Kuwasi Balagoon (né Donald Weems le à Lakeland et mort le en prison dans l'État de New York) est un membre du Black Panther Party, puis de la Black Liberation Army, devenu anarchiste et militant de la Republic of New Afrika.

Il grandit dans le Maryland pendant la ségrégation, puis effectue son service militaire en Allemagne de l'Ouest, où il fonde un groupe clandestin qui effectue des raids de vengeance contre des militaires qu'ils jugent racistes. À son retour aux États-Unis, il vit chez sa sœur à New York et s'implique dans le militantisme local pour les droits des locataires. Il s'implique en même temps dans le temple yoruba African Theological Archministry, où il change son nom en Kuwasi Balagoon.

Kuwasi Balagoon intègre le Black Panther Party en 1968. L'année suivante, il est arrêté pour le braquage d'une banque ; pendant sa détention provisoire en attente de jugement, il est également inculpé dans le cadre de l'affaire des Panther 21. Il est condamné pour le braquage et innocenté dans le cas des Panther 21. Avec le temps, il remet en question le fonctionnement du Black Panther Party et intègre la Republic of New Afrika dans les années 1970, tout en s'intéressant de plus en plus à l'anarchisme. Il intègre ensuite la Black Liberation Army. Il s'évade deux fois de prison, en 1973 et en 1978.

Il est impliqué dans le braquage de la Brink's de 1981, pour lequel il est condamné à la prison à perpétuité. En prison, il écrit de la poésie ainsi que des articles politiques.

Kuwasi Balagoon meurt en prison, à l'âge de , d'une pneumocystose causée par le syndrome d'immunodéficience acquise. Ouvertement bisexuel et notamment en couple à long terme avec une femme transgenre, il est parfois attaqué par ses pairs à ce sujet et aucune mention n'est faite de sa partenaire ni de son orientation sexuelle dans les discours en son honneur lors de ses funérailles organisées par la New Afrikan People's Organization.

Biographie

Enfance et éducation Kuwasi Balagoon naît sous le nom de Donald Weems dans le village noir de Lakeland du comté du Prince George, dans le Maryland., le .. Il est le dernier de trois enfants, très actif et peu obéissant, et ses parents s'appellent Mary et James Weems. Ses deux sœurs aînées s'appellent Diane Weems, plus tard Weems Ligon, et Mary Day Weems, plus tard Hollomand. Il est proche de sa grand-mère ainsi que de deux institutrices, dont les noms de famille sont Reed et Shepard, et va à l'école secondaire de Fairmont Heights.

Un jour, le petit ami de sa sœur, Jimmy, est accusé d'avoir violé une femme blanche. Jimmy est enfermé dans la prison du comté, située à Upper Marlboro, avant d'avoir droit à un procès. D'après Balagoon, la délibération dure une quinzaine de minutes et Jimmy est condamné à perpétuité dans la prison d'État du Maryland, dont il s'évade en . C'est là que Balagoon se renseigne sur le racisme d'État et commence à se radicaliser. Au début des années 1960, il est influencé par , qui mène la lutte pour les droits civiques des personnes noires dans le Maryland. Le mouvement qu'elle mène, le mouvement Cambridge, est surtout connu pour son refus de la résistance passive et son choix de l'auto-défense active comme tactique.

Service militaire et Da Legislators Après le lycée, à dix-sept ans, Balagoon intègre l'armée américaine et sert en Allemagne, où il est victime de racisme et d'agressions de la part d'officiers blancs. Il estime que la hiérarchie essaie de pousser les soldats non blancs au , c'est-à-dire au renvoi pour comportement inapproprié, en multipliant les brimades pour tenter de rendre les soldats agressifs. Il fait également remarquer que ces sanctions retirent le droit de vote aux hommes qui les reçoivent et ont un impact sur leur accès à l'emploi, pour des motifs qui valent normalement une simple réprimande aux hommes blancs.

Il fonde, avec d'autres soldats noirs, un groupe clandestin qui effectue des raids de vengeance contre des militaires racistes. Le groupe Da Legislators. ou De Legislators est composé de cinq membres : De Judge, De Prosecutor, De Executioner, Hannibal, et De Prophet. Pendant qu'il vit en Europe, Weems visite Londres où il rencontre des personnes noires et britanniques, africaines ou caribéennes. Il commence alors à adopter un mode de vie afrocentré. Après trois ans de service, il quitte l'armée avec les honneurs en 1967.

Militantisme à New York À son retour d'Allemagne, Balagoon s'installe à New York chez sa sœur Dianne.

Il intègre rapidement un syndicat de locataires, le Community Council on Housing (CCOH), et organise des grèves de paiement du loyer. Il participe à des réunions locales sur le logement et est bénévole pour et le . Le fournit de l'eau et de la nourriture aux groupes étudiants qui participent aux manifestations de l'université Columbia en 1968. À la même époque, il s'implique dans l'African Theological Archministry, un temple yoruba traditionnel dirigé par . Adefunmi soutient le nationalisme noir et encourage ses fidèles à s'africaniser. C'est sous cette influence que Donald Weems se renomme en Kuwasi Balagoon : Kuwasi est un prénom ghanéen désignant un homme né un dimanche, et le mot Balagoon signifie seigneur de guerre en yoruba. Il est ainsi rebaptisé au sein du temple par ses pairs. Il refuse dès lors l'utilisation de son ancien nom, affirmant que est un prénom chrétien, alors que lui n'est pas chrétien, et que est un nom écossais, ce qu'il n'est pas non plus..

En 1967, le Congrès des États-Unis vote contre une loi de financement de l'extermination des rats dans les logements sociaux. En 1967, sa sœur et lui, deux autres locataires d'appartements et le dirigeant du CCOH Jesse Gray sont arrêtés à Washington pour avoir interrompu une session du Congrès en y amenant une cage remplie de rats. Ils refusent de quitter les lieux en invoquant le premier amendement. Après cet événement, le Congrès installe une paroi de plexiglas entre les visiteurs et les sièges des membres élus. Le CCOH perd tous ses fonds au cours de la procédure judiciaire qui s'ensuit et s'auto-dissout.

Black Panthers

Intégration au groupe alt=Photo en noir et blanc d'un homme noir portant un costume-cravate et des lunettes.|vignette|Malcolm X est une inspiration majeure pour Kuwasi Balagoon dans les premières années de son militantisme. À la fin des années 1960, Balagoon s'implique de plus en plus dans le mouvement Black Power et se penche sur le nationalisme noir. Il explique que . Il s'inspire de Malcolm X, de Robert F. Williams et de et estime que la seule façon d'atteindre la libération des personnes noires est une guérilla. Il intègre alors le Black Panther Party, qu'il a découvert en avec l'arrestation de Huey P. Newton. Il cite l'adoption du maoïsme par les Black Panthers comme une de ses raisons de s'y impliquer.

Affaire des Panther 21

alt=Photo d'une femme noire sur une tribune. Elle porte une chemise blanche, une casquette et des lunettes de soleil.|vignette|Afeni Shakur est elle aussi arrêtée et innocentée dans l'affaire des Panther 21. En , Balagoon et Richard Harris, un autre membre du Black Panther Party (BPP) à New York, sont arrêtés à Newark et accusés d'avoir braqué une banque. Pendant qu'il est en prison en attendant son jugement, le , il est inculpé d'association de malfaiteurs en vue de commettre des actes terroristes avec vingt autres membres des Black Panthers, dans ce qui deviendra le cas des Panther 21.. La plupart des accusés sont libérés en échange d'une caution ayant été fixée à la somme de pour chacun, somme énorme dépassant celle ordonnée par la suite pour des militants blancs soupçonnés d'avoir organisé des attentats et inhabituelle pour des accusés dénués de casier judiciaire.. Sekou Odinga et lui-même sont accusés d'avoir essayé d'assassiner des policiers new-yorkais et n'ont pas droit à une libération sous caution. La défense de Balagoon établit que l'accusation est fondée sur le témoignage de Joan Bird, une membre des Black Panthers qui aurait fait ses aveux sous la torture.. Odinga parvient à s'évader et rejoint Eldridge Cleaver en Algérie.

La première semaine d', attendant toujours le jugement, des membres du Black Panther Party, dont Balagoon, provoquent des émeutes simultanées dans deux prisons... Balagoon est en prison dans le Queens avec Lumumba Shakur et Kwando Kinshasa. Ensemble, ils prennent sept otages. Pendant que les autorités tentent de négocier avec les mutins, qui exigent des procès plus rapides et des meilleures conditions de vie en prison, Balagoon essaie de s'assurer que les décisions sont prises par consensus. Il estime que les prisonniers donnent trop de pouvoir aux Black Panthers et ne prennent pas assez d'initiatives, mais il exprime sa conviction que les émeutes, qui se soldent par un échec, ont quand même prouvé que des personnes normales peuvent remettre en question le pouvoir de l'État.

Balagoon est acquitté avec les autres Panther 21, mais condamné pour le braquage du New Jersey en . Il plaide coupable et est condamné à une peine d'emprisonnement de 23 à ... Il se définit comme prisonnier de guerre. Il publie plusieurs textes, dont des poèmes, dans l'ouvrage collectif des Panther 21, Look for Me in the Whirlwind..

Black Liberation Army Balagoon remet en question la direction du BPP, surtout quand Geronimo Pratt est expulsé du parti après son arrestation pour le meurtre de Caroline Olsen, même si le jugement est annulé en 1997.. Les Panthers des côtes ouest et est continuent à se diviser, entre autres sur le choix du panafricanisme ou de l'internationalisme. Quand la direction californienne du parti renvoie les New Yorkais , Michael Tabor et Connie Matthews, le chapitre local se sépare officiellement de l'organisation nationale.vignette|200x200px|Dans les années 1970, Balagoon intègre la Republic of New Afrika.|alt=Un drapeau constitué de trois bandes, verte, rouge et noire.Balagoon est en prison, mais il se tient au courant des nouvelles et les trouve désespérantes. Il s'intéresse alors de plus en plus à l'anarchisme, comme d'autres Black Panthers emprisonnés avec lui. Il critique les pays communistes de son époque comme la Chine, le Zimbabwe et l'URSS, y voyant un capitalisme d'État et de nouvelles formes d'oppression. Il accuse le BPP d'avoir oublié les combats quotidiens des personnes noires en Amérique du Nord et de ne plus se concentrer que sur la défense de ses membres accusés de crimes. Il intègre alors la Black Liberation Army, qui cherche à mener une guerre clandestine contre l'État, estimant que la répression engendre la résistance. Le , Balagoon s'évade de prison et commence une cavale de huit mois. Il est arrêté quand il tente d'aider Richard Harris à s'évader pendant un enterrement pour lequel Harris a le droit de sortir de prison temporairement. Balagoon et Harris sont tous deux blessés par balle par des policiers et retournent en prison. Pendant la suite de sa peine, Balagoon lit des anarchistes comme Wilhelm Reich, Emma Goldman, Errico Malatesta, Buenaventura Durruti et Severino Di Giovanni et tente d'appliquer leurs réflexions à la cause noire. Il rejoint également la Republic of New Afrika et commence à se décrire comme un . Il est reconnu plus tard comme l'anarchiste de Nouvelle-Afrik le plus célèbre.. Son intérêt pour l'anarchisme s'explique entre autres par sa volonté d'éviter le culte de la personnalité des groupes hiérarchisés, comme ça a été le cas avec Huey Newton et Eldridge Cleaver au sein du Black Panther Party ; il apprécie aussi, étant lui-même bisexuel, les écrits d'Emma Goldman défendant les droits des homosexuels. alt=Photo de face et en noir et blanc d'une femme.|vignette|Kuwasi Balagoon a peut-être participé à l'évasion de prison d'Assata Shakur.