Le Grand Prix d'Italie 1959 (), disputé sur le circuit de Monza le , est la quatre-vingt-troisième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la huitième manche du championnat 1959.

Contexte avant la course Le championnat du monde Après l'annulation du Maroc qui aurait dû avoir lieu le , l'épreuve italienne était censée clore la saison. Cependant, les responsables de la Fédération Internationale ont envisagé en cours d'année d'intégrer au calendrier une seconde épreuve américaine, en plus des 500 miles d'Indianapolis (disputés sous réglementation USAC), afin d'étoffer le calendrier mondial 1959 . Longtemps incertaine, l'organisation du Grand Prix des États-Unis est en passe d'être officialisée au moment où l'on s'apprête à disputer la course de Monza.

Malgré deux abandons consécutifs lors des deux dernières manches, l'Australien Jack Brabham est en tête du championnat, grâce à son excellent début de saison qui lui a valu trois victoires (dont une hors-championnat) ; fin technicien , il s'est énormément impliqué dans le développement et la mise au point des Cooper à moteur central arrière qui, malgré leur modeste puissance, ont infligé de sévères défaites aux Ferrari qui n'ont réussi à s'imposer que sur les circuits très rapides, avec Tony Brooks ; ce dernier, comptant quatre points de retard sur Brabham, se doit de réaliser une belle performance sur l'autodrome italien afin de conserver de bonnes chances de remporter le titre mondial. Pratiquement écarté de la course au titre après un début d'année catastrophique, Stirling Moss a réussi un brillant retour au premier plan : vainqueur du dernier Grand Prix du Portugal sur la Cooper du Rob Walker Racing Team, également dominateur deux semaines plus tard du Tourist Trophy où sa victoire a permis à Aston Martin de remporter le championnat du monde des voitures de sportRevue Moteurs courses n° 22 - 1959, l'as britannique doit cependant presque impérativement remporter les deux dernières manches pour être sacré champion du monde.

Le circuit thumb|left|alt=Autodromo Nazionale Monza|Vue aérienne de l'autodrome de Monza.

Malgré l'abandon, depuis 1957, de l'utilisation de l'anneau de vitesse pour les Grands Prix, l'autodrome de Monza reste l'un des circuits les plus rapides d'Europe. Le circuit routier, créé en 1922, développe , est composé de longues lignes droites et de courbes à grand rayon. Depuis 1958, l'Américain Phil Hill détient le record officiel de la piste, ayant accompli un tour à plus de 201 km/h de moyenne sur sa Ferrari au cours du Grand Prix. La veille, Stirling Moss avait tourné à près de 206 km/h sur sa Vanwall lors des qualifications, pulvérisant le record officieux du tracé routier.

Monoplaces en lice thumb|right|Avec cinq Dino 246 engagées, la Scuderia Ferrari est venue en force à Monza. Ferrari Dino 246 "Usine" Jouant à domicile, la Scuderia Ferrari a engagé cinq Dino 246. De conception très classique, ces monoplaces de près de 600 kg sont équipées du moteur V6 type « 256 » (2474 cm3), à double allumage et alimenté par trois carburateurs double corps, délivrant 300 chevaux à 9000 tr/min. De loin les plus puissantes du plateau, les Ferrari souffrent toutefois d'un manque d'agilité et leur poids relativement élevé entraîne une usure relativement rapide de leurs pneumatiques face à leurs concurrentes britanniques. En lice pour le titre mondial, Tony Brooks est secondé par Phil Hill, Dan Gurney, Olivier Gendebien et Cliff Allison.

Cooper T51 "Usine" Le petit constructeur de Surbiton aligne trois T51 dont le moteur Coventry Climax FPF est disposé en position centrale arrière. Ne pesant que 485 kg, les Cooper bénéficient d'une tenue de route remarquable et d'une excellente maniabilité. Malgré la modeste puissance de leur moteur 4 cylindres (239 chevaux à ), leur vitesse de pointe n'est que légèrement inférieure à celle des Ferrari. Elles sont équipées d'une boîte de vitesses d'origine Citroën, à seulement quatre rapports. Masten Gregory n'étant pas entièrement rétabli après son accident survenu quelques jours plus tôt à Goodwood lors du Tourist Trophy, c'est le pilote italien Giorgio Scarlatti qui pilote la troisième voiture au côté de Jack Brabham et de Bruce McLaren. L'équipe de Rob Walker dispose également de châssis T51 à moteur Climax FPF. Bénéficiant d'une boîte de vitesses Colotti à cinq rapports dont la fiabilité a nettement progressé en cours de saison, ces voitures se révèlent plus performantes que les modèles d'usine, comme l'a démontré Stirling Moss sur le circuit de Monsanto. Walker a engagé deux voitures, Moss étant épaulé par Maurice Trintignant. La Scuderia Centro Sud a également engagé deux Cooper T51 pour Colin Davis et Ian Burgess, tandis que Jack Fairman dispose de l'ancienne T45 de l'équipe High Efficiency Motors. Ces trois voitures sont quant à elles équipées d'un moteur quatre cylindres Maserati, moins efficace que le moteur Climax.

BRM P25 & P48 "Usine" thumb|left|upright=1.1|La BRM P48 à moteur central arrière (vue ici lors d'une course historique) va effectuer ses premiers tours de roue à Monza. Le premier prototype comportait une prise d'air sur le capot avant. Trois P25 ont été engagées pour Harry Schell, Joakim Bonnier et Ron Flockhart, l'équipe disposant en outre de la nouvelle P48, tout juste achevée. Par rapport à la P25 à moteur avant, le nouveau modèle adopte la disposition à moteur central arrière qui a fait le succès des Cooper. Outre un gain de poids appréciable (460 kg pour la P48 contre près de 550 pour la P25), le nouveau modèle devrait s'avérer plus efficace en courbe. Il ne s'agit cependant que d'un premier prototype, n'ayant effectué aucun test préalable ; enregistré comme mulet, il n'est pas censé être utilisé en course. Les deux versions sont équipées du même bloc 4 cylindres délivrant 270 chevaux.

Lotus 16 "Usine" Conçues par Colin Chapman selon les dernières techniques aéronautiques, les Type 16 sont les monoplaces les plus légères monoplaces du plateau. Disposant du même moteur Climax FPF que les Cooper, elles bénéficient d'un excellent rapport poids/puissance (450 kg pour 239 chevaux), mais leur tenue de route délicate et leur manque de fiabilité n'ont pas permis à la marque d'obtenir de résultat probant en Grand Prix. L'équipe de pilotes est constituée de Graham Hill et Innes Ireland.

Aston Martin DBR4 "Usine" thumb|right|alt=Aston Martin DBR4|De conception dépassée, les DBR4/250 n'ont pas réussi à s'imposer sur le devant de la scène. La conception des DBR4/250 débuta en 1956 et le premier châssis fut opérationnel fin 1957. Cependant, la marque britannique donna la priorité aux épreuves d'endurance en 1958, aussi le programme formule 1 ne débuta-t-il qu'un an plus tard. Malgré son extrême classicisme, la DBR4 (pesant 635 kg et animée par un moteur six cylindres de 280 chevaux) effectua des débuts encourageants lors de l'International Trophy à Silverstone, Roy Salvadori s'adjugeant la seconde place derrière la Cooper de Brabham. La première apparition en championnat, à Zandvoort, fut cependant décevante et malgré une prestation honorable à Aintree les Aston Martin n'ont jamais pu atteindre le niveau de leurs concurrentes. Deux monoplaces ont été engagées, Salvadori étant secondé par Carroll Shelby.

Maserati 250F Directeur sportif de la marque au trident, Nello Ugolini a personnellement engagé une vénérable 250F (moteur six cylindres en ligne, 270 chevaux) pour le pilote italien Giulio Cabianca.

Coureurs inscrits + Liste des pilotes inscrits Pilote Écurie Constructeur Modèle Moteur Pneumatiques 2T Harry Schell Owen Racing Organisation BRM BRM P25BRM P48 BRM L4 4 Ron Flockhart Owen Racing Organisation BRM BRM P25 BRM L4 6 Joakim Bonnier Owen Racing Organisation BRM BRM P25 BRM L4 8 Bruce McLaren Cooper Car Company Cooper Cooper T51 Coventry Climax L4 10 Giorgio Scarlatti Cooper Car Company Cooper Cooper T51 Coventry Climax L4 12 Jack Brabham Cooper Car Company Cooper Cooper T51 Coventry Climax L4 14 Stirling Moss Rob Walker Racing Team Cooper Cooper T51 Coventry Climax L4 16 Maurice Trintignant Rob Walker Racing Team Cooper Cooper T51 Coventry Climax L4 18 Graham Hill Team Lotus Lotus Lotus 16 Coventry Climax L4 20 Innes Ireland Team Lotus Lotus Lotus 16 Coventry Climax L4 22 Jack Fairman High Efficiency Motors Cooper Cooper T45 Maserati L4 24 Roy Salvadori David Brown Corporation Aston Martin Aston Martin DBR4 Aston Martin L6 26 Carroll Shelby David Brown Corporation Aston Martin Aston Martin DBR4 Aston Martin L6 28 Giulio Cabianca Scuderia Ugolini Maserati Maserati 250F Maserati L6 30 Tony Brooks Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Dino 246 Ferrari V6 32 Phil Hill Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Dino 246 Ferrari V6 34 Cliff Allison Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Dino 246 Ferrari V6 36 Dan Gurney Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Dino 246 Ferrari V6 38 Olivier Gendebien Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Dino 246 Ferrari V6 40 Colin Davis Scuderia Centro Sud Cooper Cooper T51 Maserati L4 42 Ian Burgess Scuderia Centro Sud Cooper Cooper T51 Maserati L4

Qualifications Les essais qualificatifs se déroulent les vendredi et samedi précédant la course. Les conditions de piste sont idéales et d'emblée Stirling Moss démontre sa supériorité, achevant la première journée avec un tour à 207,6 km/h de moyenne au volant de sa Cooper, loin devant ses adversaires. Il fait également très beau le samedi, où Tony Brooks s'approche d'un dixième de seconde du temps de référence établi la veille par Moss. Sur sa Cooper d'usine, Jack Brabham améliore également ses performances du vendredi et complète la première ligne de la grille de départ, s'approchant à une demi-seconde du temps de Moss. Il devance les Ferrari de Dan Gurney et Phil Hill, qui se partagent la seconde ligne.

L'équipe BRM a profité de la première journée pour tester sa nouvelle P48 à moteur central arrière ; Harry Schell a effectué une série de tours à son volant, mais la voiture n'est pas encore au point, le châssis manquant de rigidité, et les trois pilotes de la marque se sont rabattus sur leurs habituelles P25 à moteur avant, Schell se qualifiant en septième position entre les Ferrari d'Olivier Gendebien et de Cliff Allison. Prometteuses à Aintree, les Aston Martin sont loin d'avoir progressé et se sont montrées très décevantes à Monza, Roy Salvadori et Carroll Shelby étant relégués en fond de grille, perdant au moins cinq secondes au tour sur Moss.

+ Résultats des qualifications Pilote Écurie Temps Écart 1 Stirling Moss Cooper-Climax 1 min 39 s 7 2 Tony Brooks Ferrari 1 min 39 s 8 + 0 s 1 3 Jack Brabham Cooper-Climax 1 min 40 s 2 + 0 s 5 4 Dan Gurney Ferrari 1 min 40 s 8 + 1 s 1 5 Phil Hill Ferrari 1 min 41 s 2 + 1 s 5 6 Olivier Gendebien Ferrari 1 min 41 s 4 + 1 s 7 7 Harry Schell BRM 1 min 41 s 6 + 1 s 9 8 Cliff Allison Ferrari 1 min 41 s 8 + 2 s 1 9 Bruce McLaren Cooper-Climax 1 min 42 s 0 + 2 s 3 10 Graham Hill Lotus-Climax 1 min 42 s 9 + 3 s 2 11 Joakim Bonnier BRM 1 min 43 s 1 + 3 s 4 12 Giorgio Scarlatti Cooper-Climax 1 min 43 s 3 + 3 s 6 13 Maurice Trintignant Cooper-Climax 1 min 43 s 4 + 3 s 7 14 Innes Ireland Lotus-Climax 1 min 43 s 5 + 3 s 8 15 Ron Flockhart BRM 1 min 43 s 6 + 3 s 9 16 Ian Burgess Cooper-Maserati 1 min 44 s 6 + 4 s 9 17 Roy Salvadori Aston Martin 1 min 44 s 7 + 5 s 0 18 Colin Davis Cooper-Maserati 1 min 44 s 9 + 5 s 2 19 Carroll Shelby Aston Martin 1 min 46 s 4 + 6 s 7 20 Jack Fairman Cooper-Maserati 1 min 49 s 4 + 9 s 7 21 Giulio Cabianca Maserati 250F 1 min 51 s 5 + 11 s 8

Grille de départ du Grand Prix