En musique, le système tonal est un ensemble de relations, entre des notes ou des accords, structurées autour d'une tonique. Le langage tonal se construit sur les gammes diatoniques majeure et mineure et en appliquant les règles de l'harmonie tonale.

Ce système musical occidental s'est progressivement mis en place à partir de la Renaissance ; il est utilisé dans la musique savante — de manière presque exclusive — du jusqu'à la fin du . À partir du , il s'est inséré puis circonscrit dans la gamme tempérée (partage d'une octave en douze demi-tons égaux), qui a permis son essor et son extension. Il est aussi la base de musiques contemporaines comme la variété, le rock, la pop et le jazz, dont certaines développeront leurs règles spécifiques.

Caractéristiques

Le système tonal est le résultat d'une lente évolution qui s'est opérée sur quelque six siècles — de l'époque carolingienne à la fin du Moyen Âge. Se formant au cours de la Renaissance, le système tonal a supplanté, à l'époque baroque, le système modal, dont il est à la fois un appauvrissement et un enrichissement : enrichissement harmonique, il correspond aussi à un net appauvrissement mélodique, puisqu'on passe de huit modes (et plus) à deux seulement, qui ont tendance à uniformiser la couleur des lignes mélodiques. Au cours du , les deux systèmes ont plus ou moins coexisté, à l'intérieur d'une échelle non encore tempérée : la note sensible tendit à s'imposer dans les modes qui en étaient dépourvus, contribuant ainsi à la formation des gammes tonales. Par ailleurs, quoique abandonné par l'école classique de la seconde moitié du , le système modal est encore largement utilisé jusqu'au : depuis la fin du (essor des écoles nationales en Europe), ce sont les systèmes modaux (issus des musiques traditionnelles) qui ont permis de ré-enrichir la tonalité.

Degrés

Le système tonal repose sur la hiérarchisation des sept degrés de l'échelle diatonique, organisés autour du degré fondamental qu'est la tonique — « pôle d'attraction » des autres notes —, et de la dominante, cinquième degré de la gamme : la tonique et la dominante permettent d'établir un système dynamique, la dominante créant une tension, qui se résout sur la tonique, les autres degrés se rattachant à l'une ou à l'autre.

Parmi les sept degrés d'une gamme, trois sont considérés comme les « très bons degrés » (le premier, le quatrième et le cinquième), parce qu'ils remplissent les trois fonctions tonales : fonction de tonique ( degré), fonction de dominante ( degré) et fonction de sous-dominante ( degré). La sous-dominante élargit la tonique (cadence plagale) ou amène une cadence (cadence parfaite). Le deuxième degré est employé comme la sous-dominante (il a l'avantage d'être plus dynamique et d'évoluer plus facilement vers une dissonance), et le sixième degré permet une ambigüité conclusive, en même temps qu'une ouverture d'un mode majeur vers son relatif mineur (dans le même souci d'ambigüité). Seul le septième degré (la note sensible) reste fondamental mélodiquement, mais inusité harmoniquement. Ce degré est plutôt employé comme un cinquième degré (la dominante) auquel est ajoutée une septième mineure et soustraite sa fondamentale.

Modes

Le mot mode définit la structuration d'une échelle musicale (gamme de fréquences), qui, dans les systèmes modal et tonal, est hiérarchisée. Dans un sens plus restreint, il se réfère au schéma d'intervalles constitutif de chacun des deux « modes », majeur et mineur, de la musique tonale. On n'emploie pas le mot, pour les structures non hiérarchisées (musique atonale en général). Il désigne plus largement toute organisation définie à partir de n'importe quel paramètre sonore, dans la musique moderne (modes rythmiques, modes d'intensités, de timbres…).

Au cours du , les modes anciens médiévaux disparaissent progressivement : seuls subsisteront les modes majeur et mineur qui sont les héritiers des précédents. Cette suprématie ne sera remise en cause qu'à la fin du , avec la réutilisation des modes anciens et l'introduction de nouvelles échelles issues des musiques traditionnelles européennes.

Le point commun entre ces deux modes, majeur et mineur, est l'apparition d'une note sensible (septième degré à distance d'un demi-ton de la tonique), qui permettra l'élaboration de la dynamique tonale (Cette dynamique repose, en effet, sur l'alternance « tonique-dominante-tonique », qui permet la résolution de la tension engendrée par la note sensible sur le degré de la tonique, mélodiquement; harmoniquement, cette résolution est construite sur l'enchaînement "dominante-tonique").

La différence entre le mode majeur et le mode mineur repose précisément sur la position des tons et des demi-tons de l'échelle diatonique par rapport à la tonique. Plusieurs schémas d'intervalles s'imposent : Le mode majeur est formé de deux tétracordes contenant chacun, en montant, un ton, un ton, un demi-ton ; Dans le mode mineur, un ton, un demi-ton, un ton forment le premier tétracorde ; le second tétracorde varie en fonction des gammes : un demi-ton, un ton, un ton pour la gamme mineure naturelle (ou mineure mélodique descendante), un demi-ton, un ton et demi, un demi-ton pour la gamme mineure harmonique, un ton, un ton, un demi-ton (tétracorde majeur) pour la gamme mineure mélodique ascendante.

Dans tous les cas, les deux tétracordes sont séparés par un ton.

On transpose ces schémas pour obtenir les différentes tonalités, à partir des modèles initiaux de do majeur (notes naturelles) et la mineur (seule la sensible est altérée). On distinguera tout de même les modes mélodiques (deux possibilités pour le mode mineur) et les stricts modes harmoniques. À l'écoute, le mode majeur apparaît franc et lumineux, le mode mineur restant beaucoup plus en demi-teinte, avec une pointe de nostalgie. Cependant, depuis l'époque romantique, certains compositeurs en font une utilisation inverse.

+ Tableau de correspondances entre degrés et nombre d’intervalle des modes majeur et mineurexprimé en multiples de tons premier tétracorde second tétracorde Degré de l’échelle heptatonique I ‿II ‿ III ‿ IV ‿ V ‿ VI ‿ VII ‿ I Intervalles Mode majeur 1 1 1 1 1 Mode mineur harmonique 1 1 1 Mode mineur naturel 1 1 1 1 1 Mode mineur mélodique ascendant 1 1 1 1 1

En musicologie, le mot mode désigne uniquement la composition d'une échelle, quelle qu'elle soit. Du fait de la structure hiérarchique des échelles modales et tonales, le mot mode tend à se référer à une échelle hiérarchisée. En ce sens, les échelles atonales ne correspondent pas à des modes.

Dans un sens plus restreint, le mot mode se réfère à la constitution des deux échelles tonales possibles, majeure et mineure. Ce cadre utilise le terme de tonalité qui se caractérise par deux paramètres : Le ton, c’est-à-dire la note sur laquelle s'établit la tonique de l'échelle considérée ; Le mode, c’est-à-dire le système de séquence d’intervalles, majeur ou mineur, appliqué à ce ton.

Les deux échelles de référence du système majeur/mineur sont le Do majeur et La mineur, elles ne demandent d’appliquer aucune altération sur les notes usuelles pour obtenir la séquence d’intervalles souhaitée.

Enfin certains compositeurs, comme Olivier Messiaen, ont élargi la notion de mode aux rythmes (éléments constitutifs des échelles rythmiques), aux intensités (gammes d'intensités), aux timbres, et à tous les paramètres du son musical.

Mouvement privilégié de quinte juste descendante La quinte juste est à la racine des musiques traditionnelles du monde entier, même de transmission orale ; en Europe aussi, la quinte juste accompagne les chants populaires (par exemple, en "bourdon" tenu). C'est donc cet élément ancestral et populaire que l'on retrouve, à la racine du système savant. Parmi les mouvements mélodiques les plus utilisés dans la musique tonale, l'intervalle de quinte juste occupe une place privilégiée — cf. cycle des quintes. C'est un intervalle à la fois structurel (ordre des gammes), harmonique (présent par exemple dans le mouvement de basse de la tonique à la dominante, ou dans l'accord parfait) et mélodique (de nombreux chants ou phrasés musicaux vocaux tournent autour de la quinte ou s'élaborent en ambitus de quinte). Harmoniquement, ce mouvement régit fréquemment la basse. L'enchaînement des trois bons degrés (V - I - IV) produit deux fois cet intervalle. Par ailleurs, l'enchaînement de l'accord de septième de dominante et de l'accord parfait de tonique — archétype du système tonal, appelé cadence parfaite — est également construit sur un mouvement harmonique de quinte juste à la basse (et un mouvement mélodique de seconde mineure ascendante, la "note sensible" se résolvant sur la tonique) à la partie supérieure (mélodique) .

Mécanisme de tension et de détente

Presque toute la musique tonale est construite sur une alternance de moments de tension (autour de la région de la dominante) et de moments de détente (retour à la tonique).

D'autre part, la dissonance (intervalles de seconde ou de septième, par exemple), réalisée selon certaines règles, est ressentie comme une tension nécessitant une détente — cette dernière consistera en une résolution sur la consonance de base la plus proche, à la suite d'un mouvement mélodique d'attraction. Pour plus d'informations sur les enchaînements d'intervalles harmoniques, sur les dissonances, les consonances, consulter l'article Mouvement harmonique.

La sensible, degré des modes majeur et mineur, par son attraction vers la tonique située au demi-ton diatonique supérieur, participe également de ce mécanisme, et constitue donc l'un des deux éléments de la relation d'attraction fondamentale du système tonal .

Enfin, concernant l'intervalle de quinte employé à la basse harmonique, à partir de la tonique, on peut dire que la quinte juste ascendante — ou son renversement, la quarte juste descendante — est du côté de la tension, tandis que la quinte juste descendante — ou son renversement, la quarte juste ascendante — est du côté de la détente (ces intervalles représentent le trajet de la dominante à la tonique, et son inverse).

Procédé d'écriture

Jusqu'à la Renaissance, le procédé d'écriture — appelé contrepoint — consiste en une superposition de mélodies. À une mélodie ("teneur" en valeurs longues, placée à la basse, à l'époque), on adjoint des "contrechants" (mélodies complémentaires) qui se rejoignent en fin de strophe ou de phrase; ensuite, l'évolution majeure sera le passage de la mélodie au soprano, les contrechants étant alors écrits au-dessous. Cela permettra l'émergence progressive du procédé d'écriture tonale — appelé faussement "monodie", c'est-à-dire "mélodie accompagnée", dès l'opéra baroque, ou mélodie accompagnée d'accords à partir de la période classique — qui remplace par des enchaînements harmoniques la polymélodie de la Renaissance. Dans une "harmonisation" tonale, le compositeur privilégie une mélodie particulière, généralement confiée à la partie supérieure, soutenue par la partie basse — chargée de jouer les fondamentales et de remplir les fonctions tonales — tandis que les parties intermédiaires remplissent la mission, plus modeste, de complément harmonique (ce qui n'empêche pas les compositeurs de toutes les périodes, "Classique" incluse - Mozart, Haydn, d'écrire de sublimes contrechants dans les parties intermédiaires, restant aussi sensibles (et formés) au contrepoint qu'à l'harmonie.

Dimension harmonique du système tonal

Dans la dimension polyphonique d'une œuvre, on distinguera la polymélodie, qui relève du contrepoint, et les accords, que régissent les règles d'enchaînement de l'harmonie. De fait, tous les compositeurs ont une double conscience, à la fois horizontale (jeu des contrechants) et plus strictement verticale (rapports de simultanéité).