Les Compagnons de saint François sont un mouvement chrétien souhaitant marcher dans les pas de saint François d'Assise. Ils privilégient ainsi les valeurs défendues par ce dernier : la paix, la tolérance et la fraternité, l’amour de la nature, le goût de l’aventure, la simplicité et la joie de vivre.
Pour cela, les compagnons se réunissent au cours de pèlerinages ou routes (nationales et internationales), à pied pendant une dizaine de jours, en groupe d'une vingtaine de personnes, équipés d'un sac à dos, couchant à même le sol.
Le mouvement est une branche laïque de la famille franciscaine. et vise à rapprocher des personnes de tous les âges, de nationalités, de cultures et de convictions différentes autour de réflexions spirituelles ou autres.
Il n'est demandé d'engagement d'aucune sorte. Toutes les charges, y compris l'animation spirituelle, le sont selon le mode de l'autogestion, chacun étant appelé à participer à la vie du mouvement selon ses moyens pour aider à la préparation des itinéraires et des étapes, des temps de prière, des temps de discussions sur le thème d'année, des tâches matérielles quotidiennes, des veillées, des jeux, des chants.
Les compagnons sont principalement issus de huit pays, Allemagne, Angleterre, Belgique, Espagne, France, Pays-Bas, Portugal et Suède, même si d'autres pays sont représentés (ex.: Burundi) le mouvement se veut ouvert à tous.
Saint François d'Assise Attaché à saint François et aux franciscains, Joseph Folliet rejoint le Tiers Ordre franciscain séculier., devenu Ordre franciscain séculier.. Il partage avec le frère capucin Gratien du couvent de Paris le choix pour la République. Il explique lors d'une conférence les traits essentiels d'un laïc franciscain.: Le laïc franciscain est pauvre, humble, chaste, ascète, pacifique et joyeux. Une partie des membres du Tiers Ordre faisait le lien entre sa foi catholique et son engagement militant. En effet, le pape Léon XIII, voulait faire du Tiers Ordre, auquel il était lié en tant que franciscain, l’instrument privilégié de sa « révolution sociale »..
Parmi les membres de clergé régulier on trouve aussi des Compagnons qui ont voulu aider le mouvement. Certains étaient capucins et d'autres dominicains. En effet leurs ordres sont très proches au niveau du charisme, ce sont deux ordres mendiants. Et bien sûr, il s'agissait de marcher à la suite du dominicain allemand Francis Maria Stratmann (O.P.). On trouve le dominicain français Louis Bourdon (O.P.), les dominicains espagnols Juan Garitano (O.P.), Jose Antonio Lobo (O.P.), Alberto Ruiz (O.P.), sœur Chayo (O.P.), un capucin français Claude Furda dit Père Isaïe (O.F.M. † 07/03/2017), un capucin français Francis Scandella (O.F.M. † 27/04/2020 au couvent d'Angers).
Aujourd'hui saint François d'Assise continue d'inspirer des mouvements ambitieux comme , créé en 1989, qui agit au niveau d'Organisation des Nations unies en faveur des droits de l'homme pour s'attaquer aux causes profondes des injustices.
La figure de saint François d'Assise continue d'être évoquée au sein du monde catholique et a du sens avec l'association.
- Quand on aborde des sujets comme l'écologie. L'encyclique Laudato Si reprend le Cantique des Créatures. Lors de leur marche d'été, les Compagnons peuvent contempler la nature (dans la mesure du possible). Cette contemplation fait partie de la spiritualité franciscaine..
- Quand on aborde des sujets comme la paix, à la suite de sa rencontre avec le Sultan et sa prière pour la paix qu'on lui attribue au .
- La pauvreté. Elle est vécue par la non appropriation et le détachement. Durant le temps de leurs marches, les Compagnons se font pauvres, ils sont itinérants et ne louent pas les lieux où ils dorment (dans la mesure du possible). Ils renoncent à des éléments de confort matériels (un lit, une douche individuelle) et spirituels (indépendance par exemple dans l'organisation de sa journée). Ce n'est pas une mortification gratuite mais le moyen d'entrer dans un monde où le spirituel a plus de place. Dans la règle de 1223, François exhorte ses frères de ne pas se déplacer à cheval, et donc d'aller à pieds.
- La fraternité. C'est le nivellement. À Assise, François avait vu les inégalités entre maiores, les membres des lignages nobles, et le reste des citoyens, les minores. Il s'était battu contre la ville de Pérouse où les nobles chassés d'Assise s'étaient réfugiés. Cette valeur est simplement religieuse: face à Dieu, les hommes sont égaux et ont même origine. Mais elle est particulièrement importante pour saint François avec deux orientations. Vers l'extérieur entre les frères franciscains et les simples chrétiens, voire entre les croyants « Il voulait que règne l’union entre grands et petits, que savants et simples communient à la même fraternelle affection, que la puissance de l’amour rapproche ceux que séparait la distance...» (2 Cel. 191). et vers l'intérieur à l'intérieur des communautés entre les frères franciscains eux-mêmes. La prise en charge des différentes tâches d'organisation des routes et le déroulé des routes elles-mêmes ne peut se faire sans un esprit d'aide fraternelle en veillant aux autres. En disant « suis le gardien de mon frère ? » ( Gn 4,9), Caïn dit ce qu'est un frère. Cette fraternité est aussi hantise de la violence. bien peu fraternelle..
Ces valeurs chrétiennes sont plus particulièrement franciscaines car François les défendait d'autant plus qu'il avait connu ou été témoin de leur contraire (la guerre contre Pérouse et vers Jérusalem, l'abondance comme fils d'un riche marchand, la domination des nobles, le servage et les injustices). Ces valeurs sont celles du mouvement et renvoient donc les unes aux autres.
Histoire
L'Université catholique de Louvain possède, au sein des archives du monde catholique, un fonds constitué d'archives personnelles léguées par d'ancien Compagnons. L'inventaire est en ligne sur une période qui va jusqu'à 2019. La Bibliothèque franciscaine de Paris possède aussi un fonds constitué par les anciens numéros du journal interne du mouvement. Comme beaucoup de ce qu’on sait d’eux relève de témoignages oraux et comme on ne peut dissocier l'histoire de leurs débuts de l'histoire de leurs interlocuteurs en Allemagne, écrire sur leur genèse n'est pas facile.. Un mémoire de Maitrise présenté en sous la direction de Monsieur Ladous et de Monsieur Gadille par Florence Denoix de Saint Marc est intitulé Joseph Folliet et les Compagnons de saint Francois1926-1958.
1927 - 1933
Le mouvement naît en France en 1927, pendant l’entre-deux-guerres.
Les trois fondateurs sont : René Beaugey, secrétaire général du Sillon catholique de Paris, le père Boulier, jeune jésuite lyonnais de l’Action populaire, et Joseph Folliet, lyonnais de 24 ans (né en 1903) étudiant au séminaire des Carmes de Paris. Mais c’est Folliet qui en devient vite sinon le chef du moins le « chansonnier général ».
L’idée était de former un groupe de jeunes pèlerins catholiques pour la Paix..Marc Sangnier était député d'un parti catholique français, La Ligue de la jeune République. Il souhaitait aussi trouver un terrain d'entente avec les chrétiens démocrates allemands.Il en avait convaincu Joseph Folliet. Grâce à René Beaugey, les premiers Compagnons de saint François se recrutèrent au sein d'un groupe parisien de prière du Sillon Catholique..
À une époque où certains Allemands théorisaient déjà sur les buts d'une guerre qu'ils souhaitaient, les fondateurs des Compagnons réfléchissent aux buts de l'association et à ses moyens d'action. Cette base théorique et pratique publiée dans de nombreux écrits servira à procurer une impulsion initiale qui a maintenu l'association en vie jusqu'à aujourd'hui. Car le monde rêvé, l'utopie de la paix universelle, n'est jamais atteint. Comme l'horizon, il semble s'éloigner au fur et à mesure qu'on avance..
Une mission
La réconciliation franco-allemande devait faire que la Première Guerre mondiale soit la «der des ders.». La rencontre de personnes de nationalités différentes, notamment française et allemande, fut dès l'origine au cœur du mouvement.
De l’Internationale démocratique pour la paix, fût gardé l'objectif de «renouveler intérieurement les peuples»..
Des hommes
En 1926, eut lieu le sixième Congrès démocratique international pour la paix dans la propriété de Marc Sangnier à Boissy-la-Rivière..
Joseph Folliet et René Beaugey y observent les groupes de jeunesse allemands (Katholische Jugendbewegung) qui sont venus par troupe locale: (Quickborn- lycéens catholiques-8000 membres, Neudeutschland- étudiants catholiques, Wandervogel). Ils donnent naissance l'année suivante à un mouvement de jeunesse catholique, transnational, inédit en France; qui n'est ni un mouvement de scoutisme, ni un mouvement de patronage paroissial.
Un jeune Allemand de 21 ans, le futur abbé Franz Stock est présent dans le parc du château de Bierville. Franz Stock a un ami allemand qui y rejoint son correspondant français d'origine lyonnaise. C'est comme cela que Franz Stock rencontre le Lyonnais Joseph Folliet qui a alors 22 ans. Il va découvrir qu'il partage avec lui le désir de devenir prêtre (il vient de passer l'Abitur). Folliet l'entraine dans des maisons de campagne en France dès 1927 puis aux premières marches des Compagnons en France puis en Allemagne (organisées grâce aux contacts locaux de l'abbé Remilleux- 49 ans en 1931). Franz Stock a été membre du Quickborn (mouvement pour les lycéens catholiques) puis du Bund Neudeutschland (mouvement pour les étudiants catholiques) puis du Mouvement des catholiques allemands pour la paix (Friedensbund Deutscher Catholiken).
« Quand mon père m'a prénommé Franz, il pensait certainement à saint François d'Assise, mais Franz, c'est aussi "France". Je crois que ma vocation est inséparable de la France. Je vais demander à mon évêque de continuer mes études dans un séminaire français pour mieux travailler au rapprochement de nos peuples. ». En 1929, Franz Stock s'engage dans l'association des catholiques allemands pour la paix. En 1930, il participe au pèlerinage des Compagnons. En 1931, Franz Stock est le premier Allemand à faire sa promesse lors du pèlerinage vers le Luxembourg.
Des moyens
Du Quickborn (branche catholique du Wandervogel). furent retenues les activités de randonnée, les rituels, les chansons folkloriques, la piété qui cimentent les jeunes entre-eux ainsi que la réforme liturgique:
« Le sentiment d’appartenir à une communauté reçut une nouvelle importance grâce à la liturgie : la messe célébrée en communauté, les efforts pour la communion fréquente et surtout le combat pour une nouvelle compréhension des symboles liturgiques furent théologiquement réfléchis et mis en pratique. Celui qui appartenait à l’un de ces groupements de jeunesse pouvait se considérer comme faisant partie de l’avant-garde du catholicisme allemand. ».
Briser la glace, la paix en vrai
Pour faire la paix, il faut être deux et la première rencontre de Marc Sangnier avec 150 jeunes Allemands lors du troisième congrès démocratique qui s'était tenu à Fribourg en 1923 avait laissé entrevoir la possibilité d'une main tendue qui ne serait pas repoussée : « Cet éveil de bonne volonté pacifiste, je savais bien qu’il existait, mais je croyais que l’immense majorité du peuple allemand, malgré la forme républicaine de la constitution actuelle, demeurait encore attachée aux vieilles conceptions pangermanistes et militaristes. J’ai été joyeusement surpris, comme par une suggestive révélation, lorsque, il y a quelques mois, au commencement d’août, à notre congrès international de Fribourg, je vis tout d’un coup surgir, ardente, généreuse, violente dans ses revendications de paix. » comme Marc Sangnier le dit à l'assemblée nationale..
Cependant, le mouvement a eu du mal à prendre racine avant la seconde guerre mondiale.
En France, l'Allemagne n'avait pas bonne presse. «En effet, depuis 1870, l'Allemagne est l'ennemi héréditaire de la France.».