vignette|Montagnes de la région.

Le Fouta-Djalon est un massif montagneux en Guinée, principalement habité par des Peuls. Un puissant État théocratique musulman s'y implanta au , l'imamat du Fouta-Djalon (1725-1896).

Géographie vignette|redresse|Étroit sentier longeant les surplombs du canyon. Le territoire du Fouta-Djalon est constitué de savanes arborées, forêts ouvertes, forêts galeries et vastes plaines, sillonné de nombreux cours d'eau dont l'action millénaire est à l'origine de grandes falaises et de nombreuses chutes d'eau.

Surnommé « le château d'eau de l'Afrique de l'Ouest », d'importants cours d'eau de la région y trouvent leur source : le Tinkisso (affluent du Niger), le Sénégal, le Gambie, le Rio Corubal, le Rio Geba, le Kogon.

Avec une superficie de et une altitude moyenne de , cette région de plaines et collines culmine au mont Loura ().. L'érosion a creusé des gorges profondes et des vallées dans l'épaisse couche de grès qui recouvre la roche granitique du sous-sol.

Les températures varient considérablement selon le lieu et les périodes : décembre - janvier (saison sèche) max. min. ; février - mai (saison sèche) max. min. ; juin - octobre (saison humide) max. min. ; octobre - novembre (fin des pluies) max. min. .

Cette zone est particulièrement favorable à la production de fruits (mangues, agrumes, papayes, avocats, bananes, goyaves) et plusieurs autres productions potagères. Dans l'ensemble des terres cultivables sont produits le fonio à grosses graines., le riz, la pomme de terre, l'oignon et l'arachide.

Labé est la plus grande ville de la région, les autres villes sont : Pita, Mamou, Dalaba, Tougué, Koubia, Lélouma, Mali, Télimélé, Koundara, Dinguiraye, Dabola, et Gaoual.

Histoire

La révolution musulmane du L'histoire du Fouta-Djalon, comme celle du royaume de Dahomey ou de l'empire ashanti, ne peut se comprendre en dehors du contexte global de la traite négrière qui dominait l'économie de la côte atlantique. Au , l'essor du commerce atlantique provoqua un mouvement de population vers la côte et vers la forêt de différents peuples qui souhaitaient profiter de la nouvelle voie commerciale ouverte par les Européens.

Les riches pâturages avaient en outre attiré les pasteurs peuls, arrivés à partir du avec un important cheptel, faisant du pays une région très prospère. L'intégration au commerce atlantique provoqua une profonde transformation économique, politique et sociale qui est à l'origine de la révolution musulmane du début du .

Causes et caractère de la révolution musulmane La « révolution musulmane » a trop souvent été présentée comme étant le fruit d'un simple « conflit ethnique ».

Au , les Peuls étaient sans doute devenus le groupe social le plus riche et le plus puissant du pays grâce à l'accroissement considérable de la population peule dû aux migrations en provenance de diverses régions (Boundou, Fouta-Toro, Macina, Sahel), à l'expansion du commerce atlantique (exportation de bétail et de cuir à destination de l'Europe et de l'Amérique) et à l' en tant que nouvelle idéologie politique.

La révolution musulmane au Fouta-Djalon, comme au Boundou, fut avant tout une réaction populaire contre la traite esclavagiste.

Les dirigeants de la révolution musulmane ne venaient pas tous du Macina, mais aussi du Fouta-Toro et du Boundou où ils avaient des liens (y compris familiaux) avec le mouvement maraboutique de Nasr ad-Din fondé à la fin du . À ce titre, le Boundou servait de relais entre le Fouta-Toro vaincu et le Fouta-Djalon vainqueur.

Dans le contexte de chasse à l'homme à grande échelle organisée par le royaume de Kaabu, la révolution musulmane du Fouta-Djalon, soutenue tant par les Peuls que par les Mandé et les Diakhankés, avait pour premier objectif d'assurer la sécurité des musulmans, et ce quelle que soit leur ethnie. Ce mouvement au début était dirigé par douze marabouts peuls et dix marabouts diakhankés. L'alliance avec les Dioulas et les Diakhankés fut favorisée par le fait que ces peuples adhéraient eux aussi à l'islam. Ces commerçants étaient également intéressés par l'idée de créer un pays unifié en lieu et place des petites chefferies dialonkés qui étaient incapables de protéger les habitants contre les esclavagistes.

Le mouvement se heurta en revanche à l'opposition des Dialonkés et des Peuls non-musulmans (Peuls « de brousse » nomades, contrairement aux Peuls sédentaires du Fouta-Djalon).

Le djihad peul sous Karamoko Alpha (1725-1751) En 1725, le savant musulman Karamoko Alpha Barry, à la tête d'une coalition multiethnique à majorité peule, gagne la bataille de Talansan. Les chefs dialonkés sont repoussés vers la côte de la future Guinée. Karamoko Alpha Barry prend le titre d'almamy (étymologiquement : imam, guide des croyants) et fonde la confédération du Fouta-Djalon, un État théocratique féodal qui s'appuie à la fois sur les traditions peules, les pratiques esclavagistes et sur les principes de l'islam.

La confédération est divisée en neuf provinces ou diwe (sing. diwal) : Labé, Bhouria, Timbi, Timbo, Kébali, Kolladé, Koïn, Fougoumba et Fodé Hadji. Les chefs portent le titre dalfa, chacun recevant la charge du territoire qu'il avait libéré au cours de la guerre sainte. Ainsi, Karamoko Alpha mo Timbo était non seulement almamy de la confédération, mais aussi alfa du diwal de Timbo, la capitale. Le pouvoir de l'almamy était limité non seulement par la grande autonomie des différentes provinces, mais aussi par un conseil des anciens qui se réunissait à Fugumba (capitale religieuse) et jouait le rôle de parlement.

La conversion à l'islam rencontra une farouche résistance notamment de la part des pasteurs Peuls nomades, qui considéraient l'islam comme une façon de les contraindre à la sédentarisation et de les contrôler politiquement et économiquement.

Alpha Ibrahima Sori Maoudo (1751-1791) Après la mort de Karamoko Alpha vers 1751, le titre d'almamy revint à Ibrahima Sory Mawdo dit Mawdo (le Grand), qui mena une politique militaire agressive envers les peuples voisins, en alliance avec le royaume jalonké du Solimana. Cette guerre se faisait à nouveau au nom du djihad, mais avait désormais clairement pour but d'asservir les peuples voisins au profit de l'aristocratie, et de vendre aux marchands européens et arabo-musulmans, dont la demande était croissante.

Ainsi, le Fouta-Djalon, qui s'était constitué en réaction aux conséquences désastreuses de la chasse à l'homme à grande échelle, finit par lui-même participer à ce commerce.

L'alliance du Fouta-Djalon et du Solimana fut défaite en 1762 par Kondé Bourama, roi du Sankaran. Le Solimana quitta alors l'alliance et en 1762, le Sankaran occupait Timbo, capitale politique du Fouta-Djalon. Un sursaut stoppa l'armée du Sankaran devant les portes de Fougoumba (capitale religieuse), et permit finalement non seulement de repousser le Sankaran en 1776, mais aussi d'imposer la domination du Fouta-Djalon sur les plaines à l'Est. Cette victoire consolida définitivement l'autorité de l'almamy Sori Maoudo et celle de la faction militariste des Soriya.

Le partage des pouvoirs après Sori Maoudo La mort de Sori Maoudo en 1791 ouvrit une période d'anarchie. Son fils Sadou fut assassiné par les partisans de la faction maraboutique des Alfaya regroupée autour de Abdoullaï Bademba, fils de Karamokho Alfa. On adopta alors un système d'alternance entre les deux familles Alfaya et Soriya, qui demeura en vigueur jusqu'au .

Cette alternance, similaire à celle en vigueur dans les royaumes sebbe, affaiblit considérablement le pouvoir central par rapport aux chefs de province, et permit au Conseil des anciens (chargé de faire respecter la charia) de contrôler le pouvoir de l'almamy. L'organisation de l'État constituera un exemple de décentralisation à base de laquelle se trouvaient les « conseils de village » élisant leurs représentants avec consultation directe, qui devenaient alors membres du Conseil des anciens.

La consolidation de l'aristocratie et la mise en place d'un système esclavagiste Le royaume du Fouta-Djalon put maintenir son indépendance et même agrandir ses frontières jusqu'à la colonisation européenne. Mais le régime perdit son caractère révolutionnaire car le parti maraboutique, une fois assurée la sécurité des musulmans au Fouta-Djalon, se transforma en une aristocratie religieuse et militaire, qui participa activement à la traite esclavagiste en utilisant le jihad pour réduire en esclavage les païens vivant en-dehors du Fouta-Djalon à destination du monde arabo-musulman.

À partir du , les Européens cessèrent en effet d'acheter de l'or, de l'ivoire et du cuir, et n'étaient plus intéressés par aucune autre marchandise africaine que les esclaves. Le commerce des esclaves et l'organisation de caravanes vers la côte devinrent monopole de l'État. Le Fouta-Djalon, vu sa position centrale entre la côte et le Royaume bambara de Ségou (actuel Mali), échangeait également sur la côte les esclaves capturés dans la savane et la forêt contre des marchandises venues d'Europe (notamment le sel, nécessaire à l'élevage intensif). Cela amena au Fouta-Djalon un nombre énorme d'esclaves de toutes origines.

Le Fouta-Djalon lui-même commença à faire grand usage d'esclaves dans son économie. Les esclaves travaillaient aux champs pour satisfaire les besoins en nourriture de leurs maitres africains mais aussi la demande en céréales des navires négriers (pour la nourriture des esclaves pendant la traversée).

En tout état de cause, s'il est vrai que les Peuls y étaient dominants, il s'agissait d'une société multiethnique esclavagiste divisée en classes sociales.

L'intégration autour des Peuls au À la fin du , la capitale religieuse de l’État théocratique du Fouta-Djalon est Fougoumba, où est intronisé l’Almamy (du mot arabe imam), qui gouverne dans la capitale politique, Timbo, assisté du « Conseil des Anciens ». L’élément peul domine, dans un État multiethnique. La société est fortement hiérarchisée et inégalitaire, le clivage fondamental se situant entre musulmans et non-musulmans et la discrimination des uns sur les autres.

Au sommet, se trouve l’aristocratie militaire et la classe maraboutique (lasli), puis viennent les hommes libres musulmans (rimbé).

En bas de l'échelle des hommes libres se trouvaient les « Peuls de brousse », convertis tardivement à l'islam après le djihad ; ils travaillaient eux-mêmes la terre et leur bétail, tâche considérée comme impure par l'aristocratie, et étaient exploités par le reste des citoyens libres sous forme d'impôts et corvées.

Les serviteurs et esclaves, presque toujours non-musulmans (mattioubé), originaires d'un très grand nombre de pays et d'ethnies, étaient parqués dans des villages de culture (roundé), exploités au profit de l’[aristocratie des Peuls. Plusieurs révoltes d'esclaves se produisirent d'ailleurs dans le pays contre l'Islam à la fin du .

Comme dans les sociétés de l'Europe antique, l'esclavage libéra l'aristocratie du travail manuel et permit une véritable révolution culturelle. La classe maraboutique se consacra tout entière à l'enseignement, implantait des écoles dans tout le pays, traduisait le Coran en langue peule afin qu'il soit plus facilement accessible à l'ensemble du peuple. On vit également apparaître une riche et abondante littérature en langue peule. Contrairement aux États maliens où, à cette époque, l'islam était demeuré la religion de l'élite, l'islam se répandit largement dans la population du Fouta-Djalon.

La prospérité économique et une relative stabilité politique favorisaient la cohabitation entre diverses ethnies. Le brassage des populations, l’adhésion forcée ou pas à l’islam et aux valeurs des Peuls favoriseront l’intégration qui aboutira à une homogénéisation ethnique.