Les forges de Moncor sont d'anciennes forges situées dans la commune déléguée de Chammes qui fait partie de la commune nouvelle de Sainte-Suzanne-et-Chammes en Mayenne, en forêt de Charnie sur la rivière l'Erve, sur la route reliant Chammes à Saint-Jean-sur-Erve. Elles fonctionnèrent de 1657 à 1870.

Histoire Ancien fief et domaine mouvant de Thorigné et en arrière-fief de Sainte-Suzanne, Moncors est compris dans les biens donnés pour la restauration de l'abbaye d'Évron en 989.

Guillaume, seigneur de Brocin, rend aveu à Sainte-Suzanne en 1409 pour sa terre de Moncors, "hébergement auquel a une maison couverte en ardoise et une chapelle".

L’acquisition de la terre de Moncor en 1532 par René Girard, seigneur d’Hermet et créateur de forges de ce nom à Jublains, ne permet pas d’affirmer l’établissement de forges sur le territoire dès le . La transformation des minerais de la Grande Charnie, qui dépendait de la baronnie de Sainte-Suzanne, s’effectuait alors aux forges du Cours établies plus au nord, sur la rivière d’Erve.

René Girard laisse la jouissance viagère à Arthuse de Lignières, et, malgré une tentative de retrait féodal par le baron de Sainte-Suzanne (représenté alors par Marguerite de France veuve de Charles IV d'Alençon), le transmet aux Launay, ses héritiers, sur lesquels il y eut acquisition vers 1650 par Henri de Daillon, seigneur de Bouillé et comte du Lude.

C'est lui qui crée les forges de Moncor vers 1657On retrouve cette date gravée sur la charpente de la halle à charbon du haut-fourneau.. En 1664, Henri de Daillon accorde une rente annuelle de 150 livres à Perrine Regnauldin veuve de Robert le Doulx, sieur de la Panneterye “pour la perte qu’elle souffre des inondations de partie de ses prés et terre dépendant de ses lieux de Thébert par le moien de la construction et incavation de l’estang et forges de Moncor que le dict seigneur comte de Lude aurait fait faire depuis sept à huit ans”. La construction de l’établissement fut probablement due à Adrien Riverain, sieur de Launay, maître de forges cité en 1664 et 1668. Il dirigeait parallèlement les forges de la Cosnuère dont il avait été le bâtisseur en 1651.

En 1674, les forges étaient dirigées par Liger de Bienvenu qui poursuivait le bail signé par son frère Philippe, dont il héritait. La consistance de l’usine est décrite dans un texte de 1690 qui mentionne : “Une forge à battre le fer, comprenant halles, fourneaux, fenderies, bocambre (…), étangs, cours d’eau vive, fourneau et étang de Saint-Nicolas pour la fonte des mines”. Ce dernier fourneau avait appartenu au comte du Lude, avant d’être rattaché aux forges de Moncor. Il produisait la fonte affinée à la forge voisine de la Cosnuère qui n’avait pas encore son propre fourneau de Lessivet.

Les vingt dernières années du furent marquées par plusieurs procès consécutifs à une menace de saisie de la terre de Bouillé – dont dépendaient les forges de Moncor – sur Anne Louise de Bouillé, fille et héritière de la duchesse du Lude, Renée Éléonore de Bouillé. L’affaire se termina en 1694 au bénéfice d’Anne Louise de Bouillé qui resta en possession de ses terres. De 1692 à 1710, le maître de forges fut Claude Hubert qui dirigeait conjointement les forges de Chemiré. Il eut pour successeur Robert-Urbain Cassin, juge-consul d’Angers, qui confia la gestion de l’établissement à un directeur, René Galpin.

Le bail suivant, de décembre 1725, fut confié à Bernard et Louis Dubois pour la somme de livres. En mai 1726, les preneurs formèrent une société, dont l’acte de fondation souligne que Bernard Dubois devait habiter la maison des forges et qu’un commis était chargé de tenir le livre des recettes et dépenses. Cette association ne dura pas et à partir de juin 1730, seul Louis Dubois, sieur du Rocheray, continuait le bail.

En mars 1732, la terre et seigneurie de Bouillé, y compris Moncor, fut adjugée au président Jean-Louis Portail, chevalier, conseiller du roi, pour la somme de livres. Succédant à Louis Dubois, Pierre Lefêvre de la Barre entra en fonctions en novembre 1734. À l’échéance de son bail, en novembre 1744, il fut remplacé par deux beaux-frères, René Dufay et Nicolas Perdrigeon de Choron, ce dernier déjà maître des forges de la Chaux, en Normandie. La direction de l’usine fut confiée à Charles-Joseph Perdrigeon de Goisly, frère du preneur. La rendue de 1744 mentionne une forge à deux affineries et un haut-fourneau. Celui de Saint-Nicolas, endommagé par des inondations, n’était plus compris dans le bail depuis 1710. La montrée suivante effectuée en décembre 1753, à l’entrée de Jean-Baptiste Prévost, négociant et ancien consul de la juridiction d’Angers, ne laisse entrevoir aucune modification majeure dans la composition de l’usine.

Peu après, le président Portail passa plusieurs contrats avec Charles-Henri Desportes de Linières, officier de la reine, issu d’une famille de maîtres de forges, et Catherine Louise Marguerite Le Prince, son épouse. Le premier est un bail de neuf ans signé en juillet 1756 pour les forges de Moncor, fenderie, fourneau, dépendances et 140 arpents de bois taillis par an, moyennant livres de loyer. Quelques années plus tard, il leur céda, à titre de ferme, le château, les domaines, fiefs et dépendances de la terre de Bouillé, auxquels s’ajoutait la possibilité d’acheter la moitié des baliveaux de sa forêt. La rendue effectuée en 1762 cite la chaufferie, les affineries d’"en haut" et "d’en bas", le haut-fourneau, la fenderie, la boutique du maréchal, etc. Un autre acte autorisait Henri Pierre Desportes de Corlevé à retenir livres sur les fermages pour le rétablissement du haut-fourneau de Saint-Nicolas.

En novembre 1768, l’aveu du marquisat de Bouillé fait par Jean-Louis Portail mentionnait la forêt de Bouillé, dite de la Grande Charnie, comptant 1559 arpents 57 perches, l’emplacement du fourneau de Saint-Nicolas, en ruine, ainsi que les halles, les bourbiers, l’étang et la chaussée. En mai 1770, rendant aveu pour le fief de Moncor, « il déclare et confesse tenir à foi et hommage à cause de la châtellenie de Thorigné dépendant du château de Sainte-Suzanne, la terre, fief et seigneurie de Moncor située en les paroisses de Chammes et Saint-Jean », qui consistait notamment dans “une maison servant à loger un maître de forges composée d’une salle basse, cuisine, office, sept chambres de plain pied, trois chambres hautes, grande cour enclose, jardin derrière d’environ un journal et demy, un pavillon au bas d’icelui, un verger ou boscau d’environ un journal, une boulangerie proche et devant lad. Tour, écurie, une chapelle nouvellement édifiée sous l’invocation de Saint-Charles, une forge à fer où autrefois était un moulin, fendrie, fourneau, chaufferie, deux affineries, deux halles, fossés, étang, chaussée, et seize petites maisons à loger les forgerons desquelles dépendent environ quatre journaux de jardin, le tout en un tenant et contenant ensemble vingt arpents…” À Desportes de Lignières succéda Pierre Prévost-Dugué. Le bail, signé pour neuf ans en février 1772, devait débuter à la Toussaint 1780. Avant de prendre possession des biens loués, Pierre Prévost-Dugué associa à sa future exploitation – comprenant aussi les forges de Chemiré – son frère, René Prévost-Dugué, et son beau-frère, Alexandre Bourdon-Durocher, pour un tiers chacun. Au décès de René Prévost, en novembre 1784, trois inventaires furent établis : le premier à Angers pour les biens détenus dans cette ville, le deuxième pour Moncor et le dernier pour Chemiré et la Cosnuère. La succession s’annonçait préjudiciable à l’entreprise, mais malgré un procès avec les autres héritiers, gain de cause fut donné aux associés.

Lorsqu’éclata la Révolution, le marquisat de Bouillé avec ses dépendances était propriété de Louise Aglaé de Conflans d’Armentières, petite-fille de Jean-Louis Portail et épouse de Charles de Rohan-Montbazon. C’est sur eux que les forges furent saisies en l’an II. Le receveur de l’enregistrement de Sainte-Suzanne procéda à l’adjudication d’un nouveau bail en janvier 1797 (pluviôse an V), arguant que “le bail de la forge de Moncor et des domaines en dépendant consenti par l’émigré Rohan-Montbazon au citoyen Provost-Duguay expirait à la Toussaint mil sept cent quatre-vingt dix huit vieux stile, qu’on ne pouvait attendre pour un objet aussi intéressant l’expiration du bail pour le renouveler vu les grands préparatifs que serait obligé de faire le nouvel adjudicataire et les marchandises de toutes espèces relatives aux forges dont il serait obligé de se munir par avance”.

La mise à prix fut fixée à livres, les enchérisseurs étaient Rigault, du Mans, Alexandre Bourdon-Durocher, maître de forges, qui demeurait au Mans, Mathurin Julien Dalibourg, de Sainte-Suzanne, et Joseph-Pierre Géhard-Seyeux, de Laval. C’est ce dernier qui l’emporta avec une enchère de livres ; le bail était adjugé pour neuf ans à partir de novembre 1798 (brumaire an VII).

Après une estimation faite en juin 1798 (prairial an VI) les forges et leurs dépendances furent vendues le suivant (21 thermidor an VI) à François Dutertre, de Mayenne, lequel “a sur le champ nommé à son lieu et place le citoyen Jean-François DudevantIl s'agit selon l'abbé Angot du père du baron Casimir Dudevant, époux en 1822 de George Sand, pseudonyme d'Amantine Aurore Lucile Dupin, baronne Dudevant. D'Udevant ("Il signe ainsi", note l'Abbé Angot) écrit ainsi à son associé Géhard : « Mon camarade, il vous faudra payer la totalité de la forge, car je vous avoue que je n'ai pas le sou ». Ce singulier acquéreur empruntait en effet au Mans de l'argent à 20 %. Il eut donc de graves embarras qu'il confia à Lefebvre-Champorin fils. Sa lettre se termine sur le ton de l'amitié en style de troupier : "Voilà, mon cher, bien du grimoire ; avouez que Mars sait quelquefois se dépouiller de son épée pour la juste Thémis. Vous en êtes la preuve : soutien de l'État par le premier, vous l'êtes devenu de l'autre par le second, et de vos amis sous tous les rapports. Aussi, mon ami, débrouillez la fusée de manière à ce que je n'aie pas tort, car avec la dernière égide sous laquelle vous êtes rangé, on ne tire pas l'épée. Je ne sais que faire cela, et celui de vous aimer toujours". Il est finalement obligé de vendre à son associé un bien d'une gestion trop difficile pour lui., chef de brigade au 14i régiment de chasseurs à cheval”, "de compte à démi" avec Joseph Géhard. Le général Dudevant, par ailleurs maire de Pompiey, (Lot et Garonne), était l’époux de Gabrielle-Louise de la Porte, qui possédait des biens en Mayenne et le père de Maurice Dudevant, mari de George Sand.

Dudevant vend ensuite à son associé Géhard : le jour suivant l’adjudication, le (22 thermidor an VI) les époux Dudevant cédèrent à J. P. Géhard-Seyeux et à son épouse Victoire, futurs maîtres de forges comme adjudicataires du bail de février 1797, la moitié de la propriété des forges. Trois ans plus tard, par acte de juin 1801 (prairial an IX), ils leur vendirent l’autre moitié. Les époux Géhard-Seyeux devinrent ainsi possesseurs de la totalité des forges et, pour la première fois, la propriété et la ferme de Moncor étaient réunies dans les mêmes mains. En 1814, les forges sont entre les mains d’Arsène Leboul-Vaujours (ancien maîtres des forges de Vaujours-Château-Lavallière (acte notarié du 7-10-1814 chez maître Martigné au Mans). Il deviendra plus-tard maître de forges à Brimandrie (Algérie). Et maire d'Alger.

En 1825 Michel Chevalier, ancien sous-préfet, époux d' Anne-Renée Géhard, vendit au nom des Géhard à Alexandre Bourdon-Durocher.

Les forges du Il est probable que l'établissement de forges date au moins de l'acquisition de Moncors par les Girard qui possédaient déjà les forges d'Hermet. Mais ce fut le seigneur de Bouillé qui, vers 1657, créa les grandes forges.

Il fait accord en 1664 avec demoiselle Le Doux de la Panneterie, dame du fief de Thébert, au sujet de la hauteur de l'étang de sa forge.