Théodore Géricault est un peintre, sculpteur, dessinateur et lithographe français, né le à RouenRue de l'Avalasse. et mort le à Paris.

Incarnation de l'artiste romantique, il a eu une vie courte et tourmentée, qui a donné naissance à de nombreux mythes. Son œuvre la plus célèbre est Le Radeau de la Méduse (1818-1819). Il est également connu pour sa passion pour les chevaux, qu’il représente à l'écurie ou en action sur les champs de bataille napoléoniens. Outre ses peintures à l'huile, Géricault réalise des lithographies, des sculptures, rares mais remarquables, et des centaines de dessins.

Biographie Jeunesse vignette|redresse|Théodore Géricault, Alfred de Dreux enfant (vers 1816), New York, Metropolitan Museum of Art. Théodore Géricault naît dans une famille aisée de Rouen, originaire de la Manche, à Saint-Cyr-du-Bailleul où un lieu-dit du même nom, l'« Hôtel Géricault » existe toujours. Il y revient régulièrement pendant de nombreuses années, notamment chez ses cousins à Saint-Georges-de-Rouelley. C'est là qu'il découvre le milieu équestre, future source d'inspiration. et qu'il peint sa première œuvre connue : son autoportrait (1808). De nombreux tableaux du peintre sont restés dans cette famille, dont une majorité a été détruite lors des bombardements de 1944. Géricault y a fait également le portrait de son oncle normand, le conventionnel Siméon Bonnesœur-Bourginière (Minneapolis Institute of ArtsFiche du Portrait de Siméon Bonnesoeur-Bourginière sur le site du Minneapolis Institute of Arts.), et de son cousin Félix Bonnesoeur-Bourginière.

Tout au long de sa brève existence, il a un lien profond avec Mortain, où il vécut une partie de son enfance et de son adolescence.. Il apprécie de se rendre chez un forgeron de Mortain, où il étudie ses animaux de prédilection.

Le père du peintre, Georges (1743-1826), « homme de loi » a perdu son poste au parlement de Normandie en 1790. Sa mère, Louise Caruel (1753-1808), fille d'un procureur du Parlement de Normandie, descend d'une vieille et riche famille normande. Vers 1796, la famille Géricault s'installe à Paris au 96, rue de l'Université. Le père de Théodore obtient un poste dans l'entreprise familiale de tabac située à l'hôtel de Longueville sur la place du Carrousel. Le talent de Géricault a probablement été reconnu pour la première fois par le peintre et marchand d'art Jean-Louis Laneuville. Laneuville vivait à l'hôtel de Longueville avec Jean-Baptiste Caruel (1757-1847), banquier, collectionneur, le futur Jean-Baptiste Caruel de Saint-Martin, oncle maternel de Théodore Géricault, et avec d'autres membres de la famille élargie de Géricault..

Géricault et le Musée français En 1797, Louis Robillard de Péronville, parent de Théodore Géricault à Saint-Domingue, arrive à Paris avec sa famille, après avoir fui la guerre et la révolution dans la colonie française des Caraïbes. En 1802, la France étant de nouveau en paix, Robillard de Peronville et Pierre Laurent, graveur, fondèrent l'Entreprise de la Gravure de la Galerie du Musée Central des Arts à Paris - une société commerciale privée produisant des gravures de haute qualité de peintures, sculptures et bas-reliefs au musée national du Louvre pour une clientèle nationale et internationale. Le cercle familial de Géricault a embrassé le « Musée français », comme on appelait l'entreprise, fournissant ainsi à Géricault une éducation rare dans la production et l'histoire de l'art pendant cette période critique de sa jeune vie. Élève médiocre , il entre en 1806 au Lycée impérial, où il a pour professeur de dessin le prix de Rome Pierre Bouillon.

En 1807, Jean-Baptiste Caruel épouse Alexandrine-Modeste de Saint-Martin (1785-1875)Petite-fille de Didier de Saint-Martin, gouverneur des Îles de France (Maurice) et Bourbon (Réunion) puis syndic de la Compagnie des Indes, de parents créoles, elle est orpheline de père Étienne de Saint-Martin, (né à l'Île Maurice en 1729), officier gendarme des gardes du Roy puis lieutenant des Gardes Françaises (mort sans doute vers 1800) et de mère Alexandrine Jeanne Émilie de Vermonet (morte le à Paris, mariée à la Réunion en 1778)., de 28 ans sa cadette.

Le couple encourage Théodore Géricault à suivre des études artistiques. Peintre fortuné, Géricault ne connaît pas de problèmes d'argent et n'a pas besoin de vendre ses œuvres pour vivre, excepté à la fin de sa vie, à la suite de mauvais placementsSon agent de change fit faillite (cf. )..

Apprentissage et succès au Salon

Théodore Géricault étudie en 1810 dans l'atelier du peintre Carle Vernet, spécialiste de scènes de chasse, et y fait la connaissance de son fils, Horace Vernet. Il étudie ensuite avec Pierre-Narcisse Guérin, avant de s'inscrire, le , à l'École des beaux-arts de Paris. Géricault pratique alors assidûment la copie au musée Napoléon (Le Louvre), où il copie les tableaux rassemblés par , qu'ils soient italiens, comme La Mise au tombeau et l'Assomption d'après Titien, français, d'après Jean Jouvenet, Eustache Le Sueur, Rigaud, Prud'hon, ou flamands, La Peste de Milan d'après Jacob van Oost, Portrait d'après Rembrandt, Van Dyck ou Rubensvoir la liste descriptives des copies in chapitre « Copies d'après les Maîtres », in: Charles Clément, Géricault, étude biographique, avec le catalogue raisonné de l'œuvre du maître, Paris, 1879, ..

Il alterne les études des académies de nus masculins, où l'influence de Michel-Ange se remarque, avec de nombreux portraits de chevaux aux écuries, dont celui de Tamerlan, le cheval de l'empereur. Ses camarades d'atelier notent son goût pour les textures épaisses et riches et le surnomment : « le Cuisinier de Rubens ». Guérin voit en lui . En , Vivant Denon, le directeur du musée Napoléon, exclut Géricault pour inconduite. Géricault loue alors une arrière-boutique sur le boulevard Montmartre et peint Officier de chasseurs à cheval de la garde impériale chargeant (portrait équestre du lieutenant Dieudonné) en cinq semaines, d'un jet, et le présente au Salon. Dans cette toile aux couleurs sombres et vibrantes, on voit toute la virtuosité du jeune peintre, notamment dans le choix de la position héroïque et du dessin du cheval. La toile est accrochée à côté du Portrait de Murat d'Antoine-Jean Gros. Le peintre Jacques-Louis David, en découvrant l'œuvre de Géricault, aurait dit : . Géricault reçoit pour ce tableau la médaille d'or du Salon : il a 21 ans. Célèbre désormais, il s'installe au 23, rue des Martyrs, non loin de Carle Vernet. Il est entouré de nombreux peintres et amis, Delacroix, Léon Cogniet, Ary Scheffer, son élève Louis-Alexis JamarQui a posé nu pour Le Radeau de la Méduse, seul modèle vivant au milieu des cadavres prêtés par l'hôpital Cochin., et de Dedreux-DorcyLe modèle de la toile Artiste dans son atelier..

Deux ans plus tard, Géricault, qui peint de nombreuses scènes militaires, présente Cuirassier blessé quittant le feu (1814, musée du Louvre) qui forme un contraste saisissant avec la toile de 1812. Elle représente un officier sur une pente avec son cheval, s'éloignant de la bataille. Son regard, tourné vers la tuerie qu'il vient de quitter, traduit le désarroi, la défaite. Une autre toile présente un cuirassier à terre désarçonné. Dramatiques et monumentaux, ces deux portraits suscitent un intérêt distant lors du Salon de 1814, dans un Paris occupé par les Alliés.

Les soldats de l'Empire de 1812 à 1818

Le séjour en Italie

En 1814, Théodore Géricault s'éprend de sa tante Alexandrine qui n'a que 6 ans de plus que lui. De cette liaison, qui va durer plusieurs années et qui s'avère désastreuse pour l'artiste, naîtra le un fils, Georges-HippolyteIl est mort le , à Bayeux., déclaré à sa naissance comme le fils de la bonne Suzanne et de père inconnu. À la mort de Géricault, l'enfant sera reconnu par le père de l'artiste, Georges-NicolasAinsi Georges-Hippolyte retrouvait son nom et l'héritage de son père et grand-père..

Géricault s'engage dans la Compagnie des mousquetairescréée le et dissoute le , la compagnie était constituée de . gris du Roy . Il accompagne le Roi à Gand pendant les Cent-Jours. Il revient en France fin 1815, caché par son oncle Bonnesoeur-Bouginière, dont il fait alors le portrait.

Géricault se présente au concours du grand prix de Rome où il échoue. Il décide alors, en 1816, de partir pour l'Italie à ses propres frais. Il est durablement impressionné par les peintres de la Renaissance italienne, en particulier Michel-Ange et Titien qu'il copie, ainsi que par Pierre Paul Rubens et le mouvement qu'il donne à ses œuvres. Son ami le peintre Jean-Victor Schnetz lui fait rencontrer Ingres à la villa Médicis. Géricault quitte Rome en 1817 pour Paris.

Parmi ses contemporains, Géricault porte une admiration particulière à Antoine-Jean Gros dont il copie les œuvres à plusieurs reprisesVoir par exemple le Portrait équestre de Jérôme Bonaparte, roi de Westphalie (1784-1814), vers 1812-1814, huile sur toile, , Paris, musée national Eugène-Delacroix, d'après le tableau homonyme d'Antoine-Jean Gros, cité par Dominique de Font-Réaulx, « Un Géricault chez Delacroix », in: Grande Galerie - Le Journal du Louvre, , mars-avril-.. Delacroix explique :

Peignant des portraits (Louise Vernet, Portrait d'Alfred et Élisabeth Dedreux), mais aussi des scènes de genre comme Le Marché aux bœufs, Géricault semble toujours hanté par l'Italie, Michel-Ange et Titien, ou par Jules Romain, tant il accentue l'anatomie et les effets dramatiques du clair-obscur. Il peint de nombreuses scènes militaires : Le Train d'artillerie ou L'Artillerie changeant de position.

Le Radeau de la Méduse

thumb|Le Radeau de la Méduse (1818-1819), Paris, musée du Louvre.

En 1819, un nouveau Salon s'ouvre au Louvre. Géricault veut réaliser une œuvre immense, spectaculaire. Cherchant son inspiration dans les journaux, il y découvre l'« affaire de la Méduse », catastrophe maritime peu glorieuse que la monarchie restaurée avait tenté d'étouffer. Le fait divers que le peintre évoque par sa toile est celui de l’échouage en pleine mer d'une frégate, la Méduse, le , sur des hauts-fonds au large des côtes de la Mauritanie actuelle. Le moment culminant choisi par Géricault dans cette tragédie est celui où les quelques naufragés survivants, après avoir dérivé pendant treize jours sur un radeau de fortune, aperçoivent au loin le navire qui vient les sauver, le brick Argus. Géricault peint l'instant dramatique où les hommes encore valides, qui ont pratiqué le cannibalisme pour survivreJacques-Olivier Boudon, Les naufragés de la Méduse, Éditions Belin 2016, Paris., se lèvent pour faire signe au navire, un point à peine visible à l'horizon.

Le peintre a trouvé son inspiration. Soucieux d'ancrer son œuvre dans la réalité, il prend connaissance du récit de deux survivants : Alexandre Corréard, l'ingénieur géographe de la Méduse, et Henri Savigny, le second chirurgien du bord. Il fait construire une réplique grandeur nature du radeau dans son atelier et demande à sept rescapés de venir poser pour lui. Il va jusqu'à exposer dans son atelier des restes humains. Grâce à l'entremise d'un ami médecin à l'ancien hôpital Beaujon, proche de son atelier, Géricault peut obtenir des bras et des pieds amputés afin de les étudier. De même, il dessine plusieurs fois une tête coupée obtenue à Bicêtre, une institution tout à la fois hospice, prison et asile d'aliénés. Selon Charles Clément, son biographe, une puanteur étouffante régnait parfois dans son atelier de la rue du Faubourg-du-Roule. Géricault travaille avec acharnement, pendant une année entière, à une œuvre de cinq mètres sur sept qui est, selon l'expression de Michel Schneider, « une leçon d'architecture autant qu'une leçon d'anatomie ».

Le Radeau de la Méduse est présenté au musée du Louvre en 1819. Lors de l'accrochage, le tableau est placé beaucoup trop haut, à côté d'autres œuvres immenses.