Denis Robert, né le à Moyeuvre-Grande (Moselle), est un journaliste et écrivain français. Spécialiste du journalisme d'enquête, il est également l'auteur de romans, de films documentaires et d'essais.

Journaliste durant douze ans à Libération, il se lance dans une carrière d'écrivain en 1995, décrivant dans ses ouvrages ses enquêtes sur les affaires Clearstream 1 et 2. Ces ouvrages lui valent une série de procès en diffamation de la part de Clearstream ; condamné en première instance puis en appel, Robert obtient une relaxe totale en cassation sur la plupart des dossiers, n'étant plus condamné qu'à un euro symbolique en faveur du plaignant concernant la première affaire.

D' à , il dirige la rédaction du pure player Le Média, avant d'être écarté. En , il crée sa propre web TV, Blast, et y déclare être un média au service des citoyens et de l’intérêt général.

Biographie Denis Robert est né en Lorraine, fils d'un père électricien et d'une mère couturière.. Il suit des études de psycholinguistique et obtient un DEA de psychologie sociale..

1983-1995 Libération

Après avoir lancé un fanzine en Lorraine, Santiag, en 1982, il rejoint la rédaction du mensuel Actuel où il reste une année. Il intègre fin 1983 Libération où il est journaliste durant douze ans, d'abord en tant que correspondant dans l'est de la France (il couvre notamment l'affaire Grégory, à laquelle il consacre plus d'une centaine d'articles et un livre) puis chargé des affaires politico-financières du service « Société ». Il publie deux romans, Chair Mathilde en 1991 (sur l'affaire Simone Weber), et Je ferai un malheur en 1994. Il démissionne en 1995 pour consacrer son temps à son travail d'écrivain « Revenant sur cette démission, il écrit en 1996 : les vieux maos ont abandonné la lutte des classes pour la lutte contre le cholestérol », cf. .

1995-2001 Journaliste indépendant et écrivain C'est un essai, Pendant les affaires, les affaires continuent, qui le fait connaître à un plus grand public au début de l'année 1996.

Le , Denis Robert réunit sept magistrats anti-corruption pour lancer l'Appel de Genève pour la création d'un espace judiciaire européen. Cet appel fait l'objet d'un livre, La Justice ou le Chaos, paru la même année. Suivent une dizaine de romans et autant d'essais, dont ses enquêtes sur Clearstream.

Fin 1997, Denis Robert cherche également à dénoncer les conséquences du système économique capitaliste pour les plus démunis. Dans Portrait de groupe avant démolition, Denis Robert présente et illustre un recueil de photographies de personnes sans domicile prises sur le vif par René Taesch, concerné par la vie à la rue.

thumb|Denis Robert en juin 2011 au grand-duché de Luxembourg lors du vernissage d'une exposition. Il réalise ou coréalise également cinq documentaires pour le cinéma, d'abord, avec le cinéaste Philippe Harel, Journal intime des affaires en cours (1998), pour la télévision : Le Cahier (1999), Les dissimulateurs (2001), Histoire clandestine (2002), L'affaire Clearstream racontée à un ouvrier de chez Daewoo (2003).

Durant cette période, Denis Robert écrit plusieurs romans : Le Bonheur, roman sur une relation sado-masochiste écrit en 2000 et traduit en quatorze langues, Une ville publié en 2003, et La Domination du monde édité en 2006. Il a également publié en 2006 un roman sur le football, Le Milieu du terrain, objet de plusieurs procès ; un livre-enquête sur le corbeau de l'affaire Clearstream, Clearstream, l'enquête, interdit à la vente et retiré des librairies pendant près d'un mois..

1998-2008 Affaires Clearstream

Affaire Clearstream 1

Résumé L'année 1996 est celle de l'Appel de Genève, une demande émise par des grands magistrats anti-corruption pour un espace judiciaire européen dans le but de lutter contre les malversations financières. Dans ce contexte, Denis Robert débute en 1998 une enquête sur la chambre de compensation internationale Clearstream, alors inconnue du grand public.

Denis Robert rencontre plusieurs personnalités liées à ce groupe, parmi lesquelles Ernest Backes, un fondateur de Clearstream. Un ancien responsable informatique et vice-président de la firme, Régis Hempel, explique qu'une partie de ses activités a consisté à effacer les traces de transactions sensibles.

Révélation$ sort en . Denis Robert y accuse Cedel International (devenu Clearstream entre-temps) d'être l'une des plates-formes majeures de la dissimulation de transactions financières au niveau mondial. Il poursuit sa dénonciation en coréalisant avec Pascal Lorent un film Les Dissimulateurs dans le cadre de 90 Minutes, l'émission d'enquête de Canal+. La mission parlementaire sur le blanchiment d'argent présidée par Vincent Peillon et Arnaud Montebourg se saisit des révélations . Les témoins convoqués confirment les révélations du livre..

Sous la pression, une information judiciaire est ouverte au Luxembourg. André Lussi, PDG de Clearstream, est mis à pied et Clearstream est racheté par le groupe allemand Deutsche Börse, ce qui lui permet de maîtriser les marchés européens de bout en bout. La Deutsche Börse indemnise André Lussi mais maintient les poursuites judiciaires contre Denis Robert en embauchant Richard Malka, avocat de Charlie Hebdo. (entre autres).

De ces développements, Denis Robert tire un second récit, La Boîte noire, et un second film, L'Affaire Clearstream racontée à un ouvrier de chez Daewoo, diffusé par Canal+.

Procédures judiciaires À la suite de la publication du livre Révélation$, Denis Robert et Ernest Backes affrontent 31 procès en diffamation. Les plaintes sont déposées par Clearstream ainsi que par la banque russe Menatep de Mikhaïl Khodorkovski et la Banque générale du Luxembourg dans divers pays dont la France, la Belgique, la Suisse et le Canada.

Procédures en France Clearstream dépose trois plaintes pour diffamation contre Denis Robert, l'une pour son livre Révélation$, la deuxième pour son livre La Boîte noire et la dernière pour le documentaire diffusé sur Canal+ Les Dissimulateurs, tous portant sur les activités de blanchiment d’argent sale de Clearstream . Les trois arrêts de la Cour de cassation sont consultables sur le site de Rue 89..

Le , la du tribunal correctionnel de Paris condamne pour diffamation Denis Robert, à la fois pour son livre et pour le documentaire, qu'il avait réalisé sur les activités de l'institution financière, mais la même chambre avait rejeté la plainte de Clearstream contre La Boite Noire en . Clearstream et Denis Robert font appel des décisions qui leur sont défavorables.

Le , Denis Robert est condamné à de dommages et intérêts pour ses propos dans VSD envers Clearstream. L'écrivain fait appel de cette condamnation invoquant le fait que l'entretien dans VSD était tronqué. Il a par ailleurs gagné tous les procès intentés par Clearstream contre ses entretiens ou articles parus ou diffusés par France 2, Le Point, Le Nouvel Obs ou sur différents sites web.

En 2008, la cour d’appel de Paris condamne Denis Robert dans les trois affaires.

Des pourvois en cassation sont formés par Clearstream qui estime que ces décisions violent la Convention européenne des droits de l'homme, car elles lui interdisent abusivement une action en justice. La société luxembourgeoise estime en effet être dans l'impossibilité de se faire représenter par une personne physique dans cette procédure judiciaire française, puisqu'elle est obligée, conformément à la législation luxembourgeoise, d'être dirigée par un conseil d'administration par nature collégial. Le , le rejet de ces deux pourvois en cassation est demandé par l'avocat général près la Cour de cassation Francis Fréchède. Ce dernier estime que Clearstream aurait pu utiliser la procédure civile, dans laquelle il n'est pas obligatoire d'être représenté par une personne physique pour agir..

Enfin, en , Denis Robert remporte une victoire judiciaire dans les trois affaires devant la Cour de cassation, qui met en avant le sérieux de l’enquête, la liberté d’expression et l’intérêt général. L'arrêt du de la Cour de cassation. « casse et annule en toutes ses dispositions » la décision de la Cour d'appel, rejetant tous les arguments de Clearstream. Les juges observent que « l'intérêt général du sujet traité et le sérieux constaté de l'enquête, conduite par un journaliste d'investigation, autorisaient les propos et les imputations litigieux, la cour d'appel a violé les textes susvisés », annulant les condamnations précédentes de Denis Robert.. La Cour de cassation précise ..

Denis Robert estime que cette décision est également une réponse aux attaques que Richard Malka et Philippe Val ont portées contre lui ..

Procédures au Luxembourg En 2006, Denis Robert est inculpé au Luxembourg pour injure, calomnie et diffamation. La plainte vise la dénonciation dans le livre Révélation$ d'une transaction entre la banque BCCI et la BGL. Denis Robert a qualifié ce transfert d’« illégal », alors qu’une décision d’un tribunal de Luxembourg l’autorisait.

Les soutiens de Denis Robert soulignent que les mêmes plaintes de la BGL ont déjà été déboutées en France à deux reprises. La Cour de cassation a donné raison à la BGL et .

Denis Robert est également poursuivi par Clearstream en même temps que Florian Bourges, ex-auditeur d'Arthur Andersen qui avait utilisé des fichiers de Clearstream et les avait remis à Denis Robert. Ce même don de document vaut à Robert une mise en examen en France pour recel de vol et d'abus de confiance dans le cadre d'une plainte déposée à Paris par Clearstream.

En 2016, il ne reste plus que deux procédures pendantes, toutes les deux en appel : l'une après un jugement favorable à Clearstream (un euro symbolique), l'autre défavorable à la firme (relaxe de Denis Robert). Les juges ont considéré .

Affaire Clearstream 2

En , le trader-informaticien Imad Lahoud, missionné par la DGSE, rencontre, à Metz, Denis Robert pour sa connaissance du système Clearstream. L'écrivain lui remet un listing non falsifié de comptes de Clearstream. Des noms y seront ensuite ajoutés.

En mars-, Denis Robert devient un des protagonistes principaux de l'affaire du corbeau survenue en marge de l'affaire des frégates de Taïwan (dite « affaire Clearstream 2 »). Le , dans Le Point, Denis Robert écrit : « Si on laisse les juges faire leur travail et si le corbeau reste vivant et actif, les révélations vont pleuvoir et le scandale irrémédiablement enfler ». Il veut alors signifier par là que la première lettre du corbeau ne comprenait pas que des invraisemblances et révélait un fonctionnement jusqu'alors caché de Clearstream. Le juge Van Ruymbeke conclut plus tard à une manipulation. À la suite de la plainte et la constitution de partie civile de Nicolas Sarkozy en , l'affaire devient une affaire d'État avec la mise en examen de Jean-Louis Gergorin, ancien dirigeant d'EADS, d'Imad Lahoud, de Florian Bourges et de Denis Robert.

Dans une fin non publiée de son dernier livre La Domination du monde postée sur son blog, il met en scène un « corbeau » écrivant à un juge d'instruction à l'issue d'une vaste enquête d'un journaliste contre une multinationale de la finance.

Le , Edwy Plenel, partie civile dans l'affaire du corbeau (affaire Clearstream 2), met en cause Denis Robert lors de son interrogatoire par les juges d'instruction. Denis Robert lui répond sur son blog, indiquant que Plenel cherchait bassement à régler des comptes personnels.

Le domicile de Denis Robert est perquisitionné le . Le procureur de la République de Paris annonce le avoir requis la mise en examen du journaliste et de son informateur Florian Bourges pour recel d'abus de confiance et pour détention et usage des documents bancaires issus de Clearstream.