Cristina Fernández de Kirchner , née Cristina Elisabet Fernández le à La Plata, est une femme d'État argentine. Elle est présidente de la Nation de 2007 à 2015 et vice-présidente de 2019 à 2023.
Mariée à Néstor Kirchner, elle est Première dame d'Argentine de 2003 à 2007. Elle est élue sénatrice de Buenos Aires en 2005 sur les listes du Front pour la victoire-Parti justicialiste ; au sein du PJ, elle est tenante d'une ligne de centre gauche alors que des tendances de centre droit s'expriment.
Elle succède à son mari à la tête du pays en 2007, après avoir été élue avec 45,3 % des suffrages exprimés. Elle devient la première femme élue présidente de la Nation, et la deuxième à exercer cette fonction après Isabel Perón. Réélue en 2011 avec 54,1 % des voix au premier tour, elle ne peut briguer un troisième mandat consécutif et voit le candidat qu’elle soutient, Daniel Scioli, s’incliner face au candidat de centre droit Mauricio Macri.
À l'issue de l'élection présidentielle de 2019, elle est élue vice-présidente argentine en tant que colistière d'Alberto Fernández. Elle quitte cette fonction et ne brigue plus aucun mandat électif en 2023.
À partir de 2013, elle fait face à des accusations et inculpations, principalement pour des délits financiers. En 2022, dans le cadre de la Causa Vialidad, elle est reconnue coupable « d'administration frauduleuse » au préjudice de l'État : elle est condamnée à six ans de prison et à une inéligibilité à vie. Elle purge actuellement sa peine en résidence surveillée. Elle est également impliquée, depuis 2018, dans l'affaire des cahiers de la corruption actuellement en cours.
Biographie Formation vignette|gauche|Cristina Kirchner dans les années 1970. Cristina Fernández étudie à l’École des sciences légales et sociales de l’université nationale de La Plata (dans la province de Buenos Aires) et obtient le diplôme d’avocate, en 1979.
Vie privée et familiale Militant dans la Jeunesse universitaire péroniste, elle y rencontre Néstor Kirchner, avec qui elle se marie le . À la suite du coup d’État de mars 1976, le couple décide de s’installer à El Calafate, en Patagonie (province de Santa Cruz), afin d’échapper à la répression. Ils y ouvrent une étude juridique. Deux enfants vont agrandir la famille : Máximo et Florencia.
Parcours politique Débuts thumb|left| de la fondation des Mères de la place de Mai, en présence de Cristina Fernández de Kirchner, alors sénatrice. Après le retour de la démocratie, Cristina Fernández de Kirchner est élue députée de l’Assemblée de Santa Cruz en 1989 et réélue en 1993. Deux ans plus tard, elle est élue sénatrice fédérale dans la circonscription de Santa Cruz, puis, en 1997, députée fédérale, avant de revenir au Sénat en 2001.
Première dame En 2003, elle devient Première dame de la Nation argentine, son époux Néstor Kirchner ayant remporté l'élection présidentielle sur la liste du Front pour la victoire-Parti justicialiste (FPV-PJ). Aux élections législatives de 2005, la première dame est élue sénatrice, dans la province de Buenos Aires, avec plus de 26 % de suffrages que sa rivale péroniste Hilda González, épouse du prédécesseur de Kirchner à la tête de l’État, Eduardo Duhalde.
Élection présidentielle de 2007 thumb|left|180px|Passation de pouvoirs entre Cristina Fernández de Kirchner et son époux, le à Buenos Aires.
Le , Alberto Fernández, chef de cabinet du président, annonce le lancement officiel de la candidate du Front pour la victoire, Cristina Fernández de Kirchner, au cours d'un grand meeting électoral à La Plata.
Sans surprise, le , en obtenant 45,29 % des voix face à l'ex-députée radicale Elisa Carrio (qui représente la coalition civique, de centre gauche et qui recueille quelque 23 % des suffrages exprimés), elle est élue dès le premier tour de l'élection présidentielleIl faut pour cela obtenir soit 45 % des voix, soit 40 % des voix dont au moins 10 % de plus que le meilleur des autres candidats par le nombre total de voix.. Son colistier Julio Cobos, dissident de l'Union civique radicale (UCR), devient vice-président. Par ailleurs, le Front pour la victoire obtient la majorité dans les deux Chambres en profitant des élections partielles qui se tiennent le même jour.
Elle devient la deuxième femme à accéder à la fonction de président de la Nation argentine, après Isabel Martínez de Perón.
Présidente de la Nation
Cabinet thumb|upright|left|Cristina Fernández de Kirchner en 2010.
Tout en maintenant sept ministres de Néstor Kirchner « El nuevo Gabinete: Lousteau va a Economía y De Vido sigue en Planificación Federal », Clarín, 14 novembre 2007, Cristina innove dans la composition du gouvernement, qui compte douze ministres, en créant un ministère de la Science, de la Technologie et de l'Innovation productive, attribué au biochimiste Lino Barañao. À la suite de la crise économique mondiale, elle crée aussi, en , un ministère de la Production, détaché du ministère de l'Économie, et l'attribue à l'économiste Débora Giorgi, qui avait été secrétaire d'État du gouvernement radical de Fernando de la Rúa (1999-2001). Enfin, elle opère un remaniement ministériel à la suite du recul du Front pour la victoire, lors des élections générales partielles de juin 2009, et transforme alors le secrétariat à l'Agriculture, qui dépendait auparavant du ministère de l'Économie, en département ministériel à part entière.
Politique intérieure vignette|Cristina Fernández de Kirchner (deuxième en partant de la gauche) à l’inauguration de la Conférence interaméricaine des ministres du Travail (CIMT) de l'OEA, à Buenos Aires, en 2009.
Sous l'effet de la crise mondiale, la croissance passe de 8,8 % en 2007 à 6,8 % en 2008. Bien que populaire, le Front pour la victoire a perdu la majorité parlementaire lors des élections générales et partielles du 28 juin 2009. Invoquant l'urgence de répondre à la crise, Kirchner décide, en , de provoquer des élections anticipées.
Par ailleurs, le vice-président Julio Cobos, qui fait partie des Radicales K (groupe dissident de l'UCR exclu pour son appui au Front pour la victoire), vote contre le projet de loi du gouvernement concernant l'agriculturePatrick Bèle, « L'Argentine ne croit plus en Cristina Kirchner », Le Figaro, 18 juillet 2008 : une partie des Radicales K, menés par Cobos, a ainsi rejoint l'opposition, conduisant ainsi à une situation inédite de cohabitation au sein même de l'exécutif « Pichetto: Cobos es insostenible », Critica de la Argentina, 19 décembre 2008 (page supprimée?)« Argentine : conflit Kirchner/Cobos », Le Figaro avec l'AFP, 20 janvier 2010.
Conflit de 2008 avec les organisations patronales agricoles Kirchner tente alors, en , d'augmenter les taxes à l'exportation sur le soja et le tournesol de 35 à 45 %, ce qui suscite un (avec de grandes manifestations) qui dure jusqu'en et affecte lourdement sa popularité. Le soja, à plus de 90 % transgénique en Argentine, et ses produits dérivés représentent 36 % des exportations argentines, l'Argentine étant elle-même mondiale de soja.
Finalement, le conflit, qui voit une bonne partie de l'Union civique radicale (UCR) et de la Coalition civique (opposition de centre gauche) soutenir les organisations patronales, conduit à la démission du ministre de l'Économie Martín Lousteau, remplacé dès lors par Carlos Rafael Fernández, lequel démissionne également à la suite de la défaite électorale du Front pour la victoire (coalition péroniste) lors des élections générales partielles du 28 juin 2009.
Relance de la consommation, grands travaux et nationalisations vignette|Cristina Fernández de Kirchner et son homologue brésilien, Luiz Inácio Lula da Silva (2007). Par ailleurs, le gouvernement met en place un programme de grands travaux ( de dollars) destinés à relancer l'économie, ainsi qu'un programme de prêts à faibles intérêts pour soutenir la consommation. Celui-ci est appuyé par les principaux syndicats du pays (notamment la CGT et la CTA), les organisations patronales industrielles comme l'Union industrielle argentine (UNI) et les coopératives rurales (CONINAGRO), mais critiqué par les organisations patronales rurales comme la Société rurale argentine (SRA) et la Fédération agraire argentine (FAA). Le FMI a quant à lui refusé d'inclure l'Argentine dans son plan anti-crise, en alléguant ses « antécédents négatifs » (la crise de 2001-2002, largement provoquée par les décisions du FMI lui-même) « El FMI excluyó a la Argentina de un plan de ayuda financiera », La Nación, avec EFE et Reuters, 25 octobre 2008.
Le Congrès approuve le le plan de recapitalisation et de nationalisation des compagnies aériennes Aerolíneas Argentinas (exproprié à la suite d'une décision judiciaire argentine à la firme espagnole Marsans « Diputados argentinos aprueba nacionalizar fábrica de aviones de Lockheed », ADN avec EFE, 21 mai 2009) et Austral Líneas Aéreas (loi ), privatisées sous la présidence de Carlos Menem.
Enfin, la firme d'aviation militaire (FMA), également privatisée sous Menem et devenue filiale de Lockheed Martin, fut nationalisée en avec un large appui de la Chambre des députés ( pour, une contre, 21 abstentions). Lockheed devrait être indemnisé à hauteur de de dollars.
Par ailleurs, la présidente Fernández de Kirchner met en place en l', un système d'allocations familiales destinées aux familles de chômeurs ou travaillant au noir et ne recevant aucune autre aide. D'un montant de 180 pesos, augmenté en à 220 pesos, ces allocations sont versées pour environ d'enfants. De façon générale, la politique sociale de Kirchner permet de faire baisser le taux de pauvreté de 26 à 22 % en 2010, sortant ainsi de la misère entre 1,4 et 1,8 million de personnes « Línea de partida para combatir la pobreza », étude du Centro de Estudios e Investigaciones Laborales, du Conseil national de la recherche scientifique et technique, citée par Página/12 du 8 mai 2010.
Nationalisation des fonds de pension de retraite Cristina Fernández de Kirchner annonce en 2008 un plan de nationalisation des fonds de pension privés, qui détenaient entre 24 et de dollars., afin de mettre les retraites à l'abri des remous des marchés financiers globaux. Ces fonds de pension, gérés par l', avaient été créés en 1993 par le gouvernement Menem.
Le projet de loi, qui a établi le Sistema Integrado Previsional Argentino (SIPA), est voté le avec l'appui de secteurs de l'opposition (dont le PS et l'ex-sénateur de l'ARI José Martínez « El Senado aprobó la eliminación de las AFJP por 46 votos a favor y 18 en contra », Página/12, 20 novembre 2008 Alfredo Guttiérez, « Dos senadores dejaron el ARI y votarán el adelantamiento », Clarín, 26 mars 2009), tandis que la Coalition civique, l'UCR et la droite (Proposition républicaine) votent contre ( pour, 75 contre ; pour, 18 contre).
Cela suscite une baisse immédiate de la Bourse d'Argentine et d'Espagne ainsi qu'une fuite des capitaux. Le Monde diplomatique présente l'opération comme le rétablissement d'un système de retraites par répartition. Néanmoins, selon la loi, l'argent ainsi contrôlé par l'État ne peut être utilisé que pour payer les retraites, tandis qu'une commission bilatérale et un conseil, composés de chefs d’entreprise, de salariés, de retraités, de fonctionnaires, de banquiers et d'élus sont mis en place pour l'administrer. Par ailleurs, le nouveau système instaure l'égalité des pensions entre hommes et femmes.
Droit du travail et régularisation des sans-papiers vignette|Cristina Fernández de Kirchner et ses ministres.