Lucien Coutaud, né le à Meynes (Gard), et mort le à , est un peintre, graveur et décorateur de théâtre français.
Parallèlement à sa carrière de peintre, il a travaillé comme décorateur pour le théâtre, la danse et l'opéra et il a également eu une activité de cartonnier de tapisserie dans le contexte du renouveau de la tapisserie d'Aubusson.
Biographie Lucien Coutaud naît dans un petit bourg du Gard, Meynes, situé entre Nîmes et Beaucaire. Son père Adrien Antoine Coutaud est horloger-bijoutier à Nîmes. Sa mère Françoise Célestine Priad est d'une ancienne famille meynoise. Il passe son enfance et son adolescence à Nîmes, mis à part un court séjour à Marseille en 1917. Assez tôt, il manifeste un caractère inquiet, secret, angoissé, différent de ses camarades et conscient de sa différence ; c'est un homme tourmenté, complexé et généreux à la fois. Dès la fin de sa scolarité, et après avoir effectué un apprentissage d’horloger chez son père, il intègre, en 1920, l’école des beaux-arts de Nîmes, où professe le graveur Armand Coussens. La même année, il se prend de passion pour les corridas, confrontation suprême de la vie et de la mort, avec son ami Albert Dubout, dont les dessins humoristiques, mais également les illustrations et les affiches marqueront plusieurs générations.
En , à vingt ans, Coutaud monte à Paris. Il fréquente les académies de Montparnasse. Il y est accueilli par l’écrivain Marc Bernard. Ce jeune Nîmois s’intéresse aussi bien aux Primitifs du Louvre, qu’à Chirico, Max Ernst et Paul Klee. En 1925, il fait pendant ses vacances à Nîmes la connaissance d’André Fraigneau pour qui il illustre Spectacles, son premier livre publié par Jo Fabre. Il est reçu à l’École des Arts décoratifs. En 1926, sur les conseils d’André Salmon, il rencontre Charles Dullin qui lui demande de réaliser les décors et les costumes des Oiseaux, la pièce d’Aristophane, adaptée par Bernard Zimmer, alors qu’il part vers la fin de l'année effectuer son service militaire, d'abord à Saint Cloud, puis à Mayence en Rhénanie.
En , il est de retour à Paris et, en 1929, peint ses premières toiles importantes : La Bicyclette, Femme et soldat, Soldats arrêtant une espionne, Jeune fille aux trois roues. Rose Adler s’intéresse à son travail.
En 1930, il réalise ses premières gravures, à la pointe sèche sur zinc : Souvenir de Rhénanie, Trois amazones, La Cycliste, Le Matin. Il entre en relation avec l'écrivain Jean Blanzat.
En 1931, la galerie des Quatre Chemins, à Paris, lui organise sa première exposition particulière. Il se lie d'amitié avec Jean-Louis Barrault qui fait ses débuts sur scène au Théâtre de l'Atelier..
En 1932, il travaille presque exclusivement à la gouache, peignant de nombreux bouquets de fleurs et de grandes compositions ésotériques. Décors et costumes pour Le Château des Papes d'André de Richaud mis en scène par Charles Dullin au Théâtre de l'Atelier. Décors pour Vénus et Adonis d'André Obey mis en scène par Michel Saint-Denis et représenté par la Compagnie des Quinze. Il s'intéresse aux activités du groupe surréaliste, lit Breton, Soupault, Aragon… mais ne s'engage pas tenant à garder son indépendance.
En 1933, il réalise des cartons de sièges pour Marie Cuttoli. En 1934, il expose un ensemble de gouaches et dessins, du 9 au , à la galerie Vignon à Paris dirigée par Marie Cuttoli1.
En 1935, il entretient des relations amicales avec Jacques et Pierre Prévert ainsi qu'avec Jean Aurenche connu depuis 1929. Il rencontre Matisse et Picasso à Antibes. Pour une bibliophile, Madame Solvay, il illustre à la gouache Les moralités légendaires de Jules Laforgue. Marie Cuttoli1 lui commande un important carton de : Paul et Virginie.
En 1936, il épouse le Denise Bernollin (1905-1986), une artiste parisienne rencontrée six ans auparavant. La galerie Jeanne Bucher-Myrbor lui organise en novembre une exposition particulière.
Début 1937, il s'installe 7 rue Antoine-Chantin. Il exécute une grande peinture murale, Le mythe de Proserpine, pour le Palais de la découverte (elle sera détruite en , lors des bombardements de Paris). Illustrations pour plusieurs plaquettes de poésie éditées par Guy Lévis Mano : Suicide de Carlos Rodriguez-Pintos Les barricades mystérieuses de Maurice Blanchard Quarante comptines nouvelles de Fernand Marc Il contribue par une illustration au cahier édité à l'occasion des représentations d’Ubu enchaîné mis en scène par Sylvain Itkine à la Comédie des Champs-Élysées.
En 1938, il crée pour Dullin, à l’Atelier, les décors et les costumes de Plutus, inspiré d’Aristophane. La même année, Jacques Copeau lui demande de réaliser le décor de Comme il vous plaira de Shakespeare, pour le Mai musical de Florence.
Au cours de la Seconde Guerre mondiale, Coutaud poursuit son activité de cartonnier de pour la Compagnie des Arts Français dirigée par Jacques Adnet, tout en se consacrant surtout à la peinture.
En 1941, il participe à l’exposition Vingt jeunes peintres de tradition française à la galerie Braune et il crée pour Barrault les décors, accessoires et costumes de 800 mètres, d’André Obey, jouée au stade Roland-Garros.
En 1942, il réalise le carton de la Orphée et les muses et à la fin de l’année, il s’installe au 26 rue des Plantes.
En 1943, il conçoit les décors et costumes du Soulier de Satin de Paul Claudel, mis en scène par Jean-Louis Barrault à la Comédie-française.. Il est, en 1944, l'un des membres fondateurs du Salon de mai.
En 1945, il expose une grande toile de 1944 au premier Salon de mai : Les Sept Fers. Il crée les décors et les costumes du Poète, un ballet de Boris Kochno, monté au théâtre Sarah Bernhardt par Roland Petit. Il séjourne à Collioure durant l’été à l’invitation de Willy Mucha. Il présente au Salon d'Automne En rase campagne, jeune porteuse de pain métamorphosée en chaise.
En 1946, exposition particulière début mai à la galerie Roux-Hentschel à Paris. Nouveau séjour sur la côte catalane durant l'été. Il présente au Salon d'Automne une grande toile titrée L'Escalier de Mademoiselle Phèdre.
En 1947, exposition particulière galerie Bonaparte à Paris en janvier, et à la fin de l'année galerie Jérôme à Bruxelles. Il illustre de quatre eaux-fortes Rue de la Gaîté, Voyage en Bourgogne de Robert Desnos aux éditions Les 13 Épis. Il rencontre Boris Vian qui lui dédiera par la suite un poème intitulé Les isles . Il se rend au mois d'août à Lacoste admirer et dessiner les ruines du château du Marquis de Sade.
En 1948, il signe les décors du ballet Jeux de printemps, mis en musique par Darius Milhaud à l’Opéra-Comique. Il passe l’été en Bretagne à Belle-Île-en-Mer. Il expose à la galerie Maeght à Paris pour la présentation de Ma civilisation de Gilbert Lely illustré de onze eaux-fortes réalisées l'année précédente. Alain Resnais tourne un film de court métrage sur son œuvre.
En 1949, il grave une importante eau-forte, Jeune personne des environs de Joucas, pour la Guilde Internationale de la Gravure. Deuxième séjour à Belle-Ile. Décors et costumes pour Elisabeth d'Angleterre de Bruckner mis en scène par Jean-Louis Barrault au Théâtre Marigny.
En 1950, il peint les décors et les costumes des Éléments, un ballet de Serge Lifar présenté au Festival musical de Versailles. La même année, il illustre Une saison en enfer d'Arthur Rimbaud, à la demande de la société Les Bibliophiles de France.
En 1951, il achève d’illustrer de sept eaux-fortes Une Saison en Enfer d'Arthur Rimbaud pour les Cent bibliophiles de France et Overseas Book-Lovers (New York). Il participe à de nombreuses expositions collectives : Tokyo, Londres, Buenos Aires, Sao Paulo. La galerie Rive Gauche lui consacre une rétrospective du au . Il peint durant l'été sur les bords de la Loire des « Loirarbres » et des « Citarbres ».
En 1952, il participe à Sarrebruck à l'exposition Peinture Surréaliste en Europe organisée par Edgar Jené. Un séjour à Trouville durant l'été lui fait découvrir la Manche. Il en rapporte de nombreuses gouaches.
En 1953, une rétrospective lui est consacrée au Musée d'Art Moderne de Kamakura au Japon. il réalise les décors et costumes de Médée de Cherubini, interprétée par Maria Callas, mise en scène par André Barsacq, au Mai musical de Florence. Au retour de Florence, il séjourne à Venise au palais Polignac. Il participation à l'exposition « Art fantastique » organisée à Ostende. Premier séjour durant l'été dans sa résidence normande, proche de Villerville, face à l'estuaire de la Seine : le Cheval de brique. Ce lieu sera désormais sa principale source d'inspiration.
En 1954, il compose Aqua, un carton de pour la Chambre syndicale de la sidérurgie française. Il participe toujours à de très nombreuses expositions. Il présente en particulier neuf toiles à la section Art Fantastique de la Biennale de Venise. Il peint plusieurs toiles importantes : Eroti, Plage de l'Eroti, Corrida Eroticomagique qui sera acquise par la Vicomtesse Marie-Laure de Noailles, Eroticomarine.
En 1955, il réalise des décors et costumes pour Protée de Paul Claudel. Exposition galerie Sagittarius à New York. Décors et costumes pour Jeanne d'Arc de Charles Péguy à la Comédie-Française.
En 1956, Paysage taurin exposé au Salon de mai est acquis par le Musée d'Art moderne de Paris. Il illustre de quatorze eaux-fortes Le Taureau blanc de Voltaire pour Les Bibliophiles Comtois.
En 1957, il continue à peindre de nombreuses scènes taurines et tauromachies. Le Château Fadaise, puis les poissons et les navires composés de corps entremêlés apparaissent dans ses œuvres.
En 1958, pour la reprise du Soulier de Satin de Paul Claudel par Jean-Louis Barrault au Théâtre du Palais-Royal, il recompose les décors et les costumes.. Il peint le le premier ange dédié aux Cathares.
En 1959, la galerie David et Garnier lui consacre une exposition particulière, essentiellement sur le thème des femmes-fleurs, personnages composés de pensées et d'iris..
En 1960, il peint les cartons de trois grandes s Jardins exotiques pour le Paquebot France. Il réalise les décors et costumes pour la mise en scène de La guerre de Troie n'aura pas lieu de Jean Giraudoux, et suit la tournée du Théâtre du Vieux-Colombier à Moscou, Léningrad et Varsovie pour la présentation de la pièce.. Le premier catalogue de son œuvre gravé et lithographié avec une préface de Jean Adhémar est publié cette même année aux éditions Pierre Cailler à Genève. Après un séjour à Montauban, il se rend à Montségur et en d'autres hauts lieux cathares.
En 1961, il présente au Salon de mai Taureaumagie cathare. Exposition particulière au Musée d'Oberhausen. Le village de Sauve, ses fourches et le château de Roquevaire entrent dans sa peinture.
En 1962, exposition particulière en février galerie André Weil où figurent des Faucheurs de vagues et de Belles demoiselles de mer. Rétrospective en mai - juin au musée Galliera avec Félix Labisse et Robert Couturier. Il dessine l'épée d'académicien de Jean Guéhenno.
En 1963, il se rend au Japon où il expose à la galerie Nichido de Tokyo un ensemble de peintures et gouaches de 1957 à 1963, exposition présentée ensuite à Osaka et Nagoya. En octobre, reprise du Soulier de Satin par Jean-Louis Barrault à l'Odéon-Théâtre de France pour laquelle il recompose à nouveau entièrement les décors.
En 1964, il participe à l'exposition Le Surréalisme. Sources, histoire, affinités à la galerie Charpentier à Paris. Il invente les Nîmois et les Nîmoises, personnages souvent composés d'architectures. Une monographie lui est consacrée par Pierre Mazars aux éditions Pierre Cailler. Il est nommé en octobre professeur chef d'Atelier de gravure à l'eau-forte à l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, poste qu'il occupera jusqu'en 1975.
En 1965, rétrospective du au au Château-Musée de Cagnes-sur-Mer. Il continue à peindre des Nîmoises et compose aussi des Normandes et des Damarbres. Se prend d'intérêt pour le mystère des Templiers.