La messe stationnaleCaeremoniale episcoporum (1984), n. 119Présentation générale du Missel romain, 203 (site: https://www.ceremoniaire.net)Cérémonial de la Sainte Messe selon le missel de par André Philippe M. Mutel. ou messe stationale.Louis Duchesne, Origines du culte chrétien: Études sur la liturgie latine avant Charlemagne, Paris, 1920, . est une célébration de la messe censée représenter l'action de toute l'Église locale.
Le Concile a déclaré : « L’évêque doit être considéré comme le grand prêtre de son troupeau ; la vie chrétienne de ses fidèles découle et dépend de lui en quelque manière. C’est pourquoi tous doivent accorder la plus grande estime à la vie liturgique du diocèse autour de l’évêque, surtout dans l’église cathédrale ; ils doivent être persuadés que la principale manifestation de l’Église réside dans la participation plénière et active de tout le saint Peuple de Dieu, aux mêmes célébrations liturgiques, surtout à la même Eucharistie, dans une seule prière, auprès de l’autel unique où préside l’évêque entouré de son presbyterium et de ses ministres.».
Spécificité
L'expression « messe stationnale » s'applique également à cette messe dans les différentes formes rituelles sous lesquelles elle a été célébrée à travers les siècles aussi bien au Moyen Âge qu'aujourd'hui.
Le premier des Ordines Romani décrit comment on célébrait à Rome, vers la fin du ou le début du ., « la messe stationnale, celle que célébrait le pape en personne, dans les grandes réunions liturgiques où tout le clergé et tous les fidèles étaient convoqués et même censés présents. [...] La différence tenait au caractère de l'assistance. Aux messes des chapelles, des cimetières, des titres presbytéraux, et même des grandes basiliques, hors des jours de station, il n'y avait qu'une assistance privée, une famille, une corporation, un groupe quelconque de fidèles indigènes ou de pèlerins. La messe était une messe privée. La messe publique, c'était la messe stationale, celle à laquelle toute l'église romaine était censée prendre partLouis Duchesne, Origines du culte chrétien: Études sur la liturgie latine avant Charlemagne, Paris, 1920, ».
À la fin du et au commencement du on applique le même terme à la messe de rite romain dans son actuelle forme post-. Dans les successives éditions du Cérémonial des évêques, à partir de celle de 1984 on décrit la messe stationnale comme cette principale manifestation de l'Église locale, qui se réalise lorsque l'Évêque, en tant que grand prêtre de son troupeau, célèbre l'Eucharistie, surtout dans la cathédrale, entouré de ses prêtres et ministres, avec la participation pleine et active de tout le saint peuple de Dieu. Cette messe, dite stationnale, révèle l'unité de l'Église locale et la diversité des ministères autour de l'évêque et de la sainte Eucharistie. Il faut donc qu'y soit convoqués le plus grand nombre possible de fidèles, que les prêtres concélèbrent avec l'évêque, les diacres fassent leur ministère, les acolytes et les lecteurs exercent leurs fonctionsPraecipua manifestatio Ecclesiae localis habetur quando Episcopus, ut sacerdos magnus sui gregis, Eucharistiam celebrat praesertim in ecclesia cathedrali, a suo presbyterio et ministris circumdatus, cum plenaria et actuosa participatione totius plebis sanctae Dei. Quae Missa, stationalis nuncupata, et unitatem Ecclesiae localis et diversitatem ministeriorum circa Episcopum sacramque Eucharistiam manifestat. Ad eam proinde quamplurimi fideles convocentur, presbyteri cum Episcopo concelebrent, diaconi ministrent, acolythi et lectores su munere fungantur (Caeremoniale Episcoporum (1984, 1985, 1995), n. 119, ).
Messes stationales dans la Rome médiévale
Dans la Rome médiévale il existait deux formes de la messe stationnale, la festive et la pénitentielle. Dans la forme festive, qu'on célébrait le matin, le pape arrivait dans une procession d'apparat mais non liturgique : à cheval ou en sella gestatoria, accompagné par les représentants principaux du clergé et ses ministres, et précédés par un grand calice orné de bijoux et une grande patène, un précieux évangéliaire et l'épistolier et divers autres objets liturgiques en or et en argent. Parfois, pendant le voyage, il acceptait des pétitions qui lui venaient présentées soit en les concédant soit en les confiant à ses officiers. Dans la statio pénitentielle célébrée l'après-midi des jours de jeûne, tout le monde, y compris le pape, se réunissait dans une église désignée comme lieu de rassemblement, appelée la collecta. Après l'oraison appelée oratio ad collectam ou simplement collecta, une procession publique s'est formée qui au chant des litanies menait à l'église stationnale, où on célébrait la messeJean Mabillon, Museum italicum, seu Collectio veterum scriptorum ex bibliothecis italicis, Paris, 1689, , pp. xxxiii–xxxivShawn Tribe, The Stational Liturgies of the Roman Church dans Liturgical Arts Journal, l3 Grancolas, Commentaire historique sur le breviaire romain (Paris, 1727), , .
Le mot latin statio, qui peut indiquer un poste militaire, monter la gardeCharlton T. Lewis, Charles Short, A Latin Dictionary, statio, était utilisé par les premiers chrétiens pour désigner un jeûne religieux. Dans le Pasteur d'Hermas, œuvre chrétienne en langue grecque écrite à Rome au début du , on trouve inséré dans le texte grec ce mot latin : « Pourquoi es-tu venu ici de si grand matin ? — C'est que, seigneur, je fais statio. — Qu'est-ce que cette statio ? dit-il. — Je jeûne, seigneur, dis-jePasteur d'Hermas, LIV, 1–2. Νηστεύων καὶ καθήμενος εἰς ὅρος τι καὶ εὐχαριστῶν τῷ κυρίῳ περὶ πάντων ὧν ἐποίησε μετ’ ἐμοῦ, βλέπω τὸν ποιμένα παρακαθήμενόν μοι καὶ λέγοντα· Τί ὀρθρινὸς ὧδε ἐλήλυθας; Ὅτι, φημί, κύριε, στατίωνα ἔχω. Τί, φησίν, ἐστὶ στατίων; Νηστεύω, φημί, κύριε (Constantinus Tischendorf, Hermas Pastor Graece ex fragmentis Lipsiensibus instituta quaestione de vero Graeci textus Lipsiensis fonte, Lipsia, J. C. Hinrichs, 1856, ».
Ambroise de Milan (339-397) interprète les jeûnes des chrétiens au sens figuré par rapport à leur lutte contre les mauvais esprits : « Nos jeûnes sont nos camps, qui nous défendent des attaques du malin, et nous les appelons stations, parce que nous nous assistons debout (stantes) et persévérant en eux, nous rejetons les pièges des ennemisCastra enim nobis sunt nostra ieiunia, quae nos a diabolica oppugnatione defendunt. Denique stationes vocantur, quod stantes et commorantes in eis, inimicorum insidias repellamus (Sermo XXI. De Quadregesima V, 1, PL 17, ).. La même métaphore se retrouve chez Tertullien (vers 155 - vers 220), tant dans l'ouvrage Ad uxoremAd uxorem, liber II, IV, 1 que dans De oratione, où il explique : Statio de militare exemplo nomen accipit, nam et militia Dei sumus (« statio tire son nom du monde militaire, puisqu'en fait nous sommes l'armée de Dieu »)De oratione, XIX, 5.
« Statio en vint finalement à désigner une liturgie solennelle célébrée par le pape ou son délégué, soit dans l'une des basiliques, soit, avec le culte croissant des martyrs, dans un cimetièreArchdale Arthur King, Liturgy of the Roman Church (Longmans, Green and Company, 1957), ».
Cérémonial
LOrdo Romanus I décrit le cérémonial de la messe stationnale festive célébrée à la Basilique Sainte-Marie-Majeure le jour de Pâques vers la fin du ou le début du .Victor Saxer, Saint-Marie-Majeure : Une basilique de Rome dans l'histoire de la ville et de son église ( (Publication de l'École française de Rome, 2001), Chapitre quatrième. La liturgie papale du haut Moyen Âge à Saint-Marie-Majeure La messe commence par la procession de la sacristie à l'autel. À l'arrivée au sanctuaire de l'église, deux acolytes présentent au pape dans une sorte de châsse ouverte les sancta, un fragment de pain consacré provenant d'une messe précédente. Le pape incline la tête en signe de respect avant d'en choisir combien utiliser dans le rite de limmixtio après le Pater nosterAdriano Duarte Rodrigues, "Quelques aspects de la reforme carolingienne du rituel eucharistique. Les cas exemplaires de la "fractio" et l'"immixtio"" dans Revista da Faculdade de ciências sociais e humanas (Universidade Nova de Lisboa), 1994, Revue Bénédictine, (1889), Helmut Hoping, My Body Given for You: History and Theology of the Eucharist (Ignatius Press 2019), Michael Kunzler, La liturgia della Chiesa (Editoriale Jaca Book, 2003), , . All'arrivée à l'autel le pape donne le baiser de paix à un des sept évêques cardinaux attachés à la basilique du Latran, à un des prêtres et à chacun des sept diacres régionnaires, et il baise l'évangéliaire (mis sur l'autel avant la messe) et l'autel. Après la lecture de l'Épître et de l'Évangile (cette-ci faite avec grande solemnité), on fait la collecte des pains au levain et du vin, dont la quantité nécessaire pour le sacrifice est disposée sur l'autel. À conclusion de l'embolisme du Pater noster, le pape dit Pax Domini sit semper vobiscum (« La paix du Seigneur soit toujours avec vous »), en mettant dans la coupe un morceau des sancta, c'est-à-dire le pain présanctifié (rite qui s'appelle limmixtio). Et on échange le baiser de paix. Alors le pape enlève un morceau d'un des trois pains de son offrande personnelle et le laisse sur l'autel; il place le reste sur la patène (un plateau assez grand pour contenir plusieurs pains levés), et il se retire sur son siège. On met les autres pains dans des petits sacs tenus par les acolytes, qui les apportent aux évêques et aux prêtres qui les rompent au chant de lAgnus Dei quand le pape en donne le signal. En attendant ce moment, le « nomenclatorUn fonctionnaire chargé des invitations. En latin classique, « esclave chargé de nommer les citoyens à son maître au fur et à mesure des rencontres et surtout en période électoral, lors d'un candidature (Gaffiot, Félix (1934) Dictionnaire illustré Latin-Français, Hachette)»» et le « vicedominus » (le majordomme) s'approchent du pape, auxquels le pape dicte les noms des invités à la table pontificale ou du « vicedominus », et qui ensuite préviennent les personnes invitées. Après lAgnus Dei et la fraction du pain, un diacre porte la patène au pape, qui en recevant la communion fait encore une immixtio des sancta, en disant : Fiat commixtio et consecratio corporis et sanguinis Domini nostri Iesu Christi accipientibus nobis in vitam aeternam. Pax tecum. Et cum spiritu tuo.
Évidemment, le cérémonial d'environ l'an 700 n'était pas tout à fait identique à celui des périodes antérieures ou postérieures. Un siècle plus tôt, aux temps du pape , le peuple répondait au chant du KyrieEncyclopédie théologique (Migne 1957), . « Mais dans Ordo I la schola cantorum le chante seule, et le peuple ne font rien. Il y a eu un développement, et dans le sens habituel romain, éliminant progressivement la participation active du peuple au culte public.». De même, le peuple ne se joigne pas au chant de lAgnus Dei.
Jochen Schmidt observe que à un moment donné du développement du rite romain la première immixtio dont parle lOrdo Romanus I a été quasi absorbée par la seconde et dans la messe de lOrdo IV, il n'y a plus dimmixtio à la Pax Domini sit semper vobiscum. Il n'y a que le deuxième rite de mélange avant la communion du calice du pape, et le premier rite dimmixtio n'a jamais traversé les AlpesJochen Schmidt, Das fermentum und der Ordo Romanus Primus : Die Fortsetzung eines Rituals der Einheit? ()