Le bégaiement (nom auquel on adjoint parfois les qualificatifs persistant, développemental ou chronique) est un trouble de la parole affectant la fluidité du discours. Il est caractérisé par des disfluidités (interruptions involontaires de la parole) fréquentes et typiques du bégaiement, dont :
des répétitions de sons, de syllabes ou de mots, des prolongements de sons, des blocages (pauses silencieuses pendant lesquelles la personne est incapable de produire le son souhaité)..
Ces disfluidités peuvent s'accompagner de tension physique et de comportements secondaires (clignement des yeux, mouvement du visage ou du corps, etc.). La personne qui bégaie peut également développer des comportements d'évitement et des réactions négatives en lien avec la communication.
La définition exacte du bégaiement développemental par les différentes institutions concernées et disciplines médicales fait l'objet de débats. La CIM-11 de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et le DSM-5 de l'Association américaine de psychiatrie classent ce trouble de la fluidité verbale parmi les « troubles neurodéveloppementaux »...
Le bégaiement peut avoir des répercussions psychologiques et sociales importantes. Lorsque sévère, il est reconnu dans un grand nombre de pays, dont la France, comme étant un handicap. Certains individus qui bégaient redoutent néanmoins cette « étiquette » et affirment « ne pas se sentir handicapés »..
Description Généralités Il n'existe pas de définition univoque et reconnue par tous les intervenants sur les délimitations du bégaiement, de ses manifestations, de ses conséquences et de ses causes.
Le bégaiement a longtemps été vu (et l'est encore par certains) comme purement psychologique. Son intermittence sur les mots et sur les phrases, en fonction des conditions, peut amener à penser ainsi, en l'absence de plus de données et de connaissances. De plus, une personne bègue bégaie généralement beaucoup moins lorsqu'elle est seule , lorsqu'elle chante, lorsqu'elle joue un rôle, lorsqu'elle imite quelqu'un, lorsqu'elle prend un accent, lorsqu'elle parle au rythme d'un métronome.
Depuis la fin du , des découvertes en imagerie cérébrale et en génétique ont montré que la psychologie ne suffit pas à expliquer le bégaiement ou à résumer le bégaiement observé ou vécu. Une certaine faiblesse cérébrale en relation avec la production motrice de la parole semble fortement probable, bien que le bégaiement semble nécessiter d'autres facteurs pour se développer. La notion de prédispositions biologiques au bégaiement trouve de plus en plus d'arguments au travers des recherches. Ces prédispositions seraient une condition nécessaire ou du moins importante, pour l'apparition du bégaiement. Cela conduit maintenant à l'acceptation du bégaiement comme un problème médical, avant d'être relationnel et social..
Classification selon la phoniatrie occidentale
Les phoniatres et orthophonistes décrivent certaines manifestations audibles du bégaiement comme suit : Le bégaiement clonique : répétitions de syllabes ou « phonèmes » comme un article, une préposition ou un adverbe monosyllabique précédant un mot ressenti comme « chargé d'obligation » et anticipé bloquant sur sa première syllabe, ou la première syllabe d'un tel mot si l'anticipation porte sur une syllabe suivante. « Un un un café s'il vous plaît » ou « Un ca café s'il vous plaît ». Le bégaiement tonique : réalisation du blocage sur un mot, souvent celui qui rompt le silence ou qui donne du sens à l'intervention, et déblocage par l'émission de l'amorce de la syllabe prévue bloquante dans une explosion glottique après une période de résistance. « Un.....cccccafé s'il vous plaît ». Le bégaiement tonico-clonique : combinaison des deux types de bégaiement précédents.
Certains spécialistes rajoutent les manifestations suivantes, qui sont plus indirectes : Le bégaiement par inhibition rend le sujet inerte après qu'on lui pose une question car il est pris au dépourvu, peut-être par anticipation de blocage (au début ou au cours de l'intervention) et n'y trouve sur le moment aucune échappatoire, remarquée ou non. Le sujet présente alors pour les observateurs externes un moment d'absence, avant de reprendre la conversation. Le « bégaiement » par substitution : le terme « bégaiement » est dans ce cas employé par extension de sens puisqu'il ne souligne pas une non-fluidité constatée. Il s'agit de l'ensemble des modifications de l'intervention prévue qui passent inaperçues aux oreilles des auditeurs et ne correspondent pas, dans leur esprit, à ce qu'ils entendent spontanément par « bégaiement » sans le définir, alors que la personne est tout autant victime du risque anticipé de blocage. C'est en réalité cette variante qui met le doigt sur le problème de fond et constitue la trame quotidienne du vécu de la personne concernée. Par exemple le fait de s'exprimer par synonymes ou périphrases : remplacement du mot anticipé bloquant par un autre : « Un express » au lieu de « Un café », et plus généralement la modification de la structure grammaticale de la phrase avec ajout de mots et d'expressions : « Eh bien, je vais prendre un petit café », y compris le fait de ne plus désigner la même chose ( « un chocolat ») ou, tout simplement, de préférer se taire, avec la frustration et l'image faussée donnée de soi qui en découle, même si les auditeurs n'ont entendu ni blocages ni répétitions mais ont plutôt l'impression d'avoir affaire à quelqu'un de confus, timide, sans conversation, manquant d'assurance, nerveux ou même impoli selon le cas.
Les phoniatres francophones classent (ou ont classé) la gravité d'un bégaiement selon quatre degrés de sévérité. : Premier degré : bégaiement léger, où l'on note quelques accidents de parole n'entravant pas notablement la communication, Deuxième degré : bégaiement plus marqué, avec des accidents plus fréquents et plus prolongés, accompagnés éventuellement de troubles associés (tremblements, perte du regard) provoquant des interruptions de la communication, Troisième degré : bégaiement sévère, avec accidents prolongés, troubles associés plus marqués (révulsion des yeux, spasmes respiratoires...) rendant impossible une communication suivie, Quatrième degré : bégaiement empêchant pratiquement toute communication, chaque essai de parole étant le plus souvent voué à l'échec du fait de l'importance des « bégayages » et des troubles associés. Cependant il s'agit d'un classement théorique et indicatif. En effet l'intensité d'un bégaiement chez un même individu peut varier sensiblement d'un instant à l'autre en fonction des circonstances, ou encore indépendamment d'elles.
Donald G. Mackay et Maryellen Coles MacDonald décrivent le bégaiement comme un problème de l'enchaînement de la séquence parlée.
Le bégaiement acquis, ou bégaiement neurologique, est une forme assez rare de bégaiement survenant à l'âge adulte, des suites d'une lésion ou d'un choc traumatique. La personne souffrant de bégaiement acquis, à la différence de celle souffrant du bégaiement persistant, bégaie aussi en chantant et ne bégaie pas plus en début d'énonciation.
Le bégaiement est à distinguer de la disfluence verbale (ou dysfluence verbale).
Descriptions alternatives D'autres approches sont rencontrées pour expliciter le terme « bégaiement » parmi certains groupes de personnes, regroupées ou non autour d'une méthode ou d'une association. Ces tentatives de redéfinition du terme « bégaiement » sont dues en partie au fait que le terme « bégaiement » désigne à la fois les symptômes et le syndrome. Elles sont aussi l'expression d'une volonté de traduire la souffrance. Par exemple, certains groupes de personnes bègues préfèrent le terme d'incertitude orale. Ce serait le « risque ressenti par une personne de ne pas pouvoir dire exactement ce qu'elle veut dès lors qu'elle se sent écoutée, même potentiellement, alors qu'elle n'a aucun problème dans le cas contraire ». Cette description tient avant tout compte du ressenti de la personne bègue. D'autres personnes ou associations proposent diverses définitions, sur des bases qui ne sont pas forcément fondées scientifiquement.
Manifestations associées L'effort pour s'exprimer correctement est susceptible d'ajouter des éléments au trouble initial. La personne bègue peut entretenir la peur d'affronter les situations dans lesquelles cela risque de se produire. Elle ressent souvent une dévalorisation psychologique et peut alors montrer des symptômes comme une hyperémotivité, des troubles apparemment moteurs comme des syncinésies, en grec : « mouvements associés », qui ne sont que des tentatives désespérées de faire passer coûte que coûte les syllabes bloquantes en appelant à la rescousse le corps entier, mais de façon inefficace, comme . Des troubles vasculaires et sécrétoires comme l'hypersudation et la rougeur sont également constatés. Certains troubles ne sont pas limités au seul moment de l'élocution tels l'anxiété profonde, la colère et la frustration, la culpabilité ou la haine de soi. L'analogie de l'iceberg a été utilisée pour décrire les rapports entre le bégaiement et ces troubles, à partir de 1970 par l'orthophoniste Joseph Sheehan Sheehan, Joseph G. (1970.) . . NY., en 1985 dans un sens technique par Ivan Impoco de l'Institut international d'élimination du bégaiement et de nouveau en 2007 par Mark Irwin de l'ISA ()..
Ces troubles psychologiques associés sont cependant un sujet controversé, certains spécialistes notamment psychologues ou psychanalystes les considérant comme une cause du bégaiement ou un élément constitutif Lisa Iverach, Ronald M.Rapee, , . et non comme une conséquence, ce que récusent d'autres spécialistes notamment les neurologues Erik Lief, , .
Cinquante pour cent (50 %) des bègues bredouillent aussi. Le « bredouillement » est décrit par les orthophonistes francophones comme étant un trouble particulier de la phonation qui se caractérise par des paroles rapides et, ou, un mélange d'idées, produisant un télescopage de syllabes...
État des recherches scientifiques Le bégaiement a depuis l'origine de la médecine été l'objet de recherches expérimentales diverses et plus ou moins rigoureuses. Plus récemment, l'étude de facteurs génétiques et neurologiques a permis certaines avancées dans la connaissance de ce trouble.
Génétique La corrélation du bégaiement avec des terrains familiaux est connue depuis très longtemps. Par exemple, les enfants qui ont des parents bègues présentent trois fois plus de risques de développer un bégaiementThe aetiology and treatment of developmental stammering in childhood David Ward University of Reading 2007.
En 2010, après des études au Pakistan, en Angleterre et aux États-Unis, une équipe de chercheurs dirigée par les Dr Changsoo Kang et Dennis Drayna a détecté une mutation des gènes GNPTAB, GNPTG et NAGPA sur le bras long du chromosome 12, ces gènes intervenant dans la fonction lysosomale des cellules. Ces gènes sont déjà associés aux mucolipidoses et pourraient, selon les auteurs de l'étude, expliquer 10 % des cas de bégaiementFirst Gene Variants Linked to Stuttering Discovered BusinessWeek 10/02/2010. Dans leur rapport, les auteurs font allusion au fait que, dans le cerveau de la souris, le cervelet et l'hippocampe montrent de hauts niveaux d'expression de deux de ces gènes. Un quatrième gène, à pénétration faible, a été révélé un peu après.
Neurologie L'utilisation depuis 1996 de l'imagerie par résonance magnétique (IRM) et d'autres technologies de visualisation (tomographie par émission de positons, IRMf et IRM avec DTI) a permis de mettre en évidence des particularités liées à l'activation de la parole dans le cerveau. Depuis plusieurs années, certains éléments reviennent de façon récurrente dans les rapports d'études. Si certaines anomalies structurelles et fonctionnelles caractéristiques au bégaiement sont maintenant bien connues, elles doivent encore être hiérarchisées.