Le Grand Prix d'Italie 1955 (), disputé sur le circuit de Monza le , est la quarante-huitième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la septième manche du championnat 1955.
Contexte avant le Grand Prix Le championnat du monde Depuis 1954, les épreuves retenues pour l'attribution du titre mondial des conducteurs se disputent suivant la réglementation 2,5 litres (moteur atmosphérique ou suralimenté, carburant libre) de la Formule 1, à l'exception des 500 Miles d'Indianapolis, courus selon l'ancienne formule internationale.
Amputé de quatre manches à cause de l'interdiction provisoire de la compétition automobile sur circuit dans plusieurs pays d'Europe après le dramatique accident des 24 Heures du Mans, le championnat est totalement dominé par l'équipe Mercedes, dont les monoplaces n'ont été battues qu'à deux reprises depuis son retour en compétition l'année précédente. Victorieux à trois reprises cette saison, Juan Manuel Fangio est déjà assuré de conserver son titre mondial, devant son coéquipier Stirling Moss, qui à l’occasion de son Grand Prix national a remporté sa première victoire en championnat. En début d'année, la Lancia et son premier pilote Alberto Ascari semblaient en mesure de contester la suprématie des machines allemandes, mais le champion italien s'est tué le lors d'essais privés à Monza, entraînant la retraite sportive de Lancia, qui le a cédé tout son matériel de compétition (dont six monoplaces de F1) à la Scuderia Ferrari.
Le circuit
thumb|left|alt=Autodromo Nazionale Monza|Vue aérienne de l'autodrome de Monza. Créée en 1922, la piste de Monza, située à vingt kilomètres au nord de Milan, est l'une des plus rapides d'Europe. Jusqu'en 1939, les Grands-Prix s'y couraient sur la combinaison du circuit routier et de l'anneau de vitesse. Endommagé pendant la guerre, le circuit fut reconstruit en 1948, donnant naissance au tracé routier de 6,3 kilomètres, l'anneau de vitesse étant alors abandonné.
Pour 1955, de gros travaux ont été entrepris : le circuit routier est raccourci de 550 mètres (les deux lignes droites parallèles sont réduites, raccordées par la nouvelle courbe 'Parabolique', remplaçant l'ancienne courbe sud), et l'anneau de vitesse a été entièrement reconstruit. Le Grand Prix se court désormais sur l'ensemble des deux pistes, la boucle de dix kilomètres combinant les 5,75 km du routier aux 4,25 km de l'anneau. Sur un tour, les voitures passent deux fois devant les tribunes, la large ligne droite étant divisée en deux chaussées séparées par des cônes de caoutchoucL'année automobile 1955-1956 - éditeur : Edita S.A., Lausanne.
Monoplaces en lice Mercedes-Benz W196 "Usine" thumb|upright=1.1|left|alt=Mercedes-Benz W196|Une Mercedes W196 carénée à châssis long. Le constructeur allemand a engagé quatre W196, dans des configurations différentes, le nouveau circuit de Monza n'ayant encore jamais été expérimenté. Deux sont à carrosserie enveloppante, favorisant l'aérodynamisme : une classique à châssis long (empattement de 2350 mm) identique aux versions utilisées en 1954, et une version à empattement moyen (2210 mm) disposant d'une carrosserie encore plus profilée, avec possibilité d'essayer différents nez. Les deux autres monoplaces sont à carrosserie ouverte, une à empattement long, l'autre à empattement moyen. Les premiers essais sont censés déterminer la configuration idéale, l'usine pouvant à tout moment expédier rapidement un autre châssis en cas de nécessité. Ces voitures disposent d'un moteur à huit cylindres en ligne alimenté par injection directe et à distribution desmodromique, d'une puissance de 290 chevaux à 8500 tr/min. La boîte de vitesses ZF est à cinq rapports, et les modèles présents en Italie disposent tous de quatre freins à tambour montés "inboard". Le poids à vide est de 690 kg pour les versions ouvertes, les versions carénées affichant une trentaine de kilos supplémentaires. On retrouve ici la même équipe de pilotes qu'à Zandvoort, Juan Manuel Fangio étant épaulé par Stirling Moss, Karl Kling et Piero Taruffi.
Ferrari 555 "Usine" Profitant de la vente de Lancia, au bord de la faillite, à un groupe d’industriels italiens, Enzo Ferrari a pu récupérer l'ensemble du matériel de compétition de la marque, dont six monoplaces de F1, qu'il va pouvoir désormais engager à son propre compte. Subventionnée par Fiat, la Scuderia Ferrari dispose donc d'un arsenal considérable et a amené sept voitures à Monza, dont quatre 555 Supersqualo . Elles sont confiées à Mike Hawthorn, Maurice Trintignant et Umberto Maglioli, le quatrième châssis étant en réserve. Pesant environ 625 kg, ces monoplaces sont équipées d'un moteur à quatre cylindres en ligne développant 250 chevaux à 7500 tr/min .
thumb|upright=1.1|alt=Lancia D50|Une Lancia D50 lors d'une manifestation historique. Lancia D50 (Scuderia Ferrari) Ferrari engage trois des six Lancia D50 dont il dispose depuis fin juillet. Inchangées depuis le Grand Prix de Belgique, date de sa dernière apparition en course, la D50 dispose d'un moteur V8 développant 260 chevaux. Très compacte, elle se distingue par ses réservoirs latéraux entre les roues et pèse moins de 600 kg. Les pneus Englebert, fournisseur officiel de la Scuderia Ferrari, ont remplacé les pneus Pirelli d'origine. Deux de ces voitures sont confiées à Eugenio Castellotti et Luigi Villoresi, ex-pilotes officiels Lancia, la troisième étant pilotée par Giuseppe Farina.
Maserati 250F "Usine" L'usine a engagé six 250F, dont une nouvelle version carénée, avec réservoirs latéraux, confiée à Jean Behra. Les cinq autres sont attribuées à Roberto Mieres, Luigi Musso, Carlos Menditeguy, Peter Collins et Horace Gould. Ces voitures disposent d'un moteur six cylindres en ligne développant près de 270 chevaux à 7600 tr/min dans leur dernière évolution, pour un poids de l'ordre de 620 kg. L'Américain John Fitch dispose pour sa part de la 250F personnelle de Stirling Moss.
Gordini T16 & T32 "Usine" thumb|upright=1.1|left|alt=Gordini T32|La Gordini T32, à moteur huit cylindres. En plus des deux anciennes T16 confiées à Hermano da Silva Ramos et Jacques Pollet, Amédée Gordini engage pour la première fois en course son nouveau modèle T32 à moteur huit cylindres en ligne. Cette voiture, qui a effectué ses premiers tours de roue en juillet à Montlhéry aux mains de Fangio, est en phase de dégrossissage : elle pèse plus de 800 kg et son moteur ne délivre encore que 225 chevaux au banc, pour plus de 250 annoncés. Robert Manzon en est le pilote pour cette course.
Vanwall VW55 "Usine" Le doublé obtenu à Snetterton (hors championnat) par l'équipe Vanwall en juillet (victoire d'Harry Schell devant Ken WhartonRevue Inter Auto Sport n°418 - 18 août 1955) a encouragé Tony Vandervell à engager deux voitures à Monza, aux mains des mêmes pilotes. Ces monoplaces sont équipées d'un moteur quatre cylindres à injection, développant 250 chevaux à 7000 tr/min, et pèsent 570 kg à vide.
Arzani-Volpini F1 Luigi Piotti est engagé à titre privé sur une ancienne Maserati Milano de 1950, modifiée par les petits constructeurs Arzani et Volpini et rebaptisée à leurs noms. La puissance de cette voiture, pesant environ 630 kg, est de l'ordre de 200 chevaux.
Coureurs inscrits + Liste des pilotes inscrits Pilote Écurie Constructeur Modèle N° châssis Moteur Pneumatiques 2 Giuseppe Farina Scuderia Ferrari Lancia Lancia D50 0005 Lancia V8 4 Eugenio Castellotti Scuderia Ferrari LanciaFerrari Lancia D50Ferrari 555 0002555-4 Lancia V8Ferrari L4 6 Mike Hawthorn Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 555 555-1 Ferrari L4 8 Maurice Trintignant Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 555 555-3 Ferrari L4 10 Luigi Villoresi Scuderia Ferrari Lancia Lancia D50 0004 Lancia V8 12 Umberto Maglioli Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 555 555-2 Ferrari L4 14 Piero Taruffi Daimler Benz AG Mercedes-Benz Mercedes-Benz W196 W196-15 Mercedes-Benz L8 16 Stirling Moss Daimler Benz AG Mercedes-Benz Mercedes-Benz W196 (carénée) W196-9 Mercedes-Benz L8 18 Juan Manuel Fangio Daimler Benz AG Mercedes-Benz Mercedes-Benz W196 (carénée) W196-2 Mercedes-Benz L8 20 Karl Kling Daimler Benz AG Mercedes-Benz Mercedes-Benz W196 W196-6 Mercedes-Benz L8 22 Hermano da Silva Ramos Équipe Gordini Gordini Gordini T16 35 Gordini L6 24 Robert Manzon Jean Lucas Équipe Gordini Gordini Gordini T32 41 Gordini L8 26 Jacques Pollet Équipe Gordini Gordini Gordini T16 32 Gordini L6 28 Roberto Mieres Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F 2516 Maserati L6 30 Luigi Musso Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F 2501 Maserati L6 32 Peter Collins Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F 2515 Maserati L6 34 Carlos Menditeguy Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F 2502 Maserati L6 36 Jean Behra Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F (carénée) 2512 Maserati L6 38 Horace Gould Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F 2514 Maserati L6 40 John Fitch Stirling Moss Maserati Maserati 250F 2508 Maserati L6 42 Harry Schell Vandervell Products Vanwall Vanwall VW55 VW2 Vanwall L4 44 Ken Wharton Vandervell Products Vanwall Vanwall VW55 VW4 Vanwall L4 46 Luigi Piotti Privé Arzani-Volpini Arzani-Volpini F1 ? Maserati L4
Qualifications Les essais ont lieu les jeudi, vendredi et samedi précédant la course. Seules les séances du vendredi et du samedi sont prises en compte pour les qualifications, la journée du jeudi se déroulant uniquement sur l'anneau de vitesse afin de permettre aux concurrents d'adapter les voitures à cette nouvelle portion très rapide, comportant deux virages relevés à 38 degrés. La séance du jeudi a lieu entre neuf et onze heures. Les Mercedes et les Lancia se montrent nettement plus rapides que leurs concurrentes sur les 4,25 km de l'ovale, tournant à environ 250 km/h de moyenne. L'inquiétude est pourtant de mise pour ces deux constructeurs : chez Mercedes, la nouvelle carrosserie carénée montée sur la voiture à empattement moyen essayée par Karl Kling ne donne pas satisfaction, le refroidissement moteur étant mal assuré ; chez Lancia, Giuseppe Farina a effectué une sortie de route après un déchapage d'un pneu arrière. La piste se révèle très bosselée, nécessitant la modification des suspensions et de la garde au sol des monoplaces . Les essais de la nouvelle Gordini, pilotée par Robert Manzon, se révèlent catastrophiques, la voiture se couchant excessivement dans les virages. Manzon n'effectue que quelques tours avant d'être stoppé par un bris de soupapes. Son meilleur temps est d'1 min 15 s (204 km/h de moyenne), alors que sur l'ancien modèle, nettement moins puissant, Hermano da Silva Ramos a tourné en 1 min 7 s (228 km/h) !