vignette|La Terre (1930) d'Aleksandr Dovjenko. vignette|Nikolaï Tcherkassov dans Alexandre Nevski (1938), le premier film parlant de Sergueï Eisenstein. vignette|L'actrice principale Vera Alentova et le réalisateur Vladimir Menchov du film Moscou ne croit pas aux larmes sorti en 1980, le plus gros succès de tous les temps en URSS avec 84,4 millions d'entrées.

Le cinéma soviétique est l'un des plus importants du cinéma européen au . Il englobe la production cinématographique de l'Union soviétique depuis la révolution d'Octobre 1917 jusqu'à la dissolution de décembre 1991.

La phrase de Lénine, « le cinéma est pour nous, de tous les arts, le plus important », a fait le tour du monde. Un des films d'Eisenstein, Le Cuirassé Potemkine (1925), qui met en images la révolution russe de 1905, figure toujours au premier rang du panthéon des historiens du cinéma.

Le cinéma soviétique a donné lieu à diverses interprétations qui se sont focalisées soit sur « le cinéma comme œuvre d'art », « le cinéma comme propagande » ou « le cinéma comme objet de spectacle ».

Histoire vignette|gauche|170px|Un clap aux couleurs du drapeau soviétique. vignette|Timbre-poste de 1950, commémorant les 30 ans du cinéma soviétique. Il cite Staline, qui qualifie le cinéma de « plus grand moyen d'agitation de masse ». Pendant la période de la guerre civile, les frontières sont fermées. Il en découle que peu de films sont réalisés du fait d'une pénurie presque totale de pellicule et que le cinéma de l'Empire russe s'éteint tout à fait. On réalise à la place de courts film de propagande appelés agitki.

L'histoire officielle du cinéma soviétique commence le , lorsque le Conseil des ministres de la RSFSR adopte le décret « Sur le transfert du commerce et de l'industrie photographiques et cinématographiques sous la tutelle du Commissariat du peuple à l'éducation ». Par la suite, cette date a été célébrée comme la « Journée du cinéma » (aujourd'hui « Journée du cinéma russe »).

Le , à Moscou, lors d'une conférence réunissant les délégations des congrès des Soviets de la république socialiste fédérative soviétique de Russie, de la RSS d'Ukraine, de la RSS de Biélorussie et de la république socialiste fédérative soviétique de Transcaucasie (union étatique de l'Azerbaïdjan, de l'Arménie et de la Géorgie), le Traité sur la création de l'Union des républiques socialistes soviétiques est signé. Le lendemain, le , le congrès pan-soviétique des Soviets approuve le traité qui a été signé par les chefs des délégations.

Années 1920

vignette|Le landau de la scène des escaliers du Cuirassé Potemkine (1925). Dans les années 1920, le jeune cinéma soviétique ne se développe pas dans l'isolement du reste du monde. Son premier succès arrive à l'époque du cinéma muet. À cette époque, le cinéma prolétarien novateur, appelant à la révolution mondiale, suscite de l'intérêt en Occident. Les œuvres de Dziga Vertov et Sergueï Eisenstein, qui influencent considérablement le développement du cinéma non seulement en URSS, mais aussi dans le monde entier, sont particulièrement appréciées. Plusieurs réalisateurs documentaires talentueux des années 1920 créent des films qui contribuent au développement du langage cinématographique mondial. Pour Myriam TsikounasMyriam Tsikounas, Les Origines du cinéma soviétique, Cerf, 1992, compléments page 164., huit « cinéastes-théoriciens » ont transformé le « muet soviétique » en « objet mythique », largement connu depuis sous le terme de cinéma soviétique d'avant-garde : Koulechov, Dovjenko, Poudovkine, Eisenstein, Room, Vertov, Kozintsev et Trauberg. Le nouveau cinéma soviétique bénéficie des expériences fort nombreuses des avant-gardes artistiques qui ont marqué les dernières années du tsarisme (futurisme et constructivisme dans les beaux-arts, formalisme en littérature…).

Après cette déclaration de Lénine sur le cinéma, la direction locale du parti adopte une directive visant à promouvoir l'industrie cinématographique. En 1923, un décret du parti charge chaque république de créer son propre studio national (des studios ont vu le jour à Achgabat au Turkménistan, Frunze (actuelle Bichkek) au Kirghizistan, Tachkent en Ouzbékistan, etc.).

Trotski surenchérit en 1924 : « Quand nos hameaux auront des cinémas, nous serons prêts à achever la construction du socialisme »Myriam Tsikounas, Les Origines du cinéma soviétique, Cerf, 1992, compléments .. Les bolcheviks partagent une idée répandue que le cinéma permet d'éduquer et de rendre accessible la littérature classique russe ou mondialeLes œuvres de Jack London sont portées à l'écran : Dura-Lex en 1919. mais également qu'il est un instrument de propagande inégalé. Le plus souvent, les réalisateurs eux-mêmes ne voient pas de contradiction entre l'art et la propagande : Dziga Vertov pense que l'art est intrinsèquement politique et qu'il fait ce qu'il faut en révélant ses motivations propagandistes.

Trotski continuera ensuite à examiner la relation entre art et politique dans les années 1930, en s'opposant au réalisme socialiste de Staline et en reprenant les mots d'André Breton « toute licence en arts », même quand l'art s'oppose à la révolution prolétarienne. vignette|gauche|Une scène du film de science-fiction Aelita (1924). À partir de 1925, les critiques des actualités de l'écran et les articles traitant de la théorie du cinéma sont proposés aux lecteurs par la revue Ekran kinogazety contrôlée par le ministère de la Culture de l'URSS, puis, plus tard, par le Comité d'État de l'URSS pour le cinéma..

Iakov Protazanov réalise le film de science-fiction Aelita (1924), qui se veut une continuation de la révolution russe de 1917. Eisenstein réalise son premier long métrage, La Grève (1925), à l'âge de vingt-six ans, mais c'est son deuxième, Le Cuirassé Potemkine, qui lui apporte la renommée internationale. La remarquable mise en scène du massacre des manifestants sur les immenses escaliers d'Odessa apporte la preuve que le cinéma peut égaler les autres arts. Eisenstein réalise ensuite un film encore plus ambitieux, Octobre (1927) inspiré du reportage de John Reed, pour célébrer le dixième anniversaire de la révolution russe de 1917. vignette|L'intégration du cadreur dans le paysage urbain dans le film L'Homme à la caméra (1929). vignette|L'exotisme asiatique dans le film Turksib (1929). Dziga Vertov est un cinéaste soviétique d'avant-garde qui, s'opposant à un cinéma dramatique et littéraire (une histoire, des acteurs, des décors), privilégie le montage-mouvement du réel. Dans son film manifeste expérimental L'Homme à la caméra, il oppose, au « ciné-poing » d'Eisenstein, sa conception du « ciné-œil », en suivant le déroulement de la vie dans une grande ville russe, le temps d'une journée, dans Ciné-œil, la Vie à l'improviste. Il est également à l'origine du cinéma-vérité avec son œuvre éponyme, qui fera des émules en France et aux États-Unis dans l'après-guerre avec le cinéma direct.

Le cinéma soviétique agrège les compétences et la créativité d'artistes des différentes républiques de l'URSS. Dans son Atlas du cinéma, André Z. Labarrère recourt même au terme « osmose » pour évoquer la coopération entre les différentes cinématographies. Au-delà de l'importance centrale de la composante russe, il faut ainsi notamment compter avec la vitalité du cinéma ukrainien et du cinéma géorgien André Z. Labarrère, Atlas du cinéma, coll. « Encyclopédies d'aujourd'hui », Le Livre de poche, Paris, 2002, page 325..

1929 est pour Myriam TsikounasMyriam Tsikounas, Les Origines du cinéma soviétique, Cerf, 1992. le moment du tournant idéologique du cinéma soviétique, le passage du cinéma d'avant-garde au réalisme socialiste, bien qu'elle précise que , comme il est encore manifeste dans Le Bonheur (1935) d'Aleksandr Medvedkine.

Tous les films soviétiques des années 1920 ne sont pas avant-gardistes. Sous la Nouvelle politique économique (NEP) surgissent de nombreuses comédies comme Le Bonheur juif (1925) d'Alexis Granowsky ou Dentelles (1928) de Sergueï Ioutkevitch. Parmi ces films, Le Baiser de Mary Pickford (1927). de Sergueï Komarov met en scène les acteurs américains Mary Pickford et Douglas Fairbanks qui rencontrent, lors d'une visite des studios russes, une jeune actrice désireuse d'entrer dans la carrière.

Années 1930 vignette|gauche|Affiche du film Les Joyeux Garçons sorti en 1934. Le premier film soviétique initialement tourné en version sonore est sorti en 1931 et s'intitule Le Chemin de la vie. Le premier film soviétique en couleur est La Fête du travail (1930) de . Le premier film de fiction en couleur est Grounia Kornakova, sorti en 1936.

En 1934, plusieurs films soviétiques sont projetés dans le cadre du programme de la Mostra de Venise : Les Nuits de Saint-Pétersbourg, L'Orage, Tcheliouskine, Les Joyeux Garçons et des actualités cinématographiques. Une projection spéciale est également organisée pour la presse étrangère et les professionnels du cinéma, au cours de laquelle sont projetés Trois Chants sur Lénine, Ivan, Boule de Suif et d'autres films. La délégation soviétique remporte la Coupe de l'exposition.

En 1935, la du Festival international du film de Moscou a lieu. Le jury supervisé par l'homme politique Boris Choumiatski est composé par Sergueï Eisenstein (président), Vsevolod Poudovkine, Aleksandr Dovjenko, et André Debrie. Le grand prix du festival est décerné au studio Lenfilm pour les films Tchapaïev, La Jeunesse de Maxime et Ceux du kolkhoze. En 1959, le festival est relancé et de nouveau inauguré.

Dans les années 1930, le cinéma soviétique parvient à créer un langage cinématographique unique, qui combinait les traditions réalistes de l'art dramatique russe, connues dans le monde entier sous le nom de méthode Stanislavski, avec les techniques les plus récentes dont disposait alors le cinéma mondial Абалкин Н.А. Система Станиславского и советский театр. — М.: Искусство, 1950. — 318 с. Симонов П. В. Метод К. С. Станиславского и физиология эмоций. — Москва: Изд-во АН СССР, 1964. Golub, Spencer. 1998a. "Stanislavsky, Konstantin (Sergeevich)". In Banham (1998, 1032–1033). Carnicke, Sharon M. 2000. "Stanislavsky's System: Pathways for the Actor". In Hodge (2000, 11–36).. Différente des autres films du même genre, la comédie cinématographique La Vie privée de Piotr Vinogradov du réalisateur Aleksandr Matcheret fut la première œuvre à s'intéresser de près à la vie privée des personnages et à faire preuve d'un lyrisme qui devint la marque de fabrique du cinéma soviétique dans les années 1960 et 1970. Cependant, les comédies « grand public » riches de situations cocasses telles que Les Joyeux Garçons et Le Cirque du réalisateur Grigori Alexandrov, ou La Riche Fiancée et Les Tractoristes du réalisateur Ivan Pyriev, sont finalement autorisées dans l'intérêt du bien-être général, du collectivisme et du socialisme victorieux. Le cinéma artistique et historique s'est développé, trouvant son expression la plus marquante dans le film Tchapaïev (1934) des frères Vassiliev. Se démarquant du courant dominant du cinéma soviétique, le film Le Jeune Homme sévère, réalisé par Abram Room d'après un scénario de Iouri Olecha, tente de transposer à l'écran le langage d'un avenir futuriste. Ce film est jugé raté par la critique et les autorités cinématographiques de l'époque et mis au placard, jusqu'à ce qu'il soit redécouvert par une nouvelle génération de cinéastes soviétiques dans les années 1960. vignette|Ioulia Solntseva, co-réalisatrice avec Aleksandr Dovjenko de La Bataille pour notre Ukraine soviétique (1943). Dans les années 1930, des maîtres du cinéma tels que Leo Arnchtam, Sergueï Ioutkevitch, Fridrikh Ermler, Mikhaïl Romm, Lev Koulechov travaillent également, et le célèbre documentariste Roman Karmen commence sa carrière.

Parmi les plus grands réalisateurs d'avant-guerre, dont les œuvres ont acquis une renommée internationale, il y a Dziga Vertov, Lev Koulechov, Vsevolod Poudovkine, Aleksandr Dovjenko, Boris Barnet et les frères Vassiliev.