thumb|Locomotive abandonnée (, Dübs & Co. 1880) au , dans la plus grande mine à ciel ouvert d'Europe (Corta Atalaya), reste de l'exploitation minière de Rio Tinto, Espagne.

Rio Tinto est un groupe minier multinational anglo-australien, principalement implanté en Australie, où se trouve l'un de ses deux sièges sociaux (à Melbourne, l'autre étant à Londres), et en Amérique du Nord. Si le groupe est présent dans de nombreux pays et sur tous les continents, ses actifs miniers se concentrent principalement en Australie et au Canada.

Le groupe détient des actifs bruts d'une valeur de de dollars, à travers un réseau complexe d'entreprises et de filialesRio Tinto Chartbook , mars 2009, Rio Tinto Group, consulté 2009-04-08. Depuis le rachat d'Alcan et la création de Rio Tinto Alcan, l'aluminium constitue la première activité du groupe en volume : il génère environ 40 % du chiffre d'affaires en 2008. Le fer représente quant à lui 28 % du chiffre d'affaires, et Rio Tinto est, avec BHP Billiton et Vale, l'un des trois groupes qui dominent le marché mondial pour ce minerai. Parmi les autres domaines d'activité du groupe figurent notamment le charbon et le cuivre.

L’histoire de la société est marquée par plusieurs scandales environnementaux. Le premier a lieu en Espagne dès 1888, sur le premier site, la mine de Rio Tinto. Un mouvement social éclate à la suite des pollutions engendrées par la calcination du minerai en plein air et par l'ensemble des conditions de travail. Il est réprimé sévèrement. Deux scandales plus récents font particulièrement parler d'eux : les pollutions sur l’île de Bougainville dans les années 1980, puis la destruction en en Australie de grottes aborigènes préhistoriques parmi les plus anciennes de ce continent. À la suite de ce scandale, la controverse est mondiale et le directeur général de l’entreprise est contraint à la démission.

Histoire de la société Création de l'entreprise thumb|left|Le nom de la société provient de la rivière Río Tinto, qui est devenue rouge, en raison d'une pollution historique (drainage minier acide, causé par l'exploitation très ancienne de mines, probablement dès l'Antiquité). thumb|left| Hugh Matheson, qui a organisé l'achat des mines de Río Tinto en Espagne, fut le premier président de la société. thumb| La mine à ciel ouvert de Río Tinto a été l'un des sites d'abord exploité en Espagne par le groupe Rio Tinto. thumb|État de la mine dans les années 1980. thumb|La pyrite a été l'un des principaux produits exploités par les premières mines de Río Tinto, non sans dégrader l'environnement.

La société est fondée en 1873, quand un consortium multinational d'investisseurs se forme pour acheter la mine de Río Tinto située sur le fleuve Río Tinto, mine qui appartenait au gouvernement espagnol. Les acheteurs de la mine sont conduits par un riche industriel Hugh Matheson (Matheson's Matheson and Company), qui crée un consortium ad hoc composé de la Deutsche Bank (56 % des parts), de la société de Matheson (24 % des parts), et de la compagnie de chemins de fer Clark, Punchard and Company (20 % des parts).

Lors de la vente aux enchères de la mine, en pleine crise politique (le , quatre jours après la création de la république d'Espagne), le consortium emporte tout le complexe minier avec une offre de seulement Livres sterling (soit de pesetas), s'avérant par la suite comme étant très inférieure à la valeur réelle de la mine. L'offre comporte une clause précisant que le gouvernement espagnol renonçait définitivement à tout droit de réclamer des redevances sur la production de la mine. Peu après l'achat de la mine, le syndicat créé une société industrielle nommée Río Tinto, inscrite au registre espagnol des sociétés le .

Prise de contrôle britannique, les teleras et la fusillade de 1888 En 1888, la branche britannique de la famille Rothschild prend le contrôle de l'entreprise, qui a alors déjà grandement accru la portée de ses opérations minièresCharles E. Harvey (1981) ; The Rio Tinto Company: an economic history of a leading international mining concern (La société Rio Tinto : histoire économique d'un de groupes miniers dominant dans le monde), Voir page 188.

Le , peu après l’arrivée d'un nouveau directeur général, William Rich, une manifestation de mineurs et d’agriculteurs protestant contre les fumées des teleras (système de calcination du minerai en plein air) et les conditions de travail misérables est réprimée par l’armée. Bien que le Gouvernement central et la Compagnie taisent en partie l’événement, on estime à plus de deux cents le nombre de morts. Ces faits sanglants sont connus dans la province de Huelva sous le nom d’« année des fusillades » (año de los tiros).

Les teleras étaient pratiquées dans la zone depuis le début du siècle mais, avec l’arrivée des Anglais, cette pratique s’intensifie considérablement au point que l’on estime qu’étaient ainsi calcinées par an. La situation avait un certain écho au niveau national, et dans la province la population se divisait entre « fumistes » (humistas), qui soutenaient leur utilisation comme symbole de progrès, et « antifumistes » (antihumistas), qui critiquaient l’énorme pollution (de fait, les fumées dégagées par les teleras polluaient l’ensemble de la région, et étaient parfois visibles dans la sierra de Séville, et même à Ayamonte et au Portugal). C’est pourquoi, dès 1877, les premières plaintes sont envoyées au gouvernement de Cánovas del Castillo. Elles aboutissent à la publication d’un arrêté du , qui ne fait qu’accorder de faibles indemnisations des dommages causés aux cultures, légalisant ainsi d’une certaine manière l’usage de ces calcinations, en dépit des décès de travailleurs qu’elles causent (décès que les médecins de la Compagnie attribuent à des maladies congénitales).

Les municipalités, quant à elles, tentent d’interdire ces pratiques. Mais le Gouvernement, sous l’influence de la Compagnie et des journaux conservateurs comme La Provincia, abroge systématiquement les arrêtés municipaux.

Le niveau du mécontentement est tel que propriétaires terriens et journaliers, que la pollution prive de leurs moyens d'existence, s’unissent aux protestations ouvrières et « environnementales » des mineurs. C’est ainsi que le de cette année 1888, une manifestation emmenée par un anarcho-syndicaliste cubain, Maximiliano Tornet, se présente à la mairie de la localité pour remettre une série de revendications, parmi lesquelles la fin des calcinations en plein air.

Le , une grève commence dans le bassin minier, qui conduit le Gouverneur civil à cantonner à Huelva deux compagnies du régiment du général Pavía commandées par le lieutenant-colonel Ulpiano Sánchez. Le jour suivant, malgré les tentatives de médiation de la Guardia Civil, de incidents violents se produisent. La municipalité et le gérant de la Compagnie, William Rich, n’acceptent aucune négociation et alertent probablement la capitale afin qu’elle envoie l’armée à Rio Tinto.

Le au matin s’organise une nouvelle manifestation, à laquelle se joignent des habitants de la ville proche de Nerva et des zones limitrophes, et une délégation se présente à la mairie pour exposer leurs revendications. La place de la Constitution de la localité est pleine de travailleurs, de femmes et d’enfants et on estime qu’il y avait douze mille manifestants. Il s’agit d’une manifestation pacifique, mais, sans que l’on n’ait jamais su exactement par qui, l’ordre est donné aux soldats de Pavía d’ouvrir le feu sur la foule. Les soldats achèvent ensuite les blessés à coups de baïonnettes.

On ne sait pas ce que sont devenus les corps, vraisemblablement ensevelis sous des décombres de la mine. Ces faits tragiques, même si leur ampleur est en partie étouffée, causent un scandale national et international. Ces manifestations de peuvent être considérés comme faisant partie des premières manifestations écologistes, dans l'économie capitaliste en cours d'internationalisation.

Développement mondial de la société avant la Première Guerre mondiale Pour autant, la société continue de se développer et de s'enrichir à travers une longue série de fusions et acquisitions pour se placer parmi les plus importantes sociétés au monde dans la production de nombreux matériaux de base, dont l'aluminium, le minerai de fer, le cuivre, l'uranium, le charbon et les diamants : extraction, spéculation sur ces métaux, raffinage de ces métaux.

De 1877 à 1891, la mine de Rio Tinto devient le premier site mondial d'extraction de cuivreStevens, Horace Jared The Copper Handbook (Guide du cuivre), Ed : Horace J. Stevens, 1908, vol 8, Pages 1547.

De 1870 jusqu'à la Première Guerre mondiale, la société s'emploie à exploiter pleinement cet immense gisement de Rio Tinto, mais commence également à créer d'autres activités d'expansion ou d'exploration hors d'Espagne. Les nouveaux actionnaires britanniques construisent des installations de transformation, innovent dans les techniques d'exploitation et élargissent le spectre de leurs activités minières. Le groupe fait alors partie d'un cartel qui contrôle la production du cuivre et de pyrite et les prix du marché dans le monde, ce qui lui assure une réussite financière constante jusqu'en 1914.

Après la Première Guerre mondiale

La Première Guerre mondiale se déclenche et a pour conséquence d'éliminer les États-Unis comme marché viable pour les pyrites européennes, ce qui conduit à une nette baisse d'activité de l'entreprise dans le monde, mais de nouveaux marchés s'offrent, dopés par les besoins en métaux des armées européennes, puis - après-guerre - de la reconstruction.

En 1925, Sir Auckland Geddes, Geddes, succède à Lord Alfred Milner en tant que président du groupe. Geddes et sa nouvelle équipe de direction décident de diversifier davantage les investissements de l'entreprise et en réforment la stratégie commerciale. Geddes conduit le groupe à créer une série de coentreprises avec des clients dans le domaine du développement de nouvelles technologies et pour l'exploration et l'exploitation minière hors de l'Espagne. L'investissement le plus important pour l'entreprise a peut-être été l'achat de concessions et mines de cuivre en Rhodésie, qu'elle a fini par consolider en créant la Rhokana Corporation.

Ces efforts de diversification permettent à l'entreprise de se départir du gisement de Rio Tinto en Espagne, alors que - dans les années 1950 - le gouvernement nationaliste de Franco rendait de plus en plus difficile l'exploitation de ressources naturelles « espagnoles » au seul bénéfice de sociétés étrangères. Le groupe Rio Tinto Company avait alors, soutenu par ses investissements internationaux, les moyens de céder les deux tiers de ses activités en Espagne en 1954, puis le reste au cours des années suivantes.

Poursuite du développement international au Comme beaucoup de grandes sociétés minières, le groupe Rio Tinto continue à procéder à des séries de fusions-acquisitions, et son actionnariat évolue aussi. En , Rio Tinto rachète, pour USD, le producteur canadien Alcan. Il devient ainsi le numéro un mondial de l'aluminium devant le russe Rusal et l'américain Alcoa. La nouvelle entité créée prend le nom de Rio Tinto Alcan.