Le Grand Prix de Grande-Bretagne 1959 (), disputé sur le circuit d'Aintree le , est la quatre-vingtième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la cinquième manche du championnat 1959.
Contexte avant la course Le championnat du monde Pratiquement inconnu du grand public un an plus tôt, Jack Brabham a été en quelques courses propulsé sur le devant de la scène. Sa victoire hors championnat lors de l'International TrophyRevue Moteurs courses n° 21 - 1959 a été bientôt suivie d'un succès au Grand Prix de Monaco puis d'une seconde place aux Pays-Bas et d'une troisième à Reims sur un circuit pourtant peu favorable à sa modeste Cooper à moteur central arrière ; à mi-saison, le discret pilote australien, qui a largement contribué à l'évolution et à la mise au point de sa monoplace, est donc en tête du classement des pilotes devant le Britannique Tony Brooks, victorieux en France, mais qui en raison des grèves touchant l'industrie italienne ne pourra piloter son habituelle Ferrari devant son public. Ayant manqué d'un point le titre mondial en 1958 face au regretté Mike Hawthorn, Stirling Moss était largement favori à l'orée de cette saison mais ses trois premières courses se sont soldées par trois abandons et ses dix-sept points de retard au championnat ont grandement hypothéqué ses chances de succès final.
Le circuit
vignette|gauche|alt=Aintree|Le circuit est construit sur le site de l'hippodrome d'Aintree. Célèbre pour ses courses de chevaux, la ville d'Aintree, proche de Liverpool a inauguré son autodrome en 1954 au sein même de son complexe hippique. Sinueuse, cette piste de 4,8 kilomètres offre une excellente visibilité aux pilotes et aux spectateurs. C'est la troisième fois que le circuit accueille une épreuve du championnat du monde, Stirling Moss s'étant imposé lors des deux éditions précédentes : en 1955 sur Mercedes-Benz puis en 1957 sur Vanwall après avoir relayé son coéquipier Tony Brooks et fixé le record de la piste à 144,6 km/h de moyenne.
Monoplaces en lice Formule 1 Cooper T51 "Usine" vignette|upright=0.9|droite|alt=Cooper-Climax T51|La Cooper T51, à moteur central arrière de près de 240 chevaux dans sa dernière version. Comme à Reims, John Cooper aligne trois T51 à moteur central arrière pour Jack Brabham, Masten Gregory et Bruce McLaren. Elles disposent désormais de la toute dernière évolution MKII du moteur Coventry Climax FPF de 2495 cm3, équipée d'une nouvelle culasseRevue Moteurs n° 22 - 1959. Ce bloc développe à présent 239 chevaux à , contre 220 pour la précédente version MKI. La boîte de vitesses Citroën ERSA, dérivée de celle des Traction Avant, est à quatre rapports. Déjà redoutables sur les circuits sinueux, ces monoplaces de 485 kg peuvent maintenant tenir la dragée haute à leurs concurrentes sur la plupart des tracés. L'usine est épaulée par l'équipe de Rob Walker, qui dispose également d'une T51 à moteur Climax, mais avec boîte de vitesses Colotti à cinq rapports. Cette voiture est confiée à Maurice Trintignant. La Scuderia Centro Sud a engagé deux T51 équipées d'un moteur quatre cylindres Maserati pour le Britannique Ian Burgess et l'Allemand Hans Herrmann, tandis que Jack Fairman dispute son épreuve nationale sur la T45 à moteur Climax MKI engagée par High Efficiency Motors.
BRM P25 "Usine" Le constructeur de Bourne a engagé trois P25 pour Joakim Bonnier, Harry Schell et Ron Flockhart. Stirling Moss pilote également une voiture de la marque, engagée par l'écurie British Racing Partnership que dirige son père Alfred. Dans sa dernière évolution, la P25 développe environ 260 chevaux pour un poids de 550 kg. Après plusieurs années de mise au point, cette monoplace possède un comportement très sain et sa finesse de ligne lui confère une bonne vitesse de pointe.
Aston Martin DBR4 "Usine" vignette|droite|alt=Aston Martin DBR4|L'Aston Martin DBR4, de conception très classique (ici lors d'une course historique). La décevante prestation des DBR4 à Zandvoort avait amené la marque britannique à faire l'impasse sur le Grand Prix de France pour mieux préparer son épreuve nationale. C'est donc avec des objectifs revus à la hausse que Roy Salvadori et Carroll Shelby s'alignent à Aintree. Pesant 575 kg, la DBR4/250 est animée par un moteur six cylindres de 280 chevaux.
Vanwall VW "Usine" Malgré sa décision d'arrêter son programme sportif fin 1958, Tony Vandervell avait maintenu un service course et fait évoluer ses monoplaces. Deux des châssis utilisés la saison passée ont été modifiés, bénéficiant d'une cure d’allègement et d'un abaissement du bloc moteur ayant permis d'affiner la carrosserie. Le forfait des Ferrari en Grande-Bretagne ayant libéré Tony Brooks, l'ex-pilote Vanwall va ainsi pouvoir effectuer une pige pour son ancien employeur et défendre ses chances au championnat. Malgré ses 280 chevaux pour moins de 550 kg et son freinage particulièrement efficace, la dernière évolution de la Vanwall risque d'être à court de mise au point, n'ayant accompli jusqu'alors qu'un galop d'essais à Silverstone aux mains de Stirling Moss.
Lotus 16 "Usine" Surnommées « mini Vanwall », les Lotus 16 conçues par Colin Chapman sont très compactes et ne pèsent que 450 kg. Comme les Cooper d'usine, elles sont équipées du moteur Climax FPF, mais disposé à l'avant, et dans sa version MK1 de 220 chevaux. Malgré un rapport poids/puissance très favorable, les « Type 16 » n'ont jamais obtenu de résultat probant, ces voitures se révélant fragiles et délicates à piloter. Deux voitures ont été engagées par l'usine pour Graham Hill et Innes Ireland, Alan Stacey étant inscrit comme pilote de réserve.
Maserati 250F Malgré sa conception ancienne, la 250F (moteur six cylindres en ligne, 270 chevaux), continue à être utilisée par des écuries privées et de nombreux pilotes amateurs, surtout dans les courses hors championnat. Tout comme au Grand Prix de France, le pilote brésilien Fritz d'Orey dispose d'une des voitures de la Scuderia Centro Sud.
JBW Typ1 La firme artisanale JBW débute en championnat du monde avec son modèle Typ1, fortement inspiré de la Cooper T45, et équipé d'un moteur de Maserati 250S. La voiture est pilotée par Brian Naylor, l'un des deux fondateurs de la marque.
Connaught B Bruce Halford s'aligne sur une ancienne Connaught Type B à moteur quatre cylindres Alta, engagée par John Fisher.
Formule 2 Cooper T51 & T45 La plupart des pilotes de Cooper F2 font confiance au moteur Climax FPF de 1500 cm3, développant 141 chevaux à 7300 tr/min. L'écurie BRP d'Alfred Moss utilise quant à elle des moteurs Borgward à double arbre à cames en tête, seize soupapes et injection directe Bosch, plus puissants (160 chevaux). Les Cooper-Borgward se sont récemment imposées à Reims et à Rouen aux mains de Stirling Moss. Chris Bristow et Ivor Bueb représentent BRP pour cette course et sont favoris de leur catégorie, face à Henry Taylor, meilleur représentant des versions Climax.
Lotus 16 & 12 Les Lotus F2 utilisent également le moteur Climax FPF. David Piper pilote la « Type 16 » engagée par Dorchester Service Station, tandis que Dennis Taylor s'aligne sur sa « Type 12 » personnelle.
Fry Mike Parkes pilote la Fry F2 avec laquelle il a obtenu quelques places d'honneur en 1958. Cette voiture dispose aussi du moteur Climax 1500.
Coureurs inscrits + Liste des pilotes inscrits Pilote Écurie Constructeur Modèle Moteur Pneumatiques 2 Roy Salvadori David Brown Corporation Aston Martin Aston Martin DBR4 Aston Martin L6 4 Carroll Shelby David Brown Corporation Aston Martin Aston Martin DBR4 Aston Martin L6 6 Stirling Moss British Racing Partnership BRM BRM P25 BRM L4 8 Harry Schell Owen Racing Organisation BRM BRM P25 BRM L4 10 Joakim Bonnier Owen Racing Organisation BRM BRM P25 BRM L4 12 Jack Brabham Cooper Car Company Cooper Cooper T51 Coventry Climax L4 14 Masten Gregory Cooper Car Company Cooper Cooper T51 Coventry Climax L4 16 Bruce McLaren Cooper Car Company Cooper Cooper T51 Coventry Climax L4 18 Maurice Trintignant Rob Walker Racing Team Cooper Cooper T51 Coventry Climax L4 20 Tony Brooks Vandervell Products Vanwall Vanwall VW5 Vanwall L4 22 Ian Burgess Scuderia Centro Sud Cooper Cooper T51 Maserati L4 24 Hans Herrmann Scuderia Centro Sud Cooper Cooper T51 Maserati L4 28 Graham Hill Team Lotus Lotus Lotus 16 Coventry Climax L4 30 Innes Ireland Alan Stacey Team Lotus Lotus Lotus 16 Coventry Climax L4 34 Bruce Halford John Fisher Connaught Connaught B Alta L4 36 Brian Naylor JB Naylor JBW JBW Typ1 Maserati L4 38 Jack Fairman High Efficiency Motors Cooper Cooper T45 Coventry Climax L4 40 Fritz d'Orey Scuderia Centro Sud Maserati Maserati 250F Maserati L6 42 Ron Flockhart Owen Racing Organisation BRM BRM P25 BRM L4 44 Trevor Taylor Ace Garage Cooper Cooper T51 (F2) Coventry Climax L4 46 Ivor Bueb British Racing Partnership Cooper Cooper T51 (F2) Borgward L4 48 Chris Bristow British Racing Partnership Cooper Cooper T51 (F2) Borgward L4 50 Mike Taylor Equipe Alan Brown Cooper Cooper T45 (F2) Coventry Climax L4 52 Peter Ashdown Equipe Alan Brown Cooper Cooper T45 (F2) Coventry Climax L4 54 Keith Greene Gilby Engineering Cooper Cooper T45 (F2) Coventry Climax L4 56 Bill Moss United racing Stable Cooper Cooper T51 (F2) Coventry Climax L4 58 Henry Taylor RHH Parnell Cooper Cooper T51 (F2) Coventry Climax L4 60 Mike Parkes David Fry Fry Fry (F2) Coventry Climax L4 62 Dennis Taylor Privé Lotus Lotus 12 (F2) Coventry Climax L4 64 David Piper Dorchester Service Station Lotus Lotus 16 (F2) Coventry Climax L4 66 Tim Parnell RHH Parnell Cooper Cooper T45 (F2) Coventry Climax L4
Qualifications Les essais qualificatifs se déroulent les jeudi et vendredi précédant la course . La première journée se déroule entièrement sous la pluie aussi aucune performance significative ne peut-elle être établie. La matinée du vendredi n'est guère plus favorable mais en début d'après-midi une accalmie va permettre à la piste de sécher quelque peu. Deux heures plus tard la trajectoire est totalement sèche et Jack Brabham, très à l'aise sur sa Cooper, domine ses adversaires, tournant régulièrement en moins de deux minutes. Il termine ses essais après avoir réalisé un tour en 1 min 58 s (147,3 km/h), un temps que ses adversaires ne parviendront pas à approcher, à l'exception de Roy Salvadori qui, au volant de son Aston Martin va égaler en fin de séance la performance de l'Australien. Derrière, les vétérans Harry Schell (BRM) et Maurice Trintignant (Cooper), à égalité, se sont imposés au reste du peloton mais ont tout de même concédé plus d'une seconde au temps de référence. Alternant entre les deux châssis Vanwall mis à sa disposition, Tony Brooks n'a pu rivaliser avec les autres monoplaces britanniques, relégué à près de sept secondes et battu par la Formule 2 de Chris Bristow !
vignette|redresse|droite|Grâce à une nouvelle culasse, le déficit de puissance du moteur Climax est en partie comblé et Brabham en a tiré la quintessence pour s'octroyer la pole position.