Fernand Iveton, né le au Clos-Salembier (Algérie) et mort guillotiné le , est un militant communiste et anticolonialiste algérien de conviction, rallié au FLN. Auteur d'une tentative de sabotage, il est le seul Européen guillotiné pendant la guerre d'Algérie.

Biographie Fernand Iveton doit son nom, souvent orthographié par erreur « Yveton », à l'administration française.. Ce patronyme avait été inventé pour son père, Pascal, recueilli par l’Assistance publique d'Alger et qui, militant communiste et syndicaliste employé à Gaz d'Algérie, fut révoqué par le régime de Vichy. Sa mère, Encarnación Gregori, était née en Espagne.

Ami depuis l'enfance de son voisin du Clos-Salembier, l'aspirant Maillot, Fernand Iveton est ouvrier tourneur à l’usine à gaz du Hamma. de l'EGA à Alger où il est délégué syndical, affilié à la Confédération générale du travail (CGT), puis à l' (UGSA). En , il devient membre des Combattants de la libération, l'organisation militaire du Parti communiste algérien (PCA) interdit, aux côtés notamment d'Abdelkader Guerroudj., Georges Acampora., Yahia Briki., Félix Colozzi. et Mohamed Hachelaf.. À la suite de l'accord FLN-PCA du , il intègre le Front de libération nationale (FLN) à titre individuel avec un certain nombre de ses camaradesJacques Charby, L'Humanité, 7 janvier 2006..

Tentative de sabotage Il se propose, en , pour réaliser un sabotage à l'aide d'une bombe dans l’usine à gaz du Hamma où il travaille. La prise de contact a lieu avec la militante Jacqueline Guerroudj., épouse d'Abdelkader Guerroudj, qui est désignée par le FLN pour lui remettre deux bombes fabriquées par Abderrahmane Taleb, mais Iveton ne peut en transporter qu'une seule et lui laisse l'autre.

Le à , il dépose la bombe dans le placard d'un local désaffecté de l'usine. L’objectif est un sabotage purement matériel qui a pour but de provoquer une panne d'électricité à Alger et Iveton prend des précautions afin que l'explosion n'occasionne pas de victime directe. Il a demandé que la bombe soit réglée pour exploser après le départ des ouvriers, en fonction de quoi un premier réglage a été prévu pour . Iveton a jugé que la marge est insuffisante, au cas où des ouvriers s’attarderaient pour des raisons imprévisibles, et il a demandé que la bombe soit réglée pour exploser à .

Iveton est repéré par un contremaître de l'usine, Oriol, qui se méfie de lui et l'a vu entrer dans le local avec son sac de plage et en ressortir les mains vides. Oriol prévient son chef, Carrio, et ils pénètrent tous les deux dans le local désaffecté où ils entendent le bruit de la minuterie de la bombe. Iveton est arrêté à . La bombe est désamorcée par les militaires. Il n'y a ni dégâts, ni victimes.

Du 14 au , Fernand Iveton est torturé au commissariat central d'Alger au moyen de décharges électriques sur le corps et du supplice de l'eau. Les policiers ayant trouvé sur lui un papier (écrit par Abderrahmane Taleb) donnant des indications sur l'heure d'explosion des deux bombes veulent lui faire avouer de toute urgence les noms de ses complices , afin de retrouver la deuxième bombe. Iveton donne les noms de deux autres membres de son groupe, qui, informés de son arrestation, ont en principe eu le temps de prendre la fuite.

Procès et exécution vignette|Fernand Iveton. En application des pouvoirs spéciauxLe 12 mars 1956 le Gouvernement Mollet demande et obtient - y compris par les députés communistes - le vote des pouvoirs spéciaux : . Guy Mollet cosigne avec le ministre de la Défense, Maurice Bourgès-Maunoury, celui de la Justice, François Mitterrand, et Robert Lacoste un décret relatif à l'application de la justice militaire en Algérie et à l'attribution aux militaires des pouvoirs de police. demandés par le président du Conseil, le socialiste Guy Mollet, et votés par l'Assemblée nationale en , il est jugé par le tribunal militaireLes pouvoirs spéciaux instauraient une procédure de justice militaire de « traduction directe » sans instruction. d'Alger.. Défendu par deux avocats commis d'officeLe bâtonnier d'Alger a commis d'office deux avocats 48 heures avant le procès : Albert Smadja, jeune avocat débutant communiste dont c'est la première affaire et Charles Laînné, avocat réputé d'une soixantaine d'années et catholique de stricte observance. , il est condamné à mort pour « tentative de destruction d'édifice à l'aide d'explosifs », le , à l'issue d'une journée d'audience. Le pourvoi d'Iveton devant le tribunal de cassation militaire est rejeté le . Jacqueline Guerroudj est arrêtée le . Elle tente en vain, par ses déclarations à la police, de sauver Iveton.

N'ayant pas tué, Iveton croit à sa grâce plaidée par l'avocat communiste Joë Nordmann qui s'est joint aux avocats commis d'office, Albert Smadja et Charles Laînné. Mais son recours est refusé le par le président de la République, René Coty, après avis défavorable du garde des Sceaux de l’époque, François Mitterrand et du président du Conseil, Guy MolletMohamed Rebah, « 11 février 1957-11 février 2015 - Il y a 58 ans Fernand Iveton », Alger républicain, 11 février 2015 : .. Il est guillotiné le , à , dans la cour de la prison de Barberousse, à Alger par le bourreau d'Alger, Maurice Meyssonnier. Son fils Fernand Meyssonnier participe à l'exécution, en tant que premier aide. Avec lui, deux militants nationalistes, Mohamed Ben Ziane Lakhnèche et Ali Ben Khiar Ouennouri, dits « Ali Chaflala » et « P’tit Maroc », sont également décapitésRécit de maître Albert Smadja, commis d’office pour assister aussi Lakhnèche et Ouennouri dans leurs derniers moments, dans Fernand Iveton, guillotiné pour l’exemple, documentaire de Daniel Edinger, série Aléas, France 3, le 20 avril 2004 ( aux archives de l'Ina, inatheque.fr et à la BnF).Interview du bourreau Fernand Meyssonnier dans Portrait du photographe : celui qui regardait la mort, documentaire de Jean-Denis Bonan, série Aléas, France 3, le 20 avril 2004 ( aux archives de l'Ina, inatheque.fr et à la BnF).Fernand Meyssonnier (propos recueillis par Jean-Michel Bessette), Paroles de bourreau : témoignage unique d'un exécuteur des arrêts criminels, éd. Imago, 2002, 319 ..

Il est le seul Européen parmi les politiques guillotinés de la guerre d'Algérie.. , son avocat commis d'office, témoin de l'exécution, rapporte qu'avant de mourir Fernand Iveton déclara : Fernand Iveton, guillotiné pour l’exemple, documentaire de Daniel Edinger, . Le , deux jours après l’exécution, est lui-même arrêté et interné sans jugement au camp de LodiNathalie Funès, Le Camp de Lodi, Algérie 1954-1962, Éditions Stock, 2012. (aujourd'hui Drâa Esmar) avec , dont quatorze avocats ayant défendu des membres du FLN. Il y reste deux ans.

Jacqueline Guerroudj et son mari, Abdelkader Guerroudj (« Djilali »), sont condamnés à mort le ., mais ils sont graciés par le général de Gaulle, avec tous les condamnés à mort d’Algérie, en . Ils bénéficient ensuite de l'amnistie en 1962. Fernand Iveton est enterré auprès de sa mère au cimetière européen de Bologhine (anciennement Saint-Eugène) en Algérie. En , sa veuve Hélène a emporté avec elle les lettres et les photos de Fernand dans sa tombe à Annet-sur-Marne auprès de son fils Jean-Claude que Fernand avait adopté.

Hommages Le soir de l’exécution à la prison de Barberousse des trois condamnés dont Fernand Iveton, le , Annie Steiner, incarcérée à la même prison où elle est condamnée à cinq ans de réclusion, compose le poème Ce matin ils ont osé, ils ont osé vous assassinerLe poème se termine ainsi : Publié en 1963 dans Espoir et parole, poèmes algériens recueillis par Denise Barrat avec des dessins de Abdallah Benanteur, Paris, Éditions Seghers, .. En Jean-Paul Sartre, sous le titre Nous sommes tous des assassins, dénonce l'exécution de Fernand Iveton dans sa revue Les Temps modernes. Jean-Paul Sartre dans Les Temps modernes , mars 1958, .. Emmanuel Roblès écrit en 1959 la pièce Plaidoyer pour un Rebelle qui sera créée en 1960. Le personnage de « Keller » est directement inspiré de Fernand IvetonEmmanuel Roblès, Plaidoyer pour un rebelle, Paris, Le Seuil, 1965, coll. « Cadre rouge », ..

Le personnage du communiste pied-noir dans le roman de Rachid Boudjedra paru en 1990, Le Désordre des choses (titre original ) est une claire évocation de Fernand IvetonRachid Boudjedra, Le Désordre des choses, trad. de l'arabe (Algérie) par Antoine Moussali avec la collaboration de l'auteur, Paris, Éditions Denoël 1991, 292 .. La pièce de Richard Demarcy Les Mimosas d'Algérie retrace, à l'aide d'une fiction, la vie et la mort de Fernand Iveton.. Écrite en 1991 elle est créée à Alger le .. L'histoire de Fernand Iveton est retracée dans le roman de Joseph Andras : De nos frères blessés, paru en 2016. Le roman raconte la vie du militant communiste depuis son arrestation jusqu'à son exécution. Un film de Hélier Cisterne, portant le même titre, est diffusé en .

Une ruelle porte le nom de Fernand Iveton à El Madania (anciennement le Clos-Salembier) sur les hauteurs d'Alger où il est né. et où il a vécu, ainsi qu'une rue dans le quartier d'El Derb à Oran. Dans un premier temps débaptisée en ., cette rue d'Oran a retrouvé son nom quelques jours plus tard, à la suite d'une pétition en ligne..

La holding de l’entrepreneur français Mathieu Poizat, fondateur d’Horizom, porte également son nom, Iveton Venture.

Bibliographie

Jacqueline Guerroudj, Des douars et des prisons, Alger, Bouchène, 1993, 152 . Joë Nordmann, Aux vents de l'histoire, mémoires, récit recueilli par Anne Brunel, Arles, Actes Sud, coll. « Mémoires, journaux, témoignages », 1996, 380 .

François Marini, La Guillotine d'Alger ou les ronces du Clos Salembier, Paris, Éditions du Panthéon, 2013 , roman. Joseph Andras, De nos frères blessés, Arles, Actes Sud, 2016 , roman lauréat du prix Goncourt du premier roman 2016. mais refusé par le récipiendaire.

Filmographie

Fernand Iveton, guillotiné pour l’exemple, documentaire de Daniel Edinger, série Aléas, France 3, le ( aux archives de l'Ina, inatheque.fr et à la BnF) Cinéma

2021 : De nos frères blessés, joué par Vincent Lacoste. Film réalisé par Hélier Cisterne, sorti en salles en France le .

Théâtre

La compagnie Oh Z'arts etc ... a créé en 2022 un récit-concert adapté du roman de Joseph Andras "De nos frères blessés ". Baptisé "Libre Penseur" le spectacle, en 2024, avait été joué plus de 60 fois.

Notes et références

Liens externes

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