Ingmar Bergman Prononciation en suédois de Suède retranscrite selon la norme API. est un metteur en scène, scénariste et réalisateur suédois, né le à Uppsala et mort le sur l'île de Fårö.

Il s'est imposé comme l'un des plus grands réalisateurs de l'histoire du cinéma en proposant une œuvre s'attachant à des thèmes métaphysiques (Le Septième Sceau), à l'introspection psychologique (Les Fraises sauvages, Persona) ou familiale (Cris et Chuchotements, Fanny et Alexandre) et à l'analyse des comportements du couple (Scènes de la vie conjugale).

Récompensé plusieurs fois, il remporte notamment au cours de sa carrière l'Ours d'or à Berlin, un Lion d'or pour sa carrière à Venise, le prix du jury et le prix de la mise en scène à Cannes, et à trois reprises l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. Il est également l'unique cinéaste distingué d'une « Palme des Palmes », remise lors du Festival de Cannes 1997.

Biographie Enfance vignette|gauche|Erik Bergman, père d'Ingmar Bergman. Ernst Ingmar Bergman naît en 1918. Il est le fils cadet d'une famille de trois enfants : il a un frère aîné, Dag, et une sœur plus jeune, Margareta, qui vient au monde quatre ans plus tard. Le jeune Ingmar Bergman vit une enfance tourmentée ; ses relations avec sa mère et son frère sont contrariées par les manipulations et les chantages affectifs.. Le père est un pasteur luthérien ambitieux. Le presbytère où vit la famille est ouvert à tous les paroissiens et se doit d'être modèle. Sans doute cédant à cette pression sociale, le père soumet sa famille à une discipline extrêmement rigide. Les enfants sont élevés dans la traque obsessionnelle du péché et du repentir. Les punitions corporelles sont courantes et ritualisées... Le traumatisme de cette éducation rigide affleure dans certaines de ses œuvres...

Il passe le meilleur de son enfance chez sa grand-mère à Uppsala qui l'emmène au cinéma, Ingmar Bergman se découvre une passion précoce pour cet art. Lors d'un Noël, une riche parente offre aux enfants un appareil de projection. La bobine se tourne à la main et permet de voir un petit film en boucle. Ce cinématographe agit comme la madeleine de Proust pour le futur réalisateur. — il baptisera plus tard sa société de production « Cinematograph ». Lorsqu'il a , son père obtient qu'il puisse visiter les studios cinématographiques suédois de Råsunda, en banlieue de Stockholm. C'est, pour lui, comme « entrer au paradis »..

Quant au théâtre, dans lequel il va aussi faire carrière, il s'y rend régulièrement dès son jeune âge. Ingmar Bergman a l'occasion de l'observer en coulisse grâce à un musicien qui joue derrière la scène pour une représentation du Songe d'August Strindberg, un de ses auteurs préférés ., et qu'il mettra lui-même en scène à plusieurs reprises. Ses lectures s'ouvrent aussi à Dostoïevski, Balzac, Flaubert, Nietzsche…

Dans le cadre d'un programme d'échange, il part en Allemagne, dans la région de Thuringe, en . Le pays est dirigé par le national-socialisme, sa famille d'accueil l'emmène écouter un discours de Hitler dans un stade de Weimar. Le jeune homme est fasciné par le discours du Führer. À son retour en Suède, son milieu essentiellement germanophile s'est imprégné de l'idéologie nazie, son frère faisant partie des fondateurs et des membres actifs du Parti national-socialiste suédois.. Le traumatisme de la découverte des camps de concentration nazis le conduira par la suite à prendre ses distances avec la politique. Et Ingmar Bergman évitera dans son œuvre les messages politiques..

École théâtrale vignette|droite|150px|Le jeune Ingmar Bergman. Ingmar Bergman s'inscrit en 1937 en histoire et littérature à l'université de Stockholm, il y suit les cours de Martin Lamm, un professeur réputé, spécialiste de Strindberg et d'Emanuel Swedenborg. Ses études sont contrariées par un emploi du temps chargé, presque entièrement consacré au théâtre. Il participe en effet au programme théâtral d'une maison des jeunes, le Mäster Olofsgården, où il met en scène des pièces de Strindberg, Shakespeare, Suttone Vane et Doris Rönnqvist. Il bénéficie épisodiquement de la possibilité de travailler avec des professionnels du Studio dramatique. Un temps acteur, il se tourne définitivement vers la mise en scène. Il assure aussi la direction de plusieurs pièces données au théâtre des étudiants dont Le Pélican de Strindberg. Il noue à cette occasion une relation amoureuse avec une jeune actrice érudite. Cette liaison parvient à la connaissance de ses parents, qui réprouvent la vie tumultueuse de leur fils. À la suite d'une explication violente, Ingmar Bergman quitte définitivement le foyer familial et s'installe avec sa maîtresse. Cette relation tourne court lorsqu'Ingmar Bergman se voit proposer une tournée en province qui le conduit par la même occasion à précipiter la fin de ses études.

Au printemps 1939, dans la nécessité de trouver un emploi, il tente sans succès de se faire embaucher au Théâtre dramatique royal de Stockholm, pour se contenter d'un poste d'assistant à la mise en scène pour l'opéra royal de Stockholm, où il est occasionnellement souffleur. Il y fait ses armes, notamment aux côtés de Ragnar Hyltén-Cavallius, à la fois cinéaste et metteur en scène reconnu. La Seconde Guerre mondiale éclate quand Ingmar Bergman doit accomplir son service national ; il est aussitôt démobilisé à cause d'un ulcère.. En repos chez sa grand-mère en Dalécarlie, province du Centre de la Suède, il écrit une douzaine de pièces de théâtre et un opéra. Il met en scène l'une d'elles, La Mort de Polichinelle, largement inspirée de pièces de Strindberg. À la fin de la représentation, il est approché par Carl Anders Dymling, directeur de la Svensk Filmindustri, et Stina Bergman, directrice du service des scénarios, qui lui proposent un emploi pour écrire et revoir les scénarios produits par la société.

Premiers pas à la Svensk Filmindustri Intégré dans une équipe de six scénaristes, il est parfois envoyé sur des tournages pour corriger des dialogues. Les méthodes d'écriture sont empruntées aux méthodes américaines alors en vogue, Ingmar Bergman leur préfère pourtant celles des films français de l'époque, de Jean Renoir, de Marcel Carné, ou de Julien Duvivier.. Il fait la connaissance de Gustaf Molander à qui il fait lire un scénario inspiré de ses années d'études. Celui-ci en recommande l'adaptation à la production qui en confie la réalisation à Alf Sjöberg. Ingmar Bergman insiste pour assister au tournage et obtient un poste de script-boy. Impatient et ambitieux, il tente à plusieurs reprises de s'immiscer dans le travail du réalisateur. En vain. Le jeune scénariste est remis à sa place. Tourments (Hets) sort en 1944. Le film est suffisamment remarqué pour faire partie de la sélection de la Mostra de Venise.

vignette|gauche|Ingmar Bergman sur le tournage de Crise, son premier film, sorti en 1946. Dans le même temps, la commune de Helsingborg cherche à sauver son théâtre municipal et propose sa direction à Ingmar Bergman. Le théâtre est en piteux état, mais il accepte. Il est alors marié à une jeune danseuse et chorégraphe, Else Fischer, qui a accouché d'une enfant à la fin de l'année 1943. Le bébé et sa mère sont atteints de la tuberculose et Ingmar Bergman enchaîne mises en scène et scénarios pour faire face aux frais d'hospitalisation. En 1945, la Svensk Filmindustri lui commande l'adaptation et la réalisation d'une pièce de théâtre. Ingmar Bergman est enthousiaste, mais il pèche par orgueil et son manque d'expérience est encore trop grand. Le tournage a lieu en été dans des conditions catastrophiques. Il se brouille avec le chef opérateur, davantage porté sur le documentaire, et peine à maîtriser ses troupes. Le mauvais temps gâche les extérieurs, le laboratoire gâche les pellicules, et la production du film souffre d'un accident du travail lors d'une prise en studio. Tout au long de cette épreuve, Bergman reçoit les conseils du cinéaste Victor Sjöström et ceux de son monteur expérimenté, Oscar Rosander, qui l'aide à remettre le film sur pied – il collaborera par la suite à tous les films d'Ingmar Bergman jusqu'au Visage. Crise (Kris), premier film réalisé par Ingmar Bergman, sort en 1946.

Ingmar Bergman poursuit son travail au théâtre municipal de Helsingborg et continue à écrire des scénarios pour la Svensk Filmindustri. Il monte l'une de ses pièces, Rachel et l'ouvreuse de cinéma, adaptée plus tard pour L'Attente des femmes. Sa femme, qui devait initialement occuper un poste de chorégraphe au sein du théâtre, doit être remplacée en raison de sa maladie. Elle lui recommande une amie : Ellen Lundström avec laquelle il noue une liaison qui conduit les époux à divorcer. À l'automne 1946, le jeune couple déménage pour Göteborg où Ingmar Bergman obtient un poste de metteur en scène au théâtre municipal dont le directeur Torsten Hammarén devient son mentor et lui enseigne des techniques de mise en scène pour une pièce d'Albert Camus, Caligula, avec le comédien Anders Ek.

Après l'échec de Crise, la Svensk Filmindustri hésite à renouveler l'expérience de la réalisation avec Ingmar Bergman. C'est avec le producteur Lorens Marmstedt, qu'il dirige ses trois films suivants : Il pleut sur notre amour (Det regnar på vår kärlek, 1946), L'Éternel Mirage (Skepp till India land, 1947) et Musique dans les ténèbres (Musik i mörker, 1948). Ces premiers films sont empreints de l'influence du cinéma français des années 1930 et notamment de Marcel CarnéMarcel Martin, Histoire du cinéma en 120 films, Cinéma 62, , .. Il s'en dégage une violente révolte contre la religion et la famille.. À l'exception de Musique dans les ténèbres, ses films sont rejetés par la critique qui les trouve subversifs et immatures.. Il écrit encore le scénario de La Femme sans visage (Kvinna utan ansikte, 1947), pour Gustaf Molander et entame une activité de metteur en scène à la radio avec un texte original, La Ville (1951), inspiré d'une virée dans Berlin, lors de son séjour en Allemagne..

Maturité vignette|L'entrée tant convoitée de Filmstaden, les studios de la Svensk Filmindustri à Råsunda, en banlieue de Stockholm. Ingmar Bergman y a tourné la plupart de ses films. Dans le cadre d'un nouveau contrat avec la Svensk Filmindustri, Ingmar Bergman part en 1949 à Cagnes-sur-Mer avec le comédien Birger Malmsten pour y écrire un scénario. Le réalisateur est parvenu à réintégrer le giron de la célèbre société. Il a pour la première fois signé la réalisation ainsi que le scénario du film La Prison (Fängelse, 1949) et gagne en assurance.. Son activité artistique est débordante, alternant mises en scène théâtrales et cinématographiques ainsi que des allers-retours constants entre Stockholm et Göteborg, aux dépens de son couple avec Ellen Lundström qui bat de l'aile. Le séjour dans la ville de la Côte d'Azur est solitaire ; Birger Malmsten est absorbé par une relation sentimentale. Ingmar Bergman écrit seul son scénario. Vers la joie (Till glädje, 1950) est tourné durant l'été. Au cours du tournage, il reçoit la visite d'une journaliste d'une revue cinématographique, Gun Hagberg. Immédiatement séduit, le réalisateur, sitôt le film achevé, s'envole avec elle à Paris, et rompt avec son épouse. À son retour, il s'installe avec sa nouvelle maîtresse à Stockholm. La vie du couple connaît des hauts et des bas. Les enfants du précédent mariage de Gun Hagberg les rejoignent à la fin de l'année 1950 tandis qu'un autre naît de leur union. Ingmar Bergman doit ainsi entretenir trois familles. Or, les engagements manquent.