Le Grand Prix d'Italie 1968 (), disputé sur l'Autodromo nazionale di Monza le , est la cent-soixante-dixième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la neuvième manche du championnat 1968.

Contexte avant la course Le championnat du monde La saison 1968 est la troisième disputée sous la réglementation trois litres pour les monoplaces à moteur atmosphérique, avec également possibilité d'utilisation de moteurs suralimentés, un coefficient deux étant alors appliqué pour la cylindrée (soit un maximum de en cas d'utilisation d'un compresseur volumétrique ou d'un turbocompresseur). La réglementation s'appuie sur les points suivants :

pas de cylindrée minimale cylindrée maximale : si moteur atmosphérique ou si moteur suralimenté poids minimal : (à sec) roues non carénées double circuit de freinage obligatoire arceau de sécurité obligatoire (le haut du cerceau devant dépasser le casque du pilote) démarreur de bord obligatoire carburant commercial obligatoire ravitaillement en huile interdit durant la course distance minimale d'un Grand Prix : 300 km (à l'exception du GP de Monaco) distance maximale d'un Grand Prix : 400 km distance minimale pour être classé : 90% de la distance parcourue par le vainqueur

D'autre part, la Commission Sportive Internationale (CSI) autorise désormais l'apparition de publicité extra-sportive sur les voitures de course, aussi des annonceurs autres que les habituels pétroliers ou manufacturiers pourront-ils figurer sur les carrosseries.

Durement touché par la disparition de Jim Clark au début du printemps, le Team Lotus s'est toutefois maintenu en haut de l'affiche : grâce à ses succès en Espagne et à Monaco assortis de deux secondes places, Graham Hill est en tête du classement provisoire du championnat du monde avec quatre points d'avance sur Jackie Stewart, qui a imposé sa Matra sous la pluie à deux reprises (Pays-Bas et Allemagne), ses pneus Dunlop ayant affiché sur piste détrempée une nette supériorité par rapport aux Firestone et aux Goodyear. L'été 1968 a été particulièrement pluvieux, le Grand Prix de France s'étant également couru dans de très mauvaises conditions ; il s'était conclu par la victoire de la Ferrari de Jacky Ickx, l'un des rares partis avec des pneus «pluie». Le jeune pilote belge figure en troisième position au championnat, avec sept points de retard sur Hill.

Le circuit

Conçu pour les hautes vitesses, l'autodrome national italien fut inauguré en 1922 à l'occasion du II° Grand Prix d'Italie, une épreuve remportée par la Fiat 804 de Pietro Bordino à 140 km/h de moyenne. Combinant un circuit routier de 5,75 kilomètres et un anneau, le tracé développait alors dix kilomètres. Le circuit fut très endommagé au cours de la Seconde Guerre mondiale et, si la partie routière fut réutilisable dès 1948, ce n'est qu'en 1954 que l'anneau de vitesse fut à nouveau opérationnel. L'augmentation des performances aggravant les problèmes de sécurité, le tracé combiné de dix kilomètres n'est désormais plus utilisé pour les courses de monoplaces. Auteur sur sa Lotus d'un tour à près de 234 km/h de moyenne lors de la précédente édition du Grand Prix, Jim Clark détient le record officiel du tracé routierRevue Sport Auto - .

Monoplaces en lice Brabham BT26 "Usine" Secondé par Jochen Rindt, le pilote-constructeur australien Jack Brabham a amené ses trois BT26 à moteur V8 Repco, la troisième voiture faisant office de mulet. Alors que toutes leurs concurrentes ont une structure monocoque, les BT26 ont un châssis multitubulaire renforcé par des panneaux d'aluminium. Elles pèsent environ 520 kg à vide. Pour Monza, elles sont pourvues d'un immense aileron arrière biplan ainsi que d'un petit aileron fixé sur le train avant, ces appendices pouvant être facilement démontés pour revenir à des appendices plus conventionnels (volets avant latéraux et aileron arrière monoplan). Doté de deux doubles arbres à cames en tête, le V8 développe 400 chevaux à 9000 tr/min. Il est accouplé à une boîte cinq vitesses Hewland FG400. Les Brabham sont chaussées de pneus Goodyear. Il fut un moment envisagé de prêter la voiture de réserve à Joakim Bonnier pour cette course, mais les organisateurs italiens ont refusé, Bonnier étant inscrit sur sa McLaren habituelleRevue Sport Auto - .

thumb|upright=1.1|right|alt=Lotus 49B|Trois Lotus 49B à moteur V8 Ford-Cosworth ont été préparées pour Monza. Brabham BT20 privée Rachetée en début d'année par Charles Vögele Racing, l'ancienne Brabham BT20 utilisée la saison précédente par Denny Hulme est une nouvelle fois confiée à Silvio Moser. Motorisée par un V8 Repco à simples arbres à cames en tête, elle pèse 565 kg. Sa puissance est d'environ 315 chevaux. Moser utilise des pneus Goodyear.

Lotus 49B "Usine" Le Team Lotus engage trois 49B pour Graham Hill et Jackie Oliver, épaulés pour la circonstance par le pilote italo-américain Mario Andretti, spécialiste des courses USAC ; le vainqueur des 500 miles d'Indianapolis 1965 effectue ici sa première apparition en Formule 1. Il conduira l'ancienne voiture de Hill, ce dernier disposant de la monoplace accidentée par Oliver à Rouen, comme neuve après avoir été totalement reconditionnée en usine. Les 49B sont motorisées par un V8 Ford-Cosworth DFV, à doubles arbres à cames en tête et quatre soupapes par cylindre, développant 410 chevaux à 9500 tr/min. Boulonné à l'arrière du cockpit, ce moteur, accouplé à une boîte Hewland FG400, est porteur. Les trois voitures sont dotées de volets stabilisateurs sur le capot avant et d'un imposant aileron arrière, appendices qui pourront être facilement démontés s'ils pénalisent trop la vitesse de pointe. Les Lotus sont équipées de pneus Firestone.

Lotus 49B privée La 49B de Rob Walker, dont dispose Joseph Siffert, est techniquement identique aux Lotus officielles mais est légèrement moins puissante (à peine 400 chevaux) car ne bénéficiant pas de la toute dernière évolution du V8 Cosworth. Siffert utilise des pneus Firestone.

thumb|upright=1.2|right|alt=Cooper T86C|Les débuts de la Cooper T86C à moteur V8 Alfa Romeo, destinée à Lucien Bianchi, ont une nouvelle fois été ajournés. Cooper T86B & T86 C "Usine" L'écurie de John Cooper devait initialement aligner une équipe de trois pilotes, Vic Elford et Robin Widdows au volant de T86B à moteur V12 BRM et Lucien Bianchi sur la T86C à moteur Alfa Romeo. Autodelta s'était engagé à fournir au constructeur britannique une version trois litres du V8 de son prototype 33 «Daytona» mais a rompu cet accord, se réservant l'usage exclusif de ce moteur pour sa future 33-3. Bianchi aurait pu remplacer Widdows, forfait car blessé à Snetterton au cours d'une séance d'entrainement à bord de la Mirage M2 et qui souffre d'une vertèbre casséeRevue Moteurs n°69 - 28 septembre 1968 ; sous contrat avec Alfa Romeo, le pilote belge est cependant absent car il a préféré disputer la Coupe des Alpes sur une berline 1750Revue L'Automobile n°270 - novembre 1968. Seul représentant de l'équipe, Elford aura donc le choix entre les deux T86B, dont l'une avec un aileron arrière ajustable en marche. Dotées d'une boîte de vitesses Hewland, les T86B pèsent 545 kg à vide et utilisent des pneus Firestone. Le moteur BRM délivre 385 chevaux à 9500 tr/min.

Honda RA301 & RA302 "Usine" Le constructeur japonais a amené trois voitures : deux RA301 à moteur V12 pour John Surtees et David Hobbs, ainsi qu'un nouvelle version de sa révolutionnaire RA302 à moteur V8, dont le premier exemplaire avait été totalement détruit à Rouen. Récemment achevée, la monoplace de Hobbs a une coque légèrement affinée et pèse une dizaine de kg de moins que celle de Surtees, qui accuse 550 kg sur la balance. Alimenté par injection indirecte, Le V12 Honda, à doubles arbres à cames en tête et 48 soupapes, développe désormais 430 chevaux à 11000 tr/min ; c'est le plus puissant du plateau. D'une conception radicalement différente (châssis avec éléments en magnésium, moteur V8 refroidi par air), la RA302 ne pèse que 500 kg à vide. Le moteur développe également 430 chevaux, obtenus dès 10500 tr/min. L'aileron arrière est implanté derrière le cockpit. Il est nettement moins volumineux que celui monté sur l'essieu arrière des RA301. Les Honda utilisent des pneus Firestone.

Ferrari 312/68 "Usine" La Scuderia Ferrari a particulièrement soigné la préparation de son épreuve nationale, pratiquant plusieurs séances d'essais libres sur l'autodrome italien quelques jours avant les sessions officielles. Comme à Oulton Park deux semaines auparavant, Derek Bell fait partie de l'équipe officielle, au côté de Chris Amon et de Jacky Ickx. Ils pilotent des 312/68 équipées d'ailerons arrière mobiles, avec possibilité d'inclinaison de vingt degrés à la demande du pilote par l'intermédiaire d'un levier agissant sur un câble, le freinage ou l'utilisation d'un des trois premiers rapports de vitesse déclenchant automatiquement cette inclinaison. La voiture de réserve (un modèle de l'année précédente désormais aux spécifications 1968) comporte également ces dispositifs. Les moteurs V12 comportent deux doubles arbres à cames en tête commandant 48 soupapes et développent 410 chevaux à 11000 tr/min. Les modèles 1968 pèsent 505 kg à vide (510 kg pour la version antérieure, moins affinée). Les Ferrari sont chaussées de pneus Firestone.

thumb|right|upright=1.2|alt=Eagle T1G|Ayant décidé de mettre fin à son activité de constructeur F1 pour se consacrer aux épreuves USAC, Dan Gurney pilotera pour la dernière fois son Eagle T1G. BRM P126 & P133 & P138 "Usine" Pedro Rodríguez étrenne la nouvelle P138, évolution de la P133 ; les principales différences avec le précédent modèle portent sur la coque, plus fine, sur les triangles de suspension et surtout l'usage d'une boîte cinq vitesses réalisée en interne, remplaçant la boîte Hewland. La P138 pèse 505 kg à vide, contre 520 à la P133 qui fait maintenant office de mulet. Très déçue par les précédentes prestations de Richard Attwood, l'équipe de Bourne a décidé de le remplacer par Bobby Unser, récent vainqueur des 500 miles d'Indianapolis, qui hérite du volant de la P126, modèle techniquement identique à la P133. Les trois voitures sont animées par un moteur V12 d'environ 400 chevaux. Longtemps dépourvues d'appendices aérodynamiques, les BRM arborent maintenant un aileron arrière et de mini volets à l'avant. Rodríguez et Unser utilisent des pneus Goodyear.

BRM P126 & P261 privées Au sein du Reg Parnell Racing, Piers Courage dispose de son habituelle BRM P126, identique à celle d'Unser mais chaussée de pneus Dunlop.

Eagle T1G "Usine" Au début du printemps, le pilote-constructeur Dan Gurney avait repris à son compte le montage des V12 conçus par Weslake après avoir débauché deux des meilleurs techniciens du motoriste. Les moteurs Eagle Mk1A n'ont cependant pas fait preuve de fiabilité au cours de l'année 1968, et malgré une puissance au banc atteignant 410 chevaux à 10500 tr/min, ont été loin de se montrer performants en piste, leur mise au point s'avérant délicate. Focalisant ses efforts sur les monoplaces USAC, récompensés par un doublé à Indianapolis, Gurney a cependant honoré sa participation à Monza en amenant son Eagle T1G, qu'il utilisera probablement pour la dernière fois, Bruce McLaren ayant accepté de lui louer une de ses monoplaces pour les dernières courses de la saison. Pesant 525 kg à vide, l'Eagle est chaussée de pneus Goodyear.

thumb|upright=1.3|right|alt=Matra MS10|Une Matra-Ford MS10 lors d'une manifestation historique. McLaren M7A "Usine"