Jeanne d'Arc, dite « la Pucelle », née vers 1412 à Domrémy, village partagé entre le duché de Bar au sud et la châtellenie de Vaucouleurs au nord (où elle vivait), et morte sur le bûcher le à Rouen, capitale du duché de Normandie alors possession anglaise, est une héroïne de l'histoire de France, chef de guerre et sainte de l'Église catholique, surnommée posthumément « la Pucelle d’Orléans ».

En 1429, cette jeune fille d'origine paysanne affirme qu'elle a reçu de la part des saints Michel, Marguerite d'Antioche et Catherine d'Alexandrie la mission de délivrer la France de l'occupation anglaise. Elle parvient à rencontrer , à conduire victorieusement les troupes françaises contre les armées anglaises, à lever le siège d'Orléans et à conduire le roi au sacre, à Reims, contribuant ainsi à inverser le cours de la guerre de Cent Ans.

Capturée par les Bourguignons à Compiègne en 1430, elle est vendue aux Anglais par Jean de Luxembourg, comte de Ligny, pour la somme de dix mille livres. Elle est brûlée vive en 1431 après un procès en hérésie conduit par Pierre Cauchon, évêque de Beauvais et ancien recteur de l'université de Paris. Entaché de nombreuses irrégularités, ce procès fait l'objet d'une révision ordonnée par le pape Calixte III en 1455. Un second procès est instruit qui conclut, en 1456, à l'innocence de Jeanne et la réhabilite entièrement. Grâce à ces deux procès dont les minutes ont été conservées, elle est l'une des personnalités françaises les mieux connues du Moyen Âge.

Béatifiée en 1909 puis canonisée en 1920, Jeanne d'Arc devient une des deux saintes patronnes secondaires de la France en 1922 par la lettre apostolique . Sa fête nationale est instituée par la loi en 1920 et fixée au de mai..

Elle est dans de nombreux pays une personnalité mythique qui a inspiré une multitude d'œuvres littéraires, historiques, musicales, dramatiques et cinématographiques.

Contexte politique du royaume de France (1407–1429) vignette|redresse=1.2|Sur fond de tente fleurdelisée (le royaume de France), un lion (emblème du comté de Flandre relevant du duc de Bourgogne) porte un puissant coup de patte à un loup (le duc Louis d'Orléans) qui se hasardait à happer une couronne vacillante. Enluminure d'inspiration bourguignonne (, Bibliothèque nationale autrichienne, Vienne).

L'intervention de Jeanne d'Arc s'inscrit durant la seconde phase de la guerre de Cent Ans, qui voit le conflit séculaire entre les royaumes anglais et français s'enchevêtrer avec une guerre civile résultant de l'antagonisme des princes du sang de la dynastie royale des Valois..

Depuis 1392, le roi de France , dit , est sujet à des troubles psychiques intermittents qui le contraignent progressivement à délaisser le pouvoir au profit de son Conseil, devenu bientôt le siège de sourdes luttes d'influences entre son frère, le duc Louis d'Orléans, et son cousin, Jean sans Peur, duc de Bourgogne. Ce dernier finit par faire assassiner le duc d'Orléans en , acte déclencheur d'une guerre civile entre les Bourguignons et la maison d'Orléans, dont les partisans sont ensuite appelés « Armagnacs » compte tenu de l'engagement du comte d'Armagnac aux côtés de son beau-fils, Charles d'Orléans, fils et successeur du duc assassinéXavier Hélary, « Armagnacs », dans ..

Profitant de ce conflit fratricide, le roi d'Angleterre, jeune, déterminé et déjà rompu aux armes, relance les hostilités franco-anglaises en réclamant des pans entiers du royaume de France. En 1415, l'armée du monarque Lancastre débarque en Normandie, assiège Harfleur puis taille en pièces la chevalerie française à AzincourtOlivier Bouzy, « Entre incertitude et angoisse : le royaume de France à la veille de la venue de Jeanne d'Arc », dans .. À compter de 1417, entame la conquête méthodique de la Normandie et la parachève en s'emparant de la capitale ducale, Rouen, en 1419.

Devant le péril Lancastre, Jean sans Peur et le dauphin Charles, héritier du trône, se rencontrent le sur le pont de Montereau en vue d'une réconciliation, mais le duc de Bourgogne est assassiné au cours de l'entrevue, peut-être à l'instigation du dauphin lui-même ou de certains de ses conseillers armagnacs. Fortuit ou prémédité, le meurtre de Montereau entraîne dans l'immédiat pour le parti delphinal. puisqu'il empêche moralement toute entente entre les princes Valois de France et de Bourgogne. Fils et successeur de Jean sans Peur, le duc Philippe le Bon forge conséquemment une alliance avec les Anglais. Au demeurant, l'entente anglo-bourguignonne est émaillée de nombreuses dissensions car le nouveau duc de Bourgogne se voit réduit au rôle de vassal et conseiller des Lancastre alors qu'il envisageait de devenir à tout le moins régent ou lieutenant général du royaume. Freiné dans ses ambitions françaises, Philippe le Bon poursuit par ailleurs l'extension septentrionale des « États bourguignons », vaste ensemble territorial composant ses domaines.. Le duc de Bourgogne se garde donc d'épuiser toutes ses forces en guerroyant contre son cousin Charles, dauphin et futur roi de France, de telle sorte que ce dernier n'a , précise l'historien médiéviste Philippe Contamine..

Pour l'heure, forts de l'appui bourguignon, les Anglais sont en mesure d'imposer le traité de Troyes, signé le entre le roi d'Angleterre et Isabeau de Bavière, reine de France et régente. Selon les termes de ce contrat visant une , devient le régent du royaume de France et l'époux de Catherine de Valois, fille du roi « le Fol ».. À la mort de celui-ci, la couronne et le royaume de France doivent échoir à son gendre Henri V d'Angleterre, puis perpétuellement aux héritiers successifs du roi anglais. Les historiens dénomment l'entité politique définie par le traité, à savoir l'union des deux royaumes sous la férule d'un souverain unique..

vignette|redresse=1.2|gauche|Les en 1429. vignette|redresse=1.2|Carte du royaume de France en 1429–1430, par Auguste Longnon, Paris, BnF, 1875.

Or, le traité de Troyes spolie de son droit à la succession le dernier fils survivant du roi fou, le dauphin Charles, stigmatisé en tant qu'assassin du duc Jean de Bourgogne. En 1422, à la suite des décès successifs des souverains Henri V d'Angleterre et de Charles VI de France, la dynastie des Lancastre revendique en la personne d'un enfant âgé de neuf mois : , roi de France et d'Angleterre. Dans le cadre de la double monarchie, le duc Jean de Bedford, frère cadet d'Henri V, devient le régent du royaume de France durant la minorité de son neveu Henri VI. Pour sa part, le dauphin Charles se proclame également roi de France sous le nom de . Résolu à reconquérir l'ensemble du royaume, il poursuit la guerre contre les Anglais.

Cette lutte pour la prépondérance délimite trois grands ensembles territoriaux, respectivement gouvernées par les Lancastre, le duc de Bourgogne et le roi ., que ses ennemis anglais et bourguignons auraient désigné sous le sobriquet dépréciatif de Xavier Hélary, « BOURGES (Cher, ch.-l. de dép.) », dans ., bien que le souverain Valois soit reconnu par la moitié du royaume..

La double monarchie franco-anglaise englobe diverses provinces : le sud-ouest du territoire français demeure traditionnellement soumis à la couronne anglaise, détentrice du duché d'Aquitaine depuis trois siècles.. Dans le nord, les Anglais contrôlent le duché de Normandie, personnellement réclamé et conquis par Henri V en 1419, puis administré par le duc de BedfordPhilippe Contamine, « Normandie », dans .. ., Paris a subi les massacres successifs de la guerre civile avant de tomber sous la coupe des Bourguignons durant la nuit du 28 au ; , la capitale passe sous domination anglaise le , deux semaines avant que le traité de Troyes ne soit concluOlivier Bouzy, « Paris (Île-de-France) », dans .. Par la suite, les Anglais se lancent à l'assaut du comté du Maine en 1424 et en achèvent la conquête l'année suivante.., ce qui leur permet de menacer les frontières du duché d'Anjou.

Par ailleurs, le duché de Bretagne tente de préserver sa relative indépendance en oscillant entre les couronnes de France et d'Angleterre, suivant choisie par le duc , dont la politique demeure ..

Biographie Domrémy (vers 1412-1429) Contexte géopolitique de Domrémy vignette|Maison natale de Jeanne d'Arc à Domrémy (Vosges).|alt=Jeanne d'Arc la Lorraine.

La naissance de Jeanne d'Arc se situe vraisemblablement dans la ferme familiale du père de Jeanne attenante à l'église de Domrémy, village situé aux marches de la Champagne, du Barrois et de la Lorraine, pendant la guerre de Cent Ans qui opposait le royaume de France au royaume d'Angleterre.

Au début du , Domrémy se trouve imbriqué dans un territoire aux suzerainetés diverses. Sur la rive gauche de la Meuse, il peut relever du Barrois mouvant, pour lequel le duc de Bar, par ailleurs souverain dans ses États, prête hommage au roi de France depuis 1301. Mais il semble être plutôt rattaché à la châtellenie de Vaucouleurs, sous l'autorité directe du roi de France, qui y nomme un capitaine (le sire Robert de Baudricourt, au temps de Jeanne d'Arc). Enfin, l'église de Domrémy dépend de la paroisse de Greux, au diocèse de Toul, dont l'évêque est prince du Saint-Empire germanique.

L'historienne médiéviste Colette Beaune précise que Jeanne est née dans la partie sud de Domrémy, côté Barrois mouvant, dans le bailliage de Chaumont-en-Bassigny et la prévôté d'Andelot. Les juges de 1431 corroborent cette origine, de même que les chroniqueurs Jean Chartier et Perceval de Cagny. Seul Perceval de Boulainvilliers considère pour sa part qu'elle est née dans la partie nord, qui relevait de la châtellenie de Vaucouleurs et donc du royaume de France dès 1291.

À la mort d'Édouard III de Bar, de son frère, Jean de Bar, seigneur de Puisaye, et de son petit-fils le comte de Marle, tous les trois tombés à la bataille d'Azincourt, le duché de Bar échoit au frère survivant du duc défunt, Louis, évêque de Verdun, qui voit cette succession un temps contestée par le duc de Berg, gendre du feu duc.

Date de naissance incertaine vignette|gauche|Un nourrisson dans son berceau, enluminure du . vignette|redresse=1.0|La naissance merveilleuse de Jeanne d'Arc d'après le récit de Perceval de Boulainvilliers. Lors de la procédure de canonisation en 1920, l'Église catholique s'appuie sur ce texte hagiographique pour consacrer le comme date de naissance de la sainteColette Beaune, « Conclusion », dans ., illustration de Damblans publiée dans le magazine catholique Le Pèlerin en .

Au , aucun registre paroissial n'est tenu à Domrémy. La date exacte de la naissance de Jeanne d'Arc demeure historiquement incertaine, mais l'année 1412, quoique approximative, est retenue par recoupements, conformément à la (entre 1411 et 1413) établie grâce aux estimations fournies par la Pucelle elle-même, son écuyer Jean d'Aulon et les chroniqueurs, en tenant compte du nouvel an alors célébré en avril et non en janvier.

Au début de sa vie publique, lorsqu'elle rejoint la cause de Charles VII en 1429, son âge exact ne constitue pas un enjeu aux yeux de ses contemporains. Ceux-ci la situent dans la tranche d'âge des , terme latin désignant à l'époque les « pucelles » ou « jeunes filles », autrement dit les adolescentes pubères âgées de , sorties de l'enfance mais non encore adultes. De là vient notamment son surnom, Jeanne « la Pucelle »..