est et ouest. La limite entre ces deux variantes se déplace graduellement vers l'ouest, sous l'influence viennoise, entre la Basse-Autriche et la frontière austro-allemande. Malgré l'atténuation des dialectes dans les grandes villes de la région du Danube, les dialectes de Munich et Vienne passent pour des références du moyen-bavarois ouest et est. Voici quelques isoglosses caractéristiques de la relation entre les variantes est et ouest :
Isoglosse Variante ouest Variante est Allemand Français Néerlandais Anglais du plurieleßößihr« vous »jullieyou oa vs. àoans, zwoaâns, zwâeins, zwei« un, deux »een, tweeone, two gloa, gleanaglà, glànaklein, kleiner« petit, plus petit »klein, kleinersmall, smaller StoaStàStein« pierre »steenstone hoaß, hoaznhàß, hàznheiß, heizen« chaud, chauffer »heetheat maisnàànàànein« non »neeno ar vs. oai fahr, mia fahr ma i foa, mia foa ma ich fahre, wir fahren « je conduis » « nous conduisons » ik rij(d), wij rijdenI drive, we drive hart, härterhoat, härterhart, härter« dur, plus dur »hard, harderhard, harder Gfahr, gfàhrliGfoar, gfealiGefahr, gefährlich« danger, dangereux »gevaarlijkdangerous ui vs. üüfuifüüviel« beaucoup »veel/menigemany Spui, spöinSpüü, spüünSpiel, spielen« jeu, jouer »spelenplay i wui, mia woini wüü, mia woinich will, wir wollen« je veux, nous voulons »ik wil, we willenI want, we want
La limite n'est pas facile à tracer car même à l'extrême-est de l'Autriche (Burgenland) on entend encore le [oa] historique au lieu du [à] viennois, ainsi que dans les régions rurales de Haute et Basse-Autriche on entend encore les terminaisons typiques du « vieux » bavarois en [a] et la diphtongue [ui] ainsi que [oa].
Bavarois du Sud
Le bavarois du Sud est parlé au Tyrol, au Tyrol du Sud, en Carinthie, dans une partie de la Styrie, en particulier à l'ouest, ainsi que dans les îlots allemands de Carnie. Presque toute la Styrie et le Land de Salzbourg sont dans la zone de transition entre le bavarois du Sud et le moyen-bavarois.
Le bavarois du Sud ne connaît pas la prononciation comme voyelle du /r/, qui progresse néanmoins dans les dialectes des villes. Après des voyelles un /l/ ne devient pas la voyelle /i/ mais un son entre /i/ et /u/ (noté ü). En outre certains dialectes du bavarois du sud distinguent entre des sons forts et faibles comme Dåch parallèlement à Tåg pour « jour », le vieux /k/ ayant subi une mutation consonantique pour devenir en Carinthie, dans des parties de Tyrol et Salzbourg, d'où le bavarois Kchlea pour l'allemand Klee (« trèfle »).
Le dialecte bas-bavarois de Carinthie présente entre autres la particularité suivante : en raison d'interférences avec le slovène, beaucoup de voyelles courtes en haut allemand deviennent longues (/a/ ⇒ /aː/), par exemple : Lås lei lafm, /låːs lei laːfm/ (en allemand Lass es nur laufen, « laisse-le courir »). Ce phénomène a par exemple pour conséquence de faire correspondre phonétiquement Ofen (« four ») et offen (« ouvert ») : /oːfm/.
Le dialecte de l'ouest de la Styrie se distingue par la diphtongaison de presque toutes les voyelles accentuées.
Classification plus précise
La bavarois peut également, en plus des isoglosses historiques précités, être subdivisé en d'autres dialectes qui sont surtout rattachés à une région spécifique. On peut en particulier distinguer le viennois ou le munichois. En Autriche, on trouve également le Heanzisch dans le Burgenland, le dialecte styrien, les dialectes de Carinthie et les dialectes du Tyrol. Un dialecte particulier en Haute-Autriche est le Mühlviertlerisch ainsi que le Waidlersprach en Basse-Bavière. Le Zimbrisch et le Egerdeutsch viennent d'îlots en Italie et en Bohême.
Phonologie
Voyelles vignette|gauche|Extrait de lecture de la page Wikipédia bavaroise Dreiflüssestadion vignette|Une locutrice du bavarois enregistrée en Allemagne. Le bavarois distingue voyelles courtes et longues ; à l'écrit cependant, ces différences n'apparaissent pas, mais la distinction se fait, comme en allemand, par le nombre de consonnes suivant la voyelle. Si aucune ou une seule consonne suit la voyelle, celle-ci est généralement longue, deux ou plusieurs consonnes suivent une voyelle courte. Les graphèmes ch et sch sont comptés dans ce calcul comme une seule consonne, puisqu'ils ne correspondent qu'à un seul phonème /ʃ/.
La répartition des voyelles longues et courtes en bavarois diffère profondément du haut-allemand, de sorte qu’on a parfois l’impression qu’une voyelle courte en bavarois correspond à une longue en haut-allemand et inversement. Ceci n'est cependant que partiellement vrai.
Au total le bavarois distingue sept voyelles, chacune utilisée en deux variantes.
Nom Voyelle longue Allemand Français Néerlandais Anglais Voyelle courte Allemand Français Néerlandais Anglais /a/ postérieur, écrit å, API [ɑ]quoiwatwhateauwaterwater /a/ antérieur, écrit à, API [ạ]rêvedroomdreamrêverdromento dream /e/ mi-fermé (é français), , vous pluriel, pouletjou, kippenyou, chickens, , parti, saleaanweg, drekigaway, dirty /e/ mi-ouvert (è français)PierrePeterPeterprie !navraag !request ! /i/certainwiswispsavoirkennen / wetenknow /o/fourovenovenouvertopenopen /u/traintreintrainretourterugback
Grammaire Morphologie Article
En bavarois, les substantifs sont divisés selon leur genre. Le genre n'est généralement pas reconnaissable au nom lui-même, mais à l'article défini qui l'accompagne :
masculin féminin neutre (inexistant en français) pluriel (tous genres) da Hund (der Hund, le chien)d'Ruam (die Rübe, le navet)as / s'Kind (das Kind, l'enfant)de / d'Leid (die Leute, les gens)
L'article défini désignant le féminin singulier, d'-, s'assimile souvent au son initial du nom qui le suit : il devient t'- avant f-, h-, s-, z-, b'- avant b-, m-, p- et g'- avant g-, k-. Par exemple :
d’ > t’ d’ > b’ d’ > g’ t’Frau (die Frau, la femme) b’Bian (die Birne, la poire) g’Gafi (die Gabel, la fourchette) t’Haud (die Haut, la peau) b’Muadda (die Mutter, la mère) g’Kua (die Kuh, la vache) t’Sunn (die Sonne, le soleil) b’Pfann (die Pfanne, la poêle) Avant f- il peut également devenir p'- : p’Frau.
Au contraire, l'article indéfini est identique pour les trois genres au nominatif (cas du sujet grammatical). Au contraire du haut allemand, le bavarois connaît également un article indéfini pour le pluriel (comme en français des) :
masculin féminin neutre a Må (ein Mann, un homme)a Frau (eine Frau, une femme)a Kind (ein Kind, un enfant) oa Måna (Männer, des hommes)oa Fraun / Frauan (Frauen, des femmes)oa Kinda (Kinder, des enfants)
En basilecte, le a avant une voyelle devient an. En bas-bavarois l'article indéfini au pluriel s'approche du son oi, en Carinthie ane et l'article défini conserve toujours la voyelle (de, jamais d'-)
L'article en bavarois se décline. La plupart des substantifs ayant perdu la marque du cas, la marque du cas est concentrée sur l'article.
défini masculin féminin neutre plurielnom. :da Hundd'Ruamas Kind / s'Kindde Leid / d'Leiddat. :im Hundda Ruamim Kindde Leid / d'Leidacc. :in Hundd'Ruamas Kind / s'Kindde Leid / d'Leid
indéfini masculin féminin neutre plurielnom. :a Hunda Ruama Kindoa Leiddat. :am Hundana / oana Ruamam Kindoane Leidacc. :an Hunda Ruama Kindoa Leid
Le substantif
Le substantif appartient aux mots bavarois avec inflexion, la caractéristique principale étant le genre, comme dans d'autres langues germaniques, qui dépend rarement de l'objet désigné ; c'est pourquoi il doit être appris pour chaque mot.
Genre du substantif
Le cas grammatical d'un substantif est marqué par l'article (voir ci-dessus). Dans la plupart des cas, le genre d'un substantif bavarois est le même que celui du mot correspondant en haut allemand. Il y a cependant quelques exceptions :