Philippe le Tétrarque, ou Collectif, La Nouvelle Bible Segond - Edition d'étude, Bibili'o, 01/01/2002., ou simplement Philippe, est le fils d'Hérode le Grand et de Cléopâtre de Jérusalem.
Il règne avec le titre de tétrarque, de 4 av. J.-C. à 34 ap. J.-C. sur les districts du nord (Transjordanie). Selon Flavius Josèphe, il était tétrarque de Batanée, de Gaulanitide, de Trachonitide, de l'Auranitide et des parties du domaine de Zénodore dans la région de Panias.
La capitale de ces territoires est appelée Césarée de Philippe, chez Flavius Josèphe comme dans les Évangiles, pour ne pas la confondre avec Césarée maritime. Elle est aussi appelée Panéas ou Banéas chez les auteurs antiques, un nom que la ville actuelle porte toujours.
Il épouse sa nièce Salomé, fille d'Hérodiade et Hérode fils d'Hérode. Il est parfois confondu avec le Hérode, fils d'Hérode, et mari d'Hérodiade, que l'évangile selon Marc et l'évangile selon Matthieu appellent Philippe.
Biographie Origine Philippe le Tétrarque est le fils d'Hérode le Grand avec sa cinquième femme Cléopâtre de JérusalemChristian-Georges Schwentzel, Hérode le Grand, Pygmalion, Paris, 2011, 213.. Le fait que sa mère soit née à Jérusalem ne veut pas dire qu'elle était juive. Elle paraît plutôt issue d'une famille phénicienne ou ituréenne hellénisée, comme l'indiquerait son nomNikkos Kokkinos, op. cit, 1998, 235-236.. Flavius Josèphe indique qu'il a été élevé à Rome, comme plusieurs autres fils d'HérodeFlavius Josèphe, Antiquités judaïques, , , 3.. Philippe aurait donc hérité de territoires en lien avec les origines de Cléopâtre.
L'héritage d'Hérode À la mort d', le territoire de son royaume est partagé par Auguste entre trois des fils d'Hérode Hérode Antipas, Hérode Archélaüs, Philippe, ainsi que sa sœur Salomé. Philippe obtient « la Batanée, avec la Trachonitide et l’Auranitide, une partie de ce qu’on appela le domaine de ZénodoreFlavius Josèphe, Antiquités judaïques, , , 4.Gilbert Picard, « La date de naissance de Jésus du point de vue romain, 805. »Christian-Georges Schwentzel, "Hérode le Grand", Pygmalion, Paris, 2011, 181 et 186.. Pour l'essentiel, Auguste a respecté le nouveau testament d'Hérode rédigé à peine cinq jours avant sa mort, après l'exécution d'Antipater, l'héritier qu'il avait désignéChristian-Georges Schwentzel, Hérode le Grand, Pygmalion, Paris, 2011, .. Contrairement à ce qu'il prescrivait, Archélaüs n'obtient toutefois pas le titre de roi.
Le domaine de Philippe a pour capitale Césarée de Philippe, appelée ainsi chez Flavius Josèphe comme dans les Évangiles, pour ne pas la confondre avec Césarée maritime. Elle se situe au pied du mont Hermon, à la limite nord du Golan. Elle s'appelait Panéas ou Banéas. Philippe la renomme Césarée, pour en faire sa capitaleChristian-Georges Schwentzel, Hérode le Grand, Pygmalion, Paris, 2011, 210.. Il refonde aussi Bethsaïde, au nord du lac de Tibériade, sous le nom de Julias en l'honneur de la fille d'Auguste.
La tétrarchie de Philippe Les territoires sur lesquels Philippe a exercé son autorité sont peuplés de façon composite. Les Juifs y semblent minoritaires à part en quelques endroitsE. Mary Smallwood, The Jews Under Roman Rule, 181. : La Gaulanitide avec notamment la ville fortifiée de Gamala d'où Juda le Galiléen était originaire ; La région frontière avec le nord de la Galilée dont la ville principale est Bethsaïde (nommée Julias par Philippe, pour complaire à l'empereur) ; La Batanée qui a été confiée à des Juifs par Hérode le Grand vers 9 - 6 av. J.-C.E. Mary Smallwood, The Jews Under Roman Rule, 97-98., après qu'il eut tué un important prince arabe lors d'une de ces incursions en Nabathée, ce qui avait rendu furieux l'empereur Auguste. Les habitants de cette colonie militaire juive sont appelés « les Babyloniens » par Flavius Josèphe. Pour Mary Smallwood, « les sujets de Philippe étaient en grande partie des gentils qui devaient l'accepter à cause de ses mérites ».
À la différence de son demi-frère Hérode Antipas, Philippe n'a pas hésité à faire frapper des monnaies avec des représentations faciales , violant ainsi la Torah. Pour Christian-Georges Schwentzel, cela pourrait refléter le fait que ses territoires sont des « régions mixtes où se côtoient Juifs, Nabatéens, Ituréens et citoyens des cités grecques »Christian-Georges Schwentzel, Hérode le Grand, Pygmalion, Paris, 2011, 211-214..
Règne et mort
Le pays semble avoir été apaisé après l'installation des Juifs « Babyloniens » de Batanée. Le de Philippe semble avoir maintenu la paix et l'harmonie dans ses territoires et il n'y a aucun indice qu'il ait eu à faire face à une recrudescence de désordres internes ou de violences.
Philippe meurt à Julas en 34, il se fait enterrer dans un somptueux tombeau. La date de la mort de Philippe le tétrarque est assez bien établie. Outre la mention de Flavius Josèphe qui la situe en 34, une monnaie frappée par Philippe en 33 (la année de son règne), montre qu'il n'est pas mort avant cette dateChristian-Georges Schwentzel, Hérode le Grand, Pygmalion, Paris, 2011, 212..
Il n'a pas d'héritierChristian-Georges Schwentzel, Hérode le Grand, Pygmalion, Paris, 2011, 215.. « Il s'était marié à sa jeune nièce Salomé fille d'Hérode, fils d'Hérode le Grand et de ». Selon Christian-Georges Schwentzel, son épouse était peut-être trop jeune pour avoir d'enfant. D'après lui, Salomé ne devait guère être âgée de plus de onze ou douze ans, à la mort de son premier époux. Toutefois pour Étienne Trocmé, Salomé pourrait avoir vingt ans au moment de l'exécution de Jean le BaptisteÉtienne Trocmé, L'évangile selon Marc, éd. Labor et Fides, Genève, 2000, 175..
Crise de succession après la mort de Philippe thumb|300px|Le partage du royaume d':
Sa mort en 34 ouvre une crise de succession, qui déclenchera une guerre (été ou automne 36) entre son frère Hérode Antipas et , le roi des Nabatéens (cap. Pétra)Christian-Georges Schwentzel, Hérode le Grand, Pygmalion, Paris, 2011, 217.. Jean le Baptiste sera une des victimes de la guerre d'influence que se livrent alors les différents prétendants au pouvoir sur ces territoires. En effet, celui-ci semble fermement opposé à ce que ces territoires reviennent à Hérode Antipas et dispose clairement d'un poids politique dans tout ou partie de la tétrarchie de Philippe. Il avait d'ailleurs commencé à rassembler ses partisans. Ainsi, selon Flavius Josèphe:
« Des gens s'étaient rassemblés autour de lui, car ils étaient très exaltés en l'entendant parler. Hérode (Antipas) craignait qu'une telle faculté de persuader ne suscitât une révolte, la foule semblant prête à suivre en tout, les conseils de cet homme. Il aima donc mieux s'emparer de lui avant que quelque trouble se fût produit à son sujet, que d'avoir à se repentir plus tard, si un mouvement avait lieu, de s'être exposé à des périls. »
Comme toujours, cette opposition était assise sur des arguments religieux, particulièrement efficaces pour rassembler les Juifs à cette époque dans cette région. Les Évangiles retiennent un de ces arguments qui rendaient les gens « très exaltés en l'entendant parler ». Il disait à Hérode Antipas : « Il ne t'est pas permis d'avoir la femme de ton frère ». En effet, pour mieux asseoir sa prétention à la succession de son frère, Antipas voulait épouser Hérodiade, descendante des Hasmonéens, mais aussi la femme d'Hérode fils de et de et par conséquent demi-frère, encore en vie, d'Antipas.
Philippe le Tétrarque est donc le premier mari de cette Salomé qui, selon les Évangiles, séduit Hérode Antipas en dansant, et demande comme récompense la tête de Jean Baptiste pour faire plaisir à sa mère HérodiadeÉtienne Trocmé, L'évangile selon Marc, éd. Labor et Fides, Genève, 2000, 172.Christian-Georges Schwentzel, Hérode le Grand, Pygmalion, Paris, 2011, .. Cet épisode, que les Évangiles placent avant la Passion, est inconnu de Flavius Josèphe.
Selon Flavius Josèphe, dans l'affrontement qui l'oppose à , l'armée d'Hérode Antipas est « taillée en pièces à cause de la trahison de transfuges qui, tout en appartenant à la tétrarchie de Philippe, étaient au service d'Hérode (Antipas) ». Cette trahison est intervenue « en juste vengeance de Jean surnommé Baptiste (Jean Baptiste) »Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, , , 1. qui venait d'être exécuté par Hérode Antipas.
Le peuple voit dans la défaite des armées d’Antipas contre un châtiment divin sanctionnant le meurtre du Baptiste.
Confusion avec le premier mari d'Hérodiade De nombreux auteurs rapportant la Tradition chrétienne ou influencés par elle, indiquent que le premier mari d'Hérodiade serait Philippe, le tétrarque de trachonitide mort en 34, sujet de cet article. Cette affirmation semble soutenue par les mentions des évangiles selon Marc et Matthieu qui indiquent qu'Hérodiade est « la femme de Philippe »Kokkinos, Nikkos 'The Herodian Dynasty: Origins, Role in Society and Eclipse', Journal for the Study of the Pseudepigrapha Supplement Series, 1998, Sheffield Academic Press, Sheffield, 233.. Toutefois lorsqu'on étudie Flavius Josèphe, il est clair que celui qui se marie avec Hérodiade est un fils qu'Hérode le Grand a eu avec , la fille du Grand prêtre, c'est-à-dire la fille de Simon Boëthos. Cet « Hérode, fils d'Hérode », qui n'est jamais appelé Hérode Philippe chez Flavius Josèphe, a été complètement déshérité par Hérode le Grand, peu de temps avant de mourirChristian-Georges Schwentzel, Hérode le Grand, Pygmalion, Paris, 2011, ., Herod Antipas: A Contemporary of Jesus Christ (Zondervan, 1983), page 132 - 134.Voir aussi, par exemple: E. Mary Smallwood, "Behind the New Testament", Greece & Rome, Second Series, Vol. 17, No. 1 (Apr., 1970), 81-99.. Chez Flavius Josèphe, le fils d'Hérode le Grand qui devient tétrarque de Batanée et de Trachonitide et qui se prénomme en effet Philippe, a pour mère la cinquième épouse d'Hérode: Cléopâtre de Jérusalem et pas . Il a pour épouse Salomé, la fille d'Hérodiade et non pas sa mère. De ce mariage aucun enfant ne naîtra, ce qui est cohérent avec la mention de Flavius Josèphe selon laquelle Philippe le Tétrarque est « mort sans enfant ». Pour Nikkos Kokkinos « l'obstination de nombreux théologiens, à se référer à comme « Hérode Philippe » est sans valeur ».
Toutefois, contrairement à ce qui est parfois écrit, les évangiles ne contiennent pas cette confusion, celle-ci pourrait-être intervenue lors d'interprétations ultérieures. En effet, l'évangile selon Luc qui est le seul qui parle du tétrarque Philippe, dit que Philippe, le frère d'Antipas était « tétrarque d'Iturée et de Trachonitide ». Il appelle « Hérode », le « tétrarque de Galilée », c'est-à-dire Hérode Antipas. Il ne comporte pas la mention selon laquelle Hérodiade est « la femme de Philippe », alors que les évangiles selon Marc et selon Matthieu qui contiennent cette mention, ne contiennent aucune référence au tétrarque Philippe.
Il n'existe aucune preuve contemporaine que Philippe le Tétrarque ait utilisé le nom « Hérode Philippe » comme un titre dynastique, comme cela s'est produit avec ses frères Hérode Antipas et Hérode Archélaos. Toutefois son nom de naissance était Philippe ben Hérode. Nikkos Kokkinos affirme même : « Aucun illusoire Hérode Philippe n'a jamais existé »Kokkinos, Nikkos 'The Herodian Dynasty: Origins, Role in Society and Eclipse', Journal for the Study of the Pseudepigrapha Supplement Series, 1998, Sheffield Academic Press, Sheffield, 266.. L'étude du monnayage de Philippe confirme qu'il n'a pas utilisé le nom d'Hérode. L'usage de celui-ci pouvait être un privilège accordé par l'empereur à Hérode Archélaos, puis à partir de sa destitution en 5/6 à Hérode Antipas. Ce nom pouvait faire fonction de titre dynastique, une maigre consolation pour ne pas avoir été reconnu comme « roi » par l'empereurChristian-Georges Schwentzel, Hérode le Grand, Pygmalion, Paris, 2011, ..