La Banque internationale pour Afrique occidentale (BIAO), connue de 1853 à 1901 sous le nom de Banque du Sénégal puis de Banque de l'Afrique Occidentale (BAO) et enfin de 1965 à 1990 sous celui de Banque de l'Afrique occidentale (BIAO), était une banque dont le siège social était à Paris. Pendant la majeure partie de son histoire, elle fut la principale banque commerciale et banque d'émission l'Afrique occidentale et équatoriale française. Après l'indépendance de la plupart des colonies françaises d'Afrique subsaharienne en 1960, la banque resta une institution financière majeure et était présente dans 17 pays africains à la fin des années 1980, lorsqu'elle connut des turbulences financières et fut finalement démantelée dans le cadre d'une restructuration menée par la Banque Nationale de Paris.
Histoire 1853-1901 : Banque du Sénégal
À l’origine se trouve le décret impérial du par lequel Napoléon III fonde au Sénégal une banque de prêt et d’escompte. Société anonyme au capital de F dont l’Empereur approuve les statuts établis par référence à la loi du qui règle le problème des indemnités accordées aux colons à la suite de l’abolition de l’esclavage (Décret d'abolition de l'esclavage du 27 avril 1848) et celle du sur l’organisation des banques coloniales (Cf. Banque de la Réunion, Banque de la Martinique, Banque de la Guadeloupe). Le siège est à Saint-Louis« La Banque de l’Afrique occidentale », in: Le Monde diplomatique, avril 1960, — en ligne. où elle démarre ses activités en 1855. thumb|Bank note issued by Banque du Sénégal 1874 dessiné par Guillaume Cabasson Le capital de 230 000 francs constitué d'actions de 500 francs est constitué par le prélèvement forcé du huitième de l'indemnité accordé aux propriétaires et donc sa répartition est fonction du nombre d'esclaves possédés ou cédés. À Saint-Louis on constate que les négociants européens représentent des chiffres modestes en comparaison des mulâtres et des Noirs. Par rachat de titres, la maison bordelaise Maurel & Prom détient 73% du capital, les autres actionnaires étant cinq maisons dont Teisseire, Beynis, une seule marseillaise celle de Frédéric Bohn et cinq mulâtres.
Banque privée, elle est dotée du pouvoir de l'émission de billets de banque au porteur pour 20 ans renouvelé en 1874. Toutefois, au début, les échanges commerciaux continuent d'être réglés avec les monnaies de commodité ou moyens d'échanges traditionnels: poudre d'or, cauri, barre de fer, thaler de Marie-Thérèse ou piastres d'argent du même poids, pagne de coton, bloc de sel gemme compressé, entre autres.
Elle finance les campagnes des traitants (achat de produits tropicaux, vente de produits manufacturés).
En 1867, elle ouvre une agence à Gorée (transférée à Dakar en 1884) puis en 1899 à Rufisque.
Après 1894, le pouvoir d’émission sera renouvelée d’année en année, le Gouvernement français envisageant la création d’une nouvelle banque pouvant émettre dans les autres colonies d’Afrique. thumb|Building at 78, rue de Provence in Paris, siège social de 1901 à 1911 thumb|Building at 38, rue La Bruyère in Paris, BAO siège social de 1911 à 1940 thumb|Siège social 9, avenue de Messine Paris, de la BAO de la fin de la guerre puis BIAO jusqu'à la liquidation définitive
1901-1965 : la Banque de l’Afrique occidentale (BAO)
Jusqu’à la Première Guerre mondiale thumb|200px|Dakar : Banque de l'Afrique occidentale (années 1900). La crise économique de 1889 à 1899 en Afrique a touché les négociants et la banque. Le Comptoir national d'escompte de Paris (CNEP) qui la refinance en France va jouer les intermédiaire et négocier avec les maisons bordelaises peu actives au-delà de la Guinée pour faire entrer au capital les sociétés marseillaises.
Le par dissolution et apport, elle devient la Banque de l’Afrique occidentale dont les actionnaires sont les maisons bordelaises (60 %), le CNEP (20 %), les Marseillais (20 %) : la Société marseillaise de crédit, Monte et Borelli et la compagnie maritime Cyprien Fabre et Cie. Le siège est transféré de Dakar à Paris, 28 rue de Provence. La banque est banque d’émission, de prêt et d’escompte. Son activité est autorisée au Sénégal, en Guinée française, Côte d’Ivoire, Dahomey, Congo et plus étrangement dans les pays étrangers de la côte occidentale d’Afrique. Henri Nouvion, ancien directeur de la Banque du Sénégal, devient le premier Administrateur-Directeur Général de la Banque de l’Afrique Occidentale. De 1901 à 1919, elle fut la seule banque active en Afrique occidentale française, alors qu'en Afrique équatoriale française, l'activité bancaire était pratiquement inexistante. Des bureaux sont ouverts à Conakry (Guinée) en 1902, à Porto-Novo (Dahomey) en 1903, à Grand-Bassam en 1905, à Grand-Lahou en 1908 et à Assinie en 1911 (Côte d’Ivoire).
Une succursale a également été ouverte à Monrovia en 1904, mais elle n'était pas rentable et la BAO l'a fermée en 1907.
En 1910, dans le but de devenir la banque d'émission de Madagascar, elle changea son nom pour devenir la « Banque de l'Afrique Occidentale et Orientale », mais abandonna ce nouveau nom car le projet ne vit jamais le jour. Parallèlement, elle établit un bureau de représentation à Libreville, un premier pas prudent vers l'Afrique équatoriale française. En 1911, elle acheta un immeuble au 38, rue La Bruyère à Paris et y transféra son siège social. Pendant la Première Guerre mondiale, elle déménagea son siège social à Bordeaux de à , puis revint à Paris.
Au cours de la Première Guerre mondiale, les troupes françaises occupèrent le Cameroun et, en 1917, la BAO demanda l'autorisation ministérielle d'ouvrir une succursale à Douala qui ouvrit finalement ses portes en . En 1918, le privilège d'émission de la BAO fut étendu à l'Afrique équatoriale française ainsi qu'au Cameroun et au Togo, tous deux sous mandat français, et une succursale fut également ouverte à Lomé en . Au milieu de l'année 1920, le privilège d'émission de la banque expira après vingt ans ; les années suivantes, il ne fut renouvelé que sur une base annuelle, puis semestrielle à partir de 1925.Finalement, un nouvel accord fut signé en 1927, ratifié par le Parlement français en 1928-1929 et entra en vigueur le , prolongeant le privilège d'émission de 20 ans (jusqu'en 1949). À cette date, le gouvernement français était devenu un actionnaire minoritaire important, mais il ne nommait pas les dirigeants de la banque. Dans les années 1920, deux nouveaux concurrents font leur apparition : la Banque Française de l'Afrique (BFA, fondée en 1904) et la Banque Commerciale Africaine (BCA, fondée en 1924), ont partiellement érodé le monopole de la BAO sur les activités bancaires commerciales dans la région. La forte détérioration de la situation économique à partir de la fin de l'année 1930, a toutefois conduit à la faillite de la BFA à la fin du mois de et à sa liquidation en 1931, ce qui a à son tour mis la BAO dans une situation financière difficile. Dans la période qui suivit, la BAO se rapprocha davantage du gouvernement et commença à agir davantage comme une banque centrale, jouant un rôle clé dans la restructuration de la BCA en faillite à la fin de 1931.La situation économique a commencé à se redresser au milieu des années 1930.
Entre-deux-guerres vignette|redresse| Billet de la BAO de 5 francs, émis à partir de 1919, dessiné par Henri Bellery-Desfontaines. Dans les années 1920, deux nouveaux concurrents font leur apparition : la Banque Française de l'Afrique (BFA, fondée en 1904) et la Banque Commerciale Africaine (BCA, fondée en 1924), ont partiellement érodé le monopole de la BAO sur les activités bancaires commerciales dans la région. La forte détérioration de la situation économique à partir de la fin de l'année 1930, a toutefois conduit à la faillite de la BFA à la fin du mois de et à sa liquidation en 1931, ce qui a à son tour mis la BAO dans une situation financière difficile. Dans la période qui suivit, la BAO se rapprocha davantage du gouvernement et commença à agir davantage comme une banque centrale, jouant un rôle clé dans la restructuration de la BCA en faillite à la fin de 1931.La situation économique a commencé à se redresser au milieu des années 1930.
Avec le retour à la paix, des succursales s’ouvrent à Lomé (1922), Bamako (1925), Brazzaville (1925), Kaolack (1928), Cotonou (1928), etc. Pendant ce temps, le réseau d'agences de la BAO continua de s'étendre à Bamako en 1925, puis à Brazzaville en Kaolack et Port-Gentil en 1928, Cotonou et Libreville en 1929-1930, et à Pointe-Noire en 1937. En 1935, le siège social de la BAO en Côte d'Ivoire a été transféré de Grand-Bassam à Abidjan. L'agence de longue date de la BAO à Rufisque a été fermée en 1933, et à Saint-Louis, où elle avait démarré ses activités dans les années 1850, en 1936. En 1937, pour la première fois, un ancien fonctionnaire, Georges Keller, devint président de la BAO. À cette date, le gouvernement français détenait 32 % du capital de la banque.
En 1929, le privilège d’émission de la banque est prorogé et étendu à l'Afrique-Équatoriale française, Cameroun et Togo. Son capital est augmenté avec des actions réservées aux gouvernements généraux, des parts bénéficiaires sont créées au profit de l’État qui perçoit une redevance sur la circulation. La BAO devient une société d'économie mixte sur laquelle s’exerce la tutelle d’un Commissaire du gouvernement. En 1937, pour la première fois, un ancien fonctionnaire, Georges Keller, devint président de la BAO. À cette date, le gouvernement français détenait 32 % du capital de la banque.
Seconde Guerre mondiale Début 1940 le siège social est transféré au 9 Avenue de Messine
En, l’Afrique équatoriale se rallie à la France libre sous l’impulsion de Félix Éboué. Le Gouvernement de Vichy supprime le privilège d’émission en AEF par application des lois des 9, et .
En AEF, le est créée la Caisse centrale de la France libre chargée de l'émission monétaire. Le , une ordonnance autorise la CCFL à émettre de la monnaie à partir du . Les billets de la BAO sont surchargés de la Croix de Lorraine ou mentions diverses.
En revanche, la BAO conserve son pouvoir d'émission en Afrique-Occidentale française restée fidèle à Vichy après l’échec de l’Expédition de Dakar menée par les Forces françaises libres ().
Pendant cette période la BNCI, le Crédit Lyonnais et la Société générale développe leur réseau en Afrique. La BAO fait de m^me et ouvre des agences à Magaria en 1943 et à Zinder en 1944, toutes deux situées près de la frontière sud du Niger, puis à Bobo-Dioulasso en , Bangui en 1946 et Fort Lamy (plus tard N'Djamena) en 1950.
Le le Franc CFA100 F. CFA Franc des colonies françaises d'Afrique = 170 F métropole. est créé par décret comme monnaie légale, entre autres, des colonies françaises en Afrique subsaharienneCombat, 26 décembre 1945, — sur Gallica..
Après-guerre
En 1946, l’opposition des députés représentant les territoires africains fait échouer un projet de nationalisation de la BAO.
Le privilège d'émission de vingt ans accordé à la BAO en 1929 a expiré en 1949, déclenchant une nouvelle période de prolongations à court terme et de débats sur l'avenir de l'ordre monétaire dans la région. En 1955, l'entité qui a succédé à la CCFL, la Caisse centrale de la France d'outre-mer (CCFOM), a vu son privilège d'émission en Afrique équatoriale française et au Cameroun transféré à une nouvelle filiale, l'Institut d'Émission de l'Afrique Équatoriale Française et du Cameroun. Le directeur de la CCFOM, André Postel-Vinay, convainquit le gouvernement de Pierre Mendès France de mettre fin simultanément au rôle monétaire de la BAO en Afrique occidentale française et au Togo et de l'accorder à une autre nouvelle institution, l'Institut d'émission de l'Afrique occidentale française et du Togo. La BAO perd définitivement le privilège d’émission.