Le Grand Prix de Grande-Bretagne 1967 (), disputé sur le circuit de Silverstone le , est la cent-cinquante-sixième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la sixième manche du championnat 1967.
Contexte avant la course Le championnat du monde Depuis la saison précédente, la Formule 1 a adopté la réglementation trois litres pour les monoplaces à moteur atmosphérique, avec également possibilité d'utilisation de moteurs suralimentés, un coefficient deux étant alors appliqué pour la cylindrée (soit un maximum de en cas d'utilisation d'un compresseur volumétrique ou d'un turbocompresseur). La réglementation s'appuie sur les points suivants :
pas de cylindrée minimale cylindrée maximale : si moteur atmosphérique ou si moteur suralimenté poids minimal : (à sec) roues non carénées double circuit de freinage obligatoire arceau de sécurité obligatoire (le haut du cerceau devant dépasser le casque du pilote) démarreur de bord obligatoire carburant commercial obligatoire ravitaillement en huile interdit durant la course distance minimale d'un Grand Prix : distance maximale d'un Grand Prix : distance minimale pour être classé : 90% de la distance parcourue par le vainqueur
Après la mainmise de Jack Brabham sur le championnat 1966, la saison 1967 s'annonce beaucoup plus ouvertes, les cinq premières manches ayant été remportées par cinq pilotes différents. L'apparition victorieuse de la Lotus 49 à moteur V8 Cosworth lors du Grand Prix des Pays-Bas laissait entrevoir une domination totale des monoplaces de Colin Chapman, mais leur manque de fiabilité a permis à Denny Hulme (vainqueur du Grand Prix de Monaco) et à son employeur Brabham (vainqueur du Grand Prix de France) d'occuper les deux premières places du classement provisoire.
Le circuit thumb|left|upright|alt=Silverstone 1945|Tracé en 1948 sur le site de Silverstone, le circuit emprunte les voies d'accès aux pistes de l'ancienne base aérienne.
Les dégâts infligés aux autodromes anglais au cours de la Seconde Guerre mondiale ont amené le comité sportif du Royal Automobile Club à envisager d'utiliser un aérodrome désaffecté pour aménager un nouveau circuit. Entre la base de Snitterfield (Warwickshire) et celle de Silverstone (située à environ cent kilomètres au nord-ouest de Londres), le choix fut rapidement établi en faveur de la deuxième, sa proximité avec la capitale s'avérant un facteur décisif. Le tracé d'origine, combinant voies d'accès et pistes d'atterrissage, développait près de six kilomètres. Le premier Grand Prix de Grande-Bretagne y fut organisé en , la victoire revenant à Luigi Villoresi (sur Maserati), également auteur du record du tour à de moyenne. Jugé peu sûr, les deux lignes droites se faisant face n'ayant qu'une séparation fictive, le circuit fut redessiné l'année suivante, empruntant exclusivement les routes périphériques de la base. C'est ce second tracé de qui est depuis régulièrement utilisé, les seules modifications apportées depuis étant la suppression de la chicane du «Club Corner» et le déplacement des stands. Le record officiel du circuit est détenu par le pilote-constructeur Jack Brabham, qui avait effectué un tour à de moyenne lors de International Trophy 1966.
Monoplaces en lice thumb|upright=1.1|right|alt=Brabham BT24|Conçues à partir d'un châssis de Formule 2, les Brabham BT24 à moteur V8 Repco sont extrêmement compactes. Brabham BT24 "Usine" Jack Brabham et Denny Hulme pilotent les BT24 avec lesquelles ils ont réalisé le doublé au dernier Grand Prix de l'A.C.F.. Dérivées de la BT23 de Formule 2, ces monoplaces à châssis multitubulaire sont très compactes. Leur moteur V8 Repco à simples arbres à cames en tête est alimenté par un système d'injection mécanique Lucas. Sa puissance maximale est de 330 chevaux à 8000 tr/min. Il se caractérise par une grande souplesse d'utilisation et une excellente fiabilité. La transmission est assurée par une boîte de vitesses Hewland DG300 à cinq rapports. Ces voitures pèsent à vide. Après quelques problèmes techniques lors des premiers tours de roues, elles sont désormais parfaitement au point et l'usine vient de céder ses deux BT20 utilisées en début de saison, la première étant vendue au pilote rhodésien John Love (un des principaux animateurs du championnat d'Afrique du Sud), la seconde à Guy Ligier en remplacement de sa Cooper. L'équipe a toutefois gardé en réserve, dans ses locaux de Milton Keynes, la BT19 ayant valu le titre 1966 au pilote-constructeur. Les Brabham officielles sont chaussées de pneus Goodyear.
Brabham BT11 & BT20 privées Guy Ligier utilise pour la première fois la BT20 qu'il vient d'acquérir et qui porte encore ses couleurs d'origine. Il s'agit de la voiture victorieuse à Monaco aux mains de Denny Hulme. Elle est dotée de la première version du V8 Repco, avec sorties d'échappement à l'extérieur du vé, développant 300 chevaux à 7250 tr/min. Elle pèse environ . Bob Anderson aligne quant à lui son habituelle Brabham BT11, avec laquelle il dispute sa quatrième saison. Elle est motorisée par un antique moteur quatre cylindres Climax FPF de 2,7 litres, d'une puissance de l'ordre de 260 chevaux à 6800 tr/min. Ligier et Anderson utilisent des pneus FirestoneRevue Sport Auto - .
Ferrari 312 "Usine" thumb|upright=1.1|right|alt=Ferrari 312/67|Une Ferrari 312/67 lors d'une manifestation historique. Depuis la disparition de Lorenzo Bandini en mai et le grave accident ayant touché Mike Parkes le mois suivant, la Scuderia Ferrari limite sa présence en Grand Prix à une seule voiture, Chris Amon défendant seul les chances de l'équipe italienne. Le jeune pilote néo-zélandais dispose d'une 312/67, monoplace à châssis monocoque motorisée par un V12 à double arbre à cames en tête et 36 soupapes, alimenté par injection indirecte Lucas. Sa puissance maximale est de 390 chevaux à 10000 tr/min. La boîte de vitesses est à cinq rapports. Cette voiture de est chaussée de pneus Firestone.
Cooper T81 & T86 "Usine" Jochen Rindt devrait disposer de la nouvelle T86, très attendue en remplacement des lourdes et encombrantes T81. Toute comme les modèles précédents de la marque, la T86, dont le châssis monocoque est beaucoup plus compact que celui de sa devancière, a été conçue sous la direction de Derrick White. Elle est équipée de la toute dernière version du V12 Maserati (Tipo 10), avec distribution à trois soupapes par cylindre, à double allumage, alimenté par un système d'injection Lucas. Ce moteur, déjà testé à Monaco, développe théoriquement 400 chevaux à 10000 tr/min. Il est accouplé à une boîte cinq vitesses Hewland. La voiture, tout juste achevée pour l'épreuve britannique, pèse à vide. La T81B utilisée en début de saison par Rindt lui sert désormais de mulet. Elle pèse et son moteur Maserati V12 Tipo 9 à deux soupapes par cylindre développe 360 chevaux à 9000 tr/min. Elle est également dotée de la boîte «cinq» Hewland. Pedro Rodríguez dispose de sa T81 habituelle, un modèle de 1966 (pesant ) avec moteur Maserati Tipo 9 mais boîte «cinq» ZF. Pour son épreuve locale, l'équipe dirigée par Roy Salvadori a préparé une quatrième voiture, identique à celle de Rodríguez, pour Alan Rees, un des principaux animateurs des courses de Formule 2. Les Cooper utilisent des pneus Firestone.
Cooper T77 & T81 privées Deux T81 privées (modèles 1966) sont présentes à Silverstone : celle du Rob Walker Racing Team, confiée à Joseph Siffert, et celle du pilote indépendant Joakim Bonnier. Contrairement aux versions "Usine", leur V12 Maserati est à simple allumage, la puissance étant limitée à 330 chevaux. Le mécène suisse Charles Vögele a loué la T77 que son compatriote Fritz Baumann utilisait en course de côte pour la saison 1966. Il s'agit d'une ex F modifiée par le chef-mécanicien Alf Francis, qui a remplacé le moteur Climax d'origine par un V8 ATS de 2,7 litres, d'une puissance de l'ordre de 250 chevaux. Cette voiture est confiée à Silvio Moser, qui avait en début d'année disputé le Grand Prix de Syracuse à son volant. Siffert et Bonnier roulent sur pneus Firestone, Moser sur pneus Dunlop.
BRM P83 & P115 "Usine" thumb|upright=1.2|right|alt=BRM H16|L'imposant moteur 16 cylindres équipant les deux BRM officielles. L'équipe BRM aligne sa dernière P115 pour Jackie Stewart, ce modèle n'ayant encore disputé aucune course, le pilote écossais l'ayant jusqu'alors jugée insuffisamment au point. Son coéquipier Mike Spence dispose quant à lui d'une P83 de 1966. Le même type de moteur à 16 cylindres en H anime ces deux voitures à structure monocoque. Alimenté par un système d'injection indirecte Lucas, il développe 400 chevaux à 10000 tr/min, une puissance respectable mais le poids élevé de ce bloc (environ ) s'avère un handicap, surtout sur les tracés sinueux. Malgré l'allègement de son châssis, la P115 accuse sur la balance, 35 de moins que la P83. Ces deux monoplaces sont équipées d'une boîte de vitesses à six rapports, conçue et réalisée en interne, et utilisent des pneus Goodyear.
BRM P83 & P261 privées Le Reg Parnell Racing engage une P83 (prêtée par l'usine) pour Chris Irwin, la P261 de l'équipe étant pour la circonstance confiée à Piers Courage. Le Bernard White Racing a également amené une P261 (, moteur V8 de deux litres, 270 chevaux), confiée à David Hobbs. Ces trois voitures sont équipées de pneus Goodyear.
Lotus 49 "Usine" Jim Clark et Graham Hill disposent de leurs Lotus 49 habituelles. Conçues par Colin Chapman en collaboration avec le motoriste Cosworth, sous partenariat Ford, ces monoplaces ont inauguré le principe du moteur porteur, le V8 étant directement boulonné derrière le cockpit, le châssis monocoque ne comprenant pas de berceau arrière. Ce V8 Cosworth DFV, à double arbre à cames en tête, ne pèse que , embrayage et accessoires compris. Alimenté par un système d'injection indirecte Lucas et doté d'une distribution à quatre soupapes par cylindre, il fournit 400 chevaux à 9000 tr/min. La transmission est assurée par une boîte cinq vitesses ZF. Les Lotus 49 pèsent à vide et sont chaussées de pneus Firestone.
Eagle T1G "Usine" Le pilote-constructeur américain Dan Gurney a engagé deux Eagle T1G à moteur V12 Weslake (double arbre à cames en tête, 48 soupapes, 410 chevaux à 10000 tr/min). Il dispose d'une version allégée (avec châssis monocoque réalisé à partir de titane et de magnésium) pesant à vide, alors que son coéquipier occasionnel Bruce McLaren (qui fera courir sa propre voiture dès que le nouveau V12 BRM sera opérationnel) s'est vu confier un modèle 1966 (avec coque en aluminium), qui pèse de plus. Les Eagle utilisent des pneus Goodyear.
Honda RA273 "Usine" Avec son moteur V12 à double arbre à cames en tête et distribution à quatre soupapes par cylindre développant 420 chevaux à 10500 tr/min, la Honda RA273 est la plus puissante monoplace du plateau. Mais c'est également la plus lourde ( à vide) et les fréquents dysfonctionnements de son système d'alimentation ont empêché John Surtees d'obtenir des résultats probants. L'équipe japonaise a boycotté le dernier Grand Prix de l'ACF et procédé à de nombreux tests afin de tenter de résoudre ces problèmes et Surtees vient de consacrer une journée d'essais sur le circuit de Goodwood à la mise au point du nouveau système d'injection conçu sous la direction de l'ingénieur Yoshio Nakamura. C'est ce système qui a été retenu pour la Honda engagée à Silverstone. Dotée d'une boîte cinq vitesses réalisée en interne, elle est désormais chaussée de pneus Firestone.
McLaren M3A privée Habitué des courses de Formule Libre, le pilote privé Robin Darlington voulait tenter sa chance en Grand Prix en adaptant l'ancien moteur V8 Climax Godiva FPE sur son habituelle McLaren M3A. Ce projet ne s'est cependant pas matérialisé et Darlington a déclaré forfait.
Coureurs inscrits thumb|right|upright=1.2|alt=Cooper-Maserati T86|Jochen Rindt est engagé sur la toute nouvelle Cooper-Maserati T86 (vue ici lors d'une manifestation historique).