Jean-Pierre Boyer, né le à Port-au-Prince et mort le à Paris., est un militaire et homme d'État haïtien, ayant participé à la guerre d'indépendance d'Haïti et qui fut président à vie d'Haïti du au ., faisant de lui le chef d'État haïtien étant resté le plus longtemps au pouvoir, soit 25 ans de règne.

Proche du général André Rigaud, il est commandant des élites mulâtres contre l'autorité du général Toussaint Louverture lors de la guerre des couteaux en . Par la suite, il soutient les Français lors de l'expédition de Saint-Domingue en 1802 avec le général Alexandre Pétion dont il devient l'élève. Puis, il rejoint, avec Pétion, les forces nationalistes commandées par le général Dessalines qui aboutissent à la victoire des rebelles et à la proclamation de l'indépendance d'Haïti.

Sous le Premier Empire, il est d'abord fidèle à l'empereur Dessalines mais participe en 1806 au complot, dirigé par Pétion, qui met fin au régime. Il soutient la candidature d'Alexandre Pétion comme président de la République lors du conflit qui l'oppose au général Henri Christophe, également prétendant au pouvoir suprême. Pétion résiste à Christophe et se proclame président de la République dans la partie sud du pays. Haïti se divise alors en deux États, l'un au nord et l'autre au sud. Fidèle à Pétion, Boyer devient son successeur désigné, lorsque ce dernier révise la constitution pour s’attribuer les pleins pouvoirs en 1816. Après la mort de celui-ci en 1818, Boyer est confirmé président à vie, comme le stipule la constitution de 1816.. En 1820, il profite de la révolution nordiste pour renverser la monarchie christophiste et réunifier le nord et le sud d'Haïti. Puis, il annexe la partie espagnole de l'île et gouverne d'une main de fer toute l’île d’Hispaniola, et administre ainsi un vaste territoire comprenant celui d'Haïti et de l'actuelle République dominicaine.

Sous son règne, Boyer met de l'ordre dans les finances de l'État, améliora l'administration et favorisa les arts et les sciences. Il était aussi un législateur important, qui a fait adopter un code rural en qui a établi un régime agraire et a imposé la corvée pour l'entretien des routes.. En 1825, il a obtenu la reconnaissance du jeune État haïtien vis-à-vis de la France de Charles X, qui accepte de reconnaître diplomatiquement l'État d’Haïti en échange d'une compensation de 150 millions de francs. Pour rembourser cette lourde indemnité, Boyer dut imposer un impôt spécial qui le rendit très impopulaire, tout en négociant un emprunt de 30 millions, et en exigeant une réduction du montant imposé, ramené à 90 millions en . Malgré cela, il se maintient au pouvoir pendant plus de 20 ans jusqu'à sa déposition en 1843, provoquée par une nouvelle révolution menée par ses opposants. Exilé en France, il meurt à Paris en 1850 après sept années d'exil..

Avec le dictateur paraguayen José Gaspar Rodríguez de Francia, Boyer est l'un des dirigeants américains de sa génération à avoir gouverné le plus longtemps son pays..

Carrière militaire

Jeunesse

Boyer est né à Port-au-Prince en 1776. Il était le fils d'un tailleur français et d'une mère africaine; une ancienne esclave du CongoSamuel Hazard, Santo Domingo : past and present, with a glance at Hayti, New York : Harper & Brothers, 1873, p. 164.. Il a été envoyé en France par son père pour s'instruire. Pendant la Révolution française, il combattit en tant que commandant de bataillon. Il accueille avec reconnaissance le décret de la suppression de l'esclavage dans les colonies françaises de 1794 par lequel la République française abolit l'esclavage. Il seconde d'abord de tout son pouvoir les commissaires de la République Sonthonax et Polverel qui ont aboli unilatéralement l'esclavage à Saint-Domingue et entendent restaurer l'autorité de la métropole dans la colonie en combattant avec eux contre les colons alliés aux AnglaisFrédéric Régent, op. cit., .

Opposition à Louverture

gauche|vignette|284x284px|Journal La Victoire, 1800-1899. Avec un paysage et deux portraits : Jean-Pierre Boyer et Toussaint Louverture. À la fin des années 1790, il s'élève contre l'autorité grandissante de Toussaint Louverture qui s'est progressivement émancipé des représentants de la métropole et se méfie des mulâtres. Il participe à la guerre des couteaux de 1799-1800., au côté du général mulâtre André Rigaud contre les Noirs sous le commandement de LouvertureFrédéric Régent, op. cit., .

Alors que Louverture reçoit le soutien du général Jean-Jacques Dessalines, Rigaud, reçoit, hormis Boyer, le soutien d'Alexandre Pétion qui considère que Toussaint trahit la Révolution haïtienne au profit des Français ainsi que le ralliement de l'officier, d'origine africaine, Lamour Desrances, un des rares Noirs à rejoindre le camp des mulâtres. C'est lors de cette « guerre du Sud », vue comme un conflit entre la "caste" des Noirs (représentés par Toussaint) et la "caste" des Mulâtres (représentés par Rigaud), que Boyer fait rencontre de Pétion. Durant le conflit, il se fait remarquer par sa lutte acharnée et ses capacités à commander ses hommes. Son hostilité à Louverture sert à motiver les troupes. Malgré cela, en , la prise de Jacmel par les troupes de Louverture force Rigaud à embarquer pour la France, il ne reviendra à Saint-Domingue que trois ans plus tard. Toussaint sort vainqueur du conflit et réaffirme son autorité sur l'îleFrédéric Régent, op. cit., . Après cette défaite, Boyer, comme les autres généraux de son camp, se réfugie en France. Il rejoint alors, avec Rigaud et Pétion, le camp français et soutient le premier consul Napoléon Bonaparte. En 1802, Boyer fait partie de l'expédition française de Saint-Domingue du général Charles Leclerc, ordonnée par Napoléon, contre les forces de Louverture.

L'expédition française

Boyer reste en exil à Paris jusqu'en 1801. Il retourne à Saint-Domingue pour protester contre la constitution proposée par Louverture dans la colonie. Sous l’influence insistante des généraux mulâtres comme Boyer, Rigaud, Pétion et des négociants en matières premières et en esclaves, Napoléon décide d'envoyer son beau-frère le général Leclerc, avec pour instructions de ménager Toussaint Louverture. Afin de lui prouver la bienveillance du gouvernement, on lui renvoie ses deux fils élevés en France par le gouvernement. Bonaparte avait prévu dès son arrivée au pouvoir en 1799 la résistance de la part de Toussaint, et toutes les mesures sont prises fin 1801 pour la vaincre : Louverture ne dispose tout au plus que de dans le nord, dans l'ouest, le même nombre dans le sud, et dans la province espagnole - Histoire de l'expédition des Français à Saint-Domingue sous le consulat de Napoléon Bonaparte, page 33., Leclerc recevra donc le commandement de , provenant d’à peu près toutes les armées françaises, ainsi que de corps disciplinaires.. vignette|254x254px|Prise du Cap Français par l'armée française sous le commandement du général Leclerc en 1802, estampe, début , Musée du Quai Branly. Le , alors que la paix n'est pas encore définitivement signée avec l'AngleterreLes Anglais signent la Paix d'Amiens le , une flotte commandée par Villaret de Joyeuse part pour Saint-Domingue. Elle est composée de 21 frégates et de 35 navires de ligne, dont l'un est armé de 120 canonsHistoire de l'expédition des Français à Saint-Domingue sous le consulat de Napoléon Bonaparte, ., quitte Brest, Lorient, Rochefort emportant 7 à . Parmi eux se trouvent les opposants de Louverture, comme RigaudAprès l'échec de cette expédition, il fut emprisonné par Napoléon au fort de Joux, à quelques cellules de distance de Toussaint Louverture. qui en 1779 s'était engagé dans la célèbre brigade des 1500 Chasseurs volontaires de Saint-Domingue pour participer à la Guerre d'indépendance des États-Unis, tout comme Boyer et Pétion, qui ont, avec lui, participé à la révolte des mulâtres à Jacmel en 1799. Lorsque Louverture découvre les navires dans la baie de Samaná, il donne l'ordre au général Henri Christophe, chef du département du nord, à Dessalines du département de l'ouest et à Laplume du sud, de répondre aux sommations de l'escadre, qu'ils n'ont pas ordre de la recevoir, puis si elle insiste et en cas de débarquement de menacer de détruire les villes avant de se retirer dans les montagnes. Dans les dix premiers jours, le corps expéditionnaire occupe les ports, les villes et une grande partie des terres cultivées. Réfugié dans le massif de l'Artibonite, Toussaint Louverture n'a plus que quelques brigades sous les ordres des généraux Maurepas, Christophe, Dessalines. Mais il détient aussi une grande quantité de blancs qui ont été emmenés en otages. Pour le déloger il faut franchir des gorges rendues impénétrables par la végétation tropicale, où les Noirs tendent embuscades sur embuscades.

Vaincu, Louverture se rend aux Français. Dans sa retraite d'Ennery, où il est assigné à résidence, il songe à sa revanche, et guette les progrès de sa meilleure alliée, la fièvre jaune, qui fait des ravages dans les rangs des Français et frappe particulièrement les derniers arrivés sur l'île. Environ périssent ainsi en deux mois. Toussaint ne cesse de correspondre avec ses affidés, les incitant à se tenir prêts. Certains, cependant, n'ayant aucune envie de recommencer la guerre, avertissent le général en chef. En juin, sentant le danger, Leclerc convoque le rebelle à une entrevue et le fait arrêter. Emmené à bord d'un bateau, il est envoyé en Europe et gardé prisonnier au Fort de Joux où il meurt rapidement.

L'indépendance gauche|vignette|289x289px|Dessalines et Pétion lors du serment dit « serment des ancêtres » en 1803 (peint en 1823). L'armée française, qui ne compte plus que 8 à , à peine en état de servir, est débordée. Réfugié sur l'île de la Tortue, pour tenter d'échapper à la maladie, Leclerc succombe à son tour, le Pauline Bonaparte, qui accompagnait son mari est désespérée. Elle se coupe les cheveux qu'elle place dans le cercueil de son mari, fait mettre le cœur dans une urne et rapatrie la dépouille en France.. Étant l'officier le plus ancien, Rochambeau prend le commandement. Il déteste les mulâtres plus encore que les Noirs et il étend le désarmement des officiers à ces hommes de couleur qui s'étaient opposés à Toussaint et qui étaient revenus dans les bagages de l'expédition. Rigaud est prié d'embarquer pour les États-Unis. Dans le sud où ils sont plus nombreux, les mulâtres, sous le commandement de Pétion et de Boyer, comprenant qu'ils n'ont plus rien à attendre de la France s'unissent aux Noirs. Le vent de révolte, qui soufflait particulièrement dans le nord, se répand maintenant dans le sud. Rochambeau tente de réprimer l'insurrection mais il ne peut faire face. Le Cap-Français est le dernier bastion des Français. Quand il y parvient, Christophe a déjà enlevé l'un des forts. Rochambeau le reprend.

Le , près du Cap-Français, les Français sont vaincus à la bataille de Vertières par le général insurgé Dessalines. L'acte de reddition est signé le lendemain au nom de Rochambeau. Les vaincus ont dix jours pour quitter l'île et livrer la ville du Cap.

Après la victoire contre l'armée napoléonienne et la proclamation de l'indépendance d'Haïti, le , Boyer soutient de plus en plus l'engagement politique de Pétion qui le prit d'abord pour secrétaire, et l'élève rapidement aux grades de colonel, puis de général. Lorsque Dessalines, nommé gouverneur-général d'Haïti après la proclamation d'indépendance, se proclame empereur sous le nom de Jacques , Boyer reste dans l'armée et prête serment au nouveau régime. Cependant, en 1806, il est appelé par Pétion pour l'aider à renverser l'empereur qui est assassiné à Pont-Rouge.