Le Grand Prix de Grande-Bretagne 1954 (), disputé sur le circuit de Silverstone le , est la trente-septième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la cinquième manche du championnat 1954.
Contexte avant le Grand Prix Le championnat du monde
Le championnat du monde 1954 se court suivant la nouvelle réglementation de la formule 1 (moteur 2500 cm3 atmosphérique ou 750 cm3 suralimenté, carburant libre), introduite cette même année, après deux saisons de transition en formule 2 (moteur 2000 cm3 atmosphérique ou 500 cm3 suralimenté). Seuls les 500 miles d'Indianapolis, disputés selon l'ancienne formule internationale, échappent à cette règle. Les premières courses ont été totalement dominées par Juan Manuel Fangio, qui s'est imposé en Argentine, en Belgique et en France. Après avoir effectué le début de saison sur Maserati, le pilote argentin est désormais le fer de lance de l'équipe Mercedes-Benz qui a fait un retour triomphal en compétition à Reims. Dominatrice en 1952 et 1953, la Scuderia Ferrari n'affiche plus la même superbe, la monoplace 1954 s'avérant peu fiable. En outre, l'équipe italienne a perdu son pilote de pointe, Alberto Ascari, champion du monde les deux saisons précédentes, qui a signé chez Lancia, dont la nouvelle monoplace n'est pas encore apparue en course.
Le circuit
Succédant à Donington, le circuit de Silverstone, créé sur une ancienne base de la Royal Air Force, accueille le Grand Prix de Grande-Bretagne depuis 1948. L'absence de longues lignes droites empêche les vitesses très élevées, le tracé favorisant plutôt les qualités de tenue de route et la souplesse des moteurs. Depuis 1952, c'est le B.R.D.C. qui se charge de l'organisation du Grand Prix. Les installations modernes (stands, tribunes), les nombreux points d'observation et la grande capacité d'accueil (jusqu'à 300000 spectateurs) ont rapidement conquis le public britannique .
Monoplaces en lice Ferrari 625 "Usine" Après un début de saison décevant, la Ferrari 553 (surnommée Squalo) a été écartée des circuits. La Scuderia lui préfère la 625 (dérivée de la 500 F2), plus fiable et d'une tenue de route plus sure, qui a obtenu des résultats plus probants lors des épreuves précédentes. Initialement équipée d'une évolution du 4 cylindres 2 litres de formule 2 (porté à 2,5 litres et développant environ 240 chevaux), la 625 bénéficie désormais du moteur super-carré de la 553 (4 cylindres, 250 chevaux à 7500 tr/min). La voiture pèse 630 kg . Blessé à Monza le mois précédent, Giuseppe Farina est toujours indisponible. Les trois voitures officielles sont confiées à José Froilán González, Mike Hawthorn et Maurice Trintignant. Trois Ferrari privées sont également présentes : Louis Rosier pilote une 500 et a engagé une 625 pour Robert Manzon, et Reg Parnell pilote la 500 de la Scuderia Ambrosiana.
Maserati 250F "Usine" thumb|200 px|alt=Maserati 250F|La Maserati 250F, à moteur six cylindres en ligne Vainqueur des Grands Prix d'Argentine et de Belgique avec Juan Manuel Fangio, la Maserati 250F s'est avérée supérieure aux Ferrari en début de saison. Équipée d'un six cylindres en ligne développant environ 250 chevaux à 7200 tr/min, pour un poids de l'ordre de 630 kgL'année automobile 1954-1955 - éditeur : Edita S.A., Lausanne, c'est une monoplace équilibrée et généralement fiable. L'équipe doit toutefois gérer le départ de Fangio, passé chez Mercedes. Promu premier pilote, le jeune Argentin Onofre Marimon, au talent prometteur, n'a pas encore acquis la maîtrise ni la pointe de vitesse de son glorieux compatriote. Comme à Reims deux semaines plus tôt, l'équipe italienne s'est assuré les services d'Alberto Ascari et de Luigi Villoresi, en contrat chez Lancia mais toujours dans l'attente de leurs nouvelles monoplaces. En plus des trois voitures officielles, on compte quatre 250F privées aux mains de Stirling Moss, Roy Salvadori, Ken Wharton et le Prince Bira, ainsi que deux A6GCM Interim pilotées par Harry Schell et Roberto Mieres.
Mercedes-Benz W196 "Usine" thumb|left|alt=Mercedes W196|La Mercedes W196 dans sa version carénée Le constructeur allemand engage deux W196 carénées, identiques à celles qui ont récemment triomphé à Reims, pour Juan Manuel Fangio et Karl Kling (la voiture d'Hans Herrmann, moteur cassé, n'a pas encore été réparée). Ses pilotes auraient préféré disposer de modèles à carrosserie ouverte, plus légers et plus maniables, sur un circuit comme Silverstone, mais ces versions ne sont pas encore disponibles. Les W196 disposent d'un moteur à huit cylindres en ligne alimenté par injection directe développant près de 260 chevaux à 8250 tr/min, pour un poids de 720 kg (versions carénées). Les tambours de freins sont montés "inboard".
Gordini T16 "Usine" Amédée Gordini n'a pas eu les moyens de réaliser une nouvelle voiture pour la saison 1954 et utilise les modèles T16 de l'année précédente, équipés d'un moteur six cylindres dont la cylindrée a été portée à 2,5 litres (environ 230 chevaux à 6500 tr/min). Pilote de pointe de l'équipe, Jean Behra est souvent en mesure de se mettre en valeur au sein du peloton (il a d'ailleurs remporté le Grand Prix de Pau, hors championnat, en début de saison), mais bien souvent le manque de préparation de sa voiture l'empêche de terminer les courses. Pour l'épreuve anglaise, il est épaulé par l'Argentin Clemar Bucci et le Belge André Pilette.
Vanwall "Usine" Le constructeur britannique Tony Vandervell a engagé la Vanwall Special, qui avait fait ses débuts ici même en mai lors du Daily Express Trophy aux mains d'Alan Brown, avec un moteur 2 litres. La voiture, maintenant équipée d'un quatre cylindres de 2,3 litres (215 chevaux à 6500 tr/min), pèse 570 kg et est cette fois confiée à Peter Collins.
Les autres équipes privées De nombreux pilotes britanniques se sont engagés à titre privé sur des Connaught ou Cooper ; courant sur des modèles de l'année précédente, ils ne peuvent espérer se mêler à la lutte pour les places d'honneur.
Coureurs inscrits + Liste des pilotes inscrits Pilote Écurie Constructeur Modèle N° châssis Moteur Pneumatiques 1 Juan Manuel Fangio Daimler Benz AG Mercedes-Benz Mercedes-Benz W196 W196-3 Mercedes-Benz L8 2 Karl Kling Daimler Benz AG Mercedes-Benz Mercedes-Benz W196 W196-4 Mercedes-Benz L8 3 Harry Schell Privé Maserati Maserati A6SSG 2503 Maserati L6 4 Roberto Mieres Privé Maserati Maserati A6SSG 2502 Maserati L6 5 Roy Salvadori Gilby Engineering Maserati Maserati 250F 2507 Maserati L6 6 Prince Bira Privé Maserati Maserati 250F 2504 Maserati L6 7 Stirling Moss Privé Maserati Maserati 250F 2508 Maserati L6 8 Ken Wharton Owen Racing Organisation Maserati Maserati 250F 2509 Maserati L6 9 José Froilán González Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 625 625-4 Ferrari L4 10 Maurice Trintignant Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 625 625-6 Ferrari L4 11 Mike Hawthorn Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 625 625-5 Ferrari L4 12 Reg Parnell Scuderia Ambrosiana Ferrari Ferrari 500 0188/F2 Ferrari L4 14 Robert Manzon Écurie Rosier Ferrari Ferrari 625 54-1 Ferrari L4 15 Louis Rosier Écurie Rosier Ferrari Ferrari 500 0186/F2 Ferrari L4 16 Jacques Swaters Écurie Francorchamps Ferrari Ferrari 500 0208/F2 Ferrari L4 17 Jean Behra Equipe Gordini Gordini Gordini T16 32 Gordini L6 18 Clemar Bucci Equipe Gordini Gordini Gordini T16 33 Gordini L6 19 André Pilette Equipe Gordini Gordini Gordini T16 34 Gordini L6 20 Peter Collins GA Vandervell Vanwall Vanwall Special V. Special Vanwall L4 21 Peter Whitehead Privé Cooper Cooper T24 CA-1-53 Alta L4 22 Bill Whitehouse Privé Connaught Connaught Type A AL10 Lea Francis L4 23 Leslie Marr Privé Connaught Connaught Type A A5 Lea Francis L4 24 John Riseley-Prichard RRC Walker Racing Team Connaught Connaught Type A A3 Lea Francis L4 25 Don Beauman Jeremy Boles Connaught Connaught Type A AL9 Lea Francis L4 26 Leslie Thorne Ecurie Ecosse Connaught Connaught Type A A6 Lea Francis L4 27 Alan Brown RJ Chase Cooper Cooper T23 CB-7-53 Bristol L6 28 Horace Gould Gould’s Garage Cooper Cooper T23 CB-11-53 Bristol L6 29 Bob Gerard Privé Cooper Cooper T23 CB-4-53 Bristol L6 30 Eric Brandon Rodney Nuckey Ecurie Richmond Cooper Cooper T23 CB-3-53 Bristol L6 31 Alberto Ascari Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F 2512 Maserati L6 32 Luigi Villoresi Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F 2502 Maserati L6 33 Onofre Marimon Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F 2506 Maserati L6
Qualifications Les séances d'essais qualificatifs se déroulent les jeudi et vendredi précédant la course. La première journée se déroule entièrement sous la pluie et dans ces conditions c'est la Ferrari de Mike Hawthorn qui se montre la plus rapide, le jeune Britannique accomplissant un tour un 2 min 3 s (137,9 km/h), devançant son coéquipier José Froilán González d'une seconde. Dominatrices à Reims, les Mercedes sont nettement moins à l'aise à Silverstone : la succession de virages rapprochés ne leur permet pas d'exploiter leur vitesse de pointe supérieure et leur poids élevé les handicape ; en outre, la carrosserie enveloppante gêne la visibilité des pilotes (ils ne voient rien à moins de 2,50 mètres de la voiture !), qui éprouvent des difficultés à apprécier la trajectoire ; enfin, sur la piste mouillée, les pneus Continental ne sont pas aussi efficaces que les Pirelli des voitures italiennes. Malgré toute sa science du pilotage, Juan Manuel Fangio ne parvient pas à s'approcher à moins de deux secondes du temps de Hawthorn. Sur la seconde Mercedes, Karl Kling est beaucoup plus loin. Fangio va d'ailleurs confier à Alfred Neubauer :
Le vendredi matin, la piste est sèche. Fangio s'élance avec seulement quelques litres de carburant à bord et accomplit un tour à l’extrême limite, coupant les cordes au plus serré, allant jusqu'à heurter les bidons délimitant la piste, peu visibles du cockpit de la Mercedes. Il réalise ainsi un temps d'1 min 45 s (161,5 km/h), qui va lui valoir la pole position. Plus maniables, les Ferrari semblent beaucoup plus à l'aise ; sans forcer, dans un style très coulé, González et Hawthorn s'approchent à une seconde du temps de Fangio. L'après-midi, la pluie refaisant son apparition, ne permettra pas d'amélioration. Auteur du quatrième temps le matin sur sa Maserati privée, Stirling Moss complète la première ligne. Les Maserati officielles sont arrivées trop tard pour les essais officiels, Alberto Ascari, Onofre Marimon et Luigi Villoresi seront néanmoins autorisés à prendre le départ en fond de grille. Quoique encore en phase de développement et utilisant un moteur de cylindrée réduite, la Vanwall réalise une performance très honorable aux mains de Peter Collins, qui la qualifie en troisième ligne.
thumb|150 px|alt=Fangio|Nouvelle pole position pour Fangio, sur un circuit pourtant peu favorable à la lourde et volumineuse Mercedes.