vignette|Logo du mouvement transhumaniste
Le transhumanisme est une idéologie et un mouvement prônant l'usage des sciences et des techniques afin d'améliorer radicalement la condition humaine par l'augmentation des capacités physiques et mentales du corps humain et contribuer à l'allongement de l'espérance de vie, voire tendre vers la suppression du vieillissement et de la mort.. Les ambitions transhumanistes reposent sur la convergence des nanotechnologies, biotechnologies, technologies de l'information et sciences cognitives (NBIC). Le mouvement affirme se préoccuper autant des risques que des avantages que présentent de telles évolutions.. La « liberté morphologique » est également un concept politico-éthique majeur du transhumanisme...
Ainsi, le transhumanisme est parfois considéré comme un posthumanisme ou encore comme une forme d'activisme volontariste et mélioriste guidée par des idéaux posthumanistes. En France, ce mouvement est principalement représenté par l'Association française transhumaniste. Il existe des groupes de réflexion, comme Neohumanitas, en Suisse, qui encouragent la réflexion et la discussion sur les conséquences socio-éthiques de l'utilisation des biotechnologies sur l'humain et qui abordent certains enjeux du transhumanisme.. Un grand nombre d'approches transhumanistes différentes sont reflétées au sein même de ces différents groupes.
La perspective transhumaniste d'une humanité transformée a suscité de nombreuses réactions, tant négatives que positives, émanant d'horizons de pensée très divers. Le débat sur l'amélioration de l'humain est pour certains, centré autour des deux positions polarisées du bioconservatisme et du transhumanisme. Le premier s'oppose à toute forme d'amélioration de l'humain, tandis que le second plaide en faveur de toutes les améliorations humaines possibles au nom de la liberté morphologique.
Francis Fukuyama a ainsi déclaré, à propos du transhumanisme, qu'il s'agit de l'idée la plus dangereuse du monde, ce à quoi un de ses promoteurs, Ronald Bailey, répond que c'est, au contraire, le « mouvement qui incarne les aspirations les plus audacieuses, courageuses, imaginatives et idéalistes de l'humanité »..
Certains auteurs pensent que l'humanité serait déjà transhumaine, grâce aux progrès considérables des derniers siècles, et en particulier des dernières décennies, surtout sur le plan médical. Cependant, l'humanité actuelle ne le serait pas d'une manière consciente. Par conséquent l'humanité ne saurait être qualifiée de transhumanisteCasas, Miquel (2017). El fin del Homo sapiens: La naturaleza y el transhumanismo. Madrid: Ápeiron..
Histoire Avant le Selon les philosophes ayant étudié l'histoire du transhumanisme, son transcendantalisme s'inscrit dans un courant de pensée remontant à l'Antiquité : la quête d'immortalité de l'Épopée de Gilgamesh ou les quêtes de la fontaine de Jouvence et de l'élixir de longue vie, au même titre que tous les efforts ayant visé à empêcher le vieillissement et la mort, en sont l'expression. Ses partisans pour leur part revendiquent que la philosophie transhumaniste trouve ses racines dans l'humanisme de la Renaissance et dans la philosophie des Lumières. Pic de la Mirandole appelle ainsi l'homme à « sculpter sa propre statue »Pic de la Mirandole (1463-1494), Discours sur la dignité de l’homme, cité par Jean Carpentier, Histoire de l’Europe, Points Seuil, Paris, 1990, . et même avant lui Plotin : « Si tu ne vois pas encore ta propre beauté, fais comme le sculpteur d’une statue qui doit devenir belle : il enlève ceci, il gratte cela… De la même manière, toi aussi, enlève tout ce qui est superflu, redresse ce qui est oblique » (Énnéades). Plus tard, Condorcet spécule quant à l'application possible des sciences médicales à l'extension infinie de la durée de vie humaine. Des réflexions du même ordre se retrouvent chez Benjamin Franklin, qui rêve de pouvoir interrompre et relancer le cours de la vie en temps voulu. Enfin, d'après Darwin, . Il faut en revanche mettre à part la pensée de Nietzsche qui, s'il forge la notion de « surhomme », n'envisage absolument pas la possibilité d'une transformation technologique de l'Homme mais plutôt celle d'un accomplissement spirituel...
Nikolai Fyodorov, philosophe russe du , défend un usage de la science comme moyen d'extension radicale de la durée de vie, d'immortalité ou de résurrection des morts.. Au , le généticien J.B.S. Haldane, auteur de l'essai Daedalus: Science and the Future paru en 1923, est un pionnier influent de la pensée transhumaniste. En ligne directe avec le transhumanisme moderne, il annonce les considérables apports de la génétique et d'autres avancées de la science aux progrès de la biologie humaine et prévoit que ces avancées seront accueillies comme autant de blasphèmes et de perversions « indécentes et contre nature ». J. D. Bernal spécule quant à la colonisation de l'espace, aux implants bioniques et aux améliorations cognitives qui sont des thèmes transhumanistes classiques depuis lors.
Racines du transhumanisme contemporain
Dans son ouvrage Aux racines du transhumanisme publié en 2020, Alexandre Moatti montre que le mot « transhumanisme » est créé par le Français Jean Coutrot en 1937. Jean Coutrot connaît l'écrivain Aldous Huxley.
Transhumanisme contemporain En 1957, Julian Huxley définit le transhumain, bien que le concept qu'il désignait différât sensiblement de celui auquel les transhumanistes font référence depuis les années 1980. Il définit le transhumain comme un « homme qui reste un homme, mais se transcende lui-même en déployant de nouveaux possibles de et pour sa nature humaine » :
Il s’agit bien d’améliorer la « qualité » des individus, comme on améliore la « qualité » des produits. Julian Huxley était en effet un des biologistes à l’origine du Manifeste des généticiens, signé par de nombreux généticiens prestigieux en 1939, qui prônait un eugénisme « de gauche », où l’amélioration des conditions sociales est présentée comme la condition de la réussite et de l’efficacité d’une politique eugéniste.
Au début des années 1960, la question des relations entre les intelligences humaines et artificielles, qui est une des thématiques centrales du transhumanisme, est abordée par l'informaticien Marvin Minsky. Dans les décennies qui suivent, ce domaine de recherches continue de voir apparaître d'influents penseurs, comme Hans Moravec ou Raymond Kurzweil, tantôt officiant dans des travaux d'ordre technique, tantôt spéculant sur l'avenir technologique, à la manière du transhumanisme. L'émergence d'un mouvement transhumaniste clairement identifiable commence dans les dernières décennies du .
En 1966, FM-2030 (anciennement F.M. Esfandiary), un futurologue qui enseigne les « nouveaux concepts de l'Homme »« new concepts of the Human » à la New School de New York, commence à qualifier les personnes qui adoptent des techniques, des styles de vie et des conceptions du monde signalant une transition vers la posthumanité de transhumains (mot-valise formé à partir de « humain transitoire »). En 1972, Robert Ettinger contribue à la conceptualisation du transhumanisme dans son livre Man into Superman. En 1973, FM-2030 publie le Upwingers Manifesto pour stimuler l'activisme transhumaniste.. Bien que le premier usage connu du mot « transhumanisme » remonte à 1957, son sens actuel trouve son origine dans les années 1980, lorsque certains futurologues nord-américains ont commencé à structurer ce qui est devenu le mouvement transhumaniste. Les penseurs transhumanistes prédisent que les êtres humains pourraient être capables de se transformer en êtres dotés de capacités telles qu'ils mériteraient l'étiquette de « posthumains ». Le terme « transhumanisme » est symbolisé par « H+ » (anciennement «>H ».) et est souvent employé comme synonyme d'« amélioration humaine ».
Les premiers transhumanistes se reconnaissant comme tels se rencontrent au début des années 1980 à l'Université de Californie à Los Angeles, qui devient le centre principal de la pensée transhumaniste. À cette occasion, FM-2030 tient une conférence sur son idéologie futuriste de la « Troisième Voie » (Third Way). Dans les locaux de EZTV, alors couramment fréquentés par les transhumanistes et futurologues, Natasha Vita-More présente un film expérimental, Breaking Away, daté de 1980, sur le thème d'humains rompant avec leurs limites biologiques et avec la gravité terrestre, s'en allant dans l'espace.. FM-2030 et Vita-More commencent rapidement à organiser d'autres réunions transhumanistes à Los Angeles, rassemblant notamment les étudiants de FM-2030 d'une part et le public de Vita-More d'autre part. En 1982, Vita-More rédige le Transhumanist Arts Statement (Traité d'Arts Transhumanistes), et, six ans après, produit une émission de télévision sur la transhumanité, TransCentury Update, suivie par plus de .
En 1986, Kim Eric Drexler publie Engines of Création : The Coming Era of NanotechnologyDrexler 1986 (deux sens possibles : Les rouages de la création : l'ère nouvelle de la nanotechnologie ou Engins de création :…), qui analyse les perspectives liées aux nanotechnologies et aux assembleurs moléculaires, et fonde l'Institut Foresight. Les bureaux de Californie du sud de l'Alcor Life Extension Foundation, la première organisation à but non lucratif effectuant des recherches sur la cryonie, œuvrant pour sa promotion et la mettant en œuvre, devinrent également un lieu de regroupement privilégié des futuristes. En 1988, le premier numéro dExtropy Magazine est publié par Max More et Tom Morrow. En 1990, More crée sa propre doctrine transhumaniste qu'il exprime sous la forme des Principles of Extropy (« Principes de l'Extropie »), et jette les bases du transhumanisme moderne en lui donnant une nouvelle définition. :
En 1992, More et Morrow fondent l'''Extropy Institute qui a pour but de densifier le réseau social futuriste et de promouvoir une réflexion collective sur les courants idéologiques émergents et les nouveaux comportements en organisant une série de conférences et, surtout, en rédigeant un carnet d'adresses : en conséquence, la pensée transhumaniste se voit diffusée pour la première fois, pendant la période d'essor de la cyberculture et de la contreculture cyberdélique. En 1998, les philosophes Nick Bostrom et David Pearce fondent la World Transhumanist Association (WTA, Association Transhumaniste Mondiale), une organisation non gouvernementale d'échelle internationale œuvrant afin que le transhumanisme soit reconnu comme digne d'intérêt par le milieu scientifique comme par les pouvoirs publics. En 2002, la WTA modifie et adopte la Déclaration Transhumaniste (The Transhumanist Declaration). La FAQ Transhumaniste, conçue par la WTA, donne deux définitions formelles du transhumanisme :
Anders Sandberg, universitaire et éminent transhumaniste, a recueilli d'autres définitions similaires. Le Anders Sandberg croit que « le transhumanisme est la philosophie qui dit que nous pouvons et devrions nous développer à des niveaux supérieurs à la fois physiquement, mentalement et socialement, en utilisant des méthodes rationnelles », tandis que le Robin Hanson croit que « le transhumanisme est l'idée que les nouvelles techniques vont probablement tellement modifier le monde d'ici un siècle ou deux que nos descendants ne seront plus “humains” sous de nombreux aspects ».
Convergence avec les intérêts néolibéraux et capitalistes