Cholem Aleikhem (en yiddish et hébreu : שלום עליכם, en ) nom de plume de Cholem Naoumovitch Rabinovitch, né le à Pereïaslav (gouvernement de Poltava, Empire russe) et mort le à New York, est un écrivain juif de langue yiddish et russe. Très populaire de son vivant, il est l'auteur de romans, de nouvelles et de pièces de théâtre. Il a fait beaucoup pour promouvoir le yiddish dans la littérature et a été le premier à écrire des contes pour enfants dans cette langue.
Ses œuvres ont été traduites dans de très nombreuses langues. La comédie musicale Un violon sur le toit, basée sur le personnage de Tevye le laitier (première à Broadway en 1964), est le premier succès commercial d'une pièce en anglais qui décrit le quotidien d'un village juif d'Europe de l'Est. Par la suite, la pièce a été reprise de nombreuses fois dans le monde entier puis adaptée au cinéma en 1971.
Les jeunes années Cholem Naoumovitch Rabinovitch (alternativement : Sholom, Sholem, Shulem, Solomon, Rabinovitz, Rabinovitsh etc. ; en russe : Шо́лем Нау́мович Рабино́вич) naît dans une famille juive pauvre, à Pereïaslav (région de Poltava en Ukraine) dans l'Empire russe. Il est le fils de Menachem-Nukhem et de Khaye-Ester Rabinovitch. La mère de Cholem décède quand il a quinze ans. Peu après, il écrit sa première œuvre, l'adaptation juive du roman Robinson Crusoé. Cholem décide alors de se vouer à l'écriture. Tirant parti de l'homophonie en yiddish entre son prénom (Salomon) et le mot signifiant « la paix », il prend pour pseudonyme Cholem Aleikhem qui est l'équivalent en yiddish de la salutation usuelle en hébreu « Shalom Alekhem (, Que la paix soit avec vous) ».
En 1876, après avoir terminé ses études à l'école locale de Pereïaslav avec d'excellentes notes, il quitte la maison de ses parents à la recherche d'un emploi. Pendant trois ans, il donne des cours à Olga (Golde) Love, la fille d'un propriétaire foncier fortuné, avant de l'épouser le . Ils auront six enfants (par exemple, le peintre Norman Raeben, qui enseignera la peinture à Bob Dylan et qui influencera celui-ci lors de la réalisation de son disque Blood on the Tracks, et Lyalya (Lili) Kaufman, écrivaine de langue yiddish et dont la fille est l'écrivaine américaine Bel Kaufman, auteure du livre Up the Down Staircase (« Escalier interdit »)).
La carrière d'écrivain Cholem Aleikhem écrit d'abord en russe et en hébreu avant d'opter, à partir de 1883, pour la langue yiddish, langue dans laquelle il écrira plus de quarante volumes. On le considère dès 1890 comme la figure de proue de la littérature de langue yiddish, langue couramment parlée mais méprisée par la plupart des écrivains juifs russes qui préfèrent écrire en hébreu, la langue liturgique, exclusivement utilisée par les Juifs éduqués.
Outre son abondante production littéraire en langue yiddish, il utilise sa fortune personnelle pour jouer les mécènes et encourager les écrivains de langue yiddish. Il inclut leurs œuvres dans son almanach, Die Yiddishe Folksbibliotek (La bibliothèque populaire yiddish), publié en , en 1888 et en 1889, et qui accorde une place importante à de nombreux jeunes écrivains de langue yiddish. thumb|redresse|right|Cholem Aleikhem avec sa famille en 1899 (d'après une carte de nouvel an de 1899). Il n'y aura pas de troisième édition, Cholem Aleikhem ayant perdu toute sa fortune dans une spéculation boursière en 1890, bien que l'almanach soit déjà rédigé. Obligé de se diversifier, il revient, sans abandonner la langue yiddish, au russe, pour Voskhod (le renouveau), la plus importante revue juive russe de l'époque et pour le journal Odessa, et à l'hébreu pour Hamelitz ainsi que pour rédiger une anthologie éditée par Y. H. Ravnitzky.
C'est au cours de cette période que l'écrivain contracte la tuberculose.
L'émigration Après 1891, Cholem Aleikhem vit à Odessa, puis plus tard à Kiev. En 1905, il émigre à la suite d’une vague de pogroms qui déferle sur l'Ukraine et dans tout le sud de la Russie. Tout d'abord, il s'installe à New York tandis que le reste de sa famille vit à Genève. Il s'aperçoit assez vite que ses revenus relativement limités ne lui permettront pas d'entretenir deux foyers et il décide de retourner à Genève. Malgré sa grande popularité, beaucoup de ses ouvrages ne lui génèrent que très peu de revenus et il est forcé d'effectuer des voyages et des tournées harassantes pour donner des conférences et subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille.
En juillet 1908, lors d'une tournée en Russie, il s'évanouit dans le train le menant à Baranovitchi. Les médecins diagnostiquent une récidive de la tuberculose hémorragique aiguë, ce qui l'oblige à passer deux mois de convalescence dans l'hôpital de la ville. Il décrira plus tard cet incident comme une rencontre en face à face avec sa majesté l'Ange de la mort et proclame que ce fut le catalyseur pour rédiger son autobiographie, Funm Yarid. Pendant sa convalescence, il ne peut se rendre à la Première Conférence de langue Yiddish qui se déroule à Tchernivtsi et il doit être remplacé par un autre militant, son collègue Nathan Birnbaum. Aleikhem passe les quatre années suivantes en semi-invalidité, ce qui ne lui permet que de retrouver un travail d'écriture à peu près régulier. Durant cette période, sa famille ne survit que grâce à des dons d'amis et d'admirateurs.
En 1914, la grande majorité de la famille de Cholem Aleikhem émigre aux États-Unis et s'établit à New York. Le fils d'Aleikhem, Micha, également atteint de tuberculose, n'est pas en état de voyager cf. la biographie due à Jeremy Dauber The worlds of Sholem Aleichem, New York, Schocken Books, 2013. et reste au Danemark avec sa sœur Emma ; il mourra en 1915 dans un sanatorium de Copenhague. Cet évènement enfoncera l'écrivain dans une profonde dépression. thumb|redresse|right|Timbre d'Union soviétique de 1959 pour le de sa naissance.
Mort et commémoration vignette|Cholem Aleikhem, pierre tombale yiddish au cimetière Mount Carmel (Queens, New York, USA) Cholem Aleikhem meurt à New York le à l'âge de 57 ans, alors qu'il travaille sur son dernier roman, Mottel, le fils du chantre. Il est enterré au cimetière du Mount Carmel dans le Queens. Ses funérailles sont parmi les plus grandioses de l'histoire de New York, avec un cortège funèbre de plus de . Le lendemain, son testament est publié dans The New York Times et consigné dans les annales du Congrès. Son testament contient des instructions détaillées pour sa famille ainsi que pour ses proches, aussi bien en ce qui concerne ses funérailles, que la façon dont il désire être célébré et commémoré pour les yohrzeit (dates anniversaires du décès) le du mois Iyar, de l'Omer. Il demande à ses amis et à sa famille de ; et il ajoute : . Les rassemblements annuels continuent de nos jours et ils sont aujourd'hui ouverts au public"Le miracle de Hochana raba"lu sur Akadem.
En 1997, un monument à la mémoire de Cholem Aleikhem est érigé à Kiev et un autre en 2001 à Moscou.
En 1996,une partie de la East 33rd Street ( Est) entre Park Avenue et Madison Avenue à New York City est renommée Place Sholom Aleichem.
En , le plus large cratère découvert sur la planète Mercure par la navette Messenger et par la mission Mariner 10 a été baptisé du nom de Sholem Aleichem.
Engagement yiddish et sioniste Cholem Aleikhem est un avocat passionné du yiddish en tant que . Pour lui, cette langue doit obtenir le même statut et respect que les autres langues européennes modernes. Il ne limite pas son militantisme à la cause de la langue et de la culture yiddish mais se consacre aussi au sionisme qu'il présente dans de nombreux écrits. En 1888, il devient membre de « Hovevei Zion ».
En 1907, il est le représentant américain au Huitième congrès sioniste qui se tient à La Haye aux Pays-Bas.
Postérité Cholem Aleikhem est souvent considéré comme le « Mark Twain juif », au vu de la ressemblance stylistique des deux auteurs ainsi que de leur emploi d'un nom de plume. Tous deux ont produit des œuvres destinées tant à la jeunesse qu'à un lectorat adulte. Célébrés de leur vivant, ils ont donné de nombreuses conférences aux États-Unis et en Europe.
Lorsque ces écrivains se rencontrèrent à la fin de leur vie, Mark Twain aurait dit à son confrère qu'il se considérait comme le Cholem Aleikhem américainLevy, Richard S. Antisemitism: a historical encyclopedia of prejudice and persecution, volume 2. ABC-CLIO 2005 sv Twain; cite Kahn 1985, p. 24..
Citations Un célibataire est un homme qui se rend à son travail chaque matin en provenance d'une direction différente. Le commérage est le téléphone de la nature. La vie est un rêve pour le sage, un jeu pour le fou, une comédie pour le riche et une tragédie pour le pauvre. Quelles que soient les mauvaises nouvelles, vous devez continuer de vivre, même si cela vous tue. Le riche est gonflé par l'orgueil, le pauvre par la faim.
Ses œuvres Ses œuvres traduites en français Le Tailleur ensorcelé et autres contes, traduit du yiddish par Isaac Pougatch et Joseph Gottfarstein, avec un dessin de Marc Chagall, Paris, Albin Michel, 1960, collection "Présences du judaïsme", La Peste soit de l'Amérique (et de quelques autres lieux...), traduit du yiddish, introduit et annoté par Nadia Déhan-Rotschild, Paris, Liana Levi, 2006, rééd. 2013 « L'Allemand » in Regards sur la littérature yiddish par Cécile Cerf, Académie d'Histoire, 1974 Menahem-Mendl, le rêveur, traduit du yiddish par Léa et Marc Rittel, Paris, Albin Michel, 1975, collection « Présences du judaïsme », rééd. Paris, Rivages, 1993 Un violon sur le toit. Tévié le laitier, traduit du yiddish par Edmond Fleg, Paris, Albin Michel, 1990, Tévié le laitier, traduction de Colette Stoïanov et Dora Sanadzé, préf. de Charles Dobzynski, dessins de Iles Beller, Paris, Messidor, Temps actuels, 1991, collection "Littérature étrangère", Contes ferroviaires ou le Traîne-savates, traduit du yiddish par Nadia Déhan, Louisette Kahane-Dajczer, Jacques Mandelbaum, Mathilde Mann, Viviane Siman..., Paris, Liana Levi, 2002 Gens de Kasrilevkè, Paris, Julliard, 1992, récits traduits et annotés par Jacques Mandelbaum, collection Littérature yiddish, , également dans Royaumes juifs, Trésors de la littérature yiddish, édition établie et présentée par Rachel Ertel, tome 1, Paris, Robert Laffont, 2008 Le dixième homme, Paris, 10/18, 1995, Un conseil avisé, Paris, traduit du yiddish par Nadia Déhan-Rotschild, Paris, Liana Levi, 2002 La vie éternelle, 13 histoires courtes pour marquer le temps, textes choisis et traduits du yiddish par Arthur Langerman et Ariel Sion, Genève, Metropolis, 2012 Des volailles et des hommes, traduit du yiddish par Nadia Déhan-Rotschild, avant-propos de Nadia Déhan-Rotschild, Paris, Editions Bibliothèque Medem, 2016 Au fil des fêtes, Récits sur les fêtes juives, introduction, présentation et traduction du yiddish par Doris Engel et Astrid Ruff, Paris, Hermann, 2016 Les mille et une nuits de Krushnik, traduit du yiddish par Nadia Déhan-Rotschild et Évelyne Grumberg, Paris, L'Antilope, 2018 Guitel Pourishkevitsh et autres héros dépités, traduit du yiddish par Nadia Déhan-Rotschild, Paris, L'Antilopoche, 2021, Histoires pour enfants à ne pas mettre dans les mains des enfants, traduit du yiddish par Arthur Langermann avec des illustrations de Sam Ringer, Marque Belge, 2019, Étoiles vagabondes, traduit du yiddish par Jean Spector, Paris, Le Tripode, 2020, Motl, fils du chantre, traduit du yiddish par Nadia Déhan-Rothschild et Évelyne Grumberg, Paris, L’Antilope, 2022 Motl en Amérique, traduit du yiddish par Nadia Déhan-Rotschild et Évelyne Grumberg, avant-propos de Nadia Déhan-Rotschild, Paris, L'Antilope, 2024
Ses nouvelles traduites en anglais The Best of Sholom Aleichem, édité par R. Wisse, I. Howe (publié en 1979), Walker and Co., 1991, . Tevye the Dairyman and the Railroad Stories, traduit en anglais par H. Halkin; Schocken Books, 1996, .