À partir de juin 1992, sous la pression diplomatique internationale, des négociations de paix entre les exilés du Front patriotique rwandais et le gouvernement rwandais pour mettre un terme à la guerre civile débutée en 1990, débouchèrent sur une suite d'accords signés de à août 1993, les accords d'Arusha. Ces accords débutèrent par un cessez-le-feu, puis une série de dispositions politiques et militaires pour intégrer dans la société rwandaise les exilés de la diaspora rwandaise. Fin 1993, l'ONU mit en place une mission d'assistance au maintien de la paix, la MINUAR, afin de veiller à leur application. .

La situation ne s'améliora pas sur le terrain. Les étapes politiques prévues par les accords d'Arusha furent retardées et un climat entretenu par des attentats politiques et des massacres de Tutsi s'installa. La MINUAR envoya rapport sur rapport pour demander l'autorisation de procéder à des dispositions préventives et des équipements efficaces. Dans ce climat, l'attentat du 6 avril 1994, non élucidé, fut l'occasion de déclencher le massacre des responsables démocrates Hutu favorables aux accords d'Arusha, et simultanément le génocide des Tutsis. Dix casques bleus belges de la Minuar furent massacrés par la garde présidentielle rwandaise dès le . Les « résolutions » prises par le Conseil de sécurité de l'ONU du au furent très controversées et donnèrent lieu à ce que des rescapés du génocide, et de nombreux commentateurs, appelèrent « l'abandon (ou la lâcheté) de la communauté internationale ».

L'ONU et sept pays semblent plus directement impliqués au Rwanda : À l'ONU, le secrétaire général Boutros Boutros-Ghali n'informe pas le Conseil de sécurité du fax de Roméo Dallaire envoyé à son supérieur Maurice Baril.http://www.un.org/french/documents/view_doc.asp?symbol=S/1999/1257.. 1 - La Belgique qui avait administré le Rwanda de 1923 à 1962, garde de nombreux liens et une présence dans le pays à travers ses coopérants. Sa participation militaire est déterminante au sein de la MINUAR (1993-1996). 2 - Le Burundi, à la frontière sud, dont la langue, la culture, les conflits et l'histoire coloniale présente des similitudes avec le Rwanda. Le Burundi venait aussi de perdre son président dans l'attentat du 6 avril 1994. 3 - Les États-Unis ont fait la guerre à l'emploi du mot génocide pour annuler la Minuar et rapatrier les casques bleus, permettant à l’armée de Paul Kagame de prendre Kigali. Ce dernier a reçu un stage de commandement militaire (Command Staff) à Fort Leavenworth au Kansas de juin à . 4 - En France, après la fin de l', lancée par François Mitterrand le à l'insu de son Premier ministre, et de son gouvernement, qui a appris le lancement de l'opération seulement le lendemain dans les médias. Le gouvernement d'Édouard Balladur ne dispose plus que de quelques dizaines d'officiers et attachés militaires sur place, au titre d'accords d'assistance militaire de 1975 et non concernés par l'accord de cessez-le-feu de . La France continua d'entretenir des relations politiques et diplomatiques étroites avec le président hutu Juvénal Habyarimana, puis avec le gouvernement intérimaire créé le , responsable du génocide. 5 - L'Ouganda, à la frontière nord, où se constitua le Front patriotique rwandais (FPR), mouvement d'exilés tutsi et de quelques opposants hutu, qui attaqua militairement le Rwanda pour retourner dans leur pays natal en puis le lendemain matin de l’attentat du 6 avril 1994. 6 - Le Vatican et l'Église catholique romaine occupaient une place prépondérante au Rwanda depuis la colonisation, notamment dans l'organisation sociale, l'éducation et l'animation culturelle du pays. 7 - Israël a vendu au gouvernement hutu d'importantes quantités d'armes qui ont été utilisées pour perpétrer le génocideThe Israeli Guns That Took Part in the Rwanda Genocide, Haaretz, 3 janvier 2015.. En 2016, la Cour suprême israélienne a décidé que les archives des ventes d'armes d'Israël au Rwanda pendant le génocide de 1994 resteraient scellées et dissimulées au public, afin de ne pas nuire à la sécurité d'Israël et à ses relations internationalesLes archives des ventes d’armes israéliennes durant le génocide rwandais resteront closes, The Times of Israel, 13 avril 2016.. Au-delà de ces pays, l'ensemble de la communauté internationale, à travers les médias, les sociétés civiles et des décisions de l'ONU éprouva les limites de ses capacités dans la mise en œuvre de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, adoptée à l'unanimité à l'Assemblée générale des Nations unies en décembre 1948 après la prise de conscience internationale du génocide des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.

La Belgique

La Belgique a été extrêmement choquée par les événements de 1994. En tant qu'ancienne puissance coloniale elle suivait avec intérêt les événements de ce pays. À la veille du génocide, la Minuar était composée pour moitié de soldats belges. Un ministre de Belgique, était venu en visite en , à un moment où selon , le déclenchement du génocide aurait été imminent. Rien ne permet de dire si cette visite a retardé ce déclenchement. Le rapport du Sénat de Belgique a recensé « 19 documents dans lesquels il est question d'un plan machiavélique, d'un plan de déstabilisation ou de massacres possibles. Deux de ces documents mentionnent explicitement la possibilité d'un génocide, deux autres la suggèrent (52c), trois éléments sur la constitution d'une liste d'exécution, 11 sur la formation paramilitaire des milices hutues, 13 sur le boycottage des accords d'Arusha et 17 sur la distribution d'armes à la population par les autorités » rwandaisesRapport du Sénat de Belgique - 3.6.5. Éléments dont disposait la Belgique quant à la planification du génocide.

La méthode administrative de la colonisation belge

Après avoir envahi le Rwanda en 1916 – alors colonie allemande –, la Belgique se vit confier un mandat par la SDN en 1923. Pour des raisons qui tiennent à l'état des théories anthropologiques du monde occidental contemporain des années 1920-années 1930, la Belgique institua au Rwanda et au Burundi, administrés en une seule entité, un régime colonial qui divisa en « races » la population du pays et « institutionnalisa » la domination administrative des Tutsi sur les Hutu et sur les Twa. Cette politique s'est matérialisée par la mise en place d'une carte d'identité ethnique et la désignation systématique de notables Tutsi comme administrateurs coloniaux dans les régions du Rwanda« Les Belges ont tellement apprécié cet ordre naturel des choses qu’une série de mesures administratives, prises entre 1926 et 1932, institutionnalisa le clivage entre les deux races (la race étant le concept explicite utilisé à l’époque, antérieurement à l’introduction de la notion plus douce d’ethnie), le tout culminant dans la délivrance à chaque Rwandais d’une carte d’identité indiquant qu’il était Hutu ou Tutsi. Ce système de cartes fut maintenu plus de 60 ans et permit aux meurtriers Hutu d’identifier pendant le génocide les Tutsi qui les premiers, en avaient tiré des avantages. » Rapport de l'OUA - chapitre 2 :DES ORIGINES DE LA CRISE À 1959, mai 2000. Les Tutsi ont dans leur grande majorité accepté sans objection cette idéologie qui les favorisait.

Les résistances belges à la décolonisation

Lorsqu'au cours des années 1950, la monarchie tutsi revendiqua l'indépendance, la Belgique renversa son alliance avec les Tutsi au profit des HutuRapport du Sénat de Belgique - chapitre 2.3.2. Période coloniale et indépendance, 6 décembre 1997. À la suite d'évolutions intellectuelles, les Hutu au sein de l'Église catholique coloniale au Rwanda, . Les Tutsi devinrent la cible de la colère populaire, dès 1959 et le motif d'une revendication identitaire Hutu, pleinement soutenue par l'Église catholique romaine et le pouvoir monarchique belge dans l'intention de maintenir la présence coloniale belge au Rwanda.

Mais la Belgique fut contrainte par les institutions internationales et la pression montante dans le pays d'accorder l'indépendance au Rwanda en 1962. Les Tutsi devinrent l'objet de discriminations (quotas stricts pour l'accès aux universités et à la fonction publique par exemple) et de persécutions, perçues en Europe. Le , le quotidien français Le Monde publie un article d'un assistant technique suisse, Mr Vuillemin intitulé « L'extermination des Tutsi, les massacres du Ruanda sont la manifestation d'une haine raciale soigneusement entretenue. »Christianisme et pouvoirs au Rwanda (1900-1990), Ian Linden, Jane Linden, .

Le retour belge au début des années 1990

En , après l'attaque du FPR au nord du pays, la Belgique intervient au Rwanda conjointement avec la France, pour protéger et évacuer les ressortissants étrangers. Mais contrairement à la France, devant la vague d'arrestations arbitraires de 8 à Tutsi, la Belgique prend ses distances avec le régime rwandais et retire ses troupes rapidementRapport su Sénat de Belgique - Chapitre 2.3.3. La crise de 1990 et les accords d'Arusha, 6 décembre 1997.

Lorsque l'ONU décide de constituer la Minuar en 1993 une mission pour soutenir l'application des accords d'Arusha au Rwanda, la Belgique fournit la moitié du contingent de casques bleusRapport du Sénat de Belgique - 3.2. LA DÉCISION PRISE PAR LA BELGIQUE DE PARTICIPER À LA MINUAR, , 6 décembre 1997.

Les Belges de la Minuar sont soupçonnés par certains dirigeants hutus de travailler pour le FPR et sont l'objet de campagnes de dénigrement dans les médias avant le génocide qui ont pour conséquence un « climat antibelge »Rapport du Sénat de Belgique - 3.2.2.6. Les informations relatives à la campagne antibelge et anti-MINUAR, 6 décembre 1997.

L'échec de l'engagement belge Après l'attentat du 6 avril 1994, la radio des Mille Collines diffusa la rumeur que les soldats belges de la Minuar en étaient l'auteur. Dix soldats belges, assignés par la Minuar à la protection de la Première ministre (qui fut assassinée aussi), furent capturés et assassinés par la Garde présidentielle rwandaise le . Cet épisode dramatique plongea la Belgique dans la consternation.

Dès le , la Belgique demanda à l'ONU une extension du mandat de la Minuar pour évacuer ses 1520 ressortissants, mais pas pour protéger les Rwandais menacés. Les autorités rwandaises refusent une intervention de la Belgique, soupçonnée d'être à l'origine de l'attentat, et préfèrent une intervention française. On peut lire dans le rapport du sénat belge ces propos de l'ambassadeur belge le : « Nous nous préoccupons surtout : du personnel qui a travaillé pour nous ; de certaines personnalités associées au processus de démocratisation ; des ecclésiastiques. » Le rapport poursuit : « Finalement, l' débutera le et se terminera le , lorsque les derniers civils belges auront quitté le Rwanda. »

Déçue par le manque de soutien à l'ONU pour renforcer la Minuar, la Belgique décide son désengagement de la Minuar. Dans la foulée, l'ONU entérine la décision belge et le la résolution 912 du Conseil de sécurité des Nations unies réduit la Minuar à 270 observateurs. Un informateur, appelé « Jean-Pierre » par le général Dallaire, avait annoncé début 1994 à la Minuar ce projet de s'en prendre à des soldats belges pour les chasser et affaiblir le potentiel de résistance internationale au génocideRapport du Sénat de Belgique - 3.3.2. L'appréciation au Rwanda et le suivi de la menace contre le KIBAT/la MINUAR - (3) Les informations de « Jean-Pierre », 6 décembre 1997.

Le temps de la réflexion politique et les suites judiciaires en Belgique

Après le génocide, la Belgique, , engagea une réflexion parlementaire. Le sénat de Belgique institua une Commission d'enquête parlementaire qui enquêta et rédigea un rapport parlementaire publlé en .

La Belgique, après le génocide, montre une détermination à engager des poursuites judiciaires liées aux évènements de 1994 au Rwanda. Elle suit deux objectifs : Retrouver et punir les auteurs du meurtres des 10 casques bleus belges