Laurent Fabius Prononciation en français de France retranscrite selon la norme API., né le à Paris, est un homme d'État français.
Membre du Parti socialiste à partir de 1974, il est député de la de la Seine-Maritime de 1978 à 1981.
Sous la présidence de François Mitterrand et dans les trois de Pierre Mauroy, il est ministre délégué au Budget, de 1981 à 1983, puis de l'Industrie et de la Recherche, de 1983 à 1984. Il est nommé, en , Premier ministre, devenant le plus jeune chef de gouvernement de la Cinquième République à 37 ans (il détient ce record pendant 39 ans, avant la nomination de Gabriel Attal à 34 ans). Il occupe cette fonction jusqu'à la défaite de la gauche aux élections législatives de 1986. Il retrouve ensuite son mandat de député de la Seine-Maritime.
Après la victoire de la gauche aux élections législatives de 1988, il est élu président de l'Assemblée nationale. Il doit alors faire face à l'affaire du sang contaminé, dans laquelle il est relaxé mais qui entache durablement sa popularité. Il démissionne de la présidence de l'Assemblée nationale en 1992 pour devenir premier secrétaire du PS. Il quitte la tête du parti un an plus tard, après la défaite de la gauche lors des élections législatives. La victoire de la « gauche plurielle » aux élections législatives de 1997 lui permet d'accéder à nouveau à la présidence de l'Assemblée. Trois ans plus tard, en 2000, il est nommé ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie dans le gouvernement Jospin.
Il prend une position minoritaire au sein du Parti socialiste en appelant à voter « non » au référendum de 2005 sur le traité établissant une constitution pour l'Europe. En 2006, il se porte candidat à la primaire socialiste en vue de l'élection présidentielle de 2007, mais il est devancé par Dominique Strauss-Kahn et par Ségolène Royal, qui l'emporte.
À la suite de l'élection de François Hollande à la présidence de la République, il est ministre des Affaires étrangères dans les deux gouvernements Jean-Marc Ayrault, de 2012 à 2014 (redevenant « »), date à laquelle il voit ses compétences élargies au Développement international au sein du gouvernement Valls.
En 2016, il quitte le ministère des Affaires étrangères pour devenir président du Conseil constitutionnel, ayant été nommé par François Hollande en remplacement de Jean-Louis Debré. Il quitte ensuite ses fonctions le , et est remplacé par Richard Ferrand au Conseil constitutionnel.
Situation personnelle
Famille et enfance Laurent Fabius«…Le nom de Fabius, explique Laurent dans Les Blessures de la vérité (Hachette Littératures, Paris, 2002), remonte à son arrière-arrière-grand-père Joseph, né en Moselle, commis-marchand de son état, qui s'appelait en réalité Lion et choisit de prendre Fabius comme patronyme lorsqu'en 1808 les Juifs reçurent le droit de porter un nom de famille… ». est le fils d’André Fabius (1908-1984)Marie-Odile Mergnac, Histoire familiale des hommes politiques français, , Archives & culture, 1997., antiquaire issu d'une famille juive lorraine qui se convertit par la force des choses au catholicisme pendant la Seconde Guerre mondiale., et de Louise Strasburger-Mortimer (1911-2010)., américaine. Baptisé en l'église Notre-Dame-de-Grâce de Passy, il grandit dans le quartier de Chaillot, villa SchefferRaphaëlle Bacqué, « Les Fabius, une histoire française », M, le magazine du Monde, supplément au Monde, 21240, samedi 4 mai 2013, .. Il a un frère aîné, François Fabius (1944-2006), et une sœur, Catherine Leterrier (née en 1942). Il est le neveu d’Aimée Mortimer, le cousin germain de Michèle Manceaux et l’oncle de Louis Leterrier.
La collection de de la galerie Fabius Frères, fondée par son grand-père Élie Fabius, l’un des plus importants marchands d’art de la première moitié du , a été vendue aux enchères en après d’activité, chez Sotheby's France et Piasa pour la somme de d’euros avec quatre records du monde pour des ventes de sculptures du , http://www.lexpress.fr, 28 octobre 2011, http://www.sothebys.com, 27 octobre 2011...
Études et formation Il est élève au lycée Janson-de-Sailly, dans le de Paris. Après avoir obtenu le baccalauréat, il s’inscrit en hypokhâgne au lycée Louis-le-Grand, où Donald Adamson figure parmi ses enseignants, puis est admis en 1966 à l’École normale supérieure de la rue d'UlmLaurent Fabius, Les Blessures de la vérité (Hachette Littératures, Paris, 2002)..
En 1969, Fabius enchaîne les examens et les concours. : en juin, il est diplômé de l'IEP de Paris (section service public)., classé sur 247 ; en juillet, il est reçu premier à l'agrégation de lettres modernes. ; en septembre, il réussit le concours d'entrée de l'ENA.
Lors de ses études à Sciences Po, il est président de la Conférence Olivaint et fréquente Élisabeth Huppert.
En 1970, il participe au jeu télévisé Cavalier seul, déclinaison de La Tête et les Jambes...
Vie privée Laurent Fabius a un premier fils, David (1978-2022) avec sa compagne Christine d’Izarny-GargasActe de naissance, mairie de Colombes (92). ; il épouse la productrice Françoise Castro en 1981, avec laquelle il a deux enfants : Thomas (né en 1981) et Victor (né en 1983) ; le divorce entre les époux est prononcé en 2002. Depuis le début des années 2000, il vit avec Marie-France Marchand-Baylet.. Son premier fils David meurt le des suites d’une chute du huitième étage depuis son appartement du .. Son troisième fils Victor est directeur associé dans le cabinet de conseil McKinsey & Company à Paris.
Maîtrisant sa communication, il met en scène, lorsqu’il est ministre, sa femme avec leurs deux fils, Thomas et Victor, au volant de sa 2 CV, le déposant au ministère. Dès sa nomination à Matignon, il orchestre, avec la complicité de photographes, sa descente en charentaises au petit matin à la boulangerie du coin, près de son domicile place du Panthéon, pour acheter des croissants..
En 2009, il rachète, avec un groupe d’amis investisseurs privés, la maison de vente aux enchères Piasa dont il est l'actionnaire principal à 42 %. jusqu’en 2017 .. Il est amené à mettre « en sommeil » sa participation lorsqu'il est nommé ministre des Affaires étrangères en 2012..
Laurent Fabius effectue une reconversion surprenante dans le domaine artistique en s'adonnant à la peinture depuis le début des années 2010. Après son retrait de la vie politique, il expose ses œuvres, notamment à la Fondation Fosun de Shanghai du 15 au et à Paris à la Galerie Joseph, du 11 au 20 juin 2026, puis à la Galerie Art Absolument du 18 juin au 25 juillet 2026 .. Sur le plan artistique, il a une formation autodidacte.
Parcours politique Débuts (1971-1981) ENA et Conseil d’État Élève de l’École nationale d’administration, promotion François Rabelais (1971-1973), il effectue son stage en préfecture dans le Finistère, sort dans les trois premiers et devient auditeur au Conseil d’État. Il est nommé maître des requêtes en 1981.
Adhésion au Parti socialiste et soutien de François Mitterrand Remarqué par des proches de François Mitterrand dont Georges Dayan, c’est peu après sa sortie de l’ENA, en 1974, qu’il adhère au Parti socialiste. Il est au Conseil d'État, quand il rencontre François Mitterrand, dont il est le conseiller économique puis devient son directeur de cabinet, sur la recommandation de Jacques Attali en 1979. Il travaille sur le Programme commun de la gauche. Il est l'un des sabras, c'est-à-dire un socialiste adhérent du Parti socialiste après le Congrès d'Épinay, et appelé par François Mitterrand pour renouveler l'équipe dirigeante. Il travaille à ses côtés jusqu’à sa victoire à l'élection présidentielle de 1981 : c’est ainsi qu’il le défendra vigoureusement au congrès de Metz en .
Élu de Haute-Normandie Parallèlement, il est élu conseiller municipal de Grand-Quevilly en 1977 et devient adjoint au maire jusqu'en 1995. En , il est élu député de la de la Seine-Maritime (Elbeuf, Le Grand-Quevilly). Il pose ainsi les bases de ce qui deviendra son fief électoral. De à , il est président du conseil régional de Haute-Normandie.
Ministre dans le gouvernement Mauroy (1981-1984)
Ministre délégué au Budget
vignette|redresse|gauche|Laurent Fabius en 1981.
À la suite de la victoire de François Mitterrand en mai 1981, Laurent Fabius est nommé, à 34 ans, ministre délégué au Budget, fonction lors de laquelle il instaure notamment l’Impôt sur les grandes fortunes, aboli en 1987 par le gouvernement de Jacques Chirac et ancêtre de l’Impôt de solidarité sur la fortune. Les œuvres d’art étant exclues de l’assiette de recouvrement de cet impôt nouvellement créé, une polémique le visant débute : en effet, la fortune familiale de ses parents est bâtie sur le commerce des œuvres d’art. Pour les sociologues Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, c'est lui qui aurait fait reconnaître la spécificité du marché de l'art par son lobbying lorsque les œuvres, objets d'art et antiquités centenaires ne sont pas intégrés dans cette assiette.. Fabius de son côté conteste être à l’origine de cette mesure et selon la biographie de Jean-Gabriel FredetJean-Gabriel Fredet, Les Brûlures d’une ambition, Hachette Littératures, 2002., c’est Jack Lang, alors ministre de la Culture, qui, appuyé par François Mitterrand, aurait obtenu cette exonération contre l’avis de Fabius qui, selon l'historien Laurent Martin, ne voulait précisément pas prêter flanc à l'accusation de favoritisme..
En 1983, il est chargé par François Mitterrand d'examiner l'opportunité d'une sortie du franc du Système monétaire européen (SME). Soutenant le Premier ministre Pierre Mauroy qui s'y oppose incontestablement., il en montre les inconvénients, convainquant finalement François Mitterrand de maintenir la France dans le SME..
Ministre de l'Industrie et de la Recherche À partir du , il est ministre de l’Industrie et de la Recherche, succédant à Jean-Pierre Chevènement. En avril de cette année, le président Mitterrand annonce la création d’un grand ministère de la modernisation qui «rassemble dans ses mains, sous l'autorité du Premier ministre, des pouvoirs exceptionnels qui lui permettront de mettre en œuvre le plan de restructuration sous tous ses aspects ».. Le poste est d'autant plus important qu'à l'époque, les plus importantes entreprises industrielles étaient dans le giron de l'État.
Premier ministre (1984-1986) Nomination et contexte Après la manifestation du , le projet de réforme de l’éducation porté par le ministre Alain Savary est retiré. Le ministre de l'Éducation nationale démissionne, ainsi que Pierre Mauroy. François Mitterrand décide de changer de Premier ministre, et remplace Pierre Mauroy, à ce poste, par Laurent Fabius le . À , il est alors le plus jeune Premier ministre de la République (battant les 41 ans de Jacques Chirac en ). Fabius détient ce record pendant jusqu'à la nomination de Gabriel Attal, à , le .
François Mitterrand choisit Laurent Fabius pour ses qualités intellectuelles et personnelles, pour sa communauté de vues avec lui, et pour son jeune âge. Mitterrand espère ainsi donner un « coup de vieux » aux dirigeants de l'opposition et relancer la dynamique socialiste.. Le choix de Laurent Fabius comme Premier ministre est accueilli avec scepticisme, sinon sarcasme, par les éditorialistes. Considéré comme un simple technocrate et relais du président de la République, le journal Le Monde écrit que ce dernier a choisi . Le Quotidien de Paris titre tandis que Libération affiche dans la même veine avec la photo de Fabius à côté du titre.
Composition du gouvernement