Nicolas de Staël (prononcé En France, Staël est prononcé stal (comme « stalle »). En Suisse, Staël est souvent prononcé [stɛl] (comme « stèle »). Le nom n'est jamais prononcé « sta-elle », sauf par erreur.), baron Nikolaï Vladimirovitch Staël von Holstein (en ), né le à Saint-Pétersbourg et mort le à Antibes, est un peintre français originaire de Russie, issu d'une branche cadette de la famille Staël von Holstein.

La carrière de Nicolas de Staël s'étend sur quinze ans, de 1940 à sa mort. Artiste prolifique, il peint durant ces années plus d'un millier de toiles aux influences diverses .

Sa peinture est en constante évolution. Des couleurs sombres de ses débuts (Porte sans porte, 1946 ou Ressentiment, 1947), elle aboutit à l'exaltation de la couleur comme dans le Grand Nu orange (1953). Ses toiles se caractérisent par d'épaisses couches de peinture superposées et un important jeu de matières, passant des empâtements au couteau (Compositions, 1945-1949) à une peinture plus fluide (Agrigente, 1954, Chemin de fer au bord de la mer, soleil couchant, 1955).

Refusant les étiquettes et les courants, tout comme Georges Braque qu'il admire, il travaille avec acharnement, détruisant autant d’œuvres qu'il en réalise.

Nicolas de Staël meurt à en se jetant de la terrasse de la maison où il avait son atelier à Antibes. Cette maison est classée monument historique en après une rénovation effectuée par Roman Rotges. Il est enterré au cimetière de Montrouge.

Par son style évolutif, qu'il a lui-même qualifié d'« évolution continue », il reste une énigme pour les historiens d'art qui le classent aussi bien dans la catégorie de l'École de Paris selon Lydia HarambourgL'École de Paris reste une notion très vague selon André Chastel. Elle est mentionnée, dans le Dictionnaire de la peinture (éditions Larousse) de Michel Laclotte et Jean-Pierre Cuzin, non pas comme un courant mais comme un ensemble d'individus dont l'appartenance est citée dans la notice de chaque artiste., que dans les abstraits ayant inspiré les jeunes peintres à partir des années 1970, selon Marcelin Pleynet et Michel Ragon, ou encore dans la catégorie de l'art informel selon Jean-Luc Daval. De Staël a maintes fois créé la surprise notamment avec la série Les Footballeurs, entraînant derrière lui des artistes d'un nouveau mouvement d'abstraction, parmi lesquels Jean-Pierre Pincemin, et les artistes du néo-formalisme new-yorkais ou de l'expressionnisme abstrait de l'École de New York, parmi lesquels se trouve notamment Joan Mitchell.

Biographie Enfance thumb|left|Forteresse Pierre-et-Paul de Saint-Pétersbourg où est né Nicolas de Staël. Nicolas de Staël est issu d’une lignée de militaires. Il avait coutume de répondre quand on lui posait des questions à propos de son ascendance. Son arrière-grand-père, Carl Gustav, dirige la deuxième division de cavalerie du tsar et termine sa carrière comme général de corps d’armée en 1861., son grand-père Ivan Karlovitch et son père Vladimir Ivanovitch sont aussi officiers généraux. Né en 1853, il sert dans les rangs des cosaques et des uhlans de la garde impériale.. Il devient général major, vice-commandant de la forteresse Pierre-et-Paul de Saint-Pétersbourg en 1908, jusqu'en 1917.

Son père est un orthodoxe pieux et austère. Sa mère, Lioubov Berdnikova, plus jeune que son mari de vingt-deux ans, est sa seconde épouse. Elle est issue d'un milieu très fortuné où l'on s'intéresse à l'art. Par sa mère, elle est apparentée à la famille du compositeur Alexandre Glazounov..

Selon le calendrier julien, Nicolas de Staël naît le à Saint-Pétersbourg, qui vient alors d'être rebaptisée Petrograd ().

À la suite de la révolution de 1917, comme de nombreux Russes blancs, la famille est contrainte à l’exil et quitte Saint-Pétersbourg à l'été 1919. Après une période d'errance, la famille s'installe pour un temps à Vilnius en . Son père meurt en 1921, sa mère l’année suivanteVoir sur francearchives.gouv.fr. après s'être installée en Pologne. Orphelin, il est recueilli, avec ses deux sœurs Marina et Olga, par sa marraine Ludmila von Lubimov, la meilleure amie de sa mère, qui vit en France. Celle-ci les confie rapidement à une famille de Bruxelles, les Fricero. Les Fricero sont une famille fortunée d'origine sarde qui a hérité de la nationalité russe au lorsque le père d'Emmanuel Fricero était attaché naval à l'ambassade de Russie à Londres. Sa femme Charlotte est présidente de la Croix-Rouge. Ils ont déjà recueilli le descendant d'une grande famille russe, Alexandre Bereznikov..

Formation Il est inscrit au collège jésuite Saint-Michel à Etterbeek, commune voisine de Bruxelles, le en avant-dernière année de primaire. Il accomplit ses humanités classiques dans le même collège jusqu'en . Il n'y est pas heureux, c'est un élève indiscipliné avec de mauvais résultats. Il quitte ce collège en latine, après avoir redoublé cette classe. Les Fricero l'inscrivent au collège Cardinal Mercier de Braine-l'Alleud en .. Nicolas se passionne pour la littérature française et les tragédies grecques et dans le même temps découvre la peinture dans les musées et les galeries notamment Rubens et les peintres belges contemporains James Ensor, Permeke. Sa vocation naissante d'artiste inquiète son père adoptif, Emmanuel Fricero, sorti de l'École centrale Paris, qui souhaite voir Nicolas s'orienter vers les sciences et le pousse à entreprendre des études d'ingénieur.. Mais dès ses études terminées, Nicolas se tourne vers la peinture.

Après avoir visité les Pays-Bas en juin, et découvert la peinture flamande, il entre en aux Beaux-Arts de Bruxelles où il suit les cours de dessin antique avec Henri Van Haelen. Il se lie d'amitié avec Lismonde« En 1932-1934, Lismonde se lie d'amitié avec Nicolas de Staël à l'Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles » sur maison-lismonde.be. et Madeleine Haupert qui a fréquenté les Beaux-Arts de Paris et qui lui fait découvrir la peinture abstraite. Il s'inscrit aussi à l'Académie des beaux-arts de Saint-Gilles où il suit les cours d'architecture de Charles Malcause. Dans cette même académie, il suit dès 1934-35 les cours de décoration en compagnie de Géo De Vlamynck qu'il assiste par la suite pour la réalisation de peintures murales du pavillon du Verre d'art de l'Exposition universelle de Bruxelles de 1935Daniel Dobbels (1994), ..

Il voyage ensuite dans toute l'Europe. Dans le midi de la France et à Paris où il découvre Paul Cézanne, Henri Matisse, Chaïm Soutine, Georges Braque, puis il se rend en Espagne où il est séduit par la beauté des paysages. Le voyage en Espagne, qu'il parcourt à bicyclette avec son ami Benoît Gilsoul, est un voyage d'étude au cours duquel il prend force notes et croquis.. À partir de Madrid, c'est avec Emmanuel d'Hooghvorst qu'il poursuit sa route jusqu'en Andalousie. Il envoie une abondante correspondance à Georges de Vlamynck, produit quelques aquarelles qu'il vend à Barcelone, et aux Fricero il exprime son indignation devant la misère du peuple espagnol. Il exposera d'autres aquarelles d'Espagne à la galerie Dietrich avec Alain Haustrate et Rostislas Loukine.

Le Maroc, l'Italie, Paris À Marrakech, en 1937, Nicolas de Staël rencontre Jeannine Guillou.. Jeannine Guillou est elle-même peintre, plus âgée de cinq ans que lui. Bretonne d'origine, d'une famille de Concarneau, elle est mariée depuis six ans à un Polonais, Olek Teslar (1900-1952), qu'elle a rencontré aux Arts décoratifs de Nice où elle étudiait, et dont elle a un fils, Antek (Antoine). qui deviendra par la suite écrivain et scénariste sous le pseudonyme d'Antoine Tudal. Les Teslar habitent le sud marocain dans une sorte de phalanstère où ils offrent des médicaments à la population. L'administration leur a fait signer des documents déchargeant la France de toute responsabilité en cas de malheur. Sorte de , les Teslar se séparent élégamment lorsque Jeannine part avec Nicolas.

Jeannine est déjà une peintre affirmée. À Fès, en 1935, un critique d'art a couvert d'éloges son travail et son talent « viril et nerveux ». Nicolas, lui, cherche encore son style..

Staël est fasciné par l'Italie. En 1938, il entreprend avec Jeannine un voyage qui les conduit de Naples à Frascati, Pompéi, Paestum, Sorrente, Capri. À ses amis Fricero, il écrit :

Cette année-là, les relations avec les Fricero se détériorent. La famille d'accueil s'inquiète pour la carrière de Nicolas qui rompt tout lien avec la Belgique et décide de s'installer à Paris avec Jeannine. Il loge d'abord dans un hôtel au 147 ter, rue d'Alésia, puis au 124, rue du Cherche-Midi.. Il suit pendant une courte période les cours de l'Académie Moderne de Fernand Léger. et il essaie d'obtenir un permis de séjour tout en copiant les œuvres du Louvre. Il fait la connaissance de l'historien d'art suisse Pierre Courthion qui aura un rôle important par la suite.

Pendant cette année, Nicolas peint énormément et détruit beaucoup de ses œuvres. Il ne reste de cette période qu'une vue des quais de la Seine..

Pour gagner un peu d'argent, il retourne en Belgique, à Liège, où il travaille sur les fresques du pavillon d'exposition de la France pour l'Exposition internationale de la technique de l'eau de 1939.

En , le peintre s'engage dans la Légion étrangère. Pendant les deux mois qui précèdent son incorporation, il rencontre la galeriste Jeanne Bucher qui trouve pour lui et pour Jeannine des logements provisoires dans les ateliers d'artistes inoccupés. Jeannine est déjà tombée gravement malade pendant l'été à Concarneau. C'est à partir de cette époque, et jusqu'en 1942, que Nicolas a peint le plus grand nombre de portraits de sa compagne dans le style figuratif : Portrait de Jeannine, dont Arno Mansar dit que

Plus tard, Staël dira :

L'évolution du peintre Le nouvel atelier upright 2|thumb|center|Nice où Staël a vécu trois ans. Le , il est mobilisé et rejoint le dépôt des régiments étrangers où il est affecté au service des cartes d'État-major à Sidi Bel Abbès, en Algérie. Il est ensuite envoyé le au étranger de cavalerie ( REC) à Sousse, en Tunisie, où il travaille au service géographique de l’armée en mettant à jour les cartes d’état-major du protectorat. Il est démobilisé le .

Nicolas de Staël rejoint Jeannine qui vit alors à Nice. Il fait la connaissance d'Alberto Magnelli, Maria Elena Vieira da Silva, Jean Arp, Christine Boumeester, Sonia Delaunay et Robert Delaunay. Les artistes se retrouvent à la librairie Matarasso, avec Jacques Prévert et Francis Carco. C'est surtout grâce à son ami, le peintre Félix Aublet, qu'il sera introduit dans ces cercles artistiques et qu'il va orienter sa peinture vers un style plus abstrait.. Il reste de cette période quelques traces de ses essais mélangeant cubisme et fauvisme avec le tableau Paysage du Broc (Maison du Broc) 1941, huile sur toile de , collection particulière..

Aublet lui vient encore en aide lorsque le jeune peintre ne peut gagner sa vie avec sa peinture, lui fournissant de petits travaux de décoration..

De son côté, Jeannine s'est remise à la peinture. Jeannine a aussi retrouvé son fils, Antek, qu'elle avait confié à un pensionnat. Antek se débrouille au marché noir. Nicolas troque des bibelots contre de la nourriture. Malgré ces difficultés, Jeannine donne naissance le à leur fille Anne.. Staël est fasciné par l'enfant qu'il décrit comme un « petit colosse aux yeux clairs ». Il voudrait épouser sa compagne mais les complications juridiques du divorce avec Olek Teslar, injoignable, le découragent.

La naissance de sa fille induit chez Staël une nouvelle réflexion sur la peinture. Abandonnant le paysage, il se tourne vers le portrait, avec Jeannine pour principal modèle..