Valentin Van Hassel (1852-1938) est un médecin, hygiéniste et écrivain belge.
Biographie
Valentin Van Hassel est le fils de Victor Van Hassel, médecin vétérinaire, et de Valentine Burlion. Il est né à Pâturages, au cœur du Borinage le .
Après des humanités au collège de Nivelles où il a comme condisciple, Théo Hannon (1851-1916), il s'oriente vers la médecine et s'inscrit à l'Université libre de Bruxelles.
Dès le début de sa deuxième année, étudiant brillant, il réussit son examen et est nommé interne l'année suivante. Pendant sa formation médicale, il fréquente la Société d'anatomie pathologique et collabore à La Presse médicale. Curieux de tout, le jeune Van Hassel découvre les cercles littéraires de la capitale et commence à écrire.
Le retour au pays Docteur en médecine en 1877, il installe son cabinet dans son village natal malgré la proposition de ses maîtres de l'attacher à un hôpital bruxellois. Le président de la faculté lui proposera même une place de professeur pour le cours d’accouchement. Rien n’y fait. C'est que Van Hassel à la fibre sociale, il rêve de soulager les misères. À son retour au pays, il crée Le Cercle médical borain, dont il restera secrétaire perpétuel jusqu'à sa mort.
Il écrira, cinquante ans plus tard : « Un jour, sortant de l’Université et des hôpitaux, je me suis trouvé sur le pavé de mon village, cherchant d’où soufflait le vent et d’où viendraient les malades et les souffreteux, au milieu desquels j’allais passer le reste de mon existence. Dès lors, je fut saisi par les dents d’un engrenage gigantesque, capricieux, tyrannique, qui me tira à hue, qui me refoula à dia et je fus entraîné irrésistiblement dans la ronde des malheureux auxquels j’avais lié ma vie.
C’est dans ces conditions, que le médecin industriel doit s’élever ou tomber. Quand il ne fait que se résigner, et qu’il ne vise pas à améliorer son sort, il déchoit. Ne progresse que celui qui réagit contre les obstacles de son milieu et qui s’efforce de les vaincre. Il faut persister et innover pour donner plus de puissance à la vie et pour travailler ardemment dans la satisfaction du devoir accompli ».
L’éducateur Durant l’hiver 1877, s’est créé à Mons, dans la mouvance du libéralisme progressiste, un "comité de la société d’éducation populaire" : les « Réunions Populaires de Mons et du Hainaut ». Cette association a pour but de participer à l’instruction du plus grand nombre et publie un « Bulletin des réunions populaires de Mons et du Hainaut ». Séduit par ce projet d’éducation permanente, Van Hassel crée dès , un sous-comité à Pâturages.
Lors de la séance inaugurale, il déclare : « Instruire en amusant, tel est le vieux dicton qui pourrait caractériser notre entreprise » . Ce que les réunions populaires entendent « entretenir chez ceux et celles qui ont quitté l’école primaire le goût de la littérature et des sciences et de toutes les connaissances utiles ». Le cercle se donne comme objectif de favoriser « l’amélioration continue de la situation intellectuelle des classes laborieuses » . Instruire et moraliser l’ouvrier sont les maîtres mots de la démarche des sociétés libérales d’éducation populaire. Les séances sont mi-éducatives, mi-divertissantes, les exposés sont entrecoupés d’intermèdes musicaux et suivis de tombolas dont les lots étaient des livres sélectionnés avec attention et qui devaient donner à l’ouvrier le goût de la lecture. Le déroulement des soirées est sensiblement le même dans toutes les sociétés hennuyères. À Pâturages Van Hassel innove, créant un « Cercle des soirées intimes » dans lequel « chacun pouvait venir faire une causerie et s’habituer à parler en public ». Le cercle disparaîtra toutefois en 1891.
Dans un article consacré au Cercle des Réunions Populaires de Mons et du Hainaut, M. Descamps indique, tirant un bilan de leur action : « Cette société qui, par l’ensemble de ses moyens d’action et à travers une période de temps considérable, ressassa les mêmes conseils, propagea les mêmes valeurs morales (ordre, travail et économie…), les mêmes schémas sociaux (harmonie sociale, émancipation individuelle par l’instruction et l'importance du noyau familial…) exerça sans nul doute ceux qui la fréquentèrent une influence morale et sociale réelle ».
Van Hassel donne lui-même de nombreuses conférences. Il aborde des sujets nombreux et diversifiés en s’efforçant d’adopter un langage simple et un style didactique afin probablement de s’adapter à un public peu cultivé. Positiviste, il tente d’expliquer scientifiquement les phénomènes naturels, de communiquer sa foi dans la science de vulgariser les découvertes les plus récentes. Il aborde aussi des sujets pratiques, donnant des conseils d’hygiène ou de secourisme aux ouvriers. Il parlera ainsi des « Secours à donner aux ouvriers en cas d’accident », des « Cimetières et crémation » des « Merveilles du corps humain » ou encore « Des races et de la vie nutritives ». Son discours verse parfois dans le grandiloquent, comme lorsqu’il entame sa causerie par ces mots :
« Il est un principe qui forme la base d’une science regardée aujourd’hui comme la plus positive et la plus avancée, d’une science qui a modifié bien des croyances et bien des philosophies, d’une science d’une vérité si absolue que la justice se base souvent sur les conclusions qu’elle présente, pour rendre ses jugements : cette science, c’est la chimie. Le principe, le voici : Dans la nature, rien ne se crée, rien ne se perd. La matière change de forme, de place, mais reste inaltérée en poids. Niez le principe, vous niez la science. »
Il y a dans de telles phrases une sacralisation de la science, de la culture, du savoir. L’homme qui sait s’adresse avec condescendance au troupeau ignorant que, bon prince, il a accepté d’éduquer.
Tout scientifique et tout progressiste qu’il soit, Van Hassel dérape parfois. En 1881, il déclare au Cercle des réunions populaires de Dour :
« L’homme nègre occupe (…) le rang inférieur. Pur et sans croisement d’autres races, il n’a jamais su créer de sociétés civilisées. Les Mongols avaient des états bien organisés, même les Mongols Américains (sic). Malgré leurs imperfections, malgré leurs vices, les blancs occupent le rang supérieur parmi ces groupes car chez eux, le cerveau s’est amplement épanoui, leur intelligence a pris le développement le plus étendu, et s’est appliquée dans les arts, dans les sciences et dans toutes les branches de l’activité humaine » . Et plus loin : «On ne peut citer de civilisation nègre. Jamais une race inférieure n’a créé de civilisation supérieure (…) Les blancs seuls sont sortis de la sauvagerie ».
Van Hassel cherche à son racisme des causes rationnelles. Il voit dans l’alimentation l’explication des inégalités qu’il croit déceler entre les hommes, affirmant immédiatement après que, si les caractères propres des races ont été forgés par leurs habitudes et leur milieu de vie, ils sont aujourd’hui figés et quasi irréversibles. Il contribue ainsi, peut-être malgré lui, à donner des armes au racisme le plus destructeur, celui qui fonde l’infériorité supposée d’un peuple sur des critères biologiques.
Ces premières activités de Van Hassel sont déjà significatives. Toute sa vie, il se consacrera à de grandes causes sociales que ce soit dans le domaine médical, dans les groupes politiques ou dans ses activités publiques. Son approche sera souvent celle d’un libéral progressiste typique : avancée mais non exempte de paternalisme. Van Hassel rêve d’améliorer l’éducation, le comportement, la qualité de la vie mais aussi le sens moral et l’adhésion à l’ordre établi des travailleurs.
En 1892, sa conduite exemplaire lors de l'épidémie de choléra qui touche la région lui vaut la Croix civique de classe.
Le médecin La médecine le passionne. Dès ses études, où il se distingue comme un étudiant brillant, il participe aux travaux de la Société d’anatomie pathologique dont il assure occasionnellement le secrétariat et collabore à La Presse médicale.
C'est avec Antoine Depage qu'il s'initie à la chirurgie moderne, pratiquant des interventions abdominales à l'aide des techniques les plus récentes. Passionné de technique médicale, il crée en 1892 la revue Les Annales médico-chirurgicales qui deviendront en 1896, le Bulletin officiel de la fédération des syndicats médicaux du Hainaut. Assistant du Docteur Petit, un chirurgien de Pâturages, il lui succède en 1898. Van Hassel se spécialise dans les maladies des femmes. Il fonde à Mons, avec Lecocq et Daubresse, une clinique gynécologique.
Médecin généraliste, il installe son cabinet dans une dépendance de la maison familiale de Pâturages. Fervent moderniste, il y fera installer un appareil de radiographie quelques années à peine après que Antoine Béclère eut mis au point la radiologie médicale.
Van Hassel s'intéressera à la recherche médicale toute sa vie. Il laisse de nombreuses publications scientifiques notamment sur les grands traumatismes, les hernies, la chirurgie de la main, la gynécologie et l'obstétrique.
À la fin du siècle, il est nommé médecin et chirurgien principal de la Caisse commune des charbonnages du Couchant de Mons, poste qu'il occupera durant 35 ans. Depuis les débuts de l’exploitation minière, de nombreux accidents endeuillent la région. Les veuves des mineurs tués sont laissées sans secours. Dès les années 1830, Auguste Visscher, un Directeur à l’administration des mines, tente de pousser les exploitants à créer des caisses communes de prévoyance. En 1840, les directeurs de charbonnages de la région de Mons créent leur caisse. Une partie du salaire des mineurs (1 % en 1847) sert à alimenter la caisse qui offre aussi les services d’un médecin. À partir de 1859, elles devront aussi assurer l’entretien des blessés jusqu’à leur rétablissement ou à une décision les reconnaissant définitivement inaptes au travail. L’affiliation à une caisse sera obligatoire pour les exploitants à partir de 1867.
Le système est cependant décevant ; certains charbonnages refusent de s’affilier tandis que de nombreux abus sont constatés du côté des patrons. Les indemnisations sont faibles, les mesures parfois inappropriées. En 1887, « Un comité permanent pour venir en aide aux victimes des accidents survenus dans les exploitations houillères du couchant de Mons » est créé. Le sénateur libéral Louis Hardenpont en prend la présidence. Son but est de réunir des fonds pour aider directement les victimes. Au début des années 1890, les statuts de la caisse de prévoyance du couchant de Mons sont modifiés, ses revenus sont doublés tandis qu’une caisse nationale est mise sur pied. À cette époque, la situation reste complexe ; pas moins de quatre caisses viennent en aide aux mineurs victimes d’accidents du travail. La loi de 1903 sur les accidents du travail réglementera enfin avec précision les secours à apporter aux mineurs. La majorité des exploitations boraines s’affilient à la Caisse commune d’assurance des charbonnages du couchant de Mons dont les statuts sont déposés le .