vignette|200px|Blason de Grenoble.
L’histoire de Grenoble couvre une période de plus de deux mille ans. Durant l'époque gallo-romaine, le bourg gaulois porte le nom de Cularo, puis celui de Gratianopolis. Après l’éclipse du Haut Moyen Âge, son importance s'accroît durant le , lorsque les comtes d’Albon choisissent la cité comme capitale de leur province, le Dauphiné. Ce statut, consolidé par l'annexion à la France, lui permet de développer son économie. Grenoble devient alors une ville parlementaire et militaire, à proximité immédiate de la frontière avec la Savoie. Ses habitants se distinguent lors de chaque événement que connaît la province, que ce soit lors des guerres d'Italie, de la Révolution française ou durant la Seconde Guerre mondiale.
Grenoble voit son importance s’accroître par son développement industriel. Celui-ci commence véritablement au avec la ganterie et s’accentue dans la deuxième partie du , avec la découverte des possibilités de la houille blanche, illustrées par l'organisation de l'exposition internationale de la houille blanche en 1925. Mais Grenoble connaît sa plus forte croissance durant les Trente Glorieuses, qui coïncident avec la tenue des jeux olympiques d'hiver de 1968, symbolisant cette période de grands bouleversements pour la ville. Son développement se poursuivant, Grenoble est aujourd’hui un centre important de recherche scientifique pour l'Europe.
Histoire chronologique Antiquité Cularo
vignette|Pastille au sol marquant le cheminement des remparts romains. La première référence écrite de Grenoble date du 6 juin -43 lors d'un échange de courrier entre le gouverneur de la Gaule transalpine, Lucius Munatius Plancus, et un notable romain, Cicéron. Le bourg qui porte le nom de Cularo avait été fondé par des peuples gaulois appelés Allobroges, et n'était qu'une petite bourgade gallo-romaine par rapport à d'autres cités comme Vienne. Un siècle auparavant, Rome maître de la péninsule, avait entrepris de conquérir le sud de la Gaule, et en -121, les légions romaines avaient soumis les Voconces et les Allobroges dont le territoire s'étendait entre Rhône et Isère, pour créer la province de la Gaule transalpine. Cette province contourne les Alpes, s'étend sur toute la partie méridionale de la Gaule, remonte la vallée du Rhône jusqu'au lac Léman, avec Vienne comme capitaleL'Almanach dauphinois 2003, page 66..
À cette date du 6 juin -43, lors de mouvements de troupes romaines, un pont en bois à l'emplacement resté incertain pour les historiensUn pont construit au niveau de l'actuelle passerelle Saint Laurent aurait obligé de transporter les marchandises par la montée de Chalemont, alors qu'un franchissement au niveau de l'actuelle Esplanade aurait évité cette montée., doit être construit entre l'actuelle passerelle Saint-Laurent et l'Esplanade, afin qu'elles franchissent l'Isère. Par suite de revirement d'alliance dans l'année qui suit l'assassinat de Jules César, ce pont provisoire est aussitôt détruit. Le franchissement de la rivière à Cularo permet de se rendre à Vienne, de partir vers la Sapaudie ou de franchir les Alpes par le col du Lautaret et le col du Montgenèvre pour rejoindre RomeSelon l'historien Jean-Pascal Jospin, lors d'une conférence sur Cularo le 6 avril 2011..
vignette|gauche|Enceinte romaine de Cularo. Bourgade ouverte pendant des siècles, ayant un statut de vicus, sur une surface maximale de , Cularo est un point de rupture de charge dans les transports de marchandises venant d'Italie par la vallée de l'Oisans et aboutissant au port de la Madeleine à Cularo afin d'y être embarquées. La présence d'un bureau de douane, celui du Quarantième des Gaules, percevant un impôt de 2,5 % sur la valeur des marchandises en transit atteste l'importance du point de passage. Une stèle connue sous le nom de cippe du quarantième des Gaules a en effet été élevée à la mémoire d'un percepteur, Caius Sollius Marculus à la fin du Elle est exposée au musée de l'ancien évêché. Il s'agit en fait du seul document connu d'époque où figure en toutes lettres le nom de Cularo.
La bourgade se voit dotée entre 284 et 293Petite histoire du Dauphiné, Félix Vernay, 1933, , sous le règne commun des empereurs romains Dioclétien et Maximien, d'une enceinte restreignant la superficie de la bourgade à neuf hectaresGérard Coulon, Les Gallo-Romains : vivre, travailler, croire, se distraire - 54 av. J.-C.- 486 ap. J.-C., Paris : Errance, 2006. Collection Hespérides, , , et dotée d'une trentaine de tours et deux portes monumentales. À cette période, le partage du territoire de la cité de Vienne provoque l'obtention du statut de cité pour Cularo et Genève. La construction d'une enceinte défensive lui est alors indispensableSelon le livre Grenoble à l'époque gallo-romaine d'après les inscriptions de Bernard Rémy & Jean-Pascal Jospin afin de se préserver de l'invasion de hordes barbares. Certains éléments de ces remparts existent encore aujourd'hui en plusieurs points de la ville, et des pastilles métalliques sont disposées sur le tracé de cette enceinte avec l'inscription Cularo . Au siècle suivant, l'Église adopte les divisions de l'administration civile romaine. La cité est choisie comme circonscription de base et son chef-lieu abrite le siège de l'évêque.
Gratianopolis vignette|Vestiges de l'enceinte romaine rue Lafayette. La ville est renommée Gratianopolis en 381 en l'honneur de l'empereur Gratien qui vient de doter la bourgade d'un évêché, mais dont aucun document n'atteste son passage dans la cité en 379 lors de son déplacement dans la vallée du Rhône. Le nom se transforme par la suite en Graignovol au , puis Grenoble au associant le suffixe noble en référence au roi de France, détenteur du Dauphiné.
Le christianisme se diffuse dans la région au . La première mention d'un évêché à Gratianopolis est attestée en septembre 381, avec comme premier évêque Domnin (Domninus), dont la présence est attestée au concile d'Aquilée.. Les évêques successifs détiennent alors une autorité considérable sur la cité pendant 14 siècles et procèdent à de nombreuses transformations. Jusqu’à la Révolution, ils s’intitulent « évêques et princes de Grenoble »Petite histoire du Dauphiné, Félix Vernay, 1933, . Il reste aujourd'hui de la période gallo-romaine le baptistère de Gratianopolis, utilisé jusqu'à la fin du , ainsi que plusieurs portions du mur d'enceinte gallo-romain visibles dans la vieille ville, notamment rue La Fayette.
Dans la première partie du , des monuments funéraires ou mausolées sont construits sur la rive droite de l'Isère, en zone non inondable, recevant les personnages importants de la cité comme les premiers évêques. À la fin du , à la suite de la chute de l’Empire romain d'Occident, la région subit des invasions de hordes barbares mais Gratianopolis reste protégée grâce à ses remparts.
Moyen Âge Au , alors que la ville fait désormais partie du royaume des Burgondes, une première église cruciforme consacrée à saint Laurent est bâtie. Accolée à l'un des mausolées existants de la rive droite et profitant de la déclivité du terrain, cette première église est construite en partie par-dessus une chapelle dédiée à saint Oyand, lui conférant ainsi le statut de crypte Saint Oyand.. Un siècle plus tard, un voûtement est installé dans la crypte nécessitant l'installation d'une vingtaine de colonnes. Ce site religieux et funéraire ne cesse d'évoluer sur le plan architectural au cours des siècles suivants. Toutefois, il faut attendre l'an 1012 pour avoir la première mention écrite du patronyme de Saint-Laurent, qui restera attaché à toute la rive droite de l'Isère.
vignette|gauche|upright|Église Saint-Ferjus à La Tronche reconstruite en 1846. Dans la longue succession des évêques de la ville, un fait tragique se déroula le 12 janvier 660. L'évêque de Gratianopolis, Ferjus (nom latin Ferreolus), se trouvait à proximité de la ville sur un replat du mont Rachais. Alors qu'il avait fait installer une estrade en bois sur laquelle il prêchait en plein air, l'un de ses auditeurs saisit soudainement une perche de saule, la lança sur la tête du prélat, le tuant sur le coup. Ses complices s'élancèrent sur le corps de l'évêque et allèrent le jeter dans un four à pain allumé situé non loin de là. Les fidèles recueillirent les cendres et les déposèrent dans un tombeau creusé dans le roc. L'évêque fut immédiatement considéré comme un martyr et canonisé par le suffrage du peuple chrétienSelon le site St Matthieu du St Eynard., il resta le dernier évêque de la ville à porter un nom à consonance latine, ses successeurs portant des noms d'origine germanique. Les restes calcinés de Ferjus furent alors déposés au cimetière de Gratianopolis de l'époque, (l'actuel cimetière ancien de La Tronche) dans une chapelle construite par les fidèles et qui exista jusqu'au . Ce crime fut imputé par les contemporains à des incroyants, mais il y a tout lieu de penser qu'il s'agit d'un crime politique car depuis quelque temps les évêques s'opposaient vivement à la monarchie franque. Le roi mérovingien Clotaire III, régnant à cette époque, voulait conforter son pouvoir par quelques exemples comme l'évêque Sigebrand également assassiné à ParisSelon Paul Dreyfus, L'Histoire du Dauphiné, page 44..
La cité souffre particulièrement des incursions des Sarrasins au . Dans la première partie du , à l'époque carolingienne, l'église Saint-Laurent est reconstruite avec une nef unique, marquant ainsi la prépondérance des offices eucharistiques sur les cultes funéraires. En février 1012Archives départementales de l'Isère, Regeste dauphinois du chanoine Ulysse Chevalier, tome 1, (1913), ., l'évêque Humbert d'Albon, issu de la maison d'Albon, cède l'église Saint-Laurent aux moines bénédictins de saint Chaffre en Velay, qui un siècle plus tard, reconstruisent une version romane du prieuré Saint-Laurent. La fin du , voit l'arrivée de l'un des plus illustres évêques de la ville, saint Hugues. Il fait reconstruire l’ancien pont romain sur l’Isère, fonde un hôpital pour les pauvres et une léproserie. C'est également lui qui indique à saint Bruno en 1084 le lieu d’implantation pour fonder le monastère de la Grande-Chartreuse et son ordre religieux.
vignette|upright|Blason du Dauphiné avant 1349.