L’Ara Pacis (, « Autel de la Paix Auguste ») ou Autel de la Paix est un monument de la Rome antique édifié par le premier empereur romain, Auguste, entre 13 et , en l'honneur de Pax, la déesse de la Paix. Le sénat en décida la construction après son retour victorieux de Gaule et d'Espagne. Il se trouve sur la dans la zone septentrionale du Champ de Mars, dédiée à la célébration des victoires romaines. C'est un lieu symbolique du retour à la paix car c'est là que les soldats et leur commandant, de retour de leur campagne militaire, effectuent les rites qui clôturent leur activité guerrière.
À l'époque, il s'agissait également d'un outil de propagande pour augmenter le prestige d'Auguste encore davantage.. Ce monument est l'un des exemples les plus importants de l'art à l'époque du principat d'Auguste : il est destiné à symboliser la paix retrouvée grâce à lui, après les angoisses des guerres civiles du dernier siècle de la République romaine. Auguste fit également construire d'autres monuments dans la partie nord de la ville de Rome, dont son mausolée et un gigantesque cadran solaire, lHorologium Augusti.
Pendant l'Antiquité tardive et le Moyen Âge, l'autel est peu à peu enterré sous quatre mètres de vase, apportée par les inondations du Tibre.
Le monument est redécouvert au et des fouilles sont entreprises au . De nouvelles fouilles d'envergure, en 1937-1938, conduisent à une reconstitution de l'édifice non loin de son emplacement originel, à proximité immédiate du mausolée d'Auguste. Il est utilisé à des fins de propagande par le régime fasciste de Mussolini. Le lieu d'exposition fait l'objet d'une profonde réfection et d'une réorganisation au début des années 2000.
Bien que les vestiges fassent partie des très rares éléments d'époque augustéenne dont nous pouvons avoir une vision globale satisfaisante, les chercheurs sont divisés sur l'importance à leur donner dans l'histoire de l'art.
Étymologie et histoire
Étymologie Le nom de l'autel provient du titre que le Sénat donne à Octave en 27 av. J.-C. : Auguste. Le mot latin vient de l'un des objectifs que s'est donné le nouvel empereur : rétablir la paix sur terre. Les Romains dès leurs débuts honoraient d’un culte des abstractions personnalisées comme la Concorde, la Bonne Foi (Fides) ou la ChanceCicéron, De Legibus, II, 19 ; De Natura Deorum, III, 45. La divinisation de la Paix est plus récente, et apparaît pour la première fois sur des monnaies romaines l’année de la mort de Jules César. La consécration d’un autel à la Paix reprend cette innovation.
L’adjectif « Auguste », qui qualifie également Octave, a une valeur positive très marquée : ce mot, de la même racine que augures, qualifie « ce qui donne les présages favorables assurant le développement d'une entreprise ».. La est donc prometteuse.
Histoire antique
Deux autels furent consacrés à Auguste par le Sénat de son vivant : l'autel de la Fortuna Redux, le long de la , érigé lors de la restitution des enseignes par les Parthes, en 19 av. J.-C. et qui était l'objet d'une commémoration annuelle dans une fête dénommée , et l'autel de la Paix. Le souhait initial du Sénat était de célébrer l'empereur par un autel dédié au sein de la Curie, cet honneur étant refusé par l'intéressé, . Le nom d'Auguste rappelle cependant son rôle dans la fin des angoisses des guerres civiles du .
Auguste lui-même évoque la création de l'autel dans le texte des , dont l'exemplaire original sur bronze était situé à proximité du mausolée qu'il fit construire pour abriter les dépouilles des membres de sa famille. Dans ce texte visant à récapituler les grandes œuvres de l'empereur à sa mort, Auguste raconte le contexte de création de la construction alors qu'il revient d'Hispanie et de Gaule après trois ans d'absence. Pendant ces trois ans, il a mené des opérations de pacification et a organisé les provinces du sud de la Gaule :
L'autel est placé sur le Champ de Mars, à la limite du , . Cet espace faisait l'objet d'opérations d'urbanisme depuis la fin de la République en particulier par . Parmi les premières constructions liées à ce mouvement, le théâtre de Pompée peut être cité. Auguste commence dès 31 av. J.-C. la construction de son mausolée.
Deux dates relatives à la mise en place de l'autel sont connues par les sources antiquesClaude Nicolet, L’inventaire du monde, Géographie et politique aux origines de l’Empire romain, Fayard, 1988, , p. 230. La première, indiquée sur les Fastes d'AmiternumRéf. épigraphique : , etc., est le 4 juillet 13, qui marque la décision du Sénat pour la construction () d'un autel dédié à la . La seconde, le 30 janvier, est donnée par Ovide et célèbre la consécration de l'autel, sa au vainqueur d'ActiumOvide, Fastes, I, 709-722, ., date confirmée par les Fastes de PrénesteRéf. épigraphique : , etc. qui précisent que c'est sous le consulat de Drusus et Crispinus, c'est-à-dire en 9 av. J.-C. La cérémonie de consécration solennelle aux dieux marque le début du fonctionnement de l'édifice, en 9 av. J.-C.Ara Pacis Augustae. La date a son importance car c'est le jour de l'anniversaire de l'épouse d'Auguste, Livie : l'aspect dynastique s'en trouve nettement souligné. L'autel réalisé ne fait pas l'objet d'une description dans les écrits de l'époque impériale qui nous sont parvenus.
L est situé sur le Champ de Mars, lieu d'entraînement des soldats, sur la (aujourd'hui la Via del Corso), à l'extérieur des limites de la ville augustéenne. Cette voie romaine partait de Rome en direction du nord de l'Italie et a été construite sur ordre de l'empereur Auguste. De l'autre côté de la voie se trouvait peut-être un autre autel augustéen, l. Non loin de là se trouvait l''', cadran solaire géant dont le était un obélisque de Psammétique II.
Les noms des artistes qui ont participé à l'élaboration du bâtiment et des décors ne sont pas connus mais le style artistique laisse penser à des artistes venus de l'Orient hellénistique, peut-être un sculpteur provenant d'Aphrodisias, en Carie.
L'autel n'est pas mentionné par la suite dans les sources littéraires ou les inscriptions, si ce n'est une représentation sur des monnaies de l'époque de Néron. La topographie du Champ de Mars change au et, quelques décennies après la construction, le niveau du sol s'élève massivement du fait des débordements fréquents du TibreL'Ara Pacis au Champ de Mars, sur le site officiel de l'Ara Pacis.. Dès 123Plans et vues de l'Ara Pacis, l'autel est isolé par un mur de brique pour prévenir l'enfouissement mais cette protection n'est pas suffisante et l'édifice est peu à peu recouvert entre les . Un palais, le , est construit à l'emplacement de l'autel à la fin du par le cardinal Hugh of Evesham.
Redécouverte
Vers 1536, Agostino Veneziano réalise une plaque, aujourd'hui perdue, d'une partie du relief : cette plaque présente un cygne aux ailes déployées et une frise à rinceaux d’acanthe, aux analogies évidentes avec l« Redécouverte », site officiel.
En 1568, neuf blocs du mur d'enceinte du bâtiment sont découverts dans la cour du et achetés par la famille Médicis. Ces éléments de marbre étaient alors réputés faire partie de l'arc de DomitienAra Pacis Augustae, chronologie, d'après Orietta Rossini, Ara Pacis, Museo in Comune, Roma, 2006/2009; pp. 6-21, 94-121. Les blocs latéraux étaient décorés et en relief, mais ils étaient coupés en deux dans le sens de la longueur. Les blocs qui furent transférés dans la capitale des Médicis à Florence sont par exemple le relief dit de Tellus, la procession (grand bloc droit) et le deuxième bloc du grand côté gauche. Le fragment gauche de la procession provient du Vatican et est offert en 1954 à l'État italien. Aujourd'hui, ce fragment et le verso de ce dernier se situent dans le bâtiment moderne qui abrite l'''.
Pendant que les fragments de Florence et du Vatican étaient assemblés, d'autres fragments non complétés du bâtiment étaient dispersés en Europe, par exemple celui acheté en 1863 par le musée du Louvre et issu de l'ancienne collection Campana. En 1859, la base de l'autel et un autre fragment furent découverts par hasard en renforçant les fondations du : ce dernier représentait Énée et une tête de Mars du relief du Lupercal. Le fragment fut transféré à Vienne et ne revint que beaucoup plus tard à Rome.
Friedrich von Duhn identifie la construction en 1879 comme l'Autel de la Paix. De nouveaux fragments sont retrouvés en 1894. Une première reconstitution graphique de l'ensemble est faite en 1902 par Eugen Petersen, mais les fouilles des années suivantes ne permettent pas de confirmer sa proposition. Une nouvelle campagne de fouilles est mise en place en 1903. Cette dernière permet la réalisation du plan de l'infrastructure antique qui dans le même temps fut partiellement reconstruite. Dès juillet 1903, les fouilles cessent pour ne pas menacer la stabilité du palais alors que seule la moitié de l'autel avait été explorée.
La décision de reprise des fouilles date de février 1937. Les fouilles définitives ont lieu en 1937-1938. Réalisée avec les techniques de fouilles archéologiques les plus modernes de l'époque, en particulier par une technique permettant de geler le sol gorgé d'eau, cette campagne permet de mettre définitivement au jour une de l'autel, en particulier deux côtés de l'enclos, dont l'un en très bon état de conservation. Ces travaux prennent place dans le cadre de la commémoration par le régime mussolinien du bimillénaire d'Auguste ; au même moment, le mausolée du fondateur de l'Empire est dégagé.
L'identification de von Duhn reste admise, malgré les doutes émis en 1960 par Stefan WeinstockStefan Weinstock, « Pax and Ara Pacis », The Journal of Roman Studies Vol. 50, 1960, pp. 44-58 .
Mise en valeur et musée La décision est prise de reconstruire l'autel dès le 20 janvier 1937Le pavillon de 1938 sur le site du nouveau musée de l'Ara Pacis, mais ni à son endroit primitif ni en respectant son orientation d'origine : il est reconstruit entre le Tibre et le mausolée d'Auguste, avec un angle de 90° par rapport à l'orientation initiale.
Le pavillon destiné à accueillir l'autel est construit entre juin et septembre 1938 , l'ensemble étant inauguré par Benito Mussolini le 23 septembre. Pour tenir les délais, le projet initial est simplifié, les matériaux choisis étant le béton et le faux porphyre. Cette simplification, considérée de prime abord comme provisoire, fut définitive du fait du coût financier et de la montée des périls précédant la Seconde Guerre mondiale.
La décision de laisser la frise du piédestal dans son état de découverte est prise lors de l'étape de reconstruction. Aujourd'hui, la frise n'est pas complète, car seuls quelques fragments ont été découverts, et certains fragments partiels, comme la personnification des provinces romaines ou des peuples barbares voisins de l'Empire n'ont pas été transférés dans le nouveau bâtiment.
Lors de la Seconde Guerre mondiale, les vitres sont démontées et un mur pare-éclats est mis en place. Les travaux de remise en état du bâtiment abritant l'autel, commencés dans les années 1950, s'achèvent en 1970. L'autel fait l'objet d'une restauration d'envergure dans les années 1980 ; cependant, dès 1995, le constat est alarmant : l'autel se dégrade par la pollution, l'amplitude thermique et l'hygrométrieTravaux de restauration sur le site de l'Ara Pacis.
Depuis 2006, un bâtiment moderne, objet de controverse, conçu par Richard Meier, abrite le nouveau musée de l'Ara Pacis protégeant le monument reconstruit et limitant son exposition aux rayons du soleil. L'éclairage diffus qui prévaut actuellement donne au relief un aspect calcaire qui permet aux ajouts en plâtre de se confondre avec les fragments originaux. Duret et Néraudau quant à eux, le considèrent comme .
Description architecturale