Georges MathieuNé Georges Victor Mathieu, dit parfois « Georges Victor Mathieu d'Escaudœuvres ». L'ajout de la mention « d'Escaudœuvres » à son patronyme reposerait sur une question posée par Georges Mathieu lui-même : dans son livre Désormais seul en face de Dieu (1998), mais elle ne figure pas sur sa fiche sur le site de l'Académie des beaux-arts., né le à Boulogne-sur-Mer et mort le à Boulogne-Billancourt , peintre français, est un des pères de l'abstraction lyrique.
Il est également célèbre pour sa pièce de dix francs de 1974, son logotype d'Antenne 2 de 1975, et ses timbres postaux.
Biographie thumb|left|upright=0.8|Maison d'enfance, à Boulogne-sur-Mer.
Débuts Né au sein d'une famille de banquiers, Georges Mathieu (né Georges Victor Mathieu) s'oriente d'abord vers des études de droit, de lettres et de philosophie. Dès 1942, il se tourne vers les arts plastiques et réalise ses premières peintures à l'huile. Il exerce pendant quelques années le métier de professeur avant de se lancer dans une carrière artistique. En 1946, il réalise sa première exposition à Paris au Salon des moins de trente ans.
En 1947, il expose au Salon des réalités nouvelles des toiles à la texture faite de taches directement jaillies du tube, revendiquant la paternité du dripping, technique attribuée à Janet Sobel en 1944 et développée par Jackson Pollock dès 1945, les couleurs étant, dans le cas de Mathieu, écrasées par le doigt de l'artiste dès 1944. Il participe cette même année au Salon des surindépendants.
Années 1950 et 1960 Dès 1950, il expose aux États-Unis et au Japon.
À partir de 1954, il crée une multitude de tableaux, souvent lors de performances ou happenings minutées devant un public, qui mettent en valeur la rapidité et la virtuosité du geste. Ainsi, en 1956 au théâtre Sarah-Bernhardt à Paris, Mathieu, devant près de , crée un tableau de en utilisant au moins 800 tubes de peinture (cette toile intitulée Hommage aux poètes du monde entier disparaît en 1968 lors de l'incendie de son atelier. du 11 bis, avenue Léopold-II..). Outre-Atlantique, la diffusion de ses créations fait l'objet d'entraves importantes. En 1958, à New York, il tente également de créer des œuvres en public, mais cela lui est interdit. Il en vient à peindre en solitaire dans les galeries de son hôtel. Les galeries new-yorkaises refusent de l'exposer. Cette ostracisation de la part des institutions et des galeries américaines durera jusqu'à sa mortAude de Kerros, « Conflits autour de l'art abstrait », La Nouvelle Revue d'histoire, , novembre-décembre 2014, ..
De 1953 à 1962, il est rédacteur en chef de la revue United States Lines Paris Review. En 1963, année de sa « Grande Rétrospective » au musée d'art moderne de la ville de Paris, il accède enfin à la consécration officielle. Entre 1968 et 1969, il créera plusieurs décors dorés pour des céramiques de la Manufacture de Sèvres, et notamment des services de table pour l'Exposition universelle de 1967 à Montréal et l'Exposition universelle de 1970 à Osaka.
Années 1970 En 1973, il réalise son unique œuvre architecturale. À la demande de l'industriel Guy Biraud, fabricant de transformateurs, il dessine les plans d'une usine à Fontenay-le-Comte. L'usine Mathieu qui en résulte est un ensemble original en étoile à sept branches inégales, et dont le pourtour intégralement vitré est vu par l'artiste comme un moyen de lier le lieu de travail à la nature environnante.
Années 1980 À partir de 1980, son œuvre peint témoigne d'une nouvelle maturité où il rompt avec les derniers vestiges de classicisme et abandonne alors la figure centrale, en même temps que sa palette se fait plus vaste. Grâce à la médiation de Paul Facchetti et Rodolphe Stadler, plusieurs rencontres et une correspondance animée ont eu lieu depuis la fin des années 1970 entre Georges Mathieu et Rolf Lauter, conservateur de la galerie de Margarete Lauter à cette époque. L'amitié qui a commencé a ensuite conduit à une vaste rétrospective à Mannheim en 1980 avec plus de 60 œuvres de 1944 à 1979Rolf Lauter, Georges Mathieu: Retrospektive. Bilder, Gouachen, Aquarelle und Zeichnungen aus den Jahren 1944-1979. Galerie Lauter, Mannheim 25. Januar - 19. April 1980. . Cette amitié a abouti à de nombreux projets communs jusqu'en l'an 2000 et à l'invitation de Mathieu à l'Université de Heidelberg pour une conférence célèbreConférence en 1996. Mathieu était enthousiaste à propos de la "ville du romantisme"..
Il meurt le à l'hôpital Ambroise-Paré de Boulogne-Billancourt. Il repose à Paris au cimetière de Montmartre ()Cimetières de France et d'ailleurs.
Distinctions et décorations
(2005) Membre de l'Académie des beaux-arts, élu le au fauteuil d'Alfred Giess. en 1982.
Principales œuvres
1942 : Oxford Street by Night. 1950 : Flamence rouge, Hommage à la mort. 1952 : Hommage au Maréchal de Turenne. 1954 : La Bataille de Bouvines ; Les Capétiens partout, musée national d'art moderne, Paris. 1956 : Couronnement de Charlemagne ; La Bataille de Hastings (voir la genèse de ce tableau). Quatre fresques en hommage au prophète Elie, Centre d'études carmelitaines (Paris). 1957 : La Bataille des Esperous d'or ; Seventh Avenue, peinte à New York et aujourd'hui conservée au musée Unterlinden de Colmar. 1958 : La Bataille de Tibériade. 1959 : Hommage au Connétable de Bourbon ; Le Massacre de la Saint-Barthélemy. 1960 : Le Grand Dauphin 1961 : Saint Georges terrassant le dragon ; réalisation de l’étiquette des vins du château Mouton Rothschild. 1962 mosaïque monumentale sur façade du CNRS au polygone scientifique de Grenobleechosciences-grenoble.fr.. Hommage à Jean Cabot, Musée national des beaux-arts du Québec 1963 : La Victoire de Denain. Hommage à Jean Cocteau, fresque pour la Maison de la radio à Paris. 1965 : Paris, Capitale des arts. 1966 : Tapisserie des Gobelins pour le Salon d'honneur du Pavillon français à l'Exposition universelle de Montréal. 1967 : Hommage à Condillac, faculté des sciences de Grenoble. 1967 : Air France lui commande plusieurs toiles qui illustreront seize affiches pour une campagne publicitaireAffiches qui furent le thème d'une exposition proposée au cours de l'été 1970 en l'église Saint-Étienne d'Azé, à l'initiative du père Gabriel Duru, membre de la communauté de prêtres de Lugny. Une mise en scène qui satisfit l'artiste, qui écrivit : « Cette exposition de mes affiches dans votre église et l'intérêt que vous manifestez à l'endroit de mon œuvre – intérêt que vous avez fait partager aux visiteurs – me touchent infiniment plus que si l'inauguration de ces mêmes affiches avait eu lieu au Metropolitan Museum de New York ou quelque lieu plus prestigieux encore ! ». Source : Vacances culturelles, article de Fernand Nicolas paru dans la revue « Images de Saône-et-Loire » n° 6 d'octobre 1970, pp. 28-29.. Il dessine également les plans de l'usine étoile de Fontenay-le-Comte en Vendée. 1968: il dessine la nouvelle marque de la Manufacture de Sèvres. Mise en service en 1970, elle est toujours utilisée de nos jours pour marquer les pièces de Sèvres. Le dessin reprend le monogramme de Louis XV au double « L », le nom Sèvres, et les deux derniers chiffres de l'année de fabrication de la pièce. 1968 : Hommage aux poètes disparus. 1969 : Hommage à Monsieur Vauban, Colmar, musée Unterlinden. 1971 : L'Élection de Charles Quint. 1973 : l’usine Mathieu à Fontenay-le-Comte ; décors pour Barbe bleue, opéra de Béla Bartók, à la Deutsche Oper Berlin ; sculpture pour le collège de Bourgueil. 1974 : Dessin de la pièce française de dix francs type Mathieu. thumb|Logotype d'Antenne 2 en 1975. 1975 : Conception du nouveau logotype d'Antenne 2Académie-des-beaux-arts.fr.; Édition, par La Poste, du timbre Tapisserie des Gobelins, hommage à Nicolas Fouquet 1976 : Courtray. 1977 : République française, médaille pour La Monnaie de Paris, diamètre , . 1978 : Matta Salums. Batoumi. 1979 : période des œuvres « Stellaires » : L'Astre du jour ; période des « Supersignes » : Ibéride. 1980 : Édition par La Poste du timbre Charles de Gaulle commémorant les 40 ans de L'Appel du 18 juin et les 10 ans de la mort du général de Gaulle. 1980-1982 : sculpture monumentale pour le complexe sportif de Neuilly-sur-Seine. 1981-1985 : À la France, tapisserie des Gobelins. 1982 : Signal pour le CES de Charenton-le-Pont (Val-de-Marne) ; Célébration du feu pour l'École nationale supérieure de céramique industrielle de Limoges (Haute-Vienne), œuvre disparue en 2011 et retrouvée en 2016 ; La Délivrance d'Orléans par Jeanne d'Arc. 1984 : Le Cycle de Saturne, série. 1985 : Conception du trophée des 7 d'or; Le Massacre des 269 Coréens. 1988 : Le Paradis des orages. 1989 : L'Immortalité ruinée. 1991 : Rumeur de paradis.
Le choix des titres Les titres des toiles de Georges Mathieu se rapportent parfois aux mathématiques (Théorème d'Alexandrov), à la physique (Principe de Pauli), ou encore à la logique (Grand syllogisme conjonctif), mais le plus souvent à l'Histoire (La Bataille de Bouvines, Les Capétiens partout, La Bataille de Hastings, Le massacre de la Saint-Barthélemy, L’Élection de Charles Quint, etc.). Plutôt que d'attribuer un numéro à une toile, l'artiste préfère en effet des références par exemple historiques, certes gratuites, mais potentiellement évocatrices..
Genèse d'une œuvre En 1956, Georges Mathieu est invité à réaliser une exposition à Londres, occasion à laquelle il décide de peindre, notamment des tableaux de grand format. L'atelier initialement prévu étant trop exigu, Georges Mathieu s'installe en pleine rue, étalant pinceaux, couleurs et matériel divers à même le sol, captant ainsi l'attention des passants. Le critique d'art Toni del Renzio note alors minute par minute chaque geste, coup de pinceau, changement de couleur, et mouvement de recul du peintre pour mieux saisir l'ensemble... Au bout d'une performance de , la toile de La Bataille de Hastings est achevée.
Cette chronologie rend concrète la genèse d'une œuvre en temps réel. Elle a ainsi permis au public de suivre le déroulement sur la toile de la bataille de Hastings. Le tableau final est une huile sur toile, d'environ , conservée aux Abattoirs de Toulouse.
Publications
; réédité en 2006 aux Éditions Complicités
Le massacre de la sensibilité, Paris, Odilon Media, 1996
Notes et références
Annexes
Bibliographie Patrick Grainville et Françoise Poiret, Georges Mathieu, éditions du château-musée de Boulogne-sur-Mer, 1992 Patrick Grainville et Gérard Xuriguera, Georges Mathieu, Nouvelles Éditions françaises, 1993
Lydia Harambourg, Georges Mathieu, éd. Ides et Calendes, coll. « Polychrome », 2002 ; réédition en 2013 Mathieu, 50 ans de création, éditions Hervas, 2003 Michel Mourlet, « Méditation sur Mathieu », in Une Vie en liberté, éditions Séguier, 2016 Georges Mathieu, monographie, New York & Paris, Galerie Perrotin / Nahmad Contemporary, 2023, .
Filmographie
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