Carbone Savoie (actuellement Tokai COBEX Savoie) est une société spécialisée dans la fabrication de carbone et de graphite synthétique.

À la fin de 2017, Carbone Savoie employait 350 personnes environ sur les sites de Notre-Dame-de-Briançon (Savoie) et de Vénissieux (Rhône). Son département Recherche et Développement comptait 25 salariés et ses efforts en innovation représentait 2 % de son chiffre d’affaires annuel.

La société produit environ par an de blocs en carbone et en graphite. En 2017, son chiffre d'affaires net a atteint 100 M$ US, dont 95 % à l'export.

Sa technologie est utilisée notamment dans :

la fabrication et la maintenance de cathodes utilisées dans les cuves d’électrolyse de l'aluminium ; la fabrication de blocs de graphite de spécialité ; la production de poudres de graphite synthétique utilisées dans les industries de la carburation et dans les batteries électriques.

Histoire

Les origines (1896-1899)

L'origine de l'entreprise remonte à l'essor de la « houille blanche », c'est-à-dire de l'hydroélectricité, en Savoie à la fin du , qui permet l'implantation d'une industrie électrochimique et électrométallurgique naissante dans la vallée de la Tarentaise.

La Société des Carbures Métalliques est fondée le 23 mars 1896, au capital de , avec son siège social au 50 boulevard Haussmann à Paris. Le premier conseil d'administration, présidé par Henri Gall, compte notamment le chimiste Louis Michel Bullier, dont la société exploite les brevets de fabrication industrielle du carbure de calcium, et Henri Moissan, chimiste et académicien.

Le , Jean-Paul Gromier et la société G. Planche et Cie déposent une demande d'autorisation pour établir, à Notre-Dame-de-Briançon (aujourd'hui commune de La Léchère), une usine de fabrication de carbure de calcium alimentée par une centrale hydroélectrique utilisant le torrent de l'Eau Rousse. Lors de l'enquête publique, la plupart des communes concernées (Aigueblanche, Villargerel, Bellecombe, Bonneval, Feissons, Pussy, Notre-Dame-de-Briançon) se prononcent favorablement ; seuls trois agriculteurs de Saint-Oyen s'y opposent.

Par arrêté préfectoral du 31 juillet 1897, la société Planche et Cie est autorisée à construire l'usine, mais elle cède finalement ses droits à la Société des Carbures Métalliques. L'usine, l'une des premières usines chimiques de France, est construite en 1897 sur la rive gauche de l'Isère et dirigée par un certain M. Lambert. La centrale hydroélectrique de l'Eau Rousse, mise en service la même année, fournit 3 000 chevaux, complétés à partir de 1899 par 10 000 chevaux supplémentaires provenant de la centrale de la Rageat, à dix kilomètres. À l'origine, l'usine emploie environ 200 ouvriers et produit 25 tonnes de carbure de calcium par jour, vendu en France et à l'étranger (Allemagne, Amérique, Belgique, Italie, Madagascar). À partir de 1899, elle diversifie sa production en fabriquant également des électrodes.

En 1898 est fondée, sur le site qui deviendra celui de Vénissieux, la Société Française des Électrodes.

En 1899, la Société Le Carbone, spécialisée dans la fabrication de graphite industriel, s'installe à son tour à Notre-Dame-de-Briançon, sur la rive droite de l'Isère, en louant l'énergie électrique à la Société des Carbures Métalliques.

En 1900, le conseil municipal de Notre-Dame-de-Briançon se plaint officiellement des désagréments causés par les gaz et poussières de l'usine de carbure.

La Société des Produits Azotés et le début du (1902-1918) vignette|500x500px|Usine de Notre-dame-de-Briançon en 1908 En septembre 1902, la presse locale rapporte la reprise de la fabrication de carbure de calcium, interrompue depuis octobre de l'année précédente ; l'effectif, tombé à 50 employés durant l'arrêt, remonte alors à 117 personnes.

Au début du , la Société Française des produits azotés, filiale de la Société des Carbures Métalliques, décide d'installer en France une usine de production de cyanamide de calcium selon le procédé Frank et Caro, sur le modèle de l'usine italienne de Piano d'Orte, en service depuis 1905. Le 12 avril 1906, elle dépose une demande d'autorisation pour construire cette usine en rive droite de l'Isère, face à l'usine de carbure de calcium. Mise en service en 1907, l'usine produit 10 tonnes de cyanamide par jour et devient la première et la plus importante usine française de ce type.

En 1909, la Société Française des produits azotés fusionne avec la Société Suisse des produits azotés pour former la Société des produits azotés.

En 1910, la Société des Carbures Métalliques achète les droits d'exploitation d'un brevet mis au point par le chimiste américain Edward Acheson pour la production industrielle d'électrographite artificiel, et lance cette production.

La production d'électrodes, inférieure à 1 000 tonnes par an à ses débuts, dépasse 2 000 tonnes en 1908 et atteint plus de 4 000 tonnes par an en 1914. L'usine de cyanamide est toujours en activité en 1918. Selon une communication de son directeur J. Gall en 1933, c'est à Notre-Dame-de-Briançon qu'a été mise au point la décomposition de la cyanamide en autoclave pour produire de l'ammoniac, procédé ensuite utilisé industriellement, d'abord à Villers (Oise), puis dans diverses installations construites pendant la Première Guerre mondiale, période de forte demande en composés azotés.

C'est dans la cité ouvrière de l'usine que naît, le 28 janvier 1901, Ambroise Croizat, futur fondateur de la Sécurité sociale française. Son père, Antoine Croizat, manœuvre à l'usine des Carbures Métalliques, est l'un des premiers syndicalistes de Tarentaise et l'auteur d'une grande grève ouvrière en 1906, ce qui le contraint à quitter la commune pour Ugine puis Lyon.

La création de la Société des Électrodes de Savoie (1919-1930)

vignette|Usine de Notre-dame-de-Briançon en 1920

En 1919, la Société des Carbures Métalliques fusionne avec la Société d'Électro-Chimie. L'usine de carbure de calcium est directement intégrée à cette dernière, tandis que la production d'électrodes est louée à une filiale créée à cette occasion en 1920 : la Société des Électrodes de Savoie (SES). Cette même année marque la première production de carbone destinée à l'industrie de l'aluminium.

En 1924, les bâtiments de la Société Le Carbone sont repris par la Société des Électrodes de Savoie.

En 1930, la SES rachète l'usine de Vénissieux, héritière de la Société Française des Électrodes fondée en 1898. La production se concentre alors sur l'usine de Notre-Dame-de-Briançon, l'étape de cuisson étant transférée dans les fours de Vénissieux.

L'entre-deux-guerres : la création de la CISA (1932-1939)

En 1932, la Société des Électrodes de Savoie s'allie à la société américaine Acheson (dont les brevets et actifs sont repris par le groupe Union Carbide) pour créer la Compagnie Industrielle Savoie Acheson (CISA), chargée de la fabrication des électrodes en graphite. En 1958, cette filiale sera détenue à 60 % par Union Carbide et à 40 % par la Société d'Électrochimie, d'Électrométallurgie et des Aciéries d'Ugine (SECEMAEU).

En 1937, la production d'électrodes de l'usine atteint 8 000 tonnes par an.

En 1939, un atelier de fabrication de pâte « Söderberg » démarre son activité.

La Seconde Guerre mondiale

Durant la Seconde Guerre mondiale, l'usine de Notre-Dame-de-Briançon est intégrée, comme d'autres établissements savoyards jugés stratégiques, au plan de protection des entreprises établi par le service de la défense passive de la préfecture entre 1932 et 1943. En 1944, elle subit d'importants dégâts lors du bombardement de la voie ferrée qui la jouxte.

Les Trente Glorieuses et la création de la SERS (1948-1961)

vignette|Usine de Notre-Dame-de-Briançon en 1960

En 1948, un premier four-tunnel destiné à la cuisson de produits réfractaires blancs est mis en route.

En 1952, la Société des Électrodes et Réfractaires de Savoie (SERS) est créée pour gérer la production d'électrodes et de réfractaires à Notre-Dame-de-Briançon et à Vénissieux.

En 1958, le site de Notre-Dame-de-Briançon reste partagé entre la SECEMAEU, qui y produit du carbure de calcium (15 000 tonnes par an), et la CISA, qui y fabrique des électrodes de graphite (16 000 tonnes par an). La production de carbure de calcium y cesse définitivement en 1961.

Réorganisations et intégration à Pechiney (1968-1972)

En 1968, la fabrication de carbure de calcium s'arrête définitivement tandis que l'activité carbone continue de se développer.

En 1971, une importante réorganisation sépare les deux « rives » du site historique : la CISA devient Union Carbide France, tandis que la SERS devient membre du groupe Pechiney Ugine Kuhlmann. La rive gauche (ex-CISA) se spécialise dans les électrodes en graphite ; la rive droite se consacre au carbone et aux réfractaires, en association avec l'usine de Chedde, qui fabrique du graphite.

En 1972, un laboratoire de recherche est construit sur le site de Vénissieux. En 1976, l'usine de Notre-Dame-de-Briançon emploie 457 personnes.

La modernisation et le nom « Carbone Savoie » (1988-1997)

En 1988, un centre d'usinage d'électrodes de diamètre 900 à 1 250 mm est mis en service.

Au tournant des années 1990, alors que le groupe Pechiney annonce sa privatisation, la SERS change de dénomination pour devenir Carbone Savoie ; le site officiel de l'entreprise situe ce changement en 1993 tandis que l'Inventaire général du patrimoine culturel le date de 1994.

En 1997, la société Carbone Savoie, qui regroupe les usines de Notre-Dame-de-Briançon et de Vénissieux, est rachetée à 70 % par le groupe américain UCAR S.N.C. (branche graphite d'Union Carbide), le groupe Pechiney conservant les 30 % restants.

La période UCAR/GrafTech (1997-2006)

La société américaine GrafTech, héritière d'UCAR, poursuit l'exploitation du site. En 2006, elle restructure ses activités, recentrant sur Notre-Dame-de-Briançon la production de cathodes pour l'industrie de l'aluminium ; la production de spécialités graphite pour la métallurgie et la chimie, ainsi que celle de « nipples » (raccords d'électrodes pour la sidérurgie), y sont supprimées.

Le rachat par Alcan puis Rio Tinto (2004-2015)

En 2004, le groupe canadien Alcan rachète le groupe Pechiney, dont la participation de 30 % dans Carbone Savoie. Le 1 décembre 2006, Alcan rachète également à GrafTech la totalité des parts qu'elle détenait dans Carbone Savoie (à l'exception de l'atelier d'usinage graphite), devenant ainsi propriétaire à 100 % de l'entreprise, et y réalise en 2007 un investissement de 17 millions de dollars américains destiné à moderniser les usines.

En octobre 2007, à la suite du rachat d'Alcan par le groupe minier Rio Tinto, Carbone Savoie devient une filiale de Rio Tinto Alcan. De 2009 à 2013, l'entreprise se maintient comme leader mondial de la cathode pour l'industrie de l'aluminium.

En janvier 2014, Carbone Savoie annonce l'arrêt de ses activités sur le site de Lannemezan, entraînant la perte de 60 emplois.

La cession à Alandia Industries et le redressement (2016-2020)

Début 2016, dans un contexte où Rio Tinto Alcan, qui a « hérité » de Carbone Savoie lors du rachat d'Alcan en 2012, engage la cession de cette filiale qu'il ne souhaite pas développer, l'entreprise emploie 402 personnes (290 à Notre-Dame-de-Briançon, 112 à Vénissieux). Le 1 février 2016, une grève illimitée est déclenchée par l'intersyndicale CGT-FO, qui dénonce le manque de transparence de la cession envisagée au fonds Alandia Industries et réclame des garanties sociales ; le comité central d'entreprise active un droit d'alerte.