vignette|droite|Stand de l'Arménie au salon du livre de Paris en 2012.
La littérature arménienne proprement dite se développe parallèlement à la poésie de l'Arménie, pays et culture. Les deux sont très liées, et leur histoire connaît plusieurs âges d'or et plusieurs courants littéraires : l'historiographie du , la poésie du , et la « révolution littéraire arménienne » du . Cet article retrace le fil de l'histoire de la littérature arménienne, et de ce qu'elle est actuellement.
La langue arménienne est utilisée par environ d'Arméniens en Arménie et près de dans la diaspora. D'autres langues (russe, anglais, français, kurmandji, etc.) peuvent être utilisées dans les deux situations. vignette|Manuscrit arménien, ,. vignette|Bible arménienne, .
Durant la longue antiquité tardive et le moyen-âge, les religieux chrétiens utilisent également, au moins à l'écrit, l'araméen, la koinè (grec, puis grec médiéval dit byzantin), le syriaque, avant que les traductions des textes et commentaires passent à l'arménien, devenant langue liturgique et de culture. Pour des raisons évidentes d'histoire politique mouvementée, les élites arméniennes utilisent aussi le moyen perse puis le turc ottoman.
Littérature arménienne jusqu'au vignette|Page d'un manuscrit de Histoire de l'Arménie de Moïse de Khorène (Movsês Korenatsi).
Quand l'Arménie devient chrétienne, et quand elle invente son propre alphabet — vers 405 grâce au moine Mesrop Machtots —, la littérature arménienne commence à se développer. Au , cette littérature se présente sous forme d'historiographie : Moïse de Khorène, dont la vie reste méconnue, écrit une magistrale Histoire de l'Arménie, relatant l'histoire de son pays jusqu'à son époque ; son œuvre est un mélange d'histoire et de légendes comme celle d'Haïk. Parallèlement, Agathange écrit lui aussi une Histoire de l'Arménie.
Au cours du haut Moyen Âge en général, la littérature arménienne est peu connue, et on ne dispose de presque aucun livre de cette époque. Mais, à partir de la fin du , les romans, et plus particulièrement la poésie, se développent considérablement. Certains poètes jouissent d'une grande renommée, dont Grégoire de Narek (Krikor Narekatsi en arménien). Tous ces écrits sont religieux ou influencés par la religion. Les haïren (quatrains) de Nahapet Koutchak, par leur philosophie de vie provocatrice et leur thématique charnelle, ouvrent les voies à la modernité de la poésie la plus libre.
La littérature en Arménie est, au cours de la Renaissance et des , peu abondante. Seul Sayat-Nova (1712-1795) semble émerger comme l'unique troubadour de toute la Transcaucasie, véritable pont entre les cultures.
Liste d'auteurs arméniens anciens
Sahak Parthev (338-439) () Basile de Césarée (329, 379) Éphrem le Syriaque (306-373) Sahak Ier Parthev (338-439)
vignette|droite|150px|Movses Khorenatsi dans un manuscrit du Mesrop Machtots (362-440), théologien, inventeur de l'alphabet arménien, dit Saint Mesrop Moïse de Khorène (né vers 410, mort vers 490), Movses Khorenatsi, historien, Fauste de Byzance, historien Agathange, historien, Histoire de l'Arménie Élisée le Vardapet (415-470/475), Yeghishe, historien Korioun (380 ? - 450 ?), historien Eznik de Kolb (380-390 - 450-455), Yeznik de Kolb Lazare de Pharbe (384-484), Ghazar Parpetsi, historien
Moyen Âge Histoire de l'Arménie, Arménie perse (428-646) Histoire de l'Arménie médiévale, Bagratides (), Arménie zakaride (1201-1260), Royaume arménien de Cilicie (1080-1375)
Haut Moyen Âge (-) Korioun (380c-450c), Vie de Machtots Yéghichê Vardapet (415c-475c), Histoire de Vardan et de la guerre arménienne' Lazare de Pharbe (442c-500c), Lettre à Vahan Mamikonian, Histoire de l'Arménie Agathange, Histoire des Arméniens/Histoire et vie de saint Grégoire Fauste de Byzance, Histoire de l'Arménie Davit Anhaght (~470-~550), philosophe néo-platonicien Sébéos, Histoire d'Héraclius Sébéos (autour de 645), auteur de traités Anania de Shirak (610-685), Anania Shirakatsi, géographe Davtak Kertog, poète Komitas d'Aghdsk (?-628), poète religieux, catholicos de 615 à 628 , auteur de traités, Histoire du Taron Khosrovidoukht de Goghtn, hymnographe Stépanos de Siounie (685-735) Sahakdoukht de Siounie, poétesse, musicienne, hymnographe Khosrovidoukht de Goghtn, poétesse, musicienne, hymnographe Hovhannès III d'Odzoun (~650-728) Ghévond (~730-~790), historien, Histoire des guerres et des conquêtes des Arabes en Arménie vignette|droite|150px|Armenian manuscript, 887 Thomas Arçrouni, historien, Histoire de la maison des Arçrouni Esayi Abu-Muse, hymnographe Évangile Vekhamor (?) Évangile de la reine Mlké (862)
Hovhannès V de Draskhanakert (?-929), Histoire d'Arménie Movsès Kaghankatvatsi (~900-?), historien, Histoire de l'Aghbanie Khosrov d'Andzev (~902-~964) Ananias Ier de Moks (~900-~967) Oukhtanès de Sébaste (935-1000~), Histoire en trois parties Grégoire de Narek (945~-1010~) Évangiles d'Etchmiadzin (989)
Moyen Âge central () et Moyen Âge tardif ()
Grégoire Magistros (990-1059), savant Grégoire de Narek (945/951-1003/1010), Livre de lamentation (vers 1005) Stépanos Taronetsi, historien (Histoire universelle), conteur Aristakès Lastivertsi (1002-1080), historien-chroniqueur, Histoire d'Arménie (ou Récit des malheurs de la nation arménienne) Hovhannès Sarkavag (1047-1129), Histoire, Commentaires Samuel d'Ani Anesti (1100c-1180c), chroniqueur, Chronique universelle Khatchatour Taronetsi (1100c-1184c), musicien, musicologue, poète Nersès IV Chnorhali (1102-1173), Le Grand Lettré, Le gracieux, catholicos, hymnes, prières, poèmes Mathieu d'Édesse (?-1144), poète et chroniqueur, ZhamanakagrutyunChronique de Mathieu d'Édesse (962-1136), continuée par Grégoire le prêtre Nersès de Lampron (1153-1198), religieux, discours, correspondance, hymne, etc.
Mkhitar d'Ani (?-?), Histoire universelle (1178c-1239c), chroniqueur (?) Vardan Aygektsi (1180c-1250c), fabuliste Hovhannès Vanakan (1181-1251), Histoire de l'invasion tatare, Au sujet du début de la nouvelle année, Commentaire des tables des canons, Livre de questions Vardan Areveltsi (1200-1271), historien, géographe, chroniqueur, philosophe, Histoire universelle, Analyse des saintes Écritures, Géographie Kirakos de Gandzak (1200-1271), historien, Histoire des Arméniens (Պատմություն Հայոց) Smbat le Connétable (1208-1276c), chroniqueur, juriste, Chronique du Royaume de Petite-Arménie Mkhitar Goch (actif en 1210-1213), fabuliste, juriste Mkhitar d'Ayrivank (1222-1290), Histoire chronologique, Théorie du calendrier Frik (1230c-1310, Frédéric), poète (Jean d'Erzinjan) (1230-1293), poète, philosophe Héthoum de Korikos (1240?-1308), historien, Fleur des histoires de la terre d'Orient Stépanos Orbélian (1250c-1305c), historien, Histoire de Siounie Grégoire d'Akner (ou d'Akants) (1250-1335), Histoire de la nation des Archers (1290-1350), poète, scribe Grégoire de Tatev (1346-1409) (?-?), historien
Thomas de Metsop (1378-1446), historien, Histoire générale de Timour Leng et de ses successeurs, Mémoires, De l'éducation de la jeunesse non scolarisée (1394-1470), peintre, poète, prêtre (1450-1535)
Renaissances et époque moderne Histoire des Arméniens dans l'Empire ottoman (1524-1923), Arménie perse (1639-1828), Arménie russe (1826-1917)
Nahapet Koutchak (1500-1592c), poète/achik
(1590c-1670), historien, (vers 1620-1683), prêtre, poète, historien Naghach Hovnatan (1671-1722), poète, peintre, chanteur, ménestrel/achik
Abraham III de Crète (?-1737), chroniqueur (1683-1768), poète, musicien, savant Sayat-Nova (1712-1795), poète, roi des chansons, nouveau Saâdi Michael Chamchian (1738-1823), historien , historien
Histoire des Arméniens dans l'Empire ottoman (1524-1923), Arménie perse (1639-1828), Arménie russe (1826-1917)
Au cours du se produit une sorte de « révolution littéraire arménienne » dont Raffi (Hakob Mélik Hakobian de son vrai nom) est le principal représentant. Les romans ne ressemblent plus à des apologétiques ou à des panégyriques ; les auteurs utilisent l'arménien courant, et leurs histoires sont plus « libres » (les auteurs sont la plupart du temps des intellectuels libres-penseurs). Surtout, les romans arméniens sont en grand nombre à cette époque. Ils se modernisent considérablement.
(1795–1834) Khatchatour Abovian (1809-1848, Hovsep Shishmanian) Léonce Alishan (1820–1901) Tserents (1822–1888) (1823–1904) Gabriel Soundoukian (1825–1912) (1826–1917) (1826–1885, Abgarios l'Aîné) Meguerditch Béchiktachlian (1828–1868), poète, dramaturge, éducateur Michael Nalbandian (1829–1866) (1830–1892) (1831-1874).., éducateur, activiste, humoriste (1832–1886, Abgarios le Cadet), traducteur, dictionnairiste (1832–1891), réformateur, politique (1833-1898, Hovhannes Balıkçıyan) Krikor Odian (1834–1887) Raffi (1835-1888) (1837–1907, Hovhannes Ter-Arakelian) (1838–1917), poète Ghazaros Aghayan (1840–1911) Tovmas Terzian (1840–1909), poète, dramaturge, éducateur Hagop Baronian (1843-1891) Reteos Berberian (1848–1907) Arpiar Arpiarian (1851–1908) Haygag, journaliste, activiste, romancier Bedros Tourian (1851–1872) (1854–1908), Gevorg Marzpetuni (1896) Alexander Shirvanzade (1858-1935) (1859–1915), éducateur, réformateur (1860–1935), agronome, enseignant, éditeur (1860-1937, Sargis Mubayeajian), Tjvjik Léo (1860–1932, Arakel Babakhanian) Tlgadintsi (1860–1915) Krikor Zohrab (1861-1915) (1862–1915), intellectuel, écrivain, activiste Diran Kélékian (1862–1915), journaliste, intellectuel (1865–1917) Avetis Aharonian (1866-1948) (1866–1955), éducateur, éditeur (1867–1947), écrivain, politique, éditeur Nar-Dos (1867-1933), journaliste, poète Lévon Pachalian (1868–1943), journaliste, traducteur, nouvelliste, romancier, politique Yervant Odian (1869–1926), journaliste, satiriste, dramaturge Hovhannès Toumanian (1869-1923) Levon Shant (1869-1951, Léon Chanth, Seghbosian) Eroukhan (1870–1915) (1871–1966), traducteur, poète Zaruhi Kalemkaryan (1871–1971), poétesse, essayiste, philanthrope Ardachès Haroutiounian (1873–1915), journaliste, poète, traducteur, intellectuel Teotig (1873–1928) Roupen Zartarian (1874-1915) (1875-1947) Vahan Térian (1875-1920) Avetik Issahakian (1875-1957) Chouchanik Gourguinian (1876-1927). Marie Beylerian (1877–1915), enseignante, féministe Siamanto (1878-1915) Zabel Essayan (1878–1943), romancière, traductrice, professeure de littérature Vahan Tékéyan (1878–1945) Hagop Oshagan (1883–1948) Kégham Parseghian (1883–1915), enseignant, écrivain Daniel Varoujan (1884–1915), poète, revuiste, intellectuel Roupen Sévag (1885–1915), médecin, écrivain, intellectuel Vahan Térian (1885–1920) Misak Metsarents (1886–1908) Hrand Nazariantz (1886–1962)
Pour l'Arménie occidentale, l'histoire des Arméniens dans l'Empire ottoman (1524-1923) se termine en cataclysme : Mouvement de libération nationale arménien (1862-1922), massacres hamidiens (1894-1897), génocide arménien (1915-1923). Hors Arménie, c'est aussi la Journée de commémoration du génocide arménien qui se déroule de manière catastrophique pour les élites arméniennes intellectuelles de Constantinople (et d'Arménie occidentale) : rafle des intellectuels arméniens du 24 avril 1915 à Constantinople.
L'Arménie orientale, autrefois Arménie perse (1502-1828), devient en 1828 Arménie russe (dans la vice-royauté du Caucase), avec guerre russo-turque de 1877-1878, russification et Campagne du Caucase (1914-1918), puis république démocratique d'Arménie (1918-1920) (avec les voisines éphémères : république fédérative démocratique de Transcaucasie, dictature de Caspienne centrale, avec la guerre arméno-turque (1920) et l'invasion de l'Arménie par l'Armée rouge (1920)), enfin la république socialiste soviétique d'Arménie (1920-1991). La longue présence russe, avec russification et soviétisation, influence fortement la société arménienne et la production artistique et littéraire arménienne, pour le meilleur parfois.