Le Grand Prix de Grande-Bretagne 1956 (), disputé sur le circuit de Silverstone le , est la cinquante-quatrième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la sixième manche du championnat 1956.

Contexte avant le Grand Prix Le championnat du monde C'est en 1954 que la Formule 1 2,5 litres (moteur atmosphérique ou suralimenté, carburant libre) a remplacé la précédente réglementation à moteurs 4,5 litres (ou 1,5 suralimenté). En pratique, tous les constructeurs engagé ont adopté le moteur atmosphérique, seul DB ayant expérimenté, lors du Grand Prix de Pau 1955 couru hors championnat, une monoplace 750 cm3 à compresseur, sans succès. En plus des sept Grands Prix de Formule 1 inscrits au calendrier du championnat du monde des conducteurs 1956 s'ajoute l'épreuve des 500 miles d'Indianapolis, régie par l'USAC, traditionnellement disputée en mai. Exclusivité des spécialistes américains de la discipline, cette manche additionnelle n'a aucune incidence sur l'issue du championnat.

Après avoir subi durant deux années la domination de Mercedes-Benz, désormais retiré de la compétition, la Scuderia Ferrari a retrouvé de sa superbe, ayant remporté trois des quatre Grands Prix déjà courus. Grâce à ses deux victoires en Belgique et en France, le jeune pilote britannique Peter Collins occupe la tête du championnat, avec cinq points d'avance sur le Français Jean Behra (Maserati). Particulièrement malchanceux lors des dernières épreuves, le triple champion du monde Juan Manuel Fangio (Ferrari) et son principal rival Stirling Moss (Maserati), comptant chacun une victoire cette saison, restent toutefois favoris dans la course au titre mondial.

Après une longue période de mise au point, trois constructeurs britanniques menacent désormais la suprématie italienne : BRM, Vanwall et Connaught, tous présents pour leur Grand Prix national. À la suite du récent échec de Bugatti à Reims, Amédée Gordini, qui dispose de moyens financiers très limités, reste le seul représentant de la construction française.

Le circuit

Après l'intermède d'Aintree l'année précédente, le circuit de Silverstone accueille à nouveau le Grand Prix de Grande-Bretagne. Créée en 1948 sur une ancienne base de la Royal Air Force, cette piste se caractérise par l'absence de longues lignes droites, où la souplesse des moteurs et les qualités des châssis priment sur la puissance pure. Situé à un peu plus de cent kilomètres de Londres, ce circuit est très apprécié du public britannique pour ses installations modernes (stands, tribunes), ses nombreux points d'observation et sa capacité d'accueil pouvant atteindre trois-cent-mille spectateurs . Lors de l'International Trophy disputé deux mois plus tôt, Mike Hawthorn sur BRM et Stirling Moss sur Vanwall avaient tous deux amélioré le record de la piste, à la moyenne de 164,6 km/h.

Monoplaces en lice Ferrari Lancia D50 "Usine" thumb|upright|left|alt=Ferrari D50|Le moteur V8 de la D50, d'origine Lancia. Le stand de la Scuderia Ferrari accueille cinq D50 en configuration 'Syracuse' (réservoir principal dans la pointe arrière, coffrages latéraux intégrés au fuselage comportant les sorties d'échappement et de petits réservoirs d'appoint). Pesant environ 640 kg, les D50, d'origine Lancia, disposent d'un moteur V8 délivrant 280 chevaux à 8000 tr/min. Luigi Musso n'étant pas complètement rétabli de son accident survenu lors des 1000 kilomètres du Nürburgring, seules quatre de ces voitures vont prendre part à l'épreuve, aux mains de Juan Manuel Fangio, Peter Collins, Eugenio Castellotti et Alfonso de Portago.

Maserati 250F "Usine" thumb|upright=1.1|right|alt=Maserati 250F|Une Maserati 250F Quatre 250F officielles sont aux mains de Stirling Moss, Jean Behra, Cesare Perdisa et Francisco Godia. Leur moteur six cylindres en ligne, alimenté par trois carburateurs, développe 270 chevaux à 7600 tr/min, une puissance inférieure à celle des Ferrari, mais grâce à un poids légèrement inférieur (620 kg) et une meilleure tenue de route elles se montrent à leur avantage sur les circuits sinueux. Ces voitures font également le bonheur des écuries et pilotes indépendants ; à Silverstone, sept autres pilotes disposent de 250F privées : Umberto Maglioli (Scuderia Guastalla), Roy Salvadori , Luigi Villoresi, Louis Rosier, Bruce Halford, Horace Gould et Jack Brabham.

Vanwall VW56 "Usine" Tony Vandervell a engagé trois voitures pour son Grand Prix national : Harry Schell dispose du châssis VW2 avec lequel il avait brillé lors du Grand Prix de France deux semaines auparavant en relayant Mike Hawthorn ; Maurice Trintignant, de retour dans l'équipe après son expérience malheureuse sur Bugatti, se voit attribuer le nouveau châssis VW4, remplaçant le châssis VW3 détruit par Colin Chapman à Reims ; enfin le châssis VW1 a été confié à l'Argentin José Froilán González, qui fait son retour en course après six mois d'absence. Dans leur version '1956', les Vanwall pèsent 570 kg à vide ; elles sont équipées de quatre freins à disques et d'une boîte cinq vitesses ; leur carrosserie profilée, associée à un moteur à quatre cylindres, alimenté par injection, de plus de 280 chevaux, leur assure une excellente vitesse de pointe.

BRM P25 "Usine" L'équipe de Bourne effectue sa rentrée en Grand Prix après quelques mois d'absence, de nombreux problèmes de fiabilité (soupapes, transmission) étant survenus en début de saison. Trois P25 ont été engagées pour Mike Hawthorn, Tony Brooks et Ron Flockhart. Ces monoplaces affichent un excellent rapport poids/puissance (550 kg à vide pour environ 270 chevaux à 9000 tr/min), leur assurant d'excellentes accélérations, un atout sur un circuit comme Silverstone nécessitant de nombreuses relances, comme le démontra Hawthorn lors du dernier International Trophy, le pilote britannique ayant établi le record de la piste.

Connaught B "Usine" thumb|upright=1.1|left|alt=Connaught B|Une Connaught Type B, semblable à celle qui remporta le GP de Syracuse. Pour la saison 1956, Connaught Engineering a renoncé aux épreuves continentales, en raison d'un budget limité. Pour son Grand Prix à domicile, l'équipe a engagé trois monoplaces 'Type B' (590 kg, freins à disques, moteur quatre cylindres Alta développant 250 chevaux à 6800 tr/min) pour le talentueux Archie Scott Brown, épaulé par Desmond Titterington et Jack Fairman. Une de ces voitures avait remporté le Grand Prix de Syracuse en fin de saison 1955 aux mains de Tony Brooks.

Gordini T32 "Usine" Comme à Reims, Amédée Gordini a engagé ses deux châssis T32 à moteur huit cylindres (plus de 700 kg à vide, environ 245 chevaux à 8000 tr/min). Confiées à Robert Manzon et Hermano da Silva Ramos, elles ne peuvent espérer un résultat tangible face aux monoplaces italiennes et britanniques.

Emeryson 56 Paul Emery fait ses débuts en championnat du monde sur une monoplace qu'il a développée avec son frère George : la petite Emeryson, initialement équipée d'un moteur Aston Martin, dispose maintenant d'un quatre cylindres Alta développant entre 240 et 250 chevaux .

Cooper T23 Bob Gerard a engagé son antique Cooper T23, à moteur six cylindres Bristol.

Coureurs inscrits + Liste des pilotes inscrits Pilote Écurie Constructeur Modèle Moteur Pneumatiques 1 Juan Manuel Fangio Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Lancia D50 'Syracuse' Ferrari V8 2 Peter Collins Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Lancia D50 'Syracuse' Ferrari V8 3 Eugenio Castellotti Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Lancia D50 'Syracuse' Ferrari V8 4 Alfonso de Portago Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Lancia D50 'Syracuse' Ferrari V8 7 Stirling Moss Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F Maserati L6 8 Jean Behra Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F Maserati L6 9 Cesare Perdisa Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F Maserati L6 10 Francisco Godia Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F Maserati L6 11 Luigi Villoresi Luigi Piotti Maserati Maserati 250F Maserati L6 12 Umberto Maglioli Scuderia Guastalla Maserati Maserati 250F Maserati L6 14 Hermano da Silva Ramos Équipe Gordini Gordini Gordini T32 Gordini L8 15 Robert Manzon Équipe Gordini Gordini Gordini T32 Gordini L8 16 Harry Schell Vandervell Products Vanwall Vanwall VW56 Vanwall L4 17 Maurice Trintignant Vandervell Products Vanwall Vanwall VW56 Vanwall L4 18 José Froilán González Vandervell Products Vanwall Vanwall VW56 Vanwall L4 19 Archie Scott Brown Connaught Engineering Connaught Connaught B Alta L4 20 Desmond Titterington Connaught Engineering Connaught Connaught B Alta L4 21 Jack Fairman Connaught Engineering Connaught Connaught B Alta L4 23 Mike Hawthorn Owen Racing Organisation BRM BRM P25 BRM L4 24 Tony Brooks Owen Racing Organisation BRM BRM P25 BRM L4 25 Ron Flockhart Owen Racing Organisation BRM BRM P25 BRM L4 26 Bob Gerard Privé Cooper Cooper T23 Bristol L6 27 Louis Rosier Écurie Rosier Maserati Maserati 250F Maserati L6 28 Roy Salvadori Gilby Engineering Maserati Maserati 250F Maserati L6 29 Bruce Halford Privé Maserati Maserati 250F Maserati L6 30 Jack Brabham Privé Maserati Maserati 250F Maserati L6 31 Horace Gould Gould's Garage Maserati Maserati 250F Maserati L6 32 Paul Emery Emeryson Cars Emeryson Emeryson 56 Alta L4

Qualifications Les séances de qualification se déroulent le jeudi et le vendredi précédant la course. Lors de la première journée, les conditions de piste sont idéales. Sur ce circuit, les Maserati se montrent nettement plus performantes qu'à Reims, permettant à Stirling Moss de lutter à armes égales avec la Ferrari de Juan Manuel Fangio. En fin de séance, Moss parvient à tourner à près de 168 km/h de moyenne, meilleure performance de la journée, laissant Fangio à une seconde. Les légères BRM se sont également mises en évidence, Mike Hawthorn réalisant le troisième meilleur temps du jour, à égalité avec la Ferrari de Collins. Handicapé par un moteur manquant de puissance, Jean Behra n'a pu profiter du regain de forme des Maserati, ne réalisant que le douzième temps à six secondes de son coéquipier.

Le lendemain, une pluie continue met court à toute tentative d'amélioration. La grille de départ s'établit donc sur les temps du jeudi, la pole position revenant à Moss qui partira donc à la corde de la première ligne, au côté de Fangio, Hawthorn et Collins. En seconde ligne, Roy Salvadori, sur une Maserati privée, partira au côté des Vanwall d'Harry Schell et de González, ces trois pilotes ayant tourné dans la même seconde.

+ Résultats des qualifications Pilote Écurie Temps Écart 1 Stirling Moss Maserati 1 min 41 s - 2 Juan Manuel Fangio Ferrari 1 min 42 s + 1 s 3 Mike Hawthorn BRM 1 min 43 s + 2 s 4 Peter Collins Ferrari 1 min 43 s + 2 s 5 Harry Schell Vanwall 1 min 44 s + 3 s 6 José Froilán González Vanwall 1 min 44 s + 3 s 7 Roy Salvadori Maserati 1 min 44 s + 3 s 8 Eugenio Castellotti Ferrari 1 min 44 s + 3 s 9 Tony Brooks BRM 1 min 45 s + 4 s 10 Archie Scott Brown Connaught 1 min 45 s + 4 s 11 Desmond Titterington Connaught 1 min 46 s + 5 s 12 Alfonso de Portago Ferrari 1 min 47 s + 6 s 13 Jean Behra Maserati 1 min 47 s + 6 s 14 Horace Gould Maserati 1 min 48 s + 7 s 15 Cesare Perdisa Maserati 1 min 49 s + 8 s 16 Maurice Trintignant Vanwall 1 min 49 s + 8 s 17 Ron Flockhart BRM 1 min 49 s + 8 s 18 Robert Manzon Gordini 1 min 49 s + 8 s 19 Luigi Villoresi Maserati 1 min 50 s + 9 s 20 Bruce Halford Maserati 1 min 51 s + 10 s 21 Jack Fairman Connaught 1 min 51 s + 10 s 22 Bob Gerard Cooper 1 min 53 s + 12 s 23 Paul Emery Emeryson 1 min 54 s + 13 s 24 Umberto Maglioli Maserati 1 min 54 s + 13 s 25 Francisco Godia Maserati 1 min 55 s + 14 s 26 Hermano da Silva Ramos Gordini 1 min 56 s + 15 s 27 Louis Rosier Maserati 1 min 59 s + 18 s 28 Jack Brabham Maserati 2 min 01 s + 20 s

Grille de départ du Grand Prix