Le Grand Prix du Portugal 1960 (IX Grande Prémio de Portugal), disputé dans la ville de Porto sur le circuit de Boavista le , est la quatre-vingt-douzième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la huitième manche du championnat 1960.
Contexte avant la course Le championnat du monde La saison 1960 est la septième et dernière disputée sous la réglementation à moteur 2500 cm3 atmosphérique ou 750 cm3 suralimenté. En deux ans la physionomie de la formule 1 a radicalement changé, le concept du moteur central arrière remis au goût du jour par Cooper s'étant rapidement imposé, se révélant parfaitement adapté aux monoplaces légères. Seule la Scuderia Ferrari, trop longtemps inconditionnelle du moteur avant, aligne encore des monoplaces classiques, son prototype à moteur arrière ayant été développé trop tardivement pour le championnat en cours. Les voitures rouges n'ont encore remporté aucune victoire depuis janvier, seule leur épreuve nationale qui empruntera le très contesté anneau de vitesse de Monza leur procurant un avantage sur leurs rivales britanniques. Fiables, performantes et maniables, les Cooper dominent totalement les Grands Prix, notamment grâce à Jack Brabham, champion du monde 1959, bien parti pour conserver son titre cette année ; le pilote australien, fortement impliqué dans le développement et la mise au point de ses montures, vient en effet de remporter les quatre dernières courses et seul son coéquipier Bruce McLaren, intrinsèquement moins rapide, pourrait constituer une menace pour lui. Adversaire le plus redoutable de Brabham en début de saison, Stirling Moss a vu sa saison compromise à la suite d'un grave accident à Francorchamps, consécutif à un bris de direction de sa Lotus. Gravement touché aux jambes et à la colonne vertébrale, le champion anglais effectue sa rentrée au Portugal après seulement deux mois de convalescence. Accusant un retard de 21 points au championnat, il n'est pas totalement écarté de la course au titre, mais le probable boycott du Grand Prix d'Italie par les écuries britanniques (en protestation du choix du circuit) annihile toutes ses chances.
Le circuit
Tracé dans les rues de Porto, le circuit urbain de Boavista fut inauguré en 1951 pour des courses de voitures de sport, et utilisé à cet effet jusqu'en 1955. En 1958, il accueillit pour la première fois une épreuve de vitesse, le Grand Prix du Portugal étant intégré au calendrier du championnat du monde des conducteurs. Sur ce circuit caractérisé par de nombreux virages serrés et un revêtement très inégal (alternance de secteurs pavés et de portions asphaltées, larges avenues comportant des rails de tramwayRevue L'Automobile n°173 - septembre 1960), les dépassements s'avèrent particulièrement difficiles en dehors de la longue ligne droite empruntant lAvenida da Boavista. Le record de la piste est depuis 1958 détenu par Mike Hawthorn, auteur en course d'un tour à 175 km/h de moyenne au volant de sa Ferrari.
Monoplaces en lice thumb|upright=1.15|right|Le Grand Prix des Pays-Bas, premier d'une longue série de victoires pour Jack Brabham et sa Cooper T53 cette saison. Cooper T53 "Usine" Bien que conçue en seulement quelques semaines à partir de la T51 sacrée l'année précédente, la T53 s'est d'emblée révélée la monoplace la plus homogène du plateau. Pesant 460 kg, elle a pour principaux atouts son agilité, sa tenue de route et sa facilité d'utilisation. Son moteur quatre cylindres Coventry Climax FPF placé en position centrale arrière s'avère plus souple que puissant, mais ses 243 chevaux suffisent néanmoins à entraîner l'aérodynamique Cooper à 290 km/h, la rendant également compétitive sur les circuits rapides. La T53 dispose d'une efficace boîte de vitesses à cinq rapports qui a avantageusement remplacé l'antique boîte quatre ERSA, point faible de la T51. John Cooper a engagé deux voitures pour Jack Brabham, en passe de conquérir un second titre mondial, et Bruce McLaren.
Cooper T51 privées Les monoplaces championnes en 1959 sont très prisées des écuries privées et peuvent encore prétendre aux places d'honneur cette saison, comme l'a à plusieurs reprises démontré l'équipe Yeoman Credit d'Alfred Moss, qui engage trois T51 à moteur Coventry Climax FPF pour Tony Brooks, Olivier Gendebien et Henry Taylor. La Scuderia Centro Sud équipe quant à elle ses T51 de moteurs quatre cylindres Maserati (240 chevauxRevue Moteurs n° 24 - 1960) ; la formation italienne a préparé deux voitures pour l'Américain Masten Gregory et le Portugais Mário Cabral.
Ferrari Dino 246 "Usine" Comme à Silverstone, la Scuderia Ferrari a engagé deux Dino 246 à moteur avant pour Phil Hill et Wolfgang von Trips. Ces monoplaces sont les plus puissantes du plateau (leur moteur V6 délivre plus de 290 chevaux), mais aussi les plus lourdes (600 kg). Peu à l'aise sur les circuits sinueux à cause de leur comportement sous-vireur, elles pourraient néanmoins tirer leur épingle du jeu sur le circuit de Porto, qui comporte une ligne droite de plus de deux kilomètres.
BRM P48 "Usine" thumb|La BRM P48 (vue ici lors d'une course historique), rapide mais fragile. Première monoplace à moteur central arrière réalisée par la marque de Bourne, la BRM P48 (550 kg, moteur quatre cylindres, 280 chevaux) s'est montrée performante au cours de la saison mais sa très mauvaise fiabilité et la fragilité de son frein arrière monté sur l'arbre l'ont privée de résultats tangibles. Joakim Bonnier, Dan Gurney et Graham Hill disposent de leurs montures habituelles pour cette course.
Lotus 18 "Usine" En adoptant la technologie du moteur central arrière, Colin Chapman a conçu une monoplace extrêmement compacte, utilisée en formule Junior, formule 2 et formule 1. Avec une hauteur hors tout n’excédant pas 67 centimètres, la Lotus 18 demande une position de conduite très allongée. Dans la catégorie reine, équipée du même moteur Climax FPF que les Cooper et d'une boîte de vitesses séquentielle à cinq rapports, elle ne pèse que 440 kg, bénéficiant de fait d'un rapport poids/puissance extrêmement favorable. Agile, quoique délicate à piloter, elle est très performante sur les tracés sinueux, mais sa vitesse de pointe est inférieure à celle de ses concurrentes, un handicap sur les circuits rapides. Chapman aligne la même équipe qu'en Grande-Bretagne, avec trois voitures confiées à Jim Clark, Innes Ireland et John Surtees. Rob Walker a engagé un modèle identique pour Stirling Moss, qui effectue sa rentrée deux mois après son accident de Francorchamps. Il s'agit d'un châssis neuf, le précédent ayant été alors totalement détruit.
Coureurs inscrits + Liste des pilotes inscrits Pilote Écurie Constructeur Modèle Moteur Pneumatiques 2 Jack Brabham Cooper Car Company Cooper Cooper T53 Coventry Climax L4 4 Bruce McLaren Cooper Car Company Cooper Cooper T53 Coventry Climax L4 6 Tony Brooks Yeoman Credit Bank Cooper Cooper T51 Coventry Climax L4 8 Olivier Gendebien Yeoman Credit Bank Cooper Cooper T51 Coventry Climax L4 10 Henry Taylor Yeoman Credit Bank Cooper Cooper T51 Coventry Climax L4 12 Stirling Moss Rob Walker Racing Team Lotus Lotus 18 Coventry Climax L4 14 Jim Clark Team Lotus Lotus Lotus 18 Coventry Climax L4 16 Innes Ireland Team Lotus Lotus Lotus 18 Coventry Climax L4 18 John Surtees Team Lotus Lotus Lotus 18 Coventry Climax L4 20 Joakim Bonnier Owen Racing Organisation BRM BRM P48 BRM L4 22 Graham Hill Owen Racing Organisation BRM BRM P48 BRM L4 24 Dan Gurney Owen Racing Organisation BRM BRM P48 BRM L4 26 Phil Hill Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Dino 246 Ferrari V6 28 Wolfgang von Trips Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Dino 246 Ferrari V6 30 Masten Gregory Scuderia Centro Sud Cooper Cooper T51 Maserati L4 32 Mário Cabral Scuderia Centro Sud Cooper Cooper T51 Maserati L4
Qualifications Les séances qualificatives ont lieu le vendredi soir et le samedi après-midi, veille de la course. La première session est marquée par l'accident d' Henry Taylor, qui perd le contrôle de sa Cooper à l'entrée de la ligne droite, après seulement quelques tours. Sa voiture s'est retournée et est sérieusement endommagée, mais le jeune pilote britannique s'en tire avec des côtes fêlées, une épaule démise et des coupures superficielles. Au volant de sa Lotus, Stirling Moss démontre rapidement qu'il n'a rien perdu de ses moyens, effectuant son meilleur tour à près de 180 km/h de moyenne malgré le vent balayant la piste. Il est cependant battu d'une demi-seconde par Dan Gurney, très à l'aise sur ce circuit, qui a atteint 180,5 km/h de moyenne sur sa BRM. Jim Clark s'est montré le meilleur de l'équipe officielle Lotus, obtenant le troisième temps à seulement quelques centièmes de seconde de Moss. L'espoir écossais devance Jack Brabham, le champion du monde ayant surtout cherché à parfaire la mise au point de sa Cooper.
Le lendemain, le vent est tombé et la chaleur s'est installée. Voulant profiter des meilleures conditions, Clark part très vite mais dès son deuxième tour dérape dans un virage serré, part en tête-à-queue et heurte le trottoir ; sa voiture est projetée de l'autre côté de la piste, atterrissant dans les bottes de paille. Le pilote est indemne mais la Lotus semble irréparable pour la course. Colin Chapman n'admet cependant pas devoir perdre une prime de départ, et mobilise une bonne partie des mécaniciens de l’équipe pour effectuer des réparations de fortune, dans un garage de la ville. Sur la piste, la lutte est très serrée. Les temps de la veille sont nettement améliorés. Gurney fait à nouveau partie des plus rapides, face à John Surtees qui sur sa Lotus va se révéler son plus coriace adversaire. C’est ce dernier qui aura le dernier mot : profitant de l’aspiration de la BRM de Gurney dans la longue ligne droite, il parvient à le battre de sept centièmes de seconde, décrochant sa première pole position pour sa troisième apparition en championnat du monde. En fin de séance, Brabham réalise également un temps très rapide, à une demi-seconde de Surtees, délogeant Moss de l’extérieur de la première ligne. Malgré leur excellente vitesse de pointe, les Ferrari sont loin du rythme des meilleures, Wolfgang von Trips et Phil Hill étant relégués en quatrième ligne, à près de trois secondes des meilleurs. Malgré des conditions de piste nettement meilleures, ils ne sont pas parvenus à battre le temps réalisé la veille par Clark, qui prendra finalement le départ de la troisième ligne sur un châssis dont une grande partie va être ressoudée durant la nuit.
thumb|right|La Lotus 18 s'est révélée la plus rapide aux essais, avec John Surtees. + Résultats des qualifications Pilote Écurie Temps Écart 1 John Surtees Lotus-Climax 2 min 25 s 56 2 Dan Gurney BRM 2 min 25 s 63 + 0 s 07 3 Jack Brabham Cooper-Climax 2 min 26 s 05 + 0 s 49 4 Stirling Moss Lotus-Climax 2 min 26 s 19 + 0 s 63 5 Graham Hill BRM 2 min 27 s 11 + 1 s 55 6 Bruce McLaren Cooper-Climax 2 min 27 s 44 + 1 s 88 7 Innes Ireland Lotus-Climax 2 min 27 s 52 + 1 s 96 8 Jim Clark Lotus-Climax 2 min 28 s 36 + 2 s 80 9 Wolfgang von Trips Ferrari 2 min 28 s 40 + 2 s 84 10 Phil Hill Ferrari 2 min 28 s 42 + 2 s 86 11 Masten Gregory Cooper-Maserati 2 min 29 s 16 + 3 s 60 12 Tony Brooks Cooper-Climax 2 min 32 s 12 + 6 s 56 13 Joakim Bonnier BRM 2 min 33 s 34 + 7 s 78 14 Olivier Gendebien Cooper-Climax 2 min 33 s 73 + 8 s 17 15 Mário Cabral Cooper-Maserati 2 min 35 s 85 + 10 s 29 16 Henry Taylor Cooper-Climax non communiqué
Grille de départ du Grand Prix + Grille de départ du Grand Prix et résultats des qualifications 1 2 3 SurteesLotus2 min 25 s 56 GurneyBRM2 min 25 s 63 BrabhamCooper2 min 26 s 05 4 5 MossLotus2 min 26 s 19 G. HillBRM2 min 27 s 11 6 7 8 McLarenCooper2 min 27 s 44 IrelandLotus2 min 27 s 52 ClarkLotus2 min 28 s 36 9 10 TripsFerrari2 min 28 s 40 P. HillFerrari2 min 28 s 42 11 12 13 GregoryCooper2 min 29 s 16 BrooksCooper2 min 32 s 12 BonnierBRM2 min 33 s 34 14 15 GendebienCooper2 min 33 s 73 CabralCooper2 min 35 s 85
Déroulement de la course