Muhammad Ibn Tûmart ou Ibn Toumert (en arabe: محمد ابن تومرت), né vers 1080 à dans l'Anti-Atlas et mort en 1130 à Tinmel (Haut Atlas), est un théologien, prédicateur et réformateur berbère musulman. Il est considéré comme le fondateur du mouvement religieux Almohade qui commence à se structurer sous son impulsion en opposition aux Almoravides.
D'origine masmouda, il effectue un voyage formateur dans lequel il fréquente différents milieux théologiques, mêlant enseignements ashʿarites, muʿtazilites, zāhirites et soufis. Il développe la doctrine alomhade centrée sur le tawḥīd et une réforme religieuse rigoriste. De retour au Maghreb, il prêche contre les pratiques qu’il juge déviantes et rassemble autour de lui un cercle de partisans.
Hostile aux Almoravides, il se réfugie dans le Haut-Atlas. En 1123, il s'établit à Tinmel et s'autoproclame mahdi et imam infaillible. Il y organise sa communauté selon une stricte hiérarchie, fédère les tribus berbères environnantes et engage le djihad contre les Almoravides. Il meurt en 1130, peu de temps après la défaite de la bataille d'Al-Buhayra. Après sa mort, Abd al-Mumin lui succède et érige sa tombe à Tinmel qui devient un lieu de pèlerinage majeur.
La pensée d’Ibn Tūmart, difficile à classer dans les courants classiques de l’islam, allie rationalisme, messianisme, et réformisme moral. Son héritage doctrinal, transmis notamment dans le Aʿazz mā yuṭlab, repose sur une conception transcendante de Dieu, une hiérarchisation stricte de l’autorité religieuse, et une critique de l’herméneutique juridique dominante. Sa figure oscille entre hagiographie et instrumentalisations indépendantistes et islamistes.
Biographie Jeunesse Ibn Tûmart nait vers 1080 à (Igiliz-n-Warghen ou ⵉⴳⵉⵍⵉⵣ ⵏ ⵡⴰⵔⵖⴰⵏ en chleuh) dans la tribu des Hargha (Arghen en Tachelhit) de l'Anti-Atlas dans la région de Souss, parmi les Berbères Masmouda. La localisation pointait initialement le village d', mais la confrontation d'une analyse plus précise de textes historiques avec celle de la topographie du versant nord de l'Anti-Atlas a permis de localiser le site d'Igiliz-des-Hargha sur une éminence le Jebel Igiliz dominant de le village de Magennoune et le cours à sec de l'assif n' Warghen, à à l'est-sud-est de Taroudant.
Son nom de naissance est alternativement Muhammad ibn Abdallah ou Muhammad ibn Tumart. Al-Baydhaq indique que « Tumart » serait en réalité le surnom de son père (« Tumart » ou « Tunart » vient du berbère et signifie « bonne fortune », « plaisir » ou « bonheur »). Son père Tumart ibn Nitawas ou ibn Titawin appartient à la tribu Hargha et sa mère Umm al-Husayn bint Waburkan al-Masakkali aux Masakkala, qui sont tous deux des divisions de la confédération tribale Masmuda. Les sources almohades lui donnent une ascendance Idrisside. Cependant, des variantes généalogiques existent. Chacune en fait un descendant d'al-Hasan, fils de Fatima, fille de Mahomet. Les versions berbères intègrent des noms berbères, affirmant qu'il s'agit d'un descendant légitime indépendant des chérifs idrissides.
Ibn Tûmart se fait remarquer dès son adolescence par son zèle religieux, sa diligence et son attachement à la prière, d'où son surnom de jeunesse « Assafou », le Flambeau. Il quitte son village jeune afin de poursuivre son éducation.
Voyages Cordoue Après être parti de son village, il aurait entrepris un premier voyage en Espagne. Cette étape reste toutefois discutée bien que des concordances sont observées avec les textes d'Ibn Hazm. Il s'y serait en effet aussi initié aux écrits d'Ibn Hazm, théologien cordouan mort en 1064.
En 1106, il se serait installé à Cordoue, qui à l'époque était le centre culturel et religieux le plus important du territoire Almoravide. Il y serait influencé par les enseignement d', philosophe et politologue malékite acharite andalou. La plupart des historiens musulmans considèrent que son voyage vers l'Est s'effectue entre 1106 et 1108. D'autres versions considèrent que la rencontre avec le philosophe andalou s'effectue plutôt à Alexandrie, durant cette seconde partie du voyage.
Bagdad Par la suite, Ibn Tumart est allé en Orient pour approfondir ses études et accomplir le Hajj. À Bagdad, il a été élève d'al-Ghazali et fut influencé par ses idées. Mais cela contredit ce que d'autres historiens comme Ibn Khallikân affirment, les historiens modernes soutiennent également qu'on ne sait pas si cette rencontre s'est réellement produite, ni même si ce voyage au Moyen-Orient est une réalité historique.
Durant son séjour, il rencontre et étudie auprès de théologiens des doctrines Ash'ariyya et Mu'tazila. De Lacy O'leary pense qu'à Bagdad, il s'est attaché à l'école de théologie ash'arite et à l'école de jurisprudence zahirite, mais avec le credo d'Ibn Hazm qui différait considérablement des premiers Zahirites par son rejet du taqlid (tradition) et l'utilisation de la raison. Cependant, Abdullah Yavuz, soutient plutôt qu'il compose sa propre identité doctrinale .
C'est probablement pendant son séjour à Bagdad qu'ibn Tumart développe son propre système en combinant les enseignements de ses maîtres acharites avec des parties des doctrines d'autres personnes, avec une touche de mysticisme soufi imprégné d'al-Ghazali. Les hagiographes almohades rapportent qu'ibn Tumart est en présence d'al-Ghazali lorsqu'il apprend que les Almoravides ont proscrit et brûlé publiquement son œuvre, Ihya' Ulum al-Din, sur quoi al-Ghazali se serait tourné vers ibn Tumart et l'aurait chargé, en tant que natif de ces terres, de la mission de redresser les Almoravides.
Retour au Maghreb Vers 1116 ou 1117, il entame son voyage de retour vers le Maghreb, cependant il fait face à plusieurs problèmes. Selon Abdelwahid al-Marrakushi, sur le chemin du retour, il séjourne quelques jours à Alexandrie. Sa rigueur et ses interventions lui créèrent quelques incidents avec la noblesse locale, ce qui poussa le gouverneur fatimide à l'exiler. Alors il embarque sur un navire pour l'Ifriqiya, et sur ce dernier, également, Ibn Tûmart provoque un incident en jetant les bouteilles de vin par-dessus bord et sermonnant les marins afin de s'assurer qu'ils respectent les heures de prières. Certains rapports indiquent que les marins finissent par le jeter par-dessus bord avant de le repêcher une demie-journée plus tard.
Il se rendit à Tunis, à Constantine puis à Béjaïa. Il y condamne certaines pratiques citadines qui lui valent l'hostilité des sultans Zirides et Hammadides. Ibn Tûmart se montre particulièrement hostile quant à la mixité des hommes et des femmes dans les lieux de prière, si bien qu'il provoque la colère de la population qui demande à l'émir d'exiger son départ. Cependant, Ibn Tumart ne s'exécute pas et regroupe des fidèles afin de saccager les quartiers commerciaux de la ville, détruisant les échoppes où l'alcool est vendue. Après cet épisode, le groupe quitte la ville et rejoint Mellala.
Fondateur du mouvement Almohade
Premiers groupes Almohades vignette|Le mihrab à Oued Ghir, est le seul vestige de la mosquée fondée par Ibn Tûmart entre 1117 et 1120. Il aurait accueilli la rencontre historique entre Ibn Tûmart et Abd al-Mu'min, fondateur des Almohades. La mosquée originale a disparu, remplacée par une autre mosquée. Le mihrab, en raison de son importance culturelle, est classé site du patrimoine national depuis le 3 novembre 1999.
Dans son récit hagiographique, Al-Baydhaq indique que c'est à Mellala que le mouvement Almohade devient un peu plus cohérent. En 1119, accompagné par Abou Hafs Omar El Hintati, ancêtre des Hafsides, il fait la rencontre d'Abd-al-Mu'min. Il présente le récit de la rencontre d'un jeune que personne ne connait et dont Ibn Tumart prononce le nom du père et du village d'origine, ce qui donne à cette rencontre un aspect miraculeux. Il y déclare que 468 سير أعلام النبلاء، شمس الدين محمد بن أحمد بن عثمان الذهبي، صفحة.
Durant cette période, il renforce son groupe de fidèles durant cette période avant de quitter Mellala avec un premier groupe qu'il mène. Il gagne successivement Tlemcen, Oujda, Taza et Fès. Là, il se fait remarquer pour son aversion à l'égard des marchands de musique dont il fait détruire plusieurs commerces. Il en fera de même par la suite à Marrakech.
À Fès, il réaffirme le principe de l'unicité de Dieu (Tawhid) et récuse les anthropothéismes (mujassimah). Sa véritable originalité fut dans la méthode de diffusion de sa doctrine plus que dans son contenu lui-même. Il écrivit des petits opuscules en langue amazighe destinés à ses disciples.
Il réalise la traduction du Coran en langue amazighe, et son livre aazou ma youtlab (en français : le meilleur qu'on puisse chercher), constitue la référence expliquant la doctrine d'Ibn Toumert.
Conflit avec les Almoravides Peu de temps après son arrivée à Marrakech (1120), Ibn Tûmart aurait recherché avec succès le dirigeant almoravide Ali ben Youssef dans une mosquée locale. Lors de cette rencontre, lorsqu'on lui a ordonné de reconnaître et saluer l'émir, Ibn Tûmart aurait répondu "Où est l'émir ?" Je ne vois que des femmes ici !" - une référence insultante au voile de tagelmust porté par les Almoravides Sanhadjas.
Ibn Tûmart s’oppose fermement aux Almoravides, qu’il accuse d’hérésie et de déviation religieuse. Il leur reproche une dépendance excessive au formalisme juridique et à l’autorité des textes, au détriment de la pratique continue. Son principal ouvrage, A‘azz mā yuṭlab, rédigé en 1121, constitue une réponse directe à leurs positions théologiques et juridiques. Ce traité propose une réforme doctrinale.
Accusé d'avoir fomenté une rébellion, Ibn Tumart se défend devant l'émir et ses principaux conseillers. Se présentant comme un simple érudit, il se met à leur donner des leçons sur les dangers des innovations et la centralité de la Sunna. Lorsque les propres érudits de l'émir indiquent être également attachés à ces principes, Ibn Tumart pointe des preuves de laxisme et d'impété. Après un long examen, les juristes almoravides de Marrakech concluent qu'Ibn Tumart est blasphémateur et dangereux, insinuant qu'il est probablement un agitateur kharijite. Ils recommandent qu'il soit exécuté ou emprisonné. L'émir almoravide décide de l'expulser purement et simplement de la ville, après avoir subi une flagellation de quatorze coups de fouet. C'est à partir de 1121 qu'Ibn Toumert se réfugie dans son village natal afin d'échapper à la poursuite des Almoravides.
Structuration militaire du mouvement almohade
vignette|Emplacements approximatifs des tribus berbères (en mauve) rejoignant le mouvement Almohade.